Hank informa rapidement Wu des derniers développements de leur affaire, laissant le sergent relativement frustré. Savoir que tout ça était lié à quelque chose d'aussi crucial mais dont il ne pouvait pas souffler un mot aux autres enquêteurs le rendait à moitié dingue. Hank compatissait, mais il devait vraiment participer à la petite réunion entre Nick et le capitaine, ne serait-ce que pour servir de tampon. Il raccrocha avec un soupir et trotta derrière son partenaire pour le rattraper avec qu'il n'entre dans le bureau de leur supérieur. Le détective senior fit les gros yeux au grimm et toqua à la porte avant de l'ouvrir, ignorant l'air vaguement buté de Nick. Le bureau du capitaine était toujours aussi encombré, les coins occupés par des piles bien nettes. Renard leva les yeux en cachant son impatience face à l'interruption.
"Oui?"
"Nous avons parlé à un ami de notre disparu, Bud Wurstner."
"Je me rappelle de lui. Et?"
Les deux détectives entrèrent dans la pièce et fermèrent la porte derrière eux. Renard inclina légèrement la tête et posa son stylo, profitant de la pause impromptue pour se étirer sa nuque.
"Je vous écoute."
Nick se planta devant le bureau, croisant les bras avant de prendre la parole.
"Nous lui avons montré la liste des victimes et ils sont tous wesen."
Renard pinça légèrement les lèvres et lissa la feuille de papier posé devant lui, un signe évidement d'agacement. Nick décida de ne pas le prendre personnellement.
"Aucune exception?"
"Non," le grimm décoinça un bras pour pouvoir souligner son propos, "il a précisé qu'ils étaient tous des gens tranquilles, pas impliqué dans la politique."
Il marqua une pause, et Hank pu sentir venir la pique avant même qu'elle ne sorte mais il ne fut tout de même pas assez rapide pour l'empêcher de parler.
"Vous êtes vraiment sur de ne pas savoir ce que c'est que ce graffiti?"
Le visage du capitaine se ferma et il se redressa un peu plus dans son fauteuil, les yeux froids.
"Parce qu'interpol pense que qu'il s'agit d'un gang basé en Europe ou parce qu'il s'agit de violence inter-wesen?"
"Ce n'est pas ce que je voulait dire."
"Que vouliez vous dire dans ce cas, détective?"
"Que vous êtes le plus informé ici à propos des Wesens."
"Si je savais quoi que ce soit qui pourrait faire avancer cette enquête, je vous aurai informé."
Le regard de Hank passait de l'un à l'autre, mal à l'aise. L'agressivité larvée entre les deux était clairement visible, même si son origine ne l'était pas vraiment. C'était le moment de tenter de limiter les dégâts.
"Capitaine, Wu se demande comment gérer ça sur le terrain."
Renard reporta son attention sur le second détective, gardant Nick dans son champ de vision.
"Il peut faire passer le message qu'un témoin a fait le lien entre les victimes. Ils étaient tous commerçants et wesen, il est probable qu'il fasse tous parti de la même association, ne serait-ce que de manière informelle."
"Je lui dirait," il se gratta la barbe, "et ça faut sans doute le coup de creuser la question. Le gang qui s'en est pris à eux a dû apprendre qu'ils étaient wesen d'une façon ou d'une autre."
"Sans doute. Je vais rappeler Wu."
"Très bien."
Hank retourna à la porte, Nick sur ses talons, mais Renard n'en avait pas fini avec lui. Il reprit son stylo mais le rappela avant qu'il ait pu quitter la pièce.
"Nick restez un moment je vous prie."
Le grimm s'arrêta en retenant un soupir. Il referma la porte derrière Hank et s'appuya dessus, croisant à nouveau les bras.
"Capitaine, je ne sous entendait rien quand j'ai parlé-"
"Vous vous êtes arrangé pour Kelly?"
"Euh, oui. Avec Rosalee."
"Bien."
Le silence s'étira, inconfortable et tendu. Nick décroisa les bras et attrapa la poignée de la porte.
"Ce sera tout?"
"Nick, si vous avez quelque chose à dire, faite-le."
"Je n'ai rien à dire à mon Capitaine."
"Je m'en doute, mais vous avez des chose à me dire personnellement."
Le grimm sera les dents, fixant son regard sur l'une des oeuvres d'arts qui ornait le mur derrière le bureau de son supérieur.
"Pourquoi vous l'avez laissée revenir?"
"Je n'ai pas le contrôle de ses actions, pas depuis longtemps."
"Pas depuis que vous avez tenté de faire assassiner ma tante."
"Précisément."
"Vous auriez pu vous débarrasser d'elle?"
"Me débarrasser d'une femme enceinte de votre enfant? Certainement pas. C'était une décision qui vous appartenait."
"Juliette est morte!"
Le capitaine s'adoucit imperceptiblement, ce qui était le contraire de ce que Nick voulait. Il serra la poignée de la porte dans son poing, les jointures blanchies.
"Vous n'avez rien fait pour l'aider."
"J'ai fait tout ce que je pouvais."
"Et bien ça n'a servi à rien! Elle est morte à cause d'Adalind, à cause de votre fille! Sans vos machinations elle serait vivante!"
Renard resta impassible, les mains posées sur son bureau et le visage neutre.
"Nick, à l'instant où votre tante a décidé de venir à Portland, votre vie avait changée. Votre tante a amené les reapers avec elle, elle a amené votre vie de grimm avec elle."
"Elle n'a changé Juliette en hexenbiest!"
"C'est vrai. Mais ce n'était que la suite d'une longue série de dangers, je me trompe?"
"Elle… Vous…"
"Nick," L'expression du capitaine s'adoucit un peu plus et il se pencha légèrement vers l'enquêteur,esquissant un geste qui se voulait réconfortant. "La mort de Juliette est une tragédie. Mais ce n'est pas en cherchant quelqu'un sur qui rejeter la faute que vous vous sentirez mieux."
"Je n'ai pas besoin d'un bouc émissaire!"
"Ce n'est pas l'impression que vous donnez."
Nick serra de nouveau les dents, l'expression venimeuse.
"Peut-être que vous avez cette impression parce que vous savez que vous avez votre part de responsabilité."
"Je ne le nie pas. Nous avons tous notre part de responsabilité dans cette histoire. Et je ne nie pas que je fait un coupable commode."
Nick fronça les sourcils, déstabilisé par le calme inébranlable de son capitaine. Il pensait savoir où se trouvait les faiblesses dans son armure, mais ses tentatives semblaient rebondir sans laisser de traces.
"Prenez vous en à moi, maudissez mon nom, cela ne me fait ni chaud ni froid. Mais ne laissez pas votre colère et vote culpabilité handicaper votre capacité à faire votre travail. Je peut remplacer le détective, mais pas le grimm."
"Je dois me sentir flatté?"
"Si c'est ce que ça prend pour que vous soyez efficace."
Sur ces mots, Renard cessa de lui accorder son attention et retourna à ses papiers, laissant à Nick le soin de ruminer sur ce qu'il venait de dire. Le grimm quitta la pièce en retenant son envie de claquer la porte, les paroles du capitaine lui tournant dans la tête. Son collègue et ami jeta un coup d'oeil à son expression depuis le bureau où il travaillait en l'attendant et se leva.
"Ça va Nick?"
"Ouais, c'est rien."
"Rien?"
Il baissa les yeux, gêné sans être tout à fait sûr de savoir pourquoi.
"On avait des choses à mettre à plat."
"C'est réglé alors?"
"Je suppose."
"Bon."
Refusant de laisser le silence s'étirer, Nick renfila sa veste d'un geste rapide.
"Je pense qu'on devrait aller votre Monroe et Rosalee pour cette histoire, ils savent peut-être quelque chose que Renard ignore."
"Ça vaut le coup de demander."
Hank le suivit dans le parking, et les deux ami partirent pour la boutique de l'apothicaire.
La journée avait été calme dans la boutique d'épice de la fuchsbau. Monroe était resté chez eux pour réparer une horloge laissé par un client, et la jeune femme avait préféré emmener bébé Kelly avec elle, argumentant que les inévitables pleurs du bébé risquait de déconcentrer le blutbad et qu'il ne pouvait pas se permettre un faux mouvement lorsqu'il s'occupait d'une pièce d'horlogerie qui valait plus qu'une voiture de luxe. En vérité elle préférait ne pas le laisser seule avec l'enfant au cas où il se retrouvait trop perdu déstabilisé et culpabilise devant les hurlements du petit. Ce bébé, avait elle décidé, avait eu assez de difficulté dans sa vie, et il avait besoin de quelqu'un qui s'occupe de lui sans perturbations superflues. Le porte bébé était très ben posé sur son large comptoir, et les rares clients n'avaient pas fait de commentaire en dehors de l'occasionnelle exclamation sur son petit nez ou ses joues joufflues. Lorsque les deux détectives poussèrent la porte d'entrée, elle était en train de trier un pot de verveine séchée, la radio au volume minimum pour ne pas interrompre la sieste de Kelly. Hank repéra le porte bébé en entrant et sourit en laissant à Nick le soin de refermer la porte sans bruit, s'approchant sur la pointe des pieds.
"Hey… Comment ça va tout les deux?"
Rosalee lui rendit son sourire en arrêtant provisoirement son travail, englobant ses deux amis dans un regard chaleureux.
"Nous allons très bien. Qu'est ce qui vous amène?"
Nick eu la grâce de faire la grimace.
"Le travail. Désolé, on a trouvé un graffiti particulier près de notre scène de crime et on a découvert par Bud que toutes nos victimes étaient wesen."
"Oh, okay mh…" la fuchsbau jeta un regard inquiet au bébé, mais Kelly dormait à point fermé. "Montrez moi ça…"
Nick sorti son portable et afficha la photo qu'il avait prise avant de le tendre à son amie, qui la considéra, les sourcils froncés. Après un temps de réflexion, elle rendit son téléphone à Nick.
"Désolée, sans plus de contexte ça ne me dit rien. Envoie là à Monroe, peut-être…"
Elle haussa les épaules. Hank soupira doucement.
"Ça vaut le coup d'essayer."
Nick s'exécuta avant de reporter son attention sur Kelly, l'expression douloureuse. Rosalee comme Hank s'abstenir sagement de tout commentaire. Le grimm posa son portable sur le comptoir et approcha lentement sa main du bébé, effleurant sa joue. Le nourrisson éternua et s'agita dans son sommeil, ses petits poings roses serrés. Nick déglutit difficilement et recula d'un pas, secouant la tête comme pour s'éclaircir les idées.
Se retrouvant dans une impasse, Nick et Hank retournèrent au commissariat pour éplucher à nouveau les informations qu'ils avaient sur leur disparu, fouillant dans sa vie armé de leur connaissance du fait qu'il était en vérité wesen. Le temps de leur escapade à la boutique de Rosalee, la toujours efficace sergent Miller avait creusé un peu et découvert que les artisans et commerçants de la rue avait effectivement monté une association entre eux, et que bien que nul n'était forcé de s'y inscrire pour posséder un commerce dans la rue, ils semblaient former une petite communauté plutôt serrée. Que rien de cela n'ait transpiré au premier abord était surprenant, mais pas assez pour faire plus qu'un rapide écho sur le radars des flics, trop occupé à chercher les agresseurs pour s'inquiéter de secrets inoffensifs des victimes. Les deux détectives se mirent rapidement d'accord sur le fait que leur piste la plus prometteuse était de mettre la main sur la soeur de Xavier Arivaca et de l'interroger sur la vie de son frère. Au vue de l'heure, il reportèrent les appels au lendemain.
