Quelques semaines plus tard à peine, leurs examens de fin d'année commencèrent sérieusement. Comme chaque année, Vega eut l'impression d'être prise au dépourvu, de ne pas s'être suffisamment préparée, dans aucune matière. Elle croyait avoir assez bien réussi l'examen de métamorphose, maîtrisant assez bien les sortilèges de transfert sur lesquels la professeure McGonagall avait décidé de faire leur examen pratique, mais rata complètement la simple potion de rapetissage que leur avait demandée Slughorn. La sienne avait pris une consistance boueuse plutôt que le liquide bleu clair qu'elle voyait dans les chaudrons de tous ses voisins, sans qu'elle ait la moindre idée de l'endroit où elle s'était fourvoyée.

L'examen d'histoire de la magie fut évidemment d'une simplicité enfantine pour elle, mais celui d'astronomie frôla la catastrophe quand elle s'accrocha dans ton télescope et le projeta au bas de la tour, où il explosa en mille morceaux. La professeure Sinistra retira vingt points à Serpentard pour « destruction irresponsable de matériel coûteux », et Vega fut si chamboulée qu'elle trembla le reste de l'examen, étiqueta sa carte du ciel de travers et oublia même le nom de la moitié des constellations qu'elle aurait habituellement pu reconnaître dans son sommeil.

Son avant-dernier examen, le matin du 30 juin, était celui de divination. Alors que ses deux camarades de dortoir profitaient d'une grasse matinée et d'une journée de liberté, Vega se leva à l'aube, grimpant les milliers de marches jusqu'à la salle de classe de Trelawney. Quand elle arriva dans la salle sous celle-ci, la trappe était toujours fermée et ses camarades se trouvaient tous dans la salle ronde, certains faisant les cent pas en marmonnant le nom des différents os et leurs significations, d'autres assis par terre avec leur manuel sur les genoux, et d'autre encore discutant d'autre chose complètement, l'air complètement à l'aise.

En arrivant, Vega envoya un regard à Rionach. Cette-ci lui répondit d'un bref sourire, mais ne l'invita pas à se joindre aux Gryffondor. Elle regarda alors du côté de sa propre maison, mais Richard ne lui fit pas non plus de signe de bienvenue. Alors elle se laissa simplement tomber où elle se trouvait, à côté de la porte, et ouvrit son manuel, feuilletant çà et là, mémorisant quelques derniers faits qui risquaient de se trouver dans l'examen.

Elle n'était assise que depuis quelques minutes quand la trappe s'ouvrit et l'échelle argentée descendit. Tous les élèves se figèrent et regardèrent vers celle-ci, et quand une voix profonde venant du plafond appela « Alex Harper », un soupir de soulagement se fit entendre. Le Serpentard se leva et, avec un dernier regard échangé avec ses amis, se dirigea vers l'échelle comme à l'échafaud.

Vega replongea dans son étude, mais n'arriva à rester concentrée que quelques minutes avant que son esprit se mette à vagabonder, incapable de s'intéresser aux vitesses à laquelle la cire fondue pouvait couler. Elle pensa à son dernier examen, celui de Flitwick, le lendemain matin ; à sa jalousie de Tory et Grace, qui étaient sans doute toujours endormies à l'heure qu'il était ; aux plans pour l'été qu'elle avait commencé à élaborer avec elles.

Vingt minutes plus tard, Alex réapparut, son examen terminé. Les trois autres garçons de Serpentard s'approchèrent de lui, sous les regards curieux de Vega et des Gryffondor, mais l'attrapeur ne voulait rien de dire de plus que « ça a été ».

— Elle a dit que je n'attraperais plus jamais de Vif d'or si je vous disais quoi que ce soit.

— Et tu la crois ? se moqua Joffrey.

Harper haussa une épaule.

— Pas trop, mais au cas où. Mieux vaut prévenir que guérir.

Guère plus avancés sur le sujet de leur examen, les étudiants retournèrent à leurs révisions de dernière minute pendant qu'une Gryffondor se dirigeait à son tour vers l'échelle, le visage blanc sous sa frange.

Au fur et à mesure qu'avançait la journée et que la salle d'attente se vidait, les manuels se fermaient et les conversations commençaient. Tous ceux qui redescendaient après leur examen racontaient la même chose, que Trelawney leur avait prédit un malheur ou un autre s'ils dévoilaient le contenu de celui-ci à leurs camarades. Bientôt, ils ne prenaient même plus la peine de poser la question.

Il était presque midi quand l'avant-dernier Gryffondor fut appelé, laissant dans l'attente Vega, Rionach à sa gauche et Richard à sa droite, se faisant face dans la tour maintenant vide. Sans la conversation des deux lions, le silence de la pièce était résonnant. Vega se mordait la lèvre, se maudissant de ne pas avoir le courage d'aller parler à Rio. Elles étaient amies, merde, c'était ridicule qu'une vieille rivalité entre leurs deux maisons les empêche d'être ensemble en public !

Mais la Gryffondor ne faisait pas non plus de geste vers Vega, et Richard n'avait évidemment envie d'interagir avec aucune d'entre elles. Quand le Gryffondor eut terminé son examen et qu'il était sorti de la salle, avec un geste de la main vers Rionach et pas un regard vers le Serpentard, comme si ceux-ci n'existaient pas, Vega se trouva à espérer que le prochain appelé serait Richard. Alors quand la voix appela « Vega King », ce fut avec déception qu'elle entra dans la salle d'examen de Trelawney.

La classe était encore plus brumeuse que d'habitude. Vega ne voyait presque pas plus loin que la première rangée de tables tant la fumée des chandelles et de l'encens était épaisse. Elle étouffa du mieux qu'elle put la quinte de toux qui l'étouffa dès qu'elle sortit de la trappe ronde.

— Mademoiselle King, l'appela une voix vaporeuse au centre de la pièce. Les fortunes m'ont soufflé que c'était à votre tour de passer l'examen. Venez vous asseoir face à moi, nous allons commencer.

En prenant place face à la professeure, Vega la vit plier une grande feuille de parchemin et la glisser dans les plis de sa grande jupe. Elle vit une liste de noms, tous barrés, avec seulement ceux de Rionach et de Richard, au bas de la page, sans trait d'encre pour les biffer. Elle toussa pour masquer un rire. Les fortunes, bien sûr.

Un grand bol d'eau stagnante était posé au milieu de la table. Alors ce serait de l'hydromancie, pensa Vega. Ça allait, elle avait révisé ce chapitre de fond en comble la veille. Elle s'installa confortablement, croisant les jambes sous elle sur le pouf, et prit les trois petites pierres qui serviraient à la prédiction dans sa main droite.

— Quand vous vous sentez prête, mademoiselle, dit Trelawney en tirant vers elle son cahier et une plume.

Vega prit une grande inspiration, ferma les yeux quelques secondes, puis laissa tomber les pierres dans le bol, presque simultanément, examinant les petites vaguelettes qui en émanèrent. Sous le regard d'anticipation de Trelawney, Vega se mit à raconter ses observations :

— La plus petite pierre a fait une seule petite vaguelette. Ça veut dire que je vais faire quelque chose qui va avoir moins d'effet que je l'espère.

Elle leva le regard quelque peu, et vit que la professeure hochait la tête. Encouragée, elle continua.

— Celle du milieu a fait un cercle qui a enveloppé les deux autres en même temps. On dirait que... je vais bientôt avoir ce que je veux ?

Trelawney souriait, alors Vega continua de plus belle.

— La dernière est tombée presque contre la paroi du bol, et n'a presque pas de bruit. Quelqu'un de proche de moi évite quelque chose.

Elle se redressa et s'avança un peu pour mieux voir le fond de la bassine.

— Les trois pierres se touchent au fond de l'eau. Ça signifie que...

Vega fronça les sourcils. Elle se souvenait très bien de ce que disait son manuel de divination sur une telle éventualité, mais cette prédiction ne pouvait pas être vraie ici, dans un cours à Poudlard. Elle secoua imperceptiblement la tête et se traita d'idiote : depuis quand croyait-elle à ce qui était prédit en cours de divination ? Et puis, il fallait avouer que c'était le genre de prédiction qui plaisait bien à Trelawney. Elle prit donc un air dramatique assez théâtral, porta une main tremblante à sa poitrine, et annonça d'une voix faible :

— Quelqu'un va mourir ce soir.

Trelawney s'approcha à son tour de la bassine et regarda dedans, avant de lever des yeux écarquillés vers Vega. Celle-ci dut exercer tout son sang-froid pour garder sur son visage un air apeuré et ne pas éclater de rire. Heureusement pour elle, la professeure se détourna bien vite.

— Merci, mademoiselle King. Vous pouvez sortir.

Vega ne se fit pas prier pour se lever et se précipiter vers la sortie. Juste avant qu'elle atteigne la trappe, la voix de Trelawney s'éleva à nouveau :

— Mademoiselle King, les fortunes viennent de m'informer que vous passerez de très mauvaises vacances d'été si vous parlez de cet examen à mademoiselle O'Neal ou à monsieur Brass.

Dos à Trelawney, Vega leva les yeux au ciel, avant de se laisser descendre le long de l'échelle argentée. Dans la salle d'attente, Rio et Richard étaient assis dans la même position que quand Vega les avait quittés, un quart d'heure plus tôt. Ils s'évitaient soigneusement du regard, agissant comme s'ils étaient seuls dans la pièce. Vega eut de nouveau envie de lever les yeux au ciel.

— Rionach O'Neal.

Rio se leva et se dirigea vers l'échelle, prête à affronter son examen. Quand elle passa devant Vega, celle-ci lui sourit et murmura :

— Bonne chance !

Avant de sortir de la pièce ronde, elle jeta un regard à Richard, s'attendant à ce qu'il ait le regard tourné ailleurs, mais il la fixait, elle, les sourcils froncés. Mal à l'aise, elle lui adressa un petit geste de la main et un sourire en coin avant de fuir, sans même attendre de voir s'il lui avait répondu.

Après un dîner rapide où elle retrouva Grace et Tory, Vega et elles montèrent à la bibliothèque étudier pour leur dernier examen de l'année. Elles étaient seules dans la bibliothèque, la plupart des autres années de l'école ayant déjà fini tous leurs examens et profitant depuis un jour ou deux de vacances bien méritées. Tory grommelait en feuilletant son manuel sans s'arrêter assez longtemps pour lire quoi que ce soit.

— Si au moins il faisait beau, on pourrait réviser dehors.

— S'il faisait beau, répliqua Grace, tu te plaindrais qu'on perdait du temps qu'on aurait pu passer à profiter du soleil à réviser.

Avec un grognement, Tory se laissa tomber sur son livre ouvert, et Vega se mit à rire, s'attirant un regard irrité de la bibliothécaire

— Allez, quelques heures seulement ! À seize heures, on ira faire autre chose, promis ! Mais c'est sortilèges, c'est une matière importante...

Elles passèrent donc la moitié de l'après-midi à revoir la théorie des sortilèges qu'ils avaient appris durant l'année, puis, tel que promis, à seize heures pile – Tory surveillait sa montre de très près –, elles sortirent de la bibliothèque et redescendirent dans la salle commune, la pluie et la grisaille continuant toujours à l'extérieur. Vega essaya de se joindre à la partie de bataille explosive que lancèrent ses amies dans la salle commune, mais après qu'elle ait baillé cinq fois en autant de minutes, Grace lui ordonna d'aller faire une sieste,

— Tu t'es levée à l'aube ce matin pour ton examen –

— Tu m'as réveillée en fermant la porte du dortoir, d'ailleurs, fit remarquer Tory.

— - va rattraper un peu de sommeil. On viendra te chercher pour souper.

Sans se faire prier davantage, Vega se leva et se rendit dans leur chambre. Sans allumer la lumière, prenant à peine le temps d'enlever ses chaussures, elle se laissa tomber sur son lit et était endormie avant même que Kotka ne finisse de s'installer contre elle.

Pendant sa sieste, Vega avait rêvé que le lendemain, son examen pratique porterait sur les sortilèges d'attraction, et elle n'avait pas réussi à faire venir à elle un seul des oreillers que Flitwick avait posés devant elle. Le minuscule professeur faisait les cent pas derrière elle, l'air désapprobateur, et s'était finalement placé à côté d'elle.

— Regardez-moi maintenant, on fait comme ça. Accio !

Vega s'était tournée juste à temps pour voir les oreillers se transformer en énormes poignards et voler à toute vitesse vers son visage. Hurlant à tue-tête, elle s'était jetée sous la table en se couvrant la tête pendant que le professeur Flitwick continuait à hurler, au-dessus d'elle :

— Vous comprenez, maintenant ? Accio ! Accio ! Accio !

Elle avait raconté le cauchemar à ses amies pendant le souper, qui s'en étaient bien moquées, mais elle avait insisté pour pratiquer le sortilège en question une dernière fois avant l'examen.

— Mais tu as toujours super bien réussi le sortilège ! dit Grace. Mieux que moi en tout cas.

Mais Vega insista, alors ses amies finirent par repartir à la salle commune sans elle. Elle se dirigea alors vers l'escalier d'en face, montant étage après étage jusqu'à trouver une salle de classe libre et ouverte. Elle alluma toutes les chandelles d'un coup de baguette et traversa la salle pour placer sa plume sur le bureau du professeur. Retournant près de la porte, elle plaqua son dos contre le mur et regarda la plume, les yeux plissés.

— Accio ! cria-t-elle.

Sans hésitation, la plume vola directement jusque dans la main ouverte de Vega. Elle la fixa du regard un moment, peu convaincue.

— C'est super léger, une plume, se marmonna-t-elle pour elle-même. Il va nous tester avec des choses plus lourdes. Ou pointues.

Elle retourna au bureau et y plaça un pot d'encre, qu'elle attira tout aussi facilement à elle. Elle recommença l'exercice avec une liasse de parchemins. Puis un manuel. Son sac au complet.

Quand elle baissa les yeux sur sa montre, enfin satisfaite de sa maîtrise du sortilège d'attraction, elle pensait qu'il s'était écoulé une heure, une heure et demie au maximum. Elle laissa donc échapper un juron quand elle vit que les aiguilles indiquaient presque vingt-deux heures, l'heure du couvre-feu. Elle avait passé près de trois heures ici, et n'avait plus que sept minutes pour redescendre à son dortoir ! Elle ramassa à toute vitesse tous les objets qu'elle avait éparpillés dans la salle pendant son entraînement – sa nouvelle maîtrise du sortilège lui permettant de tout récupérer sans avoir à faire un pas – et sortit de la salle, les mains pleines.

Maudissant la stupidité qui l'avait poussée à monter au septième étage pour trouver un endroit vide dans lequel pratiquer, Vega traversait les couloirs déserts le plus rapidement qu'elle le pouvait, ses livres serrés contre sa poitrine. Elle venait si peu souvent sur cet étage qu'elle n'était même plus tout à fait certaine d'être partie dans la bonne direction. Elle savait que c'était idiot, mais elle se sentait inquiète tout d'un coup, comme si une ombre s'était posée sur le château. Son cœur battait la chamade et elle espérait presque tomber nez à nez avec un professeur qui, même s'il la punissait, pourrait lui indiquer le chemin des cachots. Elle avait hâte de retrouver son dortoir, ses amis, et son lit chaud.

Soudain, elle entendit une discussion à voix basse devant elle, et fronça les sourcils. Elle ne reconnaissait la voix d'aucun professeur ; s'agissait-il donc d'élèves ? Si près du couvre-feu, que faisaient-ils hors de leurs dortoirs ?

Elle s'apprêtait à tourner le coin et à voir de qui il s'agissait quand le silence retomba brusquement. Un grincement sinistre atteignit ses oreilles et elle freina, sentant la boule d'inquiétude de son estomac remonter dans l'arrière de sa gorge. Avant qu'elle ne puisse décider de la chose la plus intelligente à faire, continuer ou rebrousser chemin, le couloir fut plongé dans une obscurité telle que Vega ne voyait même plus le mur sur lequel elle était appuyée.

Elle osait à peine bouger. Elle entendait quelqu'un, quelque part, essayer une série de sortilèges d'illumination, mais elle ne voyait pas la moindre étincelle. Avant qu'elle ne puisse prendre de décision, à seulement quelques pas d'elle, elle entendit quelqu'un frapper le mur durement et laisser échapper un son de surprise. Vega se raidit. Était-on en train de se battre tout juste devant elle ? Peut-être serait-ce mieux de s'éloigner d'ici, après tout.

Vega s'éloigna du mur, gardant toujours une main posée sur celui-ci afin de ne pas risquer de se perdre. Mais au moment où elle voulut faire demi-tour, elle entendit un froissement de tissus devant elle et, avant qu'elle ne puisse même penser à sa baguette :

— STUPÉFIX !