Une semaine était passée depuis le départ de Roan et Lexa se préparait à marcher sur Azgeda. Elle allait donner à Nia un ultimatum : se joindre à elle ou mourir. Lexa ne se réjouissait pas à l'idée d'entrer en guerre, mais ça ne lui faisait pas peur. Elle ferait ce qui serait nécessaire pour le bien de son peuple. La formation de son armée prendrait du temps, mais elle savait que chaque clan répondrait à son appel. Lexa était optimiste.
La journée avait été longue et Lexa se dirigea vers sa chambre, impatiente de retrouver Costia. La jeune femme était son rocher, et Lexa était terrifiée de voir à quel point elle avait besoin d'elle.
Ses pensées furent vites dissipées lorsqu'elle entra dans sa chambre. Les signes de lutte étaient évidentes. Les meubles renversés, des bris de verre sur le sol, ses précieuses bougies renversées. Et aucun signe de Costia.
« Costia ! » Hurla Lexa, submergée par la peur. Où étaient ses gardes ? Elle décida de vérifier chaque pièce, sans succès. Il n'y avait qu'une explication. Nia l'avait enlevée.
Lexa appela ses gardes. Gustus apparut quelques secondes plus tard. Il remarqua la mine sombre de Lexa et, en voyant sa chambre saccagée, il sut ce qu'il s'était passé et devint livide.
« Ma sœur ... »
« Nous devons la retrouver. Vas. Emmènes tes meilleurs soldats avec toi. Si tu te dépêches, tu pourras peut-être la délivrer avant qu'ils n'arrivent à Azgeda. »
Gustus était resté immobile, hébété. Lexa le secoua. « Pars ! Maintenant ! »
Le jeune homme sortit de sa transe et partit en courant, aboyant des ordres aux gardes qui croisaient son chemin.
Lexa ne trouva pas le sommeil cette nuit-là, ni la suivante. Elle se sentait perdue. Toutes ses pensées étaient dirigées vers Costia et à ce qu'Azgeda lui faisait endurer. Lexa connaissait les rumeurs. Elle connaissait leurs méthodes de torture. Costia était innocente et pure, elle n'aspirait qu'à la paix. Comment tout cela avait-il pu arriver ? Lexa pleura et pleura jusqu'à ne plus pouvoir verser de larmes. La rage en elle grandit. Nia voulait blesser Lexa, elle voulait connaître ses secrets. Lexa ne pouvait qu'espérer que Costia lui dirait tout ce qu'elle voulait savoir et qu'elle laisse la jeune femme repartir. Mais elle savait aussi que jamais Nia ne la libérerait.
Gustus revint quatre jours plus tard. Sur les vingt soldats qui étaient partis avec lui, seuls deux avaient survécus, mais étaient gravement blessés.
« Je suis désolé Lexa. » Hoqueta Gustus. « Je n'ai pas réussi à la libérer. Ils nous ont tendu un piège. Ce sont eux qui l'ont enlevée. J'ai échoué. Je t'ai déçue. »
Le cœur de Lexa se serra et ses genoux fléchirent. Non ! Ça ne pouvait pas arriver !
« Je suis heureuse que tu me sois revenu, Gustus. J'irai et je la ramènerai. »
« Non Heda, c'est trop dangereux. » Réussit à articuler le jeune homme avant de sombrer dans l'inconscience.
Lexa décida qu'elle partirai le lendemain matin. Elle devait d'abord réunir le conseil et leur donner les instructions finales pour la future bataille. L'armée était presque prête. Elle serait en tête, infiltrerait Azgeda, libérerait Costia avant de rejoindre son armée. C'était ce qu'elle aurait du faire dès le début, pensa-t-elle.
Après la réunion, Lexa retourna dans sa chambre pour appliquer ses peintures de guerre et pour prendre ses armes. Alors qu'elle passait près de son lit, quelque chose attira son attention. Elle retira les couvertures et cria. Sur ses draps était déposée la tête de Costia. Ses yeux, figés dans la mort, regardaient Lexa. Son visage auparavant magnifique était désormais déformé et grotesque. Ils l'avaient tuée. Ils avaient tué Costia.
Lexa hurla de nouveau et tomba au sol. Jamais auparavant elle n'avait ressenti pareille douleur. Elle avait l'impression que son cœur venait de lui être arraché. Alertés par ses cris, plusieurs gardes entrèrent dans sa chambre.
« Laissez-moi seule ! » S'écria la jeune femme en jetant un couteau dans leur direction.
Lexa perdit toute notion du temps. Elle n'arrivait plus à respirer. Elle chercha son souffle et agrippa sa poitrine avant de se recroqueviller sur elle-même. Elle hurla encore et encore. Et lorsqu'elle ouvrit les yeux, ceux de Costia la fixaient toujours. Ses hurlements se muèrent en gémissements. La douleur était telle que la jeune femme pensa mourir. Elle voulait mourir. Elle ne pouvait pas vivre avec cette peine. Elle ne pouvait pas vivre sans Costia. Elle se sentait vide, la meilleure partie d'elle-même lui avait été arrachée et avait été détruite avec Costia.
La culpabilité vint ensuite, redoutable.
Tout est de ma faute. Titus et Anya m'avaient mis en garde. J'ai refusé de les écouter. Costia est morte à cause de moi. Elle est morte parce qu'elle m'aimait. J'ai été égoïste. Titus a essayé de me dire qu'elle serait une cible pour mes ennemis. Tout est de ma faute. Je l'ai tuée. J'ai tué la seule personne que j'aimais. Tous ceux que j'aime meurent.
La culpabilité et le chagrin étaient trop forts. Lexa ramassa le couteau et passa la lame sur son poignet. Elle voulait seulement que la douleur disparaisse. Elle ferait n'importe quoi pour que ça s'arrête. Elle sentit Becca qui tentait de la raisonner mais elle la fit taire. La jeune femme ne voulait pas entendre ce qu'elle avait à lui dire.
Ses pensées n'étaient que chaos.
Mais alors, Lexa pensa à Nia.
Non, elle ne pouvait pas mourir et laisser Nia s'en sortir impunément. Elle vengerait Costia, vengerait sa famille. Elle les vengerait tous.
Le chagrin de Lexa laissa place à la haine. Elle essuya les larmes sur ses joues. L'amour est une faiblesse, pensa-t-elle. Jamais plus je n'aimerai quelqu'un. Je ne serai plus jamais faible. Être commandant, c'est être seule.
Lorsqu'elle sortit de sa chambre, Lexa était une autre femme.
Titus se précipita vers elle.
« J'ai entendu ce qui était arrivé. » Commença le Gardien de la Flamme.
Elle l'interrompit. « Veilles à ce que les gardes retirent la tête de Costia de mon lit. Et dis à mes généraux que nous partons immédiatement pour Azgeda. Ils brûleront à mes pieds. »
« Oui Heda. » Répondit Titus. Tandis qu'il se retournait pour s'en aller, son visage se fendit d'un sourire. Oui, pensa-t-il, c'est la Heda que je voulais voir. Impitoyable. Froide. Insensible. J'ai fait ce qu'il fallait. J'ai fait d'elle le leader qu'elle devait être. Que son règne soit long.
