Nick arriva a la boutique d'épices, son mauvais pressentiment toujours au creux du ventre. Rosalee était en train de servir un client; il la salua rapidement et se glissa dans la pièce d'à côté pour ne pas la gêner. Monroe s'y trouvait déjà, en train de ranger des bocaux avec l'aisance née de l'habitude.

"Salut Monroe."

"Hey Nick. T'as fait vite. Hank te rejoins?"

"Non, il s'assure que les fédéraux ne viennent pas fourrer leur nez dans ce que je fait."

"Très prévenant de sa part."

Le blutbad glissa un dernier bocal en place et tira sur son pull pour le rajuster avant de se tourner vers son ami.

"Donc. Vous avez retrouvé Xavier," Monroe sourit en se frottant les mains, " c'est une bonne chose non? Un enquête résolue pour ton retour, c'est plutôt bien…"

"Je sais pas si elle est résolue."

L'expression joyeuse du blutbad disparu dans une une moue perplexe.

"Mais pourquoi?"

Nick se rapprocha de la table en croisant les bras, observant le matériel de Rosalee comme s'il l'avait personnellement offensé.

"Xavier a été torturé. Et il a dit quelque chose de bizarre…"

Monroe roula des yeux et s'appuya sur la table d'une main, son visage se faisait sardonique.

"C'était trop simple. Bon, Ok, qu'est ce qu'il a dit l'eisbiber?"

Rosalee les rejoignit opportunément, souriant à Nick et rajustant son haut dans un geste qui rappelait irrésistiblement Monroe.

"Qu'est ce que j'ai manqué?"

"Rien pour le moment. Nick?"

Le grimm sourit malgré lui devant ses amis avant de retrouver son sérieux.

"Quand Hank et moi sommes allé voir Xavier Arivaca à l'hôpital, il a prononcé deux mots latin à la fin de notre interrogatoire, Oculltatum Libera."

"Occulta quoi?" répéta Monroe, perplexe.

"Occultatum Libera," le reprit doucement sa femme, les sourcils froncés, "j'ai déjà entendu ça quelque part."

Elle contourna la table et Nick en direction d'une étagère de livres et parcouru les reliures du doigt, avant de tirer de l'étagère un ouvrage particulièrement délabré, qu'elle posa sur la table avec précaution. Monroe et Nick la rejoignit autour du livre tandis qu'elle tourna les pages, son froncement de sourcils de plus plus plus prononcé.

"C'est là, Occultatum Libera."

"Oh!" Monroe se pencha un peu plus sur le livre avant de jeter un regard à Nick, "c'est un vieux slogan?"

"Un cri de guerre," répondit Rosalee, qui parcourait toujours le texte d'un air inquiet, "Mon bas latin est plutôt mauvais, mais mon père m'avais parlé de ça. C'était un groupe de wesen qui prêchait le délivrance contre l'oppression par les kehrseites."

Monroe faillit bondir, son regard passant rapidement de la fuchsbau à Nick.

"C'est la Schwarzkralle? Mon grand-père en parlait. Il disait que leur slogan signifiait "libérer ce qui est ou ce qui sont, caché."

"C'est une bonne approximation."

Nick les observa tout les deux, inquiet à son tour.

"Qu'est ce que c'est que cette histoire?"

Monroe fourra ses mains dans ses poches.

"C'est une idée qui traîne depuis toujours parmi les wesens. Ils se disent qu'on devrait pouvoir être libre d'être ce que l'on est à la vue de tous, ne pas avoir à se cacher," il esquissa un geste vague de ma main, " c'est pas un problème pour un mauzhertz, mais tu connais les blutbaden."

"Ouais, je connais."

Rosalee tourna soigneusement la page et la lissa du plat de la main, les yeux s'écarquillant de surprise.

"Nick, tu as toujours la photo que tu m'avais montré la dernière fois?"

"ouais…"

Le grimm sorti son portable de sa poche et afficha la photo du graffiti qu'il avait trouvé au début de son enquête. La fuchsbau lui pris le téléphone de la main et le posa sur le livre, à côté d'une illustration. Les deux dessins étaient quasiment identiques, quatre lignes irrégulières placée verticalement et parallèlement.

"On dirait que la Schwar… Qu'ils sont arrivé à Portland."

Rosalee s'éloigna brusquement, sortant une boite d'un tiroir dérobé et récupérant son propre téléphone avec des gestes nerveux.

"Rosalee..?" Monroe se rapprocha lentement, déstabilisé par la réaction de sa femme.

"J'appelle le conseil. Si Black Claw a resurgit en Amérique, il doivent le savoir."

"Tu crois qu'ils enverront quelqu'un?"

La jeune femme secoua la tête en tapa rapidement le numéro de téléphone qui la mettrait en contact avec le conseil des Wesen. Nick reconnu la voix de l'homme qui décrocha; c'était Alexander, le Pflichttreue à qui il avait déjà eu affaire.

"Je vous parle de la part de monsieur De Grootes."

La Fushbau déglutit avant de prendre la parole d'une voix raffermie.

"Je suis Rosalee Calvert, la-"

"Je sais qui vous êtes. Que voulez-vous?"

"Je vous appelle pour vous signaler que Black Claw a resurgit à Portland."

"Black Claw?"

Le ton du représentant du conseil était prudent, gardé.

"Quelle preuve avez vous?"

"Le grimm est avec moi, il va vous envoyer quelque chose qu'il a rencontré durant une enquête."

Elle jeta un coup d'oeil à Nick. Il n'avait pas particulièrement envie de parler d'un enquête qui était techniquement toujours en cours, surtout si les fédéraux étaient impliqués, mais le conseil des wesen ne prendrait pas Rosalee au sérieux s'il ne lui donnait pas les preuves qu'ils demandaient. Retenant un soupir mais ne pouvant pas s'empêcher de froncer les sourcils, il entra le numéro que lui désignait silencieusement la fuchsbau et envoya la photo avant de se mettre à parler.

"J'ai rencontré cette.. Marque durant une enquête sur une série d'agressions, exclusivement dirigée contre des Wesens. Quatorze sont morts."

Les trois amis purent entendre Alexander prendre une brusque inspiration à l'autre bout du fil.

"Continuez."

"Nous avons retrouvé l'une des victimes, il a été torturé," Nick prit une inspiration, marquant une pause et mettant inconsciemment l'emphase sur la suite, "durant notre interrogatoire, il a prononcé les mots 'ocultatum libera'"

"Je vois," même s'il essayait de se cacher derrière un masque formel, la voix d'Alexander trahissait son inconfort. Il marqua une courte pause avant de reprendre.

"Le concile est d'ors et déjà au courant de… l'agitation ambiante. Plusieurs points chauds sont en cours de résolution en ce moment même. Nous vous contacterons si besoin est."

Il raccrocha, ne laissant pas le temps au trois amis de protester. Rosalee paraissait la plus surpris des trois, et la plus inquiète.

"Je ne comprend pas. Quand il y a eu le problème avec le petit garçon-"

"Et la momie," ajouta Monroe au passage

"- Ils ont envoyés quelqu'un très vite."

"Alenxander est venu les deux fois."

"Oui. Et quand il y a eu ces braqueurs de banque…"

"Quoi?!" Nick les fixa tout les deux. Monroe baissa aussitôt les yeux, tricotant des doigts.

"Bon, on est pas certain que ce soit le conseil qui les ait fait tuer mais… c'est le plus logique."

"J'apprécierai que ça ne se reproduise pas," grinça le grimm d'un air ombrageux.

"Bah tu as le numéro d'Alexander maintenant."

"Je suppose."

Nick se passa une main sur la nuque avec lassitude.

"Je suppose que je devrait être content que la théorie du gang soit vérifiée mais… Je ne sais pas ce que je peux dire au boulot."

"Tu peux en parler à ton capitaine déjà," fit remarquer Monroe d'un ton raisonnable, "c'est déjà ça."

"Mouais, je ne sais pas si c'est vraiment une amélioration."

"Écoute Nick, - et mon dieu, je n'imaginait pas que ça arriverait un jour, mais nous y voilà, je défend un Zauberbiest- mais après tout ce qui c'est passé avec… enfin, entre vous," il passa rapidement sur le sujet, ne voulait pas ranimer le spectre de Juliette, "il nous a quand même bien aidé. Je veux dire, il est venu avec vous tous quand j'ai été enlevé."

"C'est vrai," Nick était toujours sur la défensive, "mais ça ne veut pas dire que je dois lui faire confiance."

"Houlà non, c'est pas ce que je dis," Monroe fit de grand gestes qui se voulait apaisant, " Ça reste un zauberbiest. Mais tu peut quand même lui demander son aide," Le blutbad marqua une pause, " Prudemment."

Nick resta un instant désarçonné avant d'avoir un sourire embarrassé.

"Tu dois avoir raison."

Ça m'arrive."

Rosalee lui asséna un léger coup de coude.

"De temps en temps."

L'horloger afficha un air profondément blessé en se frottant le bras, faisant les yeux de chien battu à sa femme, qui cache un gloussement en allant ranger son livre. Nick secoua la tête.

"Il faut que j'appelle Bud aussi…"

"Kelly va bien!"

"Oui, je sais," Nick sentit le rouge lui monter dans le cou, mais il continua couragement, "mais c'est quand même mon fils, je devrai quand même m'impliquer un minimum."

"Tu devrais avoir plus de temps maintenant, non?"

"Hank et moi allons sans doute devoir conclure notre enquête, donc je suppose que oui."

Le grimm ne paraissait pas particulièrement ravi de cette constations. Il était évident que pour lui cette histoire était loin d'être terminée, et les limitations imposées par monde secret des wesen le faisait renâcler. Si ces foutus fédéraux n'avaient pas été impliqué encore… Il aurait pu convaincre Renard de laisser traîner l'enquête en fond pendant qu'ils fouillaient plus en profondeur chez les wesens, mais avec l'implication du gouvernement fédéral, ce genre de petites entorses à la procédures ne pouvaient pas avoir lieu. Sa seule consolation était que le capitaine allait sans doute être aussi frustré de la situation que lui.

"Merci pour tout vous deux."

"Oh, c'est rien."

"Toujours un plaisir d'être utile; Au fait," Monroe se pencha vers Nick, utilisant leur différence de taille et un soupçon de woge pour mettre l'emphase sur la suite de sa phrase, "ce soir tu viens manger à la maison. Interdit de te défiler."

"Wow," le détective recula en levant les mains, l'air pénitent, "okay, okay, pas la peine de jouer la carte du grand méchant blutbad."

Le rouge quitta aussitôt les yeux de l'horloger, qui sourit benoîtement.

"C'est plus de la furie de la fuchsbau que tu devrait avoir peur, c'est ça qui est vraiment terrifiant."

Rosalee roula des yeux, souriant tout de même à la fierté dans la voix de son mari. Incorrigible, il était incorrigible. Nick jeta un regard de terreur exagéré à la jeune femme, qui lui fit les gros yeux, à peine capable de se retenir de rire.