Nick raccrocha son téléphone d'un air morose. "Rien à signaler." C'est ce que lui avait dit Hank, à propos de l'enquête sur la disparition de Juliette. Tout avait été partenaires trop longtemps pour qu'il ne devine pas les non-dits dans la prudence du ton de l'afro-américain, mais quand ses pensées partaient dans cette direction, l'esprit de Nick se chargeait de bruits blanc. Il ne savait ne savait pas quoi faire de lui-même. bébé Kelly s'était assoupi après son repas; le grimm ne savait pas exactement s'il devait l'appeler un près-goûter ou un post-déjeuner, ou même si cela avait la moindre importance dans l'ordre des choses. Au moins le bébé dormait toujours au moins une demi heure après avoir mangé, et il pouvait se contenter d'avoir l'écoute-bébé dans le salon et oublier provisoirement son existence.
Le détective cessa de marcher et s'assit dans son sofa, la tête entre les mains. Il venait sérieusement de penser qu'oublier qu'il avait un enfant était le mieux qu'il pouvait espérer. Mais qu'est-ce qu'il n'allait pas chez lui? Il se dégoûtait. Le grimm pensait sincèrement qu'il avait dépassé cette phase, qu'après avoir vu Rosalee interagir avec le bébé, avec Kelly, il l'avait finalement accepté. Visiblement, il s'était trompé. Est-ce que c'était parce qu'il était grimm? Non, ça n'avait pas de sens; être grimm ne lui avait jamais particulièrement donné envie, donné l'instinct de faire du mal aux wesens. Il avait été plutôt soulagé à propos de ça d'ailleurs. Il se frotta les visage et fixa le fond de la pièce sans le voir. Quelque chose allait mal chez lui, et ce n'était pas juste un problème de manque de sommeil ou de frustration face à la situation. Soupirant, il récupéra son portable et appela Rosalee avec un sentiment incompréhensible d'échec.
Elle décrocha à la seconde sonnerie.
"Nick? Quelque chose ne va pas avec Kelly?"
Les oreilles sensibles du grimm lui permettait d'entendre le léger écho qui signalait qu'il était sur haut-parleur. C'était devenu un automatisme chez ses amis; ce qu'il disait à l'un finissait toujours par arriver aux oreilles de l'autre, et s'il était honnête, il avait la fâcheuse tendance à les appeler avec une idée derrière la tête.
"Salut Rosalee. Il dort, ça va. C'est moi qui ait un problème."
"Qu'est ce qui ce passe? Tu veux que je vienne?"
Nick tritura son jean, mal à l'aise. Appeler à l'aide ne lui plaisait pas, mais il ne pouvait, ne voulait pas reproduire ce qui c'était passé la dernière fois que la fuchsbau était passée à l'improviste.
"Oui, s'il te plaît."
"Pas de problème. Monroe peut tenir la boutique."
La voix du blutbad résonna dans l'écouteur, semblant venir de l'autre côté de la pièce.
"Yup yup, pas de problème. Y a pas grand monde de toute façon."
La ligne devint temporairement étouffée puis Rosalee lui promit d'arriver dans le quart d'heure. Il la remercia et se renversa dans le sofa, fixant le plafond. Il était ridicule.
Rosalee arriva avec un assortiment de remèdes divers dans son sac, affichant le visage d'amabilité impénétrable qui avait donné leur réputation aux wesens renard. Et tout les remèdes n'était pas pour bébé. Il proposa quelque chose à boire à son amie, qui accepta gracieusement, et prit le temps qu'il lui fallu pour servir pour sortir ses remèdes et les grouper sur la table basse avec soin. Quand Nick réapparu avec leur boissons, elle lui laissa le temps de s'asseoir avant d'attaquer.
"J'ai pensé que ça vous serait utile à tout les deux," elle souleva un bouteille, "ça, c'est pour les coliques," elle la reposa et en pris une autre, "ça c'est si jamais il régurgite," elle posa la bouteille et désigna une feuille de papier pliée, " je t'ai fais un mode d'emploi pour tout ça."
Elle se renfonça dans le sofa et prit une gorgée de son verre, les yeux fixés sur Nick. Il prit le temps de rassembler ses idées, le regard baissé sur la table basse.
"J'ai besoin d'aide. C'est…" il se passa une main sur la nuque, mal à l'aise, " c'est plus dur que ce que j'imaginais."
Rosalee émit un bruit compréhensif, l'encourageant à continuer sans pour autant interrompre ses pensées.
"Kelly… A chaque fois que le vois, je la vois elle," il soupira, resserrant sa prise sur son verre, " Et tout ce qu'elle a fait et…"
"C'est dur…"
"Oui. Mais ce n'est pas de la faute de Kelly. C'est qu'un bébé."
"Nick, c'est compréhensible que tu ais du mal à gérer. Il s'est passé beaucoup de chose dans ta vie de très difficiles en conjonction avec l'arrivée de Kelly."
"Non, c'est pas ça. C'est…"
"Rosalee posa son verre et rajusta délicatement sa position dans le canapé.
"C'est ce qu'Adalind t'as fait."
"Elle m'a…" Il déglutit et posa son verre pour enrouler ses bras autour de son torse. "Je n'arrivait pas à dormir. Il était trois heures du matin et j'étais dans mon entrée à frotter des taches de sang. C'était stupide, elles étaient sèches, j'aurais pu le faire le matin mais tout était tellement sale et cassé et…"
"Nick…"
La fuchsbau se leva et alla s'accroupir à côté de lui, attentive à ne pas envahir l'espace du grimm.
"Nick ce n'est pas de ta faute. Ce qu'elle t'a fait est monstrueux, impardonnable, ce n'est pas de ta faute."
"On lui a pris son enfant Rosalee, j'ai enlevé ses pouvoirs, je-"
"Nick stop," Rosalee s'assit sur ses talons, le visage très sérieux, "Nick, quoi que nous ayons fait, que que tu ais fait, rien ne justifie ce qu'Adalind t'as fait. Rien. Je pourrait te donner la liste de tout ce qui justifie ce que nous avons fait à Adalind, mais je ne le ferait pas, parce qu'il n'y a aucune raison de le faire," elle laissa échapper une petit soupir et le sérieux laissa la place à la compassion, " Nous sommes là pour t'aider Nick, et pas seulement Monroe et moi. Hank veut t'aider, Bud se ronge les sangs, ton sergent Wu aussi. On est là pour toi."
"Je sais! Je sais. Mais je ne veux pas…" Il déglutit à nouveau, les yeux brillants mais la mâchoire serrée " C'est mon problème."
"Ça n'a pas à l'être. Nick, c'est normal de ne pas pouvoir tout gérer."
"C'est pas une question de gérer!" Il serra les dents et détourna vivement le regard, "je le déteste. Je ne vois que ça mère et ça me dégoûte. J'ai peur de- de craquer."
Rosalee ne pu empêcher le choc de s'afficher sur son visage, mais elle se repris rapidement.
"Dans ce cas laisse nous nous occuper de lui."
"Rosalee je ne peux pas vous demander ça."
"Tu ne nous demande rien du tout, je propose."
La fuchsbau se redressa et épousseta son pantalon
"Si c'est ce qu'il faut pour vous deux, crois-moi ça ne nous dérange pas. Bud sera ravi de participer, les eisbibers sont des parents géniaux."
Le grimm déglutit, le rouge de la honte lui montant au visage.
"Rosalee-"
"Nick s'il te plaît," l'expression sur son visage était intense, sincère, "Tu ne t'en rend pas compte, et dieu sait que ça fait parti de ton charme, mais tu as fait beaucoup pour la communauté Wesen de Portland. On tiens à toi, pas seulement ceux que tu connais personnellement. Avec ton boulot tu vois beaucoup de mauvaise graines, mais crois-moi les autres se rendent compte de ce que tu fait."
Le grimm se leva et se remit à marcher en long et en large, le visage toujours rougissant.
"Rosalee c'est très.. Très généreux et je.. Mais je.."
Kelly choisit ce moment pour se mettre à pleurer. Nick s'immobilisa, désemparé, et Rosalee monta à l'étage récupérer le bébé sans faire de manière. Le grimm failli pleurer de soulagement en l'entendant parler et calmer Kelly à travers l'écoute-bébé et enroula à nouveau ses bras autour de lui, sa résistance s'écroulant morceau par morceau. La fuchsbau redescendit, le nourrisson sur la hanche, et traversa la pièce pour envelopper Nick dans un câlin qui n'aurait pas fait rougir la mère de celui-ci. Le grimm se raidit un instant, luttant contre un sanglot, avant de sortir de l'étreinte. C'était trop pour lui.
"Merci."
Elle hocha la tête, le visage grave, avant de reporter son attention sur Kelly qui recommençait à renifler. Berçant le bébé, elle laissa à Nick le temps de se reprendre avant de relever les yeux vers lui.
"Je vais m'organiser avec Monroe… Et Bud, si tu es d'accord."
"Okay. Je vais… Juste..," Il désigna l'étage des yeux.
"Pas de problème."
Rosalee laissa Nick dormir aussi longtemps qu'il en avait besoin. Visiblement, le soulagement lui avait coupé les jambes. Bébé Kelly calé sur la hanche, elle s'occupa de réorganiser leur vie pour y inclure le baby-sitting intensif. Bud était lui aussi intensément soulagé; voir Nick se désintégrer morceau par morceau sans oser s'approcher, sans parler d'intervenir, n'avait pas arrangé l'anxiété du pauvre eisbiber. Il assura l'apothicaire que lui et sa femme serait ravi de les aider à gérer le nouveau-né, et qu'en vérité, ils avaient déjà assemblé un petit quelque chose comme panier de paternité pour Nick, mais que les circonstances pour l'offrir n'avait pas été vraiment idéale, et que vraiment, ce n'était pas qu'il avait eu peur de s'immiscer mais il s'était passé tellement de choses que vraiment… Rosalee lui assura que ce panier sera extrêmement utile, et ils convinrent de se retrouver au magasin de la jeune femme pour mettre au point les derniers détails. Monroe avait été anxieux du changement, mais assez fataliste. La dernière chose dont Nick avait besoin pendant son deuil était de devoir gérer les émotions rattachée à un enfant non désiré.
Un bel euphémisme pour ce qui c'était passé.
Rosalee n'avait pas envie d'y repenser, en tout cas pas tant qu'elle avait le bébé dans les bras. Adalind avait intérêt à rester loin de Nick, ou elle apprendrait que les hexenbiests n'avaient pas le monopole des potions.
Quand Nick se réveilla, Kelly était nourri, lavé, changé, et de retour dans son berceau. Monroe avait apporté une collation, c'est à dire assez de tupperwares pour remplir son frigo.
"Parfois je ne sais plus si tu es un blutbad ou un eisbiber."
"Aha. A qui la faute?" fut la réponse de l'intéressé. "A la première blague sur la domestication je m'en vais avec mon taboulé."
Nick posa une main sur sa poitrine et fit semblant de s'évanouir.
"Pitié non."
"Un jour grimm, un jour…"
"Paroles, paroles…"
Rosalee les observait en souriant. Son mari et elle s'était mis d'accord sur le fait qu'il ne valait mieux pas parler de sujet douloureux pour le moment, mais ils répugnait à laisser leur ami complètement seul dans sa maison pleine de fantômes. Alors ils traînaient dans sa cuisine, faisaient la conversation, du café, et plus de conversation.
"J'ai comme l'impression que c'est moi qui ait besoin d'être baby-sitté" remarqua Nick sur le ton de la conversation, une heure plus tard. Monroe haussa les sourcils aussi haut qu'il le pouvait, échangeant un regard surpris avec sa compagne, qui imita son expression avec juste un soupçon de malice.
"J'apprécie ce que vous faites, mais ça va."
Monroe toussa dans son mug de café, ruinant l'impassibilité de Rosalee. Le grimm soupira et posa sa propre tasse avant de s'appuyer contre le plan de travail, le temps de rassembler ses idées.
"D'accord, 'ça va' est peut-être un peu optimiste. Mais je me sens mieux. Honnêtement."
Monroe grommela dans sa barbe et fini sa tasse, croisa un bras avec humeur.
"La dernière fois aussi. Sans vouloir te vexer."
Nick haussa un sourcil, prêt à disputer ce dernier point, mais préféra laisser tomber. Ses amis étaient inquiet pour lui, avec raison.
"Okay, la vérité c'est que vous me rendez nerveux. J'ai l'impression d'être couvé."
Monroe posa son mug dans l'évier et rajusta sa chemise d'un geste exaspéré.
"D'abord un eisbiber, ensuite de la volaille. C'est décidé, je m'en vais."
Rosalee secoua doucement la tête, un sourire amusé au lèvres.
"Monroe…"
"Non non, je ne supporterait pas plus de vexation ce soir," il pris son meilleur air de chien battu, " tu peux rester si tu veux, mais je n'accepterait pas d'autre insultes ce soir."
Nick se mordit la lèvre pour retenir un gloussement lorsqu'il croisa le regard de patience tout aussi exaspérée de la fuchsbau. Elle récupéra la tasse de Nick et la posa avec la sienne dans l'évier.
"Je vais chercher le porte-bébé. Essayez de vous supporter encore quelles minutes."
"On fera de notre mieux."
Elle disparu dans la maison et réapparu quelques minutes plus tard, Kelly bien calé et emmitouflé dans le porte-bébé. Les au-revoirs furent échangé, et Nick referma la porte derrière la petite troupe, se sentant à la fois soulagé et coupable.
