Lexa se réveilla bien avant le lever de soleil. Elle sortit rapidement du lit en prenant soin de ne pas déranger le sommeil de Costia. Elle s'assit au pied du lit, jambes croisées et yeux clos. Sur les conseils de Titus, elle apprenait à communiquer avec les esprits des anciens commandants. Aujourd'hui était un jour important et elle avait besoin de leur bénédiction. De tous les commandants, c'était Becca que Lexa écoutait le plus. Elle était la moins insistante sur la loyauté des clans et accordait plus d'importance au bien-être de tous les peuples. Ses croyances étaient celles qui se rapprochaient le plus des siennes. Aujourd'hui était le jour où la coalition serait créée ou celui où elle prendrait fin avant même d'avoir commencé. La jeune femme savait que si elle n'était pas en mesure de solidifier cette coalition, cela déstabiliserait son pouvoir et la mènerait sans doute à la mort. Ça devait marcher. Elle devait prendre soin de respecter leurs traditions. Jus Drein Jus Daun était une coutume de son peuple et cette coutume serait toujours la base de leur justice. Cependant, Lexa savait aussi qu'un danger approchait. Un danger qui ferait fi des clans et de leurs croyances. Becca lui avait montré la Praimfaya. Elle savait que dans six ans, une vague mortelle déferlerait sur la Terre, tuant tout sur son passage. Si Lexa n'unifiait pas les clans aujourd'hui, ce serait le chaos. Dans l'esprit de Lexa, Becca lui avait montré le bunker sous la crypte qui protégerait ses occupants de la Praimfaya, et la jeune femme avait bien l'intention de sauver un nombre égal de personnes de chaque clan. La coalition était la première étape de ce plan. Ils devaient apprendre à vivre ensemble. Becca l'avait mise en garde de ne jamais dévoiler son plan à personne. C'était le fardeau que seul le commandant devait porter.
Lexa finit sa méditation et se rendit plus tôt à la salle du trône. Elle s'installa au balcon. De cet endroit, elle voyait tout Polis. Sa responsabilité. Une responsabilité qui pesait lourd sur ses épaules. Elle entendit Titus derrière elle.
« Oui Titus ? »
« Lexa, nous devons parler. » Répondit-il solennellement. Lexa fut surprise d'entendre qu'il l'avait appelée par son prénom, et non Heda. Quelque chose n'allait pas.
« Je t'écoute. » Un sentiment d'effroi s'empara d'elle.
« Ne te souviens-tu pas de mes enseignements ? »
« Titus, je n'ai pas le temps pour ça. Dis-moi ce que tu es venu me dire. » Répondit Lexa qui sentait la colère monter en elle. Elle n'avait pas besoin de distractions aujourd'hui et elle n'allait certainement pas se laisser prendre à son petit jeu.
« Je t'ai vue. » Cracha le Gardien de la Flamme. « Avec elle ! » Lexa fut abasourdie par sa colère.
« Peu importe ce que tu crois avoir vu, ça ne te concerne pas. » Répondit Lexa sur la défensive.
« Bien-sûr que si. Tout ce que tu fais me concerne, concerne ton peuple. L'amour est une faiblesse, Lexa. Être commandant signifie être seule. Tu dois y mettre un terme. »
« Je n'en ferai rien. »
« Si tu ne le fais pas, elle mourra. Tes ennemis cherchent ta faiblesse. Si tu tiens à elle, tu la renverra chez elle ! »
Lexa entra dans une telle fureur qu'elle oublia la façon qu'elle avait de mesurer chaque mot avant de parler. Elle s'emporta contre Titus avec une passion telle que le Gardien de la Flamme faillit ne pas la reconnaître.
« Tu oublies ta place, Titus ! Tu es mon sujet ! Vous êtes tous mes sujets ! Je ne passerai pas une seconde de plus à t'écouter ! Sors d'ici ! Tout de suite ! »
Titus s'immobilisa, choqué. Il ne pensait pas qu'elle le renverrait, qu'elle rejetterait sa sagesse. Il l'aimait et la respectait. Il s'était attaché à elle plus qu'à aucun autre commandant qu'il avait servi. Elle avait tort, et il devait la sauver d'elle-même. Mais c'était un combat pour un autre jour, alors il s'inclina respectueusement et la laissa seule avec ses pensées.
Lexa se tourna de nouveau vers la ville. Son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine. Comment osait-il ? Il avait tort. Anya avait tort. Ils avaient tous tort. Pourquoi ne pouvait-elle pas tout avoir ? Elle n'avait pas demandé à devenir commandant, et elle n'acceptait pas de devoir vivre dans la solitude, sans amour. Elle ne devait pas sa vie entière à son peuple. Lexa s'efforça de reprendre son souffle. Elle devait sortir ce moment de sa tête. Elle avait un travail important à accomplir aujourd'hui et elle ne se laisserait pas distraire par Titus et ses sermons. Elle savait qu'il se préoccupait d'elle, mais sa digression serait quelque chose qu'elle aurait du mal à pardonner. Si ça avait été quelqu'un d'autre, elle l'aurait certainement jeté du haut de son balcon.
Une heure plus tard, Lexa était assise sur son trône, entourée des ambassadeurs des onze clans. Le siège de Azgeda était vide, ce qui ne passa pas inaperçu. Ainsi commença le véritable test sur sa capacité à gouverner.
« Merci à tous d'être venus aujourd'hui. » Commença Lexa d'une voix forte. « Nous sommes réunis pour parler de la paix. Je vous ai tous rencontré individuellement et écouté vos inquiétudes et vos conditions. Pour que ça fonctionne, tout le monde doit faire des compromis. Mais nous sommes plus forts ensembles. Dans ma coalition, vos peuples seront en sécurité. Une attaque dirigée contre un clan sera une attaque contre tous les clans. Ensemble, nous auront une armée comme le monde n'en a jamais vu auparavant. »
Lexa fut heureuse de voir les ambassadeurs acquiescer en signe d'accord. Elle avait leur attention. Pendant les heures qui suivirent, ils discutèrent des termes de la coalition. Parfois, les discussions s'échauffaient, mais Lexa jouait le médiateur et mettait fin aux conflits.
Soudainement, les portes de la salle du trône s'ouvrirent, laissant entrer la reine Nia et sa délégation de la Nation des Glaces.
Lexa se leva et se dirigea vers Nia. La Reine la domina de sa hauteur mais Lexa soutint son regard, refusant de lui laisser cette victoire.
« Nia, es-tu venue pour rejoindre ma coalition, ou pour mourir ? Je serai heureuse de me soumettre à ta volonté dans les deux cas. » Lexa ne perdit pas de temps et alla droit au but, sous les yeux attentifs des ambassadeurs.
« Jamais je ne te suivrai, petite fille. » Ricana Nia en regardant Lexa avec dégoût.
Gustus apparut immédiatement et pointa son épée vers la nuque de Nia, qui resta impassible.
« Heda ? » Demanda le jeune homme, attendant ses ordres.
Lexa garda son calme. Elle regarda Nia, l'étudia.
« Tu ne me rejoindras peut-être pas, mais ton peuple, lui, oui. Tu seras la première à porter ma marque comme symbole de ton appartenance à ma coalition. »
Lexa força Nia à s'agenouiller devant elle. Elle déchira la manche de sa tunique, exposant l'avant-bras de la Reine. Sans jamais la quitter des yeux, Lexa tendit la main pour prendre le fer chaud que lui tendait l'un des gardes. Les yeux de Nia s'écarquillèrent lorsque Lexa posa le fer sur sa peau. La Reine ne donna pas à Lexa le plaisir de l'entendre crier et garda son regard fixé sur la jeune femme, en signe de défi. Lexa se délectait de voir souffrir Nia.
« Tu laisseras un ambassadeur participer aux discussions de paix. Est-ce que c'est clair ? » Demanda Lexa.
« Comme du cristal. » Cracha Nia. « Roan ! » S'écria la Reine.
Un soldat parmi la délégation de la Nation des Glaces fit un pas en avant. « Oui Mère. »
« Reste ici et garde un œil sur l'enfant qui croit nous diriger. »
Le poing de Lexa s'écrasa sur le visage de Nia avant qu'elle ne puisse dire un autre mot. Elle n'avait pas retenu son coup, et la Reine était tombée, totalement assommée. Les autres ambassadeurs furent clairement impressionnés. La Reine de Glace n'était pas très populaire parmi eux.
« Raccompagnez votre reine chez elle pour qu'elle panse ses blessures. » Lança Lexa aux gardes Azgeda. Ils obéirent sans poser de questions. Titus se tenait à l'extérieur de la salle du trône lorsqu'ils sortirent. Il glissa une feuille de papier dans la main d'un des gardes et parti à son tour sans dire un mot.
Le Prince Roan fut le dernier soldat Azgeda présent dans la salle du trône. Il échangea un regard avec Lexa. C'était un bel homme, un soldat chevronné, mais pourtant, son regard ne trahissait pas la haine que ressentait sa mère pour Lexa. Roan, pensa Lexa. Elle repensa à cette fameuse nuit, cette nuit où elle avait tout perdu, où ce garçon l'avait épargnée. Se pourrait-il que … ?
« Prince Roan. Merci de nous rejoindre. Je t'en prie, assieds-toi. » Lexa fit un signe de tête en direction de la chaise vacante. Il la regarda d'une façon curieuse et s'assit.
Au cours des semaines suivantes, on se mit d'accord sur les termes de la coalition de Lexa. Les uns après les autres, chaque ambassadeurs se porta volontaire pour porter la marque en signe de dévouement pour la coalition. La plupart d'entre eux avait rejoint Lexa pour la sécurité qu'elle offrait. D'autres s'était uni à la jeune femme à cause de la peur qu'elle leur inspirait. Sa confrontation avec la Reine des Glaces l'avait rendue que plus puissante. Lexa ne se souciait pas de leurs motivations, mais du résultat. Elle était toujours inquiète à propos d'Azgeda. Même si le Prince Roan semblait raisonnable, Lexa savait qu'il n'avait pas l'autorité pour imposer la paix. Nia continuerait de poser problème, surtout après l'humiliation qu'elle avait subit. Azgeda ne rejoindrait jamais la coalition.
Pendant sa dernière nuit à Polis, Roan fut convoqué dans la chambre de Lexa, escorté par Gustus.
« Roan, entre. » Lança la jeune femme.
« Heda, si c'est à propos de la coalition, tu sais que tu as tout mon soutien, mais saches que la reine y est catégoriquement opposée. »
« Je le sais. Ce n'est pas pour ça que je t'ai convoqué. Il y a quelque chose que je dois savoir. »
« C'est à propos de cette nuit-là, n'est-ce pas ? » Demanda Roan.
« Alors c'était toi. »
« Oui. »
« Pourquoi m'as-tu épargnée ? »
« Honnêtement, je ne sais pas. J'ai défié ma mère et ma reine, j'ai menti à mon peuple. Je ne pouvais tout simplement pas te tuer. J'ai vu quelque chose dans ton regard et j'ai su que ton combat n'était pas encore terminé. »
« Et pourtant tu as jugé bon de tuer tous ceux que j'aimais ? » Demanda Lexa.
« C'était la guerre, Heda. Nous avons tous fait des choses dont nous ne sommes pas fiers. Nous faisons ce que nous devons pour notre peuple. Je sais que tu le comprend. »
« Je ne comprendrai jamais ce que ton peuple a fait. Mais je te dois la vie. »
« J'avais raison. » Commença Roan. « Peu importe ce qui arrivera, je ne regrette pas de t'avoir épargnée. Tu es née pour ça. »
« Je ne vais pas te tuer. » Répondit Lexa. « Nos peuples sont peut-être opposés, mais toi et moi ne le sommes pas. Un jour je rembourserai la dette que j'ai envers toi. »
Roan la regarda, admiratif. Il n'avait jamais connu un dirigeant comme elle.
« Je m'assurerai que vous rentriez sains et sauf, toi et ta délégation. » Continua Lexa. « Dis à ta mère que je la reverrai sur le champ de bataille. »
Roan acquiesça, se retourna et partit. Lexa ne le reverrait pas avant de nombreuses années.
Costia avait entendu sa conversation de la pièce d'à côté. Elle sortit et alla rejoindre Lexa, passant un bras autour des épaules de la jeune femme.
« Tu as pris la bonne décision. Ne pas le tuer. »
« J'espère que tu as raison. » Souffla Lexa. Elle en avait assez d'Azgeda. « Pourquoi Nia est-elle aussi têtue ? Je devrai tous les détruire ! »
« Peut-être qu'elle le mérite, mais pas son peuple. Tu le sais Lexa. Tu dois laisser Azgeda rester dans la coalition. Tu dois trouver une solution. Autrement, tout cela n'aura servi à rien et les combats continueront. Promet-moi que tu utilisera ta tête plutôt que ton épée. »
« Je ferai de mon mieux. » Concéda Lexa avec un sourire. « Allons nous coucher. J'ai hâte que cette journée se termine. »
Elle commença à souffler toutes les bougies qui éclairaient sa chambre. Il y en avait tellement.
« Je voulais te demander. » Commença Costia. « Pourquoi autant de bougies ? »
Lexa soupira. « Ça peut paraître stupide, mais pour chaque victoire, chaque regret, chaque erreur, chaque personne que j'aime, chaque personne que j'ai perdu, j'allume une bougie. Elles racontent mon histoire. Je sais ce que chacune d'elles représente. »
« Je trouve ça magnifique. » Souffla Costia avant de se laisser aller dans les bras de Morphée.
Lexa sourit tristement et laissa le sommeil l'emporter elle aussi.
