Adalind se doutait que Rachel Wood ne l'avait pas fait engagée par bonté de coeur, elle n'était pas stupide, et la lowen avait évoqué l'Autriche, ce qui signifiait qu'elle était au courant de tout ce qui s'était passé avec la famille royale, au moins en partie. Ce n'était pas une idée réconfortante, mais la jeune femme pouvait gérer ça. Rachel Wood était déjà sur le déclin, et Adalind comptait bien en profiter. Sa première semaine de travail se passa bien, même si elle s'avéra plus ennuyeuse que prévue. C'était beaucoup de lecture de documents, beaucoup de coup de fils et de demandes d'autorisation pour tout et n'importe quoi, mais puisqu'Andrew Dixon, cet adorable fils de pasteur, tenait à ce que sa campagne soit irréprochable, aucune créativité, aucune astucieuse réécriture n'était autorisée. Tout déjà être fait rigoureusement dans les règles, ce qui était absolument déprimant, en tout cas pour l'ancienne hexenbiest; et elle se doutait que c'était aussi pour le cas pour le reste de l'équipe, hormis peut-être les volontaires, qui suivait Andrew partout comme une meute de chiots énamourés. Elle se montrait cependant efficace; peut-être que tout cela n'était qu'après tout une forme de test.
Lorsque Rachel entra dans le placard qui lui servait de bureau, en fin d'après-midi, et ferma la porte derrière elle, Adalind sentit la satisfaction d'avoir raison la réchauffer de l'intérieur. Les deux femmes se sourirent, deux prédateurs se respectant mutuellement… En tout cas pour le moment. La lowen s'appuya contre le bureau.
"Alors, comment ça se passe?"
Adalind insuffla la dose d'enthousiasme protocolaire dans sa réponse, rangeant énergiquement son bureau.
"Aussi bien que possible! C'est très différent de mon précédent poste, j'apprécie le changement de rythme."
"C'est beaucoup plus de paperasse je suppose."
"Oh, vous seriez étonnée!" La jeune femme sourit, "C'est rafraîchissant de ne pas avoir à réécrire tout ce qui me tombe sous les yeux."
"Vous deviez faire ça souvent je parie."
L'ancienne hexenbiest lui fit un sourire carnassier.
"C'était le monde des affaires. Trouver les failles faisait parti du jeu."
L'attachée de presse sourit et rajusta sa position avant de rouler des yeux. Baissa la voix, elle se pencha en travers du meuble vers son vis à vis, comme pour la prendre en confidence. La jeune femme supposait que le décolleté ainsi mis en évidence devait beaucoup plaire à Jeremiah, mais elle n'en avait cure.
"Soyons honnête, parfois Andrew est vraiment trop petit garçon modèle pour son propre bien."
"Je respecte ça…" Adalind finit de ranger ses papiers et se pencha à son tour vers Rachel, "Mais je doute qu'il gagne les élections à ce train là."
"Nous somme bien d'accord," Rachel soupira avec un rien de théâtralité et s'assit sur le coin du bureau, rajustant le talon de sa chaussure d'un geste étudié.
"Jeremiah et moi avons tout fait pour lui faire entendre raison, mais il peut être très obstiné."
"J'ai cru remarquer. Mais en quoi cela me regarde?" L'ancienne hexenbiest referma sa mallette et la posa devant elle, caressant le cuir d'une main distraite, "je ne suis que la juriste, je n'y connais rien en politique."
"Oh je suis certaine que vous en savez plus que vous en laissez paraître."
"C'est bien possible," La jeune femme se leva en attrapant sa mallette, souriant à nouveau la lowen avant de contourner son bureau, "mais une fois de plus, je ne vois pas ce que je peux apporter de plus à cette campagne."
"Et à quelque chose de plus important que les ambitions à la mairie d'Andrew Dixon?"
Adalind marqua une pause, le dos tourné à Rachel. Elle ne voulait pas que l'attachée presse voit l'expression de triomphe sur son visage. Elle le savait, elle savait que tout ce travail stupide n'avait été qu'un test. Elle se recomposa un visage neutre et pivota à demi, prenant un ton vaguement intrigué.
"Comment ça?"
"Il y a quelqu'un qui voudrait vous rencontrer," Rachel se décolla du bureau, son expression devenant plus sérieuse, "Quelqu'un de très intéressé par votre travail en Autriche et par votre relation avec certaines personnalités de cette bonne ville de Portland."
"J'ai bien peur de ne pas vous suivre," Alors Rachel savait à propos de ses enfants, ou en tout cas à propos de Diana, "De quoi parlez-vous?"
"Voyons Adalind, ne jouez pas les imbéciles avec moi. Je sais que vous avez eu un enfant avec le prince bâtard de la ville."
Donc Rachel, et son mystérieux employeur ne savait pas à propos de Nick. Parfait. Quelque chose lui disait qu'elle allait avoir besoin de cet atout, un jour ou l'autre.
"Vous êtes bien informé," Un espoir à demi formé se glissa dans son esprit, comme un zombie rampant hors de sa tombe. Peut-être qu'elle pourrait utiliser ces gens pour récupérer sa fille. Et une fois qu'elle aurait Diana, reprendre son fils ne serait qu'une formalité, elle en était certaine, "Mais en quoi tout cela est pertinent?"
"Vous devez le rencontrer pour ça. Il vous expliquera tout."
"Qui ça, 'il'? J'ai eu mon compte d'interlocuteurs mystérieux, merci bien."
"Je comprend tout à fait." Rachel avança vers la porte, contournant Adalind gracieusement et posa la main sur la poignée, "que diriez-vous d'un rendez-vous dans un lieu public de votre choix?"
L'ancienne hexenbiest resta fermement plantée où elle était.
"Quand?"
"Le plus tôt serait le mieux. Vous avez mon numéro." Rachel sourit et quitta la pièce, laissant la porte ouverte. Adalind lui laissa quelque minutes d'avance avant de sortir à son tour, réfléchissant à ce qui venait de se passer. La possibilité de revoir Diana la rongeait à présent, douloureuse comme une mauvaise dent. Sa fille. S'ils savaient qu'elle existait, elle était forcément en danger, et elle ne pouvait pas compter sur son père pour intervenir. Après tout, c'était lui qui lui avait prise, lui et le grimm et sa petite bande d'amis, qu'ils aillent tous au diable. Non, elle devait faire ça elle-même. Et quand elle aura récupéré son bébé, elle lui raconterait tout ce que son père avait fait, leur avait fait, avait fait à sa mère, et elle ferait en sorte qu'il ne puisse jamais la voir. Oui, c'était un bon plan. Adalind rentra chez elle dans un sorte de transe, ses pensées tournant en rond comme des mouches à viande, revenant sans relâche sur sa fille, comme si l'enfant était la clef de tout ce qui avait mal tourné dans sa vie, comme si la récupérer serait le commencement d'un cercle vertueux qui la ramènerait à la place qu'elle méritait, au sommet. En ouvrant sa porte d'entrée, elle avait pris sa décision. Elle appellerait Rachel à propos de son mystérieux employeur. Mais ne devait pas le faire ce soir, non, elle ne devait pas créer un tel précèdent. Elle posa son manteau et sa mallette, s'ouvrit une bouteille de vin blanc et remplit la baignoire, le seul luxe auquel elle n'avait pas renoncé , y ajoutant des huiles avant de se glisser dans l'eau chaude, méditant à la suite. Quand Elle aurait récupéré sa fille, elles auraient besoin d'un meilleur endroit où vivre. Peut-être que Rachel pourrait se rendre utile à ce moment là.
Le lendemain, Elle prit la matinée pour aller faire quelques boutiques, et déjeuna en ville avant de se décider à appeler Rachel. La lowen décrocha rapidement.
"Rachel Wood, que puis-je faire pour vous?"
"Rachel, C'est Adalind," la jeune femme fit tourner sa cuillère dans le café qui refroidissait devant elle et accrocha un sourire sur son visage, "j'ai réfléchi à ce que vous m'avez dit hier. Je doit avouer que je suis… Intriguée."
"J'en suis ravie, vraiment," L'attachée de presse affectait elle aussi un professionnalisme de façade, mais elle n'arrivait pas à tromper Adalind. Quelque chose d'important se préparait, et cette imbécile venait de faire doubler le prix de la collaboration de l'ancienne hexenbiest. Le sourire d'Adalind se fit plus naturel.
"Je suis ravie que vous soyez ravie. Ce rendez-vous, que diriez vous de ce soir?" Surtout, ne pas leur laisser le temps de mettre en place quoique ce soit.
"Oh, eh bien je suppose que ce serait possible oui. Où?"
"Voyons Rachel," la voix d'Adalind était sucrée, ronronnante. Elle sentait que sa vie prenait un nouveau tournant, cette fois pour le meilleur, "vous savez que je vaut mieux que ça. Je vous rappellerait un heure avant," Elle prit le temps de laisser sa remarque faire son effet, "disons que nous avons rendez-vous à vingt heure. Je vous appellerait à dix-neuf heure pour vous donner l'adresse."
"Très bien," la lowen avait la voix sèche, mais elle restait scrupuleusement polie, " dans ce cas, j'attends votre appel. Ne soyez pas en retard."
"Ne vous inquiétez pas pour ça. Je serait ponctuelle."
Elle raccrocha et rangea son portable avec de prendre une grand inspiration purifiante. Oui, tout irait pour le mieux à présent. Elle se rappuya légèrement contre le dossier de sa chaise, croisant les jambes avant de siroter son café, souriant comme si ce coup de fil avait été celui d'un amant. Maintenant, l'ancienne hexenbiest devait rentrer se préparer; Elle devait faire une réservation et puis tout ce shopping allait bien devoir servir à quelque chose.
A dix-neuf heures, elle était presque prête. Elle s'était décidé pour une robe noire sans manche au col bénitier,assez courte pour mettre en valeur ses jambes et coupée pour accentuer sa minceur. Ses nouveau escarpins étaient l'élégance même, et sa nouvelle pochette assez grande pour contenir une bombe au poivre en plus d'un tube de rouge et les indispensables mouchoirs, ainsi que ses clefs de voiture. Tout ce qui lui restait à faire était de finir son maquillage et choisir ses bijoux. Elle n'avait pas autant de choix que ce qu'elle aurait préféré, mais il lui restait tout de même quelques belles pièces. Éric avait bon goût, paix à son âme délicieusement dépravée. Elle se regarda une dernière fois dans le miroir en pied, lissant sa robe, avant de prendre son portable pour rappeler Rachel. Celle-ci décrocha à la première sonnerie, ce qui ne manqua pas de faire plaisir à la jeune femme. Elle apprenait vite, la lowen.
"Adalind, j'attendais votre appel."
"Je m'en doutait," pas la peine de se rappeler de sourire cette fois, "Retrouvons nous au Little Bird, j'ai fait une réservation."
