Lorsque Nick entra dans le commissariat, tout était calme. Il était tôt et l'équipe de jour était encore en train de s'installer; Wu était aux vestiaires et Hank avait encore sa veste sur le dos. Le grimm sourit au réceptionniste et rejoignit tranquillement son bureau, s'attirant un regard surpris et vaguement inquiet de la part de son coéquipier.
"Salut Nick, tout va bien?"
"Bien sur."
Hank fronça les sourcils, ôtant lentement sa veste et la posant sur le dossier de sa chaise en parlant.
"Comment va Kelly?"
Nick détourna les yeux, jouant avec ses clefs et souriant avec un peu trop de dents.
"Tout va bien."
"Tu as une baby-sitter?"
"Non, pas vraiment."
Le grimm attrapa le dossier de sa chaise et serra, emplit d'énergie nerveuse. Hank hésita et resta debout, les mains posées sur le dossier de sa chaise, le pli entre ses sourcils de plus en plus prononcés.
"Comment ça? Il est tout seul chez toi?"
"Non non… Rosalee est passée le prendre."
"Ah."
"Je dois retrouver Juliette et ma mère Hank. Je peux pas jongler avec les biberons et les couches et Adalind est encore à l'hôpital."
L'afro-américain soupira silencieusement, son inquiétude confirmée.
"Adalind devrait être sortie, non?"
"Ils sont, je cite, "inquiet à propos de son bien-être psychologique après cet évènement traumatique"."
"Dépression post-partum? Nick-"
"Non, c'est plutôt l'hystérectomie."
"Oh. Woah okay Nick, ce n'est pas-"
"Pas mon problème." Le grimm leva les mains avec un sourire nerveux, rajustant sa veste sans y penser. "Enfin elle ne peux pas s'occuper de Kelly, et même sans ça je ne lui laisserait pas."
"Okay, okay."
L'afro-americain attrapa le dossier qui attendait sur son bureau et le feuilleta. Incapable de se concentrer, il releva les yeux vers Nick, qui avait reporté son attention sur son ordinateur, sans doute pour commencer ses recherches sur le fiasco qu'avait été l'opération du prince Kenneth.
"Tu es sûr que c'est une bonne idée que Rosalee l'emmène à la boutique? Je veux dire un nourrisson a sans doute besoin de plus de calme que-"
"Ça va Hank."
"Detective Buckart."
Le capitaine avait l'air sincèrement surpris de voir Nick dans le commissariat. Lui-même ne devait pas être là depuis très longtemps, à en juger par la tasse de café fumante qu'il avait à la main. Il observa le détective en silence pendant une fraction de seconde, un rien de tension s'immisçant dans son expression.
"Passez dans mon bureau une seconde."
Il ouvrit la marche, laissant la porte ouverte derrière lui et posant sa tasse sur son bureau. Nick entra à sa suite après avoir roulé des yeux au bénéfice de Hank, qui paraissait plus inquiet qu'amusé.
"Fermez la porte."
Le détective s'exécuta, repoussant l'envie de s'appuyer dessus comme un collégien envoyé au bureau du principal. Renard était resté près de la porte, plutôt que de contourner son bureau pour s'asseoir derrière. Le grimm en déduisit que l'entretien était informel; il ne savait pas s'il était plus agacé ou soulagé.
"Nick, vous êtes encore en congé."
"Je peux travailler; en fait, je veux travailler."
"Je peux comprendre ça. Mais Juliette et votre mère sont toujours portées disparues-"
"Présumées mortes."
"-Et vous avez un nouveau-né chez vous. Il devrait être votre priorité," termina Renard comme s'il n'avait pas été interrompu. Nick croisa les bras avant de pouvoir s'en empêcher, son expression se durcissant.
"J'ai une baby-sitter."
Le capitaine haussa les sourcils, l'inquiétude tournant au sarcasme avec fluidité.
"C'est ce que vous pouvez faire de mieux? Je ne peux pas vous permettre de revenir Nick."
"Quoi?!" L'énergie nerveuse qui agitait le grimm menaçait de se changer en colère d'une seconde à l'autre. Non pas que cela perturbait le capitaine outre mesure, pour le moment.
"Vous êtes beaucoup trop impliqué, personnellement et émotionellement."
"Vous n'avez personne d'autre pour se charger de cette enquête! Qu'est ce que vous allez faire, prendre un autre détective à part et lui parler de hundjägers et de conspiration royale?!"
"Hank sera sur l'enquête avec un autre partenaire. Lui et Wu pourrons se charger des côtés les plus-"
"Les plus quoi?!"
"Les plus inexplicables de l'affaire. Nick," Renard se rapprocha de lui, son ton s'adoucissant, "vous n'êtes pas capable de réfléchir clairement. C'est normal d'avoir besoin de temps pour gérer tout ce qui c'est passé."
"Est-ce un ordre?" le détective avait décroisé les bras, mais maintenant, ses poings étaient serré, tremblant presque sous l'effort qu'il faisait pour se contrôler.
"Pas encore. Rentrez chez vous Nick. Je n'ai aucune envie de vous mettre à pied."
"Mais vous le feriez."
"Oui."
Le grimm sera la mâchoire, cherchant la confrontation, mais il savait qu'il ne gagnerait pas à ce petit jeu avec Renard. Il ouvrit brusquement la porte du bureau et quitta le commissariat d'un pas rageur, bousculant Wu au passage.
Le bébé pleurait. Ce n'était pas de sa faute, il savait que ce n'était pas de sa faute, qu'un bébé ne savait pas communiquer autrement, mais les cris de l'enfant lui portait sur les nerfs. Nick s'éloigna du berceau, les dents serrées et le dos raide, le temps de plusieurs profondes inspirations. Il ne se sentait pas vraiment plus calme, mais il devait faire en sorte que Kelly arrête de pleurer. Il retourna au berceau et souleva son fils hors de celui-ci, essayant maladroitement de le bercer. Les cris du nourrisson ne s'apaisèrent pas; l'enfant semblait s'être lancé dans une véritable crise qui le faisait hoqueter, son petit corps agité de soubresauts.
"Mais qu'est ce qui ce passe?!"
La couche était propre, il l'avait nourri, et le bercer ne marchait évidement pas. Pour couronner le tout, la sonnette retentit. Le grimm traversa la maison à grand pas, ne prenant pas le temps de reposer le bébé. Il batailla pour ouvrir la porte, l'expression peu amène. Rosalee se trouvait sur son seuil, son sourire amical un peu vacillant face au spectacle qu'il offrait.
"Salut Nick… J'ai pensé que ça te ferait plaisir d'avoir un peu d'aide…"
"Entre."
La Fuchbau ne se le fit pas dire deux fois, refermant doucement la porte derrière elle.
"Okay, laisse moi voir Kelly…"
Elle tendit les bras, récupérant adroitement le bébé contre elle. Elle le berça doucement, murmurant des paroles apaisantes. Il hoqueta encore quelques instants avant de se taire et fermer les yeux, visiblement épuisé par ses pleurs. Nick avait enfoncé ses mains dans ses poches à la secondes où il n'avait plus eu à tenir le nourrisson et avait baissé la tête, l'air à la fois embarrassé et agacé.
"Tu veux boire quelque chose?"
"Je veux bien…"
"Installe toi, j'arrive."
Il fila dans la cuisine, laissant Rosalee s'asseoir dans le canapé. Elle balaya la pièce du regard, les sourcils froncés. Il y avait encore tellement de choses qui appartenait à Juliette dans la maison… Sans parler des traces plus matérielles de tout ce qui s'était passé. Si l'on savait où chercher, les impacts de balles étaient clairement visibles sous la peinture. Elle se pencha sur bébé Kelly, caressa sa joue et rajustant la couverture qui l'enveloppait.
"Elle n'est pas très joyeuse cette maison, hein poussin?"
Kelly cligna des yeux, pas encore remis de sa crise de larmes. Rosalee soupira doucement, toujours soucieuse. Nick la retrouva, portant un verre de jus de fruit pour elle et une tasse de café pour lui. Elle le remercia et prit une gorgée, lui laissant le temps de s'asseoir face à elle.
"Comment tu vas Nick? Avec Kelly."
"Ça va. Tu es arrivé à un drôle de moment, c'est tout."
"Si tu as besoin d'aide, ça ne me dérange pas. Un bébé c'est compliqué-"
"Ça va Rosalee. Ce n'est pas comme si j'avais autre chose à faire."
"C'est quand même compliqué. Tu as le droit d'avoir besoin d'une pause."
"Rosalee…" Il lâcha un petit soupir, son regard s'évadant à nouveau, les doigts jouant nerveusement sur l'accoudoir. Il se leva et fit mine de s'absorber dans la contemplation des livres de l'étagère la plus proche.
"Nick, peut-être que la maison…"
"Quoi la maison?"
"Vous avez peut-être besoin de changer d'ambiance, tout les deux. Cette maison… Il s'y est passé beaucoup de choses, des choses très difficiles."
"J'ai acheté cette maison avec Juliette."
C'était exactement la raison pour laquelle la fuchsbau pensait qu'il devrait déménager, mais l'expression du grimm lui faisait comprendre qu'il n'était clairement pas prêt.
"Je sais Nick, mais il faut penser à Kelly…"
"Quoi Kelly? Ce n'est qu'un bébé, il ne peut pas savoir."
"Il peut savoir que son père ne va pas bien."
"Je vais très bien!"
Le bébé se remit à pleurer, réveillé en sursaut par l'éclat de voix de Nick. Celui-ci serra les dents et attrapa son blouson, l'enfilant rapidement.
"Je te le laisse cinq minutes."
"Bien sur aucun problème, mais Nick-"
Avant qu'elle n'ait pu finir sa phrase, il avait quitté la maison, laissant la porte claquer derrière lui.
