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Chapitre 11 : Tempête
La jeune fille juchée sur son voilier, jeta un regard en arrière, interloquée. Un chevalier lourdement armé, installé sur un cheval de guerre, galopait à toute allure en sa direction. L'homme secouait son foulard en l'air, souriant. La jeune fille se retourna un peu plus, afin de mieux observer son "assaillant", mais alors qu'elle scrutait l'inconnu, elle perdit le contrôle de son véhicule. Il fit un virage serré sur la droite et alla se planter dans un vieil arbre noueux. Le choc envoya Selva valser par-dessus bord. Le sol rocailleux accueillit sa chute, elle fit quelques rouleaux avant de finir son parcours dans un buisson. Le chevalier hoqueta et sauta à bas de son cheval. Dans sa hâte, il se bloqua le pied dans l'éperon de sa monture et battit des bras pour ne pas perdre l'équilibre, à son tour, il se vautra par terre. Le visage planté dans le sol, il ne bougea plus. Son cheval piaffa inquiet. Un murmure monta du géant, un doux mélange de jurons et d'un rire dépité. Le blond se redressa, se frottant la nuque meurtrie.
– Vous allez bien, mademoiselle ?
Un éclat de tonnerre fit écho à sa question. La jeune fille resta muette, la tête dans le buisson. Le chevalier galant se redressa et fit quelques pas en direction de l'accidentée. Selva finit par s'asseoir, complètement sonnée. Elle jeta un coup d'oeil scrutateur à Bjorn puis leva les yeux au ciel, des gouttes de pluie tombèrent sur son visage.
– Vous saignez, permettez ! Il sortit un mouchoir brunâtre de sa poche, voulut l'appliquer sur la plaie mais la jeune femme lui bloqua le poignet d'un geste souple.
– Merci, je peux me soigner moi-même.
Aucune menace dans sa voix, juste une pointe d'agacement. Le géant la fixa. Que passait-il dans la tête du chevalier ? Etait-il un danger pour elle ? Tout son corps témoignait d'une force colossale, mais son air détendu et jovial indiquait probablement pas qu'il n'était une machine à tuer – un soldat bien heureux. Un nouveau coup de tonnerre. Selva lui rendit son mouchoir, dans sa chute elle s'était éraflée le visage à plusieurs endroits, son coude saignait lui aussi. Elle se redressa en grognant. C'était une erreur de débutant, toute cette scène, elle n'aurait jamais dû dévier de son chemin. Elle n'aurait pas rencontré ce géant – aucun risque pour son identité et aucunes questions dangereuses auraient été posées. Il fallait agir intelligemment et prudemment à présent. Le chevalier n'avait pas l'air d'une flèche mais il ne fallait pas le sous-estimer.
– Vous vous êtes pas fait trop mal en tombant du cheval ? demanda-t-elle un léger sourire moqueur aux lèvres.
– Moins que vous, il me semble, répliqua-t-il sur le même ton.
Le destrier s'approcha du blond, les yeux gonflés par la peur. Il n'aimait pas les orages. Son maître lui caressa l'encolure, et jeta un coup d'oeil vers le moyen de transport de l'inconnue.
– Je n'avais jamais vu un tel… bateau ? chariot ? C'est particulier.
Selva fixa son voilier, ses doigts se posèrent discrètement sur la poignée de sa dague. Que devait-elle faire ? Eliminer le géant ? Quelques coups bien placés et il était hors d'état de nuire, mais il ne semblait pas être un danger éminent, même si sa curiosité la mettait dans l'embarras.
– C'est un prototype, mentit-elle, elle pouvait sûrement se débarrasser de ce grand curieux sans le tuer. Cela faisait aussi parti de son entraînement. Les mots de Tillian était gravée dans son coeur : une vie est une vie.
– Je vois, alors, si vous allez bien, permettez-moi de vous quitter ici, je dois mettre mon cheval à l'abri.
– Vous pouvez vous mettre à l'abri avec moi…, Selva se pinça les lèvres, la proposition lui était sortie toute seule. « Si vous voulez… » C'était l'occasion rêvée de le quitter sans danger, mais la réponse était venue naturellement. Elle se sentait seule. Selva courut vers son voilier sans en dire plus. Elle s'attarda auprès d'un mécanisme complexe, en tirant sur quelques poulies et cordes, les voiles se déployèrent de façon à transformer le voilier en chariot.
– Encore mieux ! souffla le géant émerveillé. Mais comment faites-vous avancer votre véhicule ?
Selva se hissa à l'abri de la bâche, elle manipula encore quelques fils et tissus. À l'entrée du chariot se dressait à présent un avant-toit en tissu qui offrait un abri au cheval, elle déroula les pans latéraux, créant une sorte d'entrée tout de tissu imperméable – graisse de siffleur oblige.
– On passe un marché, vous me posez pas de question sur mon chariot et je vous y laisse vous y abriter, vous et votre cheval, Selva lui tendit sa main gantée et appuya son offre d'un sourire.
– Ça roule pour moi.
Il délesta l'animal de sa selle, de ses bagages et s'installa au sec.
– Quelle mécanique… commença le chevalier, il croisa le regard de Selva et se tut : Oui, oui, pardon, on ne parle pas du chariot.
– Merci.
Bjorn se cala contre la paroi de la petite cabine du chariot-voilier. La jeune fille avait roulé son matelas et l'avait sorti de la petite pièce, leur permettant de s'asseoir à l'intérieur. Il devait se courber de façon un peu désagréable pour ne pas se cogner la tête au plafond, son armure l'entravait.
– Hum, si vous voulez enlever quelques éléments de votre artillerie, vous pouvez. Ce sera sûrement plus agréable pour vous.
Le vent puissant frappait les toiles du chariot avec véhémence, la pluie tombait de plus en plus fortement et une brume épaisse commençait à s'échapper de la forêt. La jeune femme regarda vers l'extérieur :
– Il me semble que nous serons ici pendant un petit moment.
Fenouil hénit, malheureux comme tout dans cette tempête.
– Un peu peureux votre cheval… plaisanta l'inconnue.
Elle déplia une grosse couverture en tissu et s'y enroula dedans. Un signe rassurant. Elle ne m'attaquera pas emmitouflée comme ça. Il avait au début simplement cru que la jeune fille était une voyageuse un peu perdue, mais rapidement les questions s'étaient multipliées en lui : pourquoi voyageait-elle seule ? Quel était ce drôle de véhicule ? Son accent aussi… d'où venait-elle ? Bjorn avait beaucoup voyagé depuis la fin de ses aventures avec ses camarades, mais il avait entendu un tel accent en de rares occasions. Et… lorsqu'elle lui avait bloqué le poignet, il avait soudain noté l'énergie qu'elle dégageait, une énergie pareille à la tempête qui faisait rage dehors : un vent contenu qui s'apprête à exploser. Et ses cicatrices au visage, Bjorn crut au début qu'elle s'était blessée à l'oeil gauche, mais il avait remarqué que la blessure était ancienne, une vieille brûlure, qui avait épargné l'oeil de justesse, s'étendant jusqu'à la mâchoire. Elle était musclée – entrainée au combat. Qui es-tu ? Qu'es-tu ? Elle n'était pas marchombre, c'était sûr, elle ne dégageait pas la même force, pas la même énergie. Elle paraissait plus sauvage. Rompue à une autre discipline.
– Comment vos amis vous nomme-t-il ?
Le nez caché sous la couverture, elle fixa un instant le plancher, pensive. Bjorn retira certaines parties de son armure, se mettant à l'aise.
– Je m'appelle Selvaryan, mais tout le monde m'appelle Selva. Et vous ?
– Bjorn, tout court, le chevalier étira ses jambes et se saisit de la couverture que la jeune fille lui tendait. Elle devait avoir la vingtaine, pas encore vingt-cinq. « Et si on se tutoyait maintenant que je suis à moitié nu dans votre chariot ? » dit-t-il d'un ton goguenard.
Selva leva les yeux au ciel, un demi-sourire aux lèvres.
– Pourquoi pas, Bjorn.
Ils restèrent silencieux quelques minutes.
– Si j'ai bien compris, je ne peux pas poser de questions sur le chariot, commença le chevalier, essayant de relancer la conversation.
– Bien résumé, elle se tut quelques secondes, toi, tu as l'air d'un chevalier, avec ton armure, ton fier destrier. Tu es un noble en vadrouille, un soldat de l'armée impériale, un chevalier au service d'une ville ?
Il ne répondit pas immédiatement, devait-il se dévoiler alors qu'elle-même semblait vouloir éviter de donner des informations sur elle-même ?
– Disons que je suis un homme qui essaie de se rendre utile, lâcha le chevalier fier de sa tournure de phrase.
Sa réponse fit sourire la jeune femme.
– Et comment te rends-tu utile ?
