Heureusement pour elle, Richard se récolta effectivement deux semaines complètes de retenues en soirée – une semaine avec McGonagall, la suivante avec Flitwick –, permettant à Vega de s'éclipser pour la prochaine réunion de l'AD sans trop de complication. Elle sortit de la salle commune en même temps que la majorité des septième année. Theodore lui lança un regard suspicieux, semblait s'apprêter à dire quelque chose, mais se ravisa en voyant que la cinquième année ne se dirigeait pas dans la même direction qu'eux. Elle grimpa rapidement les escaliers jusqu'au septième étage, ne rencontrant presque personne en chemin.

Arrivée devant la tapisserie des trolls en tutu, elle se mordit la lèvre. Elle avait espéré arriver en même temps qu'un autre membre, comme la dernière fois, mais pas de chance, elle était fin seule dans le couloir. Elle pourrait attendre quelques minutes, quelqu'un finirait sans doute par apparaître, mais le plus longtemps elle restait là, le plus de chances elle courait de se faire prendre.

Alors elle se mit les poings dans les poches et commença à marcher, pendant de toutes ses forces « salle d'entraînement de l'Armée de Dumbledore, salle d'entraînement de l'Armée de Dumbledore, j'ai besoin de la salle d'entraînement de l'Armée de Dumbledore ». À son troisième passage, elle leva les yeux avec appréhension, et sauta presque de joie quand elle vit la porte en train de se tailler dans la pierre. Aussitôt la poignée eut-elle apparu à son tour que Vega la tourna et entra dans la salle d'entraînement.

À l'avant de la salle, devant le tableau, Neville et Luna levèrent la tête à son arrivée et lui firent un petit signe de la main. Rio était déjà assise au centre du tapis alors Vega la rejoignit, lui posant un baiser sur le front en s'asseyant à ses côtés.

— Devine quoi ! dit-elle, excitée. J'ai réussi à faire apparaître la porte toute seule !

La Gryffondor tourna vers elle un sourire triste.

— C'est génial, tu es une vraie membre à cent pour cent maintenant.

Devant le manque d'enthousiasme de sa copine, Vega perdit aussitôt son air triomphant.

— Ça va pas ? Qu'est-ce qui se passe ?

— C'est Charlene, soupira Rionach. Elle a reçu une lettre tout à l'heure. Sa tante née-Moldue a été envoyée à Azkaban.

Ce fut comme si Vega avait reçu une claque en plein visage. Jusqu'à ce moment, la guerre était restée plus ou moins abstraite pour elle. Elle connaissait les parties opposées, les risques qu'elle courait en adoptant le point de vue opposé à celui de la majorité de son entourage, mais sans lien personnel aux combattants, la guerre elle-même – la vraie, hors des murs de l'école et de l'univers des adolescents – semblait si éloignée.

Mais maintenant, elle avait un visage. Un rappel que les noms qu'elle lisait dans le journal, qu'elle entendait dans les potins des Serpentard et de l'AD, n'étaient pas que des noms mais des vraies personnes. Des vrais morts, blessés, victimes et fugitifs. Elle se sentait idiote de ne pas l'avoir réalisé avant.

Vega tendit la main vers celle de Rionach et la serra. Quand elle tourna les yeux vers l'avant, elle remarqua que bien que la salle se soit remplie dans les dernières minutes, Ginny n'avait toujours pas rejoint Neville et Luna.

— Ginny n'est pas là ce soir ? s'étonna-t-elle. J'espère qu'elle est pas en retenue…

— Non, pas cette fois, rit doucement Rio. Elle avait un souper avec Slughorn. Son petit club… Cormac aussi a dû y aller.

Vega hocha la tête, repensant aux Serpentard plus âgés qu'elle avait croisés à la sortie de la salle commune. Elle pensait cependant que Theodore Nott n'avait pas été invité dans le club l'année précédente, à cause de l'affiliation de Nott sénior. Elle demanderait à Grace.

Charlene et Romilda furent les dernières membres à entrer dans la salle, quelques secondes seulement avant que Neville ne demande le silence. Romilda s'assit à côté de Vega et Rionach, leur adressant un sourire à toutes les deux, mais Charlene, les yeux rougis, ne leur adressa pas un regard. Rio posa une main sur l'épaule de son amie et lui fit un rapide câlin et, après un moment, Vega se pencha vers elle.

— Rio m'a dit. Je suis désolée.

Charlene se tourna vers elle, et Vega vit plusieurs expressions se succéder dans ses yeux. La rage, l'impatience, l'envie de lui dire de se mêler de ses affaires. Mais finalement, après quelques secondes de tension, elle hocha simplement la tête et se retourna vers l'avant, où Neville continuait à parler.

— … et puis finalement, est-ce que quelqu'un aurait quelque chose à ajouter ?

Avec hésitation, Vega leva la main. Le Gryffondor lui sourit.

— Pas besoin de lever la main, on est pas en cours ici. Fais comme tout le monde, crie plus fort que les autres.

Quelques rires se firent entendre, et tous se tournèrent vers la Serpentard, leurs expressions variant entre la curiosité et l'hostilité pure. Vega se mit à farfouiller dans son sac, en profitant pour cacher son visage rouge pivoine derrière un rideau de cheveux.

— Oui euh… j'ai amené un exemplaire du Journal du Serpent, au cas où vous l'aviez pas…

Quand elle leva la tête, le journal entre les mains, elle remarqua qu'il y en avait déjà plusieurs exemplaires dans la salle qu'elle n'avait pas remarqués. Sur la table derrière Luna, par terre devant la bibliothèque, dans le sac d'une Poufsouffle. Si cela était possible, Vega rougit encore plus profondément.

— Tu crois vraiment qu'on a besoin de toi pour nous ramener ce torchon ? dit Seamus d'une voix forte et moqueuse, tirant un journal de son sac. On n'a jamais eu besoin de serpent pour avoir de l'information sur eux, et c'est pas aujourd'hui que ça va commencer !

— Seamus…, dit Neville à voix basse, posant une main sur l'épaule de son ami.

Puis, il leva la tête vers Vega.

— Merci, c'était bien pensé, mais comme tu vois, on s'est débrouillés autrement. Contente-toi de venir aux réunions, n'en fais pas trop, on ne voudrait pas te mettre encore plus en danger que tu ne l'es déjà.

Seamus marmonna quelque chose qui s'attira des rires de ses plus proches voisins et un regard froid de Neville. Piteuse, Vega hocha la tête et rangea le journal dans son sac, les yeux rivés sur ses chaussures.

Voilà une réunion qui commençait bien…

Plus tard dans la réunion, alors que Vega faisait encore tout son possible pour se faire oublier en s'entraînant silencieusement dans un coin – littéralement, puisque l'exercice du jour portait sur les sortilèges informulés –, Romilda s'approcha d'elle. Elle se plaça à la droite de la Serpentard et continuait à s'entraîner sans rien dire, mais Vega sentait périodiquement son regard peser sur elle. Alors au bout d'un moment, elle leva les yeux et rencontra ceux de la Gryffondor, qui lui sourit.

— Je viens en paix, blagua-t-elle en levant les deux mains.

— Je peux faire quelque chose pour toi ?

Elle avait beau vouloir se faire une place dans l'AD, et en particulier ne pas se mettre à dos les amies de Rionach, l'interaction du début de l'entraînement était restée en travers de la gorge de la Serpentard. Elle avait envie d'être laissée tranquille jusqu'à pouvoir rentrer dans son dortoir.

— Oui euh, en fait, je voulais te parler de mon petit frère.

Vega n'eut aucune réaction. Elle ne voyait toujours pas en quoi ça la concernait.

— Derek Vane ? continua Romilda. Deuxième année ? Serpentard ?

Vega haussa un sourcil. Une Gryffondor avec un petit frère à Serpentard. On aurait tout vu.

— Oui, ça me dit quelque chose, répondit Vega. Cheveux bruns frisés, yeux verts ?

— Exact ! Je me demandais simplement si tu pouvais... garder un œil sur lui ou quelque chose.

Vega fronça les sourcils.

— Pas besoin de lui parler ou rien, continua Romilda à toute vitesse. Je ne lui ai rien dit à propos de l'AD et la résistance, et je ne vais rien lui raconter de tout ça, il est beaucoup trop jeune. Mais ça me rassurerait de savoir qu'il y a quelqu'un d'entre nous qui veille sur lui, même de loin.

« Quelqu'un d'entre nous ».

Vega sourit.

— Avec plaisir.

Finalement, cette journée ne serait peut-être pas à oublier complètement. Vega n'avait pas la confiance de tous les membres de l'AD, mais elle avait gagné celle de Romilda. C'était mieux que rien.

Un soir cette semaine-là, tous les Serpentard de cinquième année – sauf Grace et Harper, qui avaient un entraînement de Quidditch – étaient installés autour de l'une des tables de la salle commune, absorbés par l'étude de métamorphose pour leur examen de la semaine suivante. Quand Daphné Greengrass se plaça derrière sa sœur, tous levèrent les yeux vers elle, mais elle ne répondit au regard de personne et ne fit que tapoter l'épaule d'Astoria, lui demandait si elle pouvait la suivre.

Tory haussa les épaules, ferma son manuel et se leva pour emboîter le pas à sa sœur. Vega les suivit du regard jusqu'au dortoir des filles de septième année, où elles entrèrent et Daphné ferma la porte.

— Tu sais c'est à propos de quoi ? lui demanda Richard.

— Aucune idée.

Pendant près de dix minutes, la table fut à nouveau plongée dans le silence, chacun absorbé par sa lecture et son étude. Quand la porte du dortoir dans lequel avaient disparu les deux blondes s'ouvrit avec fracas, la demi-douzaine d'étudiants sursauta. Astoria en sortit, le visage rouge de furie, traversa le couloir en trois grandes enjambées et entra dans son propre dortoir, claquant la porte derrière elle avec tellement de violence que les tapisseries suspendues de part et d'autre de celle-ci s'envolèrent presque jusqu'au plafond.

Avant que quiconque n'ait eu le temps de réagir, l'aînée des Greengrass sortit à son tour de la chambre, l'air aussi posé qu'à son habitude, referma doucement la porte derrière elle, et traversa la salle commune d'un pas léger, disparaissant par l'ouverture dans le mur.

Vega fut la première à se sortir du choc.

— Je vais voir ce qui s'est passé.

Elle récolta son manuel et ses parchemins, glissa celui de son amie dans son sac également, et se rendit jusqu'à son dortoir.

Elle frappa quelques coups à la porte avant d'entrer.

— Tory ? C'est moi.

Après quelques secondes, quand aucune réponse ne se fit entendre, Vega tenta de tourner la poignée, mais celle-ci ne bougea pas ; Tory avait verrouillé la porte de l'intérieur. Après de nouveaux coups, une nouvelle tentative de faire ouvrir la porte à son amie, Vega sortit sa baguette de sa poche. Comme ils s'étaient entraînés sur les sortilèges informulés lors de la réunion de l'AD, elle formula un « Alohomora ! » dans son esprit, voyant la poignée tourner, la porte s'ouvrir...

Après trois essais, elle entendit le « clic ! » qui signalait le déverrouillage et remit sa baguette dans sa poche, cachant son sourire de triomphe de ses camarades de classe, qui regardaient toujours dans sa direction.

Dans le dortoir, l'obscurité régnait. Les bougies n'avaient pas encore été allumées pour la soirée – ou Astoria les avait éteintes – et tous les rideaux avaient été tirés, ne laissant filtrer aucune lumière par les fenêtres artificielles.

Une fois ses yeux habitués à la noirceur, Vega trouva son amie, assise à la tête de son lit, appuyée contre le mur et les bras croisés serré contre sa poitrine. La brune ralluma quelques chandelles – en prononçant bien les sortilèges, cette fois, elle ne voulait pas se casser la tête – et s'installa au pied du lit de son amie.

— Qu'est-ce qui s'est passé ?

— Elle pense qu'elle sait tout ! explosa la blonde. Cette foutue miss parfaite, reine de la famille et princesse des Serpentard !

— Daphné ?

Tory regarda Vega et leva les yeux au ciel.

— Qui d'autre ? Elle se permet de venir me faire la leçon, comme si c'était à elle de me dire comment me comporter. Elle a que deux ans de plus que moi, qu'est-ce qu'elle en sait, hein ?

Ne comprenant toujours pas de quoi parlait son amie, Vega attendit que celle-ci fasse une pause pour respirer et en profita pour lui demander des explications.

— Mais qu'est-ce qu'elle te veut, exactement ?

— Que j'arrête de critiquer Rogue, les Carrow, le Journal du Serpent. Que je fasse plus d'efforts pour me fondre dans la masse, comme elle. « À t'écouter, on finirait par croire que tu veux joindre la Résistance ! », dit Astoria d'une voix aiguë, imitant celle de sa sœur.

Les battements du cœur de Vega s'accélérèrent et l'excitation monta en elle, mais elle s'efforça de ne rien laisser paraître sur son visage. Tory, résistante ? Elle pourrait même l'inviter à joindre l'AD. La vie serait tellement plus simple si elles étaient deux Serpentard dans ce nid de lions, si elle avait une amie pour l'aider à concocter des excuses, à éviter trop d'intimité avec Richard. Il faudrait que Tory soit mise au courant de Rionach, de la relation entre elles, mais Vega était prête à cela. Elle ouvrit la bouche pour se lancer, mais Astoria continua à parler comme si elle ne s'était jamais arrêtée.

— Comme si je pourrais rejoindre la Résistance ! Malgré ce que croit Daphné, je ne suis pas plus pour eux que pour les Mangemorts. Mais bien sûr que je crois à la supériorité des sang-pur! Juste... est-ce qu'on a vraiment besoin d'une guerre pour tout ça ?

Tory se laissa retomber sur le lit, les bras en croix au-dessus de sa tête, et regarda Vega, les yeux grands ouverts.

— J'aimerais qu'on me laisse tranquille, que personne ne m'oblige à choisir de camp.

Vega hocha la tête et sourit, vaguement nauséeuse. Elle avait été si près de tout dire à Astoria, de tout ruiner pour tout le monde. Mais à quoi avait-elle pensé ?

À ce moment, Grace entra dans la chambre, les cheveux pleins de sueur, et son regard passa entre ses deux amies.

— Les garçons m'ont dit qu'il s'était passé un truc ?

Tory et Vega s'échangèrent un regard, et la brune faillit éclater de rire. Elles faisaient un beau trio : Nott l'extrémiste, King la résistante et Greengrass la neutre. Comment diable avaient-elles réussi à rester meilleures amies toutes ces années ?