Ils commencèrent dès leur arrivé au poste. Nick fut celui qui eut de la chance; l'eisbiber décrocha à son troisième essai.
"Cabinet de comptabilité Arivaca bonjour, que puis-je faire pour vous?"
La femme qui avait décroché avait une voix sèche et précise, presque pointue. Le grimm eut l'impression incongrue qu'il pouvait l'entendre porter des lunettes à travers le combiné, et probablement un twin-set et des perles.
"Madame Arivaca?"
"Elle-même."
"Madame, je suis le détective Buckhart de la police municipale de Portland. Je vous appelle à propos de votre frère, Xavier."
Il y eu un petit bruit à l'autre bout du fil, comme un ballon qui se dégonfle. Nick se demandait si c'était son imagination ou s'il l'avait entendu dire 'le grimm'.
"Il lui ait arrivé quelque chose?"
"Votre frère est porté disparu madame. Je crois comprendre que vous n'étiez pas au courant?"
"Je viens de rentrer de vacances. Mon dieu…"
"Madame, cela nous aiderait beaucoup si vous acceptiez de venir au commissariat afin de répondre à quelques questions."
"Quoi? Oh oui bien sur. Je dois prévenir ma secrétaire."
"Faites tout les arrangements nécessaire madame. Voulez-vous qu'un officier vous accompagne depuis la gare ou l'aéroport?"
"Oh je comptait conduire mais je… Eh bien je suppose que je suis un peu perturbée en vérité. Je vais prendre le train," elle marqua une pause, "avez vous un numéro où je puisse vous recontacter avec les détails de mon voyage? Je crois que je vais avoir besoin de votre guide."
Nick lui donna son numéro de portable plutôt que celui de son poste et raccrocha poliment. Madame Arivaca était efficace; moins d'une demi heure plus tard, elle le rappela avec les détails de son train, qu'elle lui envoya aussi par texto, afin d'être sure qu'il n'y aurait pas d'erreur. Elle avait réussi à trouver une place dans le train qui partait dans l'heure, et serait à Portland approximativement quatre heures plus tard. Les des détectives profitèrent de ce laps de temps pour remplir leur rapports des derniers jours et aider leur collègues affectés à la coordination à gérer et analyser les informations qu'ils recevaient depuis le terrain et surtout les différents laboratoires. Ils étaient encore dans les premiers stades de l'enquête, et les hypothèses arrivaient aussi vite qu'elles étaient démontées.
Un peu plus de quatre heures après le coup de fil, un officier en uniforme accompagna une femme entre quarante-cinq et cinquante ans dans l'open-space, jusqu'au bureau que Nick et Hank partageaient. Madame Arivaca était de taille moyenne et corpulente, avec des mains potelées et des mollets dodus. Elle correspondait à l'idée que Nick s'était fait en l'entendant au téléphone: des cheveux châtains parcouru de gris coupé au carré, un twin-set pastel sur une jupe noire professionnelle et un gros sac à main de cuir. A la surprise un peu embarrassée de Nick elle ne portait pas de lunettes; elle avait de petits yeux gris perçant et pas de maquillage visible. Le grimm se leva en la voyant approcher et lui tendit poliment la main.
"Bonjour, le suis le Détective Buckhardt, que vous avez eu au téléphone," il désigna Hank de sa main libre, " et voici mon partenaire, le détective Griffin. Merci d'être venue si vite."
"Sibylle Arivaca," se présenta l'eisbiber en lui serrant fermement la main, "C'était le moins que je pouvait faire pour mon frère."
Hank lui proposa un rafraîchissement, qu'il refusa. Il allèrent ensuite dans la salle de réunion où ils avaient parlé à Bud, essayant de mettre leur témoin à l'aise. Elle s'assit les genoux bien serrés, son sac posé dessus.
"Bien, madame Arivaca-"
"Sibylle."
"Sibylle," se corrigeant Hank avec un sourire, "Comme mon collègue vous l'a dit, votre frère est porté disparu depuis hier. Nous sommes encore dans les débuts de notre enquête, et tout ce que vous pourrez nous dire nous sera précieuse."
"Mh, eh bien…" Elle rajusta sa prise sur son sac, pas tout à fait à l'aise, "en vérité mon frère et moi n'étions pas en très bon terme. Rien de bien grave," elle se sentait obligée de préciser, étant donné les circonstances, "mais nous avons tout les deux fait des choix de vie qui nous ont séparé."
"Votre frère n'approuvait pas de votre carrière?"
"Oh non!" elle sourit malgré elle, "Il n'avait rien contre le fait que je devienne comptable! Je me suis occupée de ses affaires pendant quelques années. Non, c'est mon départ pour Seattle qu'il désapprouvait."
Nick lui sourit aussi, et intervint d'un ton léger.
"Ça nous a surpris aussi, qu'une eisbiber décide de vivre seule."
Le sourire de madame Arivaca se figea légèrement, mais elle se repris très vite.
"Je ne suis pas sure de comprendre de quoi vous parler."
"Madame… Sibylle," l'expression de Nick changea pour ce que Wu aurait appelé 'son air de chien fidèle' tout en sincérité; le pire étant l'absence totale de calcul de sa part, "Vous savez que je suis le grimm qui vit à Portland, mon partenaire est aussi au courant et nous savons que vous et votre frère êtes wesen. Ce que vous direz restera entre nous, mais nous dire la vérité pourrait être la différence qui nous permettra de retrouver Xavier à temps."
La comptable parut lutter contre elle-même quelque instants, avant de la prise de fer qu'elle avait sur son sac ne se détente imperceptiblement.
"J'avais entendu des rumeurs à propos de vous mais… Eh bien difficile de les croire avant d'en avoir la confirmation devant soi je suppose."
Elle rajusta son gilet d'un petit geste rapide et précis.
"Mon frère n'était pas du genre à avoir des ennemis. Il était très traditionnel. La famille comptait beaucoup pour lui, faire partie d'une communauté."
"C'est ce qui vous a séparé?"
"Eh bien oui, pour être honnête. Je voulait faire carrière, et j'ai eu une opportunité à Seattle. Il ne pouvait pas partir avec moi bien sur, et je ne voulait pas qu'il vienne."
Elle ouvrit son sac et en tira un paquet de mouchoirs en papier. Elle ne l'ouvrit pas, pas encore, mais l'avoir à la main semblait la rasséréner.
"Il l'a mal pris mais… C'était il y a trois ans. Nous voulions nous réconcilier. Il voulait me présenter une amie en vérité."
"Une amie?" Hank et Nick échangèrent un rapide regard. Nick se pencha légèrement en travers de la table, essayant de ne pas envahir l'espace personnel de la femme.
"Nous n'avons pas trouvé de trace d'une… Amie durant notre enquête."
"Oh?" elle fronça les sourcils, " Il avait l'air plutôt sérieux à son propos. Nous ne rajeunissons pas vous savez. Xavier voulait une famille, et maintenant que je ne vivait plus avec lui…"
"Nous comprenons parfaitement Sibylle."
"Vraiment? Je suppose…"
Hank rajusta imperceptiblement sa position sur sa chaise et posa un coude sur la table.
"Votre frère vous a-t-il dit quoi que ce soit à propos de cette amie?"
"Mh, laissez moi réfléchir… Oui, Elle était plus jeune que lui- il avait peur que je le juge, ou plutôt que je la juge à ce sujet-" elle roula des yeux, montrant à quel point elle trouvait l'idée ridicule, " et elle n'était pas Esbieber." Elle joua avec le paquet de mouchoirs, avant de soupirer. "J'admets ne pas avoir été très compréhensive à ce sujet. Il voulait des enfants bien entendu, et les mariages mixtes… Enfin. C'était insensible de ma part."
Nick resta concentré sur ce qui l'intéressait, laissant à Hank le soin de se rappeler ce qu'un Monroe très gêné leur avait dit à propos des couple mixte de wesen et des enfants pouvant en résulter.
"Est-ce qu'il vous a dit quel…" il chercha le bon mot, ne voulait pas vexer la pauvre femme, " quelle sorte de wesen elle était."
"Oh je suis navrée, je ne me souvient plus," elle fit l'effort de chercher dans ses souvenirs, sourcils délicatement froncés, "Bauerschwein peut-être? Non je ne crois pas… Mauzhertz ou reinigen je crois."
"Vous vous souvenez de son nom?"
"Oh, il ne me l'a pas dit. Nous voulions nous voir pour noël, il me l'aurait présentée à ce moment là."
La réalité de la situation sembla frapper la comptable, et elle tira un mouchoir du paquet maltraité pour se tapoter rapidement les yeux.
"Vous m'avez bien dit qu'il avait seulement disparu, n'est-ce pas?"
Hank avait l'air grave quand il lui répondit.
"Oui madame, et nous faisait tout notre possible pour le retrouver en vie."
"Je ne suis pas sure de vous avoir été très utile."
Nick se redressa, esquissant un geste vers elle mais n'osant pas la toucher de peur de la mettre mal à l'aise.
"Au contraire, vous nous avait appris beaucoup de chose. Vous êtes sure que nous ne voulez rien boire?"
Sibylle renifla délicatement et froissa le mouchoir entre ses doigts.
"Je ne dirait pas non à un peu de thé. Oh," Elle se redressa soudainement, les sourcils froncés. "J'étais tellement perturbée par la nouvelle que n'ait pas pensé à la suite. Je ne peux pas rentrer à Seattle, n'est-ce pas?"
Hank se leva à son tour alors que Nick allait voir s'il avait de quoi faire du thé quelque part.
"C'est votre choix, dans cette situation nous avons des gens qui restent, mais parfois c'est plus facile de retourner au travail pour ne pas être submergé d'angoisse."
"Oh je suis sure que chacun a sa façon de réagir, ça tombe sous le sens. Ce que je veux dire c'est que j'ai des coups de téléphone à passer."
"Oh," Hank ne se laissa pas déstabiliser, "Vous pouvez rester ici aussi longtemps que vous voulez. Le détective Buckhardt vous a laissé son numéro de téléphone, au cas ou quelque chose vous reviens?"
"Oui oui. Ne vous inquiétez pas pour ça."
