Le premier dimanche de novembre eut lieu le premier match de Quidditch de la saison. Rogue et les Carrow avaient remanié toute l'organisation du sport à l'école. Il n'y avait plus une équipe par maison, qui se battraient toute l'année jusqu'à la coupe. Il ne restait même plus assez d'élèves dans la plupart des maisons pour former des équipes dignes de ce nom. Alors toutes les parties seraient Serpentard contre le reste de l'école.

Et ça ne risquait pas non plus d'être des parties équitables, bien évidemment. Les Carrow faisaient tout en leur possible pour donner à l'autre équipe les pires heures possibles pour leurs entraînements – tôt le samedi matin, tard le mardi soir, ou encore le jeudi à l'heure du midi, en profitant pour punir les joueurs s'ils rentraient au château avec ne serait-ce qu'une seule seconde de retard. Et cela, c'était s'ils ne les annulaient pas tout simplement à la dernière minute, usant des plus douteuses des raisons.

Avec le peu d'intérêt qu'elle avait pour le sport de balais en général, Vega avait encore moins envie d'assister aux matchs de l'année, que Grace soit dans l'équipe ou pas, mais au dernier cours de forces du mal, Amycus Carrow leur en avait parlé avant de les laisser partir.

— Vous savez tous sûrement qu'il y a un match de Quidditch dimanche. Je suis certain que vous irez tous encourager haut et fort vos camarades. La fierté de Serpentard compte sur vous.

Ce dimanche matin, donc, Vega descendit vers le terrain de Quidditch, l'air aussi morose que Tory. Autour d'eux, les membres de leur maison criaient, chantaient, déployaient des banderoles à l'effigie de Serpentard. Même Richard, quelques pas devant elles, semblait excité. Son premier article dans le Journal du Serpent porterait sur le match de la journée et, malgré son aversion habituelle pour le Quidditch, il était absolument ravi de cette tâche.

Quand ils arrivèrent en vue du terrain de Quidditch, ils constatèrent que celui-ci avait aussi été redécoré au goût du jour. Les trois quarts des tours des spectateurs arboraient des banderoles vers et argent, alors que trois seules tours, réparties également dans cette mer de Serpentard, étaient décorées de violet et de l'emblème de Poudlard. Le serpent de leur maison n'avait même pas été enlevé de celui-ci : tous les spectateurs, techniquement, montraient du soutien à la même maison. Vega dut se retenir pour ne pas lever les yeux au ciel.

— Venez, on va se prendre une bonne place, dit Richard en prenant la main de Vega et en la tirant à travers la foule. Derrière les anneaux adverses, comme ça on est certains de voir tous les buts !

Les trois se frayèrent un chemin vers la tour que visait le jeune homme. Alors qu'ils grimpaient les escaliers, Tory s'approcha de Vega.

— Espérons que ça va être rapide. J'aurais jamais cru dire ça, mais j'aurais préféré passer la journée à faire mes devoirs d'arithmancie que venir voir ce match.

Vega se mordit la lèvre pour retenir un rire.

Quand ils émergèrent au soleil, ils constatèrent qu'ils n'avaient pas été les seuls à vouloir une place derrière les buts adverses : les estrades étaient déjà presque pleines. Alors qu'ils cherchaient des places, quelqu'un se leva dans la première rangée.

— Richard ! Ici ! Kendrick !

Ils reconnurent Joffrey, qui gesticulait en montrant la place qu'il avait visiblement gardée pour son ami. Richard se tourna vers les filles.

— Il y a une seule place ! Je pourrais demander aux autres de bouger…

— Mais non, t'en fais pas ! s'exclama Vega, soulagée. Tory et moi on va s'installer derrière. Va devant avec Joff et prépare un super article !

Elle se hissa sur la pointe des pieds et déposa un baiser sur la joue de son copain, avant de prendre le bras de son amie et de se diriger vers les derniers bancs libres, à la toute dernière rangée. Elles s'installèrent tout au bout de la rangée encore vide – pas pour longtemps, à en croire le nouveau groupe qui venait de sortir des escaliers. En resserrant son foulard contre le froid de novembre, Vega leva les yeux sur la foule autour du terrain pour la première fois et constata avec surprise que les tours violettes étaient elles aussi pleines à craquer.

— Faut croire que c'est pas qu'aux Serpentard qu'Amycus a fait un discours sur l'importance du Quidditch, dit Astoria, qui avait suivi le regard de son amie, d'un ton dégoulinant de sarcasme.

Ces groupes ne faisaient aucun bruit, contrairement aux Serpentard – et contrairement à leur habitude pendant les matchs de Quidditch. Ils étaient tous habillés en noir de la tête aux pieds, de sorte qu'il était impossible de déterminer la maison d'allégeance de chacun. Ce qui était l'objectif, imaginait-elle. Rogue et les Carrow les obligeait à se liguer contre une seule maison, alors ils allaient montrer que leur appartenance à des maisons distinctes ne changerait rien à leur attitude.

Vega chercha à trouver des membres de l'AD – les cheveux roux de Ginny ne devraient pas être difficiles à manquer, sur tout ce noir – mais en vain. Elle se tourna vers Astoria.

— Tu as amené tes jumelles ?

Sans rien dire, Tory sortit les jumelles de la poche de son manteau. En les prenant des mains de son amie, Vega sourit. Peu importe les circonstances, elle pouvait toujours compter sur Tory pour venir équipée à une partie de Quidditch.

Elle porta les jumelles à ses yeux et recommença à examiner la foule. Elle ne mit que quelques secondes à trouver Ginny cette fois-ci, dans la tour presque en face de la sienne. Ses cheveux étaient cachés sous une tuque noire, et elle était en grande conversation avec Neville, à sa droite. Un peu plus haut dans la même estrade, Rionach était assise entre Romilda et Charlene. Vega aurait donné n'importe quoi pour pouvoir se joindre à elles et remettre un sourire sur les lèvres de sa copine.

— Tu cherches qui ? demanda Astoria.

— Personne, répondit-elle rapidement en rendant les jumelles à son amie.

Heureusement, coupant court à toute autre question, une porte s'ouvrit au niveau du sol et les sept joueurs de Serpentard en sortirent, les bras dans les airs. La foule vert et argent se mit instantanément à hurler si fort que Vega n'aurait pas été étonnée si les habitants de Pré-au-Lard les entendaient. Tory se pencha vers son amie et lui cria dans l'oreille :

— Ils se croient à la Coupe du Monde ou quoi ?

Quelques instants plus tard, les joueurs des autres maisons sortirent à leur tour sur le terrain. Les encouragements se transformèrent en huées assourdissantes, mais les sept athlètes habillés en violet n'en tinrent pas compte. Ils avancèrent calmement vers le centre du terrain, la tête haute, et se placèrent devant l'équipe adverse, ignorant les insultes que leur lançaient tous ses membres.

Puis, madame Bibine se pressa entre les deux équipes, sa malle de balles sous le bras. Elle adressa quelques mots aux deux capitaines, qui se serrèrent la main – Vega n'eut pas à emprunter les jumelles de Tory pour déduire que cette interaction était encore moins cordiale à l'habitude – puis se pencha pour ouvrir la malle. L'étincelle du vif d'or en sortit tout de suite, et disparut aussitôt. L'arbitre libéra ensuite les deux Cognards, qui se lancèrent à toute vitesse dans les airs. Avec un coup de sifflet, les quatorze joueurs s'élevèrent, le Souafle fut lancé au centre du terrain, et la partie était lancée.

— Grant s'empare du Souafle, le passe à Stewart, qui renvoie à Grant... Les Serpentard traversent la défense de Poudlard comme un couteau coupe du beurre ! On dirait presque que l'équipe violette ne s'est pas préparée pour le match.

Une vague de rires moqueurs traversa le stade. Vega leva les jumelles à ses yeux et constata – sans grande surprise – que la place du commentateur était occupée par un Serpentard de sixième année souriant largement. Il était flanqué par les deux Carrow, qui riaient grassement à chacune de ses blagues idiotes. Derrière lui, McGonagall avait les bras croisés sur sa poitrine et foudroyait du regard le trio assis devant elle.

— Au moins, Grace a l'air heureuse, dit Astoria d'un ton morose.

Vega suivit son regard et trouva la jeune Nott, qui faisait de grands cercles une dizaine de mètres au-dessus des autres joueurs. L'attrapeur de l'équipe adverse – celui de Poufsouffle qui avait remplacé Cédric Diggory, deux ans auparavant – la suivait pas à pas, et elle lui lançait parfois des regards irrités. Vega se demandait ce que dirait Theodore de la situation, s'il changerait d'idée sur la participation de sa sœur à l'équipe après l'avoir vue en action, entourée de garçons.

— Et Serpentard marque ! cria le commentateur, sa voix presque noyée par les cris de joie de la foule. Dix à zéro pour les serpents ! Il faudrait que quelqu'un aille s'assurer que McLaggen s'est bien réveillé ce matin, je le trouve assez endormi sur son balai.

Avec un sursaut, Vega porta son regard sur les trois anneaux à quelques mètres d'elle et reconnut effectivement la tête blonde de Cormac McLaggen, un Gryffondor qui s'était joint à l'AD peu de temps avant elle. Elle aurait été rassurée de ne pas être la seule nouvelle du groupe, sauf que lui ne venait pas de la mauvaise maison ; il partait avec une longueur d'avance.

— Aïe ! Une des poursuiveuses violettes vient de recevoir un Cognard en plein visage, envoyé par un coup magistral d'un batteur de Serpentard. Bien joué, Pomfresh pourra peut-être réparer son nez. Pas que ça améliore grand-chose, mais bon…

Les Carrow joignirent leurs rires à ceux de tous les membres de la maison, alors que derrière eux, McGonagall, Flitwick, et presque tous les autres professeurs avaient le visage cramoisi et presque de la fumée qui leur sortait des oreilles. Vega n'aurait pas voulu se trouver dans cette tour.***

Le lendemain matin, Richard ne se présenta pas au cours d'Étude des Moldus. Après avoir chaudement félicité l'équipe de Quidditch de Serpentard – dont Grace était la seule membre en cinquième année –, Alecto Carrow posa les yeux sur le banc libre entre Harper et Vega.

— Où est Kendrick ?

— Il ne viendra pas au cours ce matin, dit Joffrey, assis à la première rangée. Il a passé la nuit à travailler sur son article pour le Journal.

Carrow hocha la tête, rappela à Joffrey de lui en apporter un exemplaire dès son impression, puis se tourna vers le tableau pour commencer la leçon du jour. Tory glissa un morceau de parchemin vers Vega, qui le déplia et lut :

« N'importe quel autre prof l'aurait mis en retenue jusqu'à la fin de la semaine ! Et ils essaient de nous faire croire qu'il n'y a pas de favoritisme ? »

Vega leva les yeux au ciel et s'empara de sa plume pour inscrire sa réponse :

« Qui essaie de te faire croire ça ? »

Astoria sourit en lisant la réplique de son amie, puis déchira le parchemin en minuscules morceaux, qu'elle écrasa dans le fond de son sac.

Richard ne se présenta pas dans le cours de potions non plus, ni dans celui de métamorphose. Si Slughorn ne fit que froncer les sourcils avant de retourner à son cours, McGonagall foudroya Joffrey du regard quand il lui raconta l'excuse du Journal.

— Monsieur Hamblin, dit-elle d'une voix froide. Cette raison satisfait peut-être les professeurs de votre maison, mais sachez que les leçons de métamorphose n'étant pas facultatifs, les projets extrascolaires, quels qu'ils soient ne sont pas une excuse suffisante pour ne pas y assister.

— Mais Professeure, il –

— Veuillez donc informer monsieur Kendrick, continua la professeure de métamorphose, ignorant les protestations de Joffrey, que je l'attends dans mon bureau à dix-sept heures pile pour discuter de sa punition.

Puisque Joffrey s'était assis à sa table ce cours-ci, Vega dut passer l'heure à grommeler et à insulter McGonagall dans sa barbe, rouspétant avec lui contre l'injustice de la punition de son copain.

Quand ils furent libérés pour l'heure du dîner, Vega décida de descendre à la salle commune plutôt que dans la Grande Salle. Une copine digne de ce nom s'inquiéterait si elle n'avait pas vu son copain de la matinée, alors elle dit à Tory et Grace qu'elle les verrait plus tard et partit en direction des cachots.

Elle n'était que dans le hall, cependant, quand Richard apparut au haut des escaliers, une liasse de papiers à la main et les cheveux ébouriffés. Voyant Vega, il se dirigea vers elle avec un grand sourire et lui plaqua un baiser sur les lèvres.

— Je venais justement vous retrouver. Joff est dans la Grande Salle ?

Vega hocha la tête et le couple rejoignit leurs amis, bras dessus bras dessous.

— Oh, avant que j'oublie, dit Vega en s'asseyant devant une assiette vide. McGo veut te voir à dix-sept heures, parce que tu étais absent.

Le jeune homme balaya cette information du dos de la main, puis laissa tomber sa liasse de papiers sous le nez de Joffrey, qui interrompit son mouvement, sa fourchette à mi-chemin entre son assiette et sa bouche, pour lever les yeux vers son ami.

— J'ai fini ! lança triomphalement Richard. J'y ai passé toute la matinée, mais toutes les pages sont organisées, prêtes à être imprimées !

— Tu as fait tout le –

— Oui, tout est fini !

— Et tu n'as pas oublié de –

— Bien sûr que non !

Joffrey posa calmement sa fourchette, feuilleta quelques-unes des pages que lui avait donné Richard, puis le rassembla, se leva, et les glissa doucement dans son sac.

Puis il partit à la course vers la porte de la Grande Salle, avec un cri triomphal. Richard éclata de rire et se lança à sa poursuite, criant à Vega par-dessus son épaule :

— On se voit ce soir, ma chérie !

Vega sentit le rouge lui monter aux joues en sentant les regards des trois quarts des étudiants de l'école se poser sur elle. Elle se retourna vers son assiette le plus dignement possible, réprimant avec difficulté le désir de se tourner vers la table de Gryffondor et de voir si Rionach était une de celles qui la fixaient.

Cet après-midi-là, Richard et Joffrey tous les deux brillèrent par leur absence. Le fantôme Binns ne remarqua même pas leur absence, bien sûr, mais malheureusement pour eux, le lundi après-midi était aussi l'heure double de sorts et enchantements, et Flitwick n'était ni aussi endormi que Binns, ni aussi permissif que Slughorn. Harper tenta tant bien que mal de leur trouver une raison d'être absents, mais le petit professeur les convoqua tous des deux à dix-sept heures trente.

— Qu'est-ce que je te disais ? chuchota Tory à l'oreille de Vega.

Celle-ci envoya un coup de coude dans les côtes de son amie.

Après le cours, les Serpentard se dépêchèrent de récolter leurs affaires et de sortir de la salle. Grace s'arrêta devant le bureau de ses amies, un grand sourire sur les lèvres.

— Dépêchez-vous ! Le Journal doit être prêt !

Vega adopta un air enthousiaste et se joignit à la hâte de Grace. Astoria les suivit hors de la classe en grommelant.

— Je vois pas pourquoi on se presse, il va toujours être là demain le journal…

Heureusement pour elle, Grace avait déjà traversé la moitié du corridor et ne l'avait pas entendue. Vega lui prit le bras et se pressa pour rattraper le reste de leur classe.

Dans la salle commune, la fête régnait, comme s'ils avaient encore gagné un match de Quidditch. Joffrey et Richard se tenaient de part et d'autre de la porte d'entrée, une colonne de journaux bien pliés derrière chacun d'entre eux, et en tendaient un exemplaire à chaque étudiant qui entrait dans la salle commune. Tous les septième année occupaient déjà les fauteuils face à la cheminée, plongés dans leur lecture. Un trio de deuxième année était également installé autour d'un journal ouvert, semblant bien s'amuser de leur lecture.

Vega s'approcha de Richard dès qu'il fut libre et l'embrassa sur la joue. Avec un sourire, il lui pressa une copie du journal dans les mains.

— Bonne lecture, ma belle !

À la première page trônait une immense photo de l'équipe de Quidditch. Les sept joueurs avaient l'air si sérieux, si immobile que Vega crut un instant qu'il s'agissait d'une photo moldue, jusqu'à ce qu'un des Poursuiveurs, le plus jeune joueur de l'équipe de l'année, lève la main pour faire un signe. Avant qu'il ne puisse faire un geste, cependant, Grace, au bout de la rangée, agrippa son avant-bras et le replaça de force à ses côtés. Le garçon grimaça, mais reprit bientôt son air sérieux.

— Oh Merlin, qui a inventé ça ?

Vega se tourna vers Tory, puis suivit son regard. Elles étaient vis-à-vis du groupe de deuxième année qui s'amusait tant avec le journal, et elles virent la raison de ces rires. Quelqu'un avait créé un jeu de pendu dans lequel le pendu était Harry Potter – les lunettes, la cicatrice et la tignasse noire ne laissaient aucun doute quant à l'identité du bonhomme allumettes. Si le mot n'était pas dévoilé à temps, le petit Potter se débattait sans fin au bout d'une corde. Vega fronça le nez.

Grace éclata de rire

— C'est génial !

Tory souffla et se laissa tomber dans une chaise, ouvrant le journal devant son visage et ignorant tout ce qui l'entourait.

— King ! appela une voix derrière elle.

Vega remonta les escaliers à l'entrée de la salle commune et rejoignit Richard et Joffrey, qui l'avait appelée.

— Il est presque dix-sept heures, je dois monter voir McGo, dit Richard en levant les yeux au ciel. Tu peux aider Joff à distribuer les journaux ?

Elle acquiesça et souhaita bon courage à son copain. Celui-ci se pencha et prit un exemplaire, qu'il glissa dans son sac.

— Un peu de lecture pour cette chère professeure de métamorphose.

Vega grimaça intérieurement. Elle doutait que McGonagall apprécie ce geste. Si Richard revenait avec un mois complet de retenues, elle ne serait pas surprise...

Une vingtaine de minutes plus tard, la majorité des Serpentard étaient revenus dans la salle commune. Joffrey quitta à son tour, pour aller voir Flitwick, demandant à Vega si elle pourrait remettre les journaux restants dans la chambre des garçons. Avec un geste de sa baguette, elle les fit léviter, et les ramena dans le dortoir que partageaient Richard, Joffrey et Harper, face au sien. Avant d'en ressortir, elle attrapa la copie sur le haut de la pile et la glissa dans son sac. Peut-être que si elle avait quelque chose d'utile à offrir à la prochaine réunion de l'AD, elle recevrait un peu de respect…