Adalind avait dû s'installer dans un minuscule appartement, du fait de l'était pitoyable de ses finances. La maison de sa mère avait été vendue après sa mort, et elle n'avait certainement plus les moyens de s'offrir l'appartement où elle vivait avant qu'elle ne perde le contrôle de sa vie. L'ancienne hexenbiest savait qu'elle allait devoir retrouver un travail, aussi humiliant que cela soit de retourner auprès de ses anciens employeurs. Elle avait été l'une de leur meilleures juristes après tout, surtout après que les mellifers aient fait le ménage dans la compagnie. Elle accrocha un sourire sur son visage -après tout, ils l'entendent dans ta voix- et appela la firme, décrochant un rendez-vous quelques jours plus tard.

Le rendez-vous ne s'était pas passé comme prévu. En vérité, Adalind en avait encore le visage brûlant d'humiliation. Ils l'avaient mise à la porte. Son ancien patron, Harrison Berman, cette vipère édentée, lui avait, très poliment l'animal, fait comprendre qu'elle ne correspondait plus au profil recherché par l'entreprise pour un tel poste. Il reconnaissait son expérience, mais ne pouvait pas en bonne conscience lui rendre son ancien poste. Mais elle serait peut-être intéressée par un poste d'assistante? La jeune femme l'avait tout aussi poliment envoyé paître et était partie avant de perdre son calme, son impuissance la rongeant de l'intérieur. Elle n'avait pas besoin de son woge pour faire une bonne juriste! Harrison allait lui payer, tout comme les autres. Ils lui avaient tout pris, et s'ils n'avaient pas appris la dernière fois, ils allaient certainement s'en souvenir cette fois-ci. Elle avait juste besoin d'un levier, d'un accroc, n'importe quoi qu'elle puisse utiliser, exploiter pour leur faire regretter d'avoir voulu se débarrasser d'elle. L'ancienne hexenbiest rentra chez elle l'esprit occupé à mettre au point un plan, un moyen de retrouver le pouvoir qu'elle avait possédé, woge ou non, wesen ou non. Le fait qu'elle devait continuer à chercher le travail était un affront nécessaire.

La chance lui sourit une semaine plus tard. Elle était sortie faire des courses, et se retrouvait forcée à comparer les prix, se sentant humiliée par ce simple fait. Quelqu'un avec son niveau d'éducation et d'intelligence ne devrait pas se retrouver réduit à compter ainsi pour pouvoir manger. Elle reposait une bouteille d'huile d'olive lorsqu'une voix l'interpella.

"Adalind Shade?"

Elle leva la tête en pivotant, tenant son panier devant elle pour mieux se défendre. La propriétaire de la voix était une femme rousse un peu plus âgée qu'elle, la ride du lion déjà prononcée sur son front et les poches sous ses yeux à peine visible sous un maquillage soigné. Ne reconnaissant pas son interlocutrice, la jeune femme se détendit un peu, gardant tout de même son panier entre elles.

"Qui la demande…?"

"Oh, Rachel Wood. J'ai beaucoup entendu parlé de vous."

Adalind lui répondit avec un sourire crispé.

"En bien j'espère."

Rachel lui répondit avec un sourire à son tour, mais le sien était chaleureux, même si trop travaillé pour être sincère.

"En fait oui. Vous êtes juriste, c'est ça?"

"J'étais oui."

Rachel haussa les sourcils en penchant la tête, l'image de la surprise en manteau burberry.

"Vous avez changé de branche?"

Adalind repoussa une mèche de ses cheveux blond avec un rien d'affectation et lissa son propre manteau d'un geste qu'elle voulait désinvolte.

"Oh non, j'ai quitté mon ancienne boite et je suis en recherche d'un autre poste actuellement. J'ai plusieurs opportunités en vue en vérité."

Le sourire de Rachel Wood se décrocha un peu, et elle rajusta sa prise sur son propre panier, reportant son regard sur le présentoir.

"C'est dommage, j'avais à moitié envie de parler de vous à mon boss."

"Ah oui?"

Adalind avait elle aussi détourné les yeux, choisissant enfin sa bouteille et la calant avec son maigre butin dans le panier accroché à son bras.

"Oui. Comme vous le savez, nous somme dans une année électorale pour la mairie."

"Oui…"

"Et bien je suis attachée de presse pour l'un des candidats, Andrew Dixon?" Elle prononçait son nom comme s'il était déjà connu, "Et une juriste compétente aurait été un atout. Enfin, il semblerait que j'arrive trop tard."

Adalind se tourna à demi vers elle, s'efforçant de garder un ton léger.

"Peut-être pas. Travailler sur une campagne électorale pourrait être plus excitant d'un job de bureau après tout."

"Vraiment?! Je veux dire, bien sur," Rachel jongla avec ses affaires pour tirer une carte de visite de sa poche, avant de la tendre à la jeune femme. Elle était en carton glacé, très épurée et élégante, avec un léger gaufrage. Elle portait le numéro de Rachel et celui du bureau de la campagne, souligné de bleu, "Écoutez, si jamais vous décidé de tenter le coup, appelez moi. Je m'occuperait de votre embauche."

"Avec plaisir…"

Adalind regarda la femme s'éloigner, songeuse. Ce poste tombait bien; si elle était dans l'équipe gagnante, elle se retrouverait sans doute dans l'équipe du nouveau maire de la ville, retrouvant par là même une bonne partie de ce qu'elle avait perdu. Elle rangea soigneusement la carte dans son portefeuille, retournant pensivement à ses courses. Une semaine devrait être la bonne durée pour attendre avant d'appeler cette Rachel…

Rachel avait été ravie de l'entendre, et lui avait proposer de venir se présenter dès le lendemain, avec bien entendu un CV et une lettre de motivation. La jeune femme s'habilla avec soin et ressorti sa mallette, se sentant enfin elle-même depuis sa sortie de l'hôpital. Le fait de se revoir ainsi dans le miroir, dans son meilleur tailleur et sa mallette à la main, lui avait fait un bien fou. Le siège de la campagne se trouvait dans un immeuble de bureau, non loin de son ancien travail. Elle entra la tête haute et avec son meilleur sourire sur le visage, se rendant directement à l'accueil pour demander Rachel Wood. Celle-ci ne lui fit pas l'affront de la faire attendre et descendit dans les minutes qui suivirent, l'invitant à monter avec elle dans l'ascenseur. Elles se rendirent au cinquième étage et traversèrent un corridor avant d'arriver dans les locaux proprement dit. Adalind fut agréablement surprise, parcourant du regard l'open space tandis que Rachel attendait à ses côtés, souriante. La majorité des personnes présentes étaient autour de la trentaine, et bien que les interpellations fusaient entre les bureau avec une excitation contenue, ils dégageaient une atmosphère de concentration et d'efficacité. Une fois qu'elle eu fini son examen, Rachel lui fit signe de la suivre, et elles contournèrent les bureaux pour aller frapper à une porte sur laquelle était proprement scotché un écriteau portant le nom Jeremiah Rogers. Jeremiah était un homme naturellement bronzé et doté d'un confortable embonpoint, portant une paire de lunettes carrée et une barbiche ridicule. Adalind le frappa avec l'effet maximum de son sourire et lui tendit la main, qu'il serra avec un peu trop de mollesse à son goût. Tous se rassirent, la jeune femme croisant sagement les chevilles. Jeremiah prit la parole après avoir rajusté sa position dans on siège.

"Bien, Adalind - Je peux vous appeler Adalind?"

"Seulement si je peux vous appeler Jeremiah."

Il eu un petit rire avant de reprendre.

"Adalind, je crois que Rachel vous a dit ce qu'il fallait amener…?"

"Oui bien sur," elle se pencha, ouvrant sa mallette pour en tirer un mince dossier avant de le tendre à son vis à vis, "voici."

"Merci," il y jeta un coup d'oeil, avant d'échanger un regard avec Rachel, qui souriait toujours, " en vérité, Tout cela est formalité. Je fait toutes confiance au jugement de Rachel, et Andrew aussi."

"Oh, et bien, voilà qui est flatteur…"

Rachel eut un petit rire, croisant les jambes avec décontraction.

"J'ai un peu suivi votre carrière, et j'ai été très impressionnée. Surtout votre travail en Autriche."

Le sourire d'Adalind se figea légèrement alors qu'elle tournait la tête vers Rachel. L'Autriche.

"Vous voulez parler de…?"

Le visage de son interlocutrice ondula, se couvrant d'une courte fourrure sable, sa bouche et son nez prenant un aspect félin, mais avec des oreilles arrondies plutôt que pointue. Lowen. Wesen. Elle savait à propos de la famille royale. Savait-elle à propos de Diana, de son fils? Adalind ne pouvait décemment pas poser la question devant le kehrseite. Rachel lui sourit, carnassière, avant de reprendre visage humain. Incapable de se rendre compte de ce qui se passait, Jeremiah les observait tout les deux, les sourcils froncé. Adalind força un éclat de rire.

"Mon dieu, je ne pensait pas que cette partie de mon travail avait fait le voyage jusqu'à Portland. Internet je suppose."

"Bien sur! Un très bon outil. Que nous souhaitons exploiter, n'est-ce pas?" elle se tourna vers Jeremiah, qui hocha la tête avant de tourner la tête vers Adalind.

"Avec votre aide, bien sur."

"Bien entendu," Adalind lui sourit et se redressa, "Si tout est réglé, quand est-ce que je commence? Je suis disponible toute de suite, si nécessaire."

"J'espérais que vous diriez ça, Rachel?" l'attachée de presse s'était levée, "Andrew-"

"Aimerait la rencontrer, je sais," elle se tourna vers leur nouvelle juriste, qui s'était levée à son tour, attrapant sa mallette d'un geste étudié, "Andrew tiens à rencontrer tout ceux qui travaille sur sa campagne, ça fait partie de ses valeurs."

"Proche du peuple?"

"Oui. Nous voulons pousser son statut d'underdog, mais au delà de la stratégie, ça fait partie de lui."

"Je vous crois…"

Elles échangèrent un sourire et saluèrent Jeremiah avant de sortir de son bureau. Rachel lui donna un petit bureau confortable malgré sa taille exiguë et Adalind y déposa sa mallette avant de se tourner à nouveau vers Rachel.

"Donc… C'est le moment où je rencontre l'homme pour qui nous faisons tout ça?"

La lowen rit et haussa les épaules.

"En quelque sorte. Suiviez moi."

Elle la guida vers une salle de réunion et toqua à la porte. Un homme d'une petite quarantaine ouvrir la porte, en bras de chemise. Il avait le visage avenant et le sourire du poster-boy américain, avec des cheveux blond coupé court et bien coiffé mais sans excès de gel ou de laque, des yeux bleu et une silhouette athlétique sous son costume. Adalind supposa que c'était sa relative jeunesse qui permettait à son attachée de presse de pousser l'angle de l'underdog, parce qu'Andrew Dixon avait tout du WASP de la première eau. Elle lui tendit la main, souriante. Elle pouvait travailler avec ça.

"Adalind Shade, votre nouvelle juriste."

"Andrew Dixon, enchanté."