Adalind sortit avec Bonaparte et son entourage dans l'air frais de la nuit, l'excitation comme une ligne d'électricité courant dans son corps. Elle devait rester concentrée. Rachel proposa qu'ils continuent leur conversation dans les locaux de campagne d'Andrew Dixon, déserté à cette heure. Le grand homme n'aimait pas que ses troupes s'usent la santé et tenait à ce que tous soit parti avant que lui-même ne quitte le navire. Comment il pouvait croire qu'à ce train là il gagnerait l'élection, la jeune femme n'en avait aucune idée, mais au moins c'était ce qui se rapprochait le plus d'un endroit neutre pour la suite cette petite réunion. Elle refusa gracieusement de monter en voiture avec Bonaparte, préférant jouer la prudence. Il s'inclina tout aussi gracieusement, et ils convinrent de se retrouver dans l'open space, les deux femmes ayant chacune une clef des bureaux. Adalind arriva la première, en profitant pour se garer le plus près possible, juste au cas où. L'ancienne hexenbiest entra tranquillement, allant directement dans l'ascenseur sans prêter attention au bureau d'accueil. Une fois à l'étage, elle déverrouilla la porte et alluma les halogènes, parcourant la salle du regard. Ils seraient sans doute mieux installé dans la précieuse salle de réunion. La jeune femme alla y allumer la lumière, constatant sans surprise que ce cher Andrew avait rangé ses papiers avant de partir, laissant la large table ronde immaculée. La porte de l'open space s'ouvrir derrière elle, et elle pivota sur ses talons, souriante. Rachel tenait la porte, laissant Conrad et son garde du corps entrer, avant de se glisser derrière eux, refermant la porte avec une fluidité née de la pratique.
"Je pense que nous serons mieux installé dans la salle de réunion."
Le petit groupe commença à la rejoindre, Bonaparte prenant la tête.
"N'est ce pas pour ça qu'elles sont faites?"
Adalind eut un rire poli et le laissa entrer avant de faire de même, coupant la route à la lowen et au garde du corps. Bonaparte alla bien sur s'asseoir en tête de table. La jeune femme s'assit à sa droite, Rachel s'asseyant en face d'elle en dissimulant son amertume sous un masque lisse. Le garde du corps resta debout, le regard allant de la porte au fenêtres avec un moue ronchonne. Il n'aimait visiblement pas être là. Aucun des trois autres ne trouvait nécessaire d'y porter la moindre attention.
"Bien. Où en étions nous?"
"Vous vouliez des informations…"
"Et vous vos enfants. Oui." Il lui sourit, croisant les mains sur la table. Adalind se pencha vers lui, posant sa pochette devant elle, gardant une main posée dessus, attentive à ne pas faire de bruit avec sa bombe au poivre. Elle ne pensait pas en avoir besoin, mais un peu de prudence n'a jamais fait de mal à quiconque.
"Je dois dire que je suis assez surprise que vous soyez au courant à propos d'eux."
"Et bien, quand Rachel nous a parlé de vous, nous avons fait des recherches. Vous comprenez."
"Oui, bien entendu. Bien que j'ai du mal à comprendre où vous avez trouvé la trace de ma fille, vu que j'ai accouché dans une chalet au milieu de nul part."
"Il y avait votre dossier de grossesse."
"Oh, bien sur. Je suppose que le secret médical n'est plus ce qu'il était, en Europe."
Bonaparte eu un petit rire, lissant sa cravate avait un air vaguement embarrassé.
"Nous avons nos méthodes."
Adalind leva un sourcil, souriant avec un rien de suffisance.
"Méthode qui ne fonctionne pas à Portland?"
"Comme je vous l'ai dit, nous ne somme arrivé à Portland que depuis peu."
Adalind pencha la tête et posa nonchalamment un de ses bras sur la table, repoussant une mèche de ses cheveux avec un sourire carnassier.
"Et vous cessiez de tourner autour du pot et me disiez qui est ce 'nous' Conrad?"
L'intéressé haussa les sourcils, se redressant imperceptiblement.
"Je ne l'ait pas déjà faire? Quelle impolitesse de ma part. Je représente Black Claw."
"Black Claw…"
"Vous avez pu en entendre parler sous le nom de 'Schwarzkralle' durant votre séjour en Autriche."
L'ancienne hexenbiest lui fit un sourire éclatant.
"Non, ça ne me dit rien. Je suppose que vous opérez en sous-main."
"Nous n'avions pas le choix."
"A cause de ce que vous défendez."
"De ce que nous voulons, Adalind. L'avènement des Wesens. Nous sommes plus puissants que les kehrseites. Cela fit déjà trop longtemps que nous sommes forcé à vivre dans le secret par des lois archaïques, qui veulent nous assimiler au lieu de promouvoir nos traditions et rituels."
Adalind ne pouvait pas nier que ce que disait ce représentant de Black Claw résonnait en elle. Combien de fois avait elle souhaité pouvoir user de ses pouvoirs en toutes impunité, combien de fois cela aurait-il pu lui éviter des désagréments inutiles… Mais Ce n'était pas uniquement à causes des kehrseites que ces règles avaient été mises en place. En vérité, sans les Grimms, les wesens auraient très bien pu les asservirent depuis longtemps.
"Que faites vous des grimms? C'est à en partie à cause d'eux que nous nous dissimulons."
"Les grimms devrons accepter l'arrivée d'une nouvelle ère. Ce qui était vrai autrefois ne l'est plus désormais, et ils n'ont jamais fait parti des kehrseites. Ils vivent dans le monde wesen, et ceux qui l'accepterons pourrons vivre à nos côtés."
Adalind haussa les sourcils, devinant la suite mais ayant tout de même envie de l'entendre.
"Mais les autres?"
"Ceux qui prendrons le partie des kehrseites serons traité comme eux. Il en va de même pour les wesens qui ferons ce choix. C'est regrettable, et nous porterons le deuil de nos frères et soeurs ainsi perdu, mais c'est un sacrifice nécessaire."
La jeune femme échangea un sourire avec Conrad Bonaparte, ne pensant pas une seule seconde que son absence de woge pouvait être un problème. Elle faisait clairement partie de ceux dont Black Claw s'était fait les champions, et enfin, quelqu'un allait faire quelque chose…
"Rien ne me ferait plus plaisir que vous aider à atteindre ce but Conrad."
"Dans ce cas, ma chère Adalind, pourquoi ne pas nous dire où nous pouvons trouver vos enfants?"
Le sourire de l'ancienne hexenbiest s'effaça lentement, remplacé par une moue boudeuse. Elle fixa ses ongles, les mains sur la table.
"Je ne sais pas où est ma fille. Son père l'a faite enlevée et je n'ai pas eu de nouvelles depuis."
"Vous pensez qu'il sait où elle est?"
"Je n'en doute pas. Il est obsessionnel comme ça."
"Nous pourrions peut-être le convaincre de nous révéler là où elle est gardée. Il est sensible à la raison, n'est-ce pas?"
La moue d'Adalind s'accentua.
"Parfois j'en doute. Il est wesen vous savez, enfin," elle esquissa un geste vague et dédaigneux à la fois, "assez en tout cas."
"Le père de votre fille serait le fameux prince de Portland?"
"Prince bâtard," précisa la jeune femme avec une mesquinerie assumée, "oui."
"Vous en êtes certaine?"
Bien sur, il savait qu'elle avait collaboré étroitement avec un autre prince.
"C'est ce que je lui ait dit, et il m'a cru."
Bonaparte eu une sorte de gloussement, regardant l'ancienne hexenbiest avec une surprise trop apparente pour ne pas être sincère.
"Il ne sait vraiment rien du Contaminatio Ritualis."
Adalind haussa les épaules.
"Peut-être que ça n'avait pas d'importance pour lui."
"Parce qu'il sait ce que c'est d'être bâtard? Très sentimental."
"N'est-ce pas?" Mais la jeune femme en avait assez de parler de Sean Renard. Cela lui rappelait tout ce qu'elle avait perdu à cause de lui et de son grimm domestique, "Je sais où est mon fils."
"Ah oui?"
"Avec son père. Le grimm."
"Le grimm?" était-ce du malaise? Non, elle devait commencer à fatiguer. Sûrement, Conrad Bonaparte n'était pas intimidé par Nick. Buckhardt était le pire grimm qui ait jamais vécu. Pris par surprise et privé de l'aide de ses amis et de Renard, il n'avait aucune chance. Il était tout simplement trop tendre pour son héritage.
"Oui. Mais il n'a rien à voir avec l'idée qu'on se fait d'un grimm."
"C'est ce que j'ai entendu dire. Mais il a tué deux reapers peu de temps après avoir été mis au courant, je me trompe?"
Adalind repoussa l'objection d'un geste, agacée.
"Ça reste un flic. Ces reapers pensaient avoir affaire à un débutant. De plus, il se repose sur ses amis."
"Nous avons entendu parlé de ça…"
La jeune femme roula des yeux, n'appréciant pas la nuance de respect qu'elle percevait chez Bonaparte.
"Comment c'est arrivé, je n'en sait rien. Nick leur a probablement fait pitié."
"Nick?"
"Nick Buckhardt, c'est le nom du grimm. Non, je suis certaine qu'il ne serait pas difficile de l'éloigner de ses amis. J'ai déjà failli réussir, et ce n'était pas mon but."
"Ah oui?"
Adalind sourit avec nostalgie, baissant coquettement les yeux.
"Avant mon départ pour l'Autriche. J'ai ensorcelé sa fiancée de l'époque. Un sort dans un sort."
Bonaparte jeta un rapide regard à Rachel Wood, qui n'avait pas l'air de savoir de quoi l'ancienne hexenbiest parlait. La jeune femme fit la moue, un peu vexée.
"Je l'ai mise dans le coma. Si elle se réveillait, elle aurait tout oublié de Nick, et-"
"Ah! Une belle au Bois dormant."
Il ne paraissait pas si impressionné que ça. Adalind croisa les main sur sa pochette et lui jeta un regard aiguë.
"Excusez moi, mais vous semblez terriblement au courant des pratiques hexenbiest."
"Je suis d'une terrible impolitesse, ce soir," le visage de Bonaparte ondula paresseusement, sa chair semblant de dessécher et se fendre. Ses yeux disparurent sous des coutures grossières, l'os de sa mâchoire s'exposant dans un carcan de muscles desséché. La chair de sa joue avait complètement disparu, exhibant deux rangées de dents comme des piquets de clôture et une épaisse langues parcheminée. Il répandait soudain une faible odeur d'épices et de chair décomposée, "je suis presque de la famille, vraiment." Il reprit son masque humain avec un autre de ses charmants sourire. La jalousie transperça Adalind comme un fer chauffé au rouge, mais elle n'en montra rien, le coeur dans un bloc de glace.
"Je doit dire que je suis surprise. Agréablement."
Il inclina la tête, lissa sa cravate.
"Je suis désolé de n'avoir rien dit plus tôt. Cela m'était complètement sorti de la tête," il marqua une pause, avant d'ajouter galamment, "je ne m'attendait pas à rencontrer une jeune femme à la fois si ravissante et intelligente."
Adalind eut un petit rire.
"Dans ce cas je m'excuse je vous avoir ébloui."
"Vous êtes tout excusée. J'aurai du croire la description faite par mademoiselle Wood."
Adalind accorda un sourire à Rachel, qui lui sourit aussi, protestant qu'elle n'avait fait que reporter la vérité. Après ça, Adalind se sentait en terrain connu, plus en confiance. Elle révélerait à Conrad Bonaparte assez pour récupérer ses enfants, et si dans la foulée Sean et Nick se retrouvait en difficulté, ce n'était pas son problème. Elle se promis de ne pas trop en révéler cependant; elle devait assurer sa sécurité et celle de Diana et son fils. Bonaparte était un zauberbiest après tout; elle savait parfaitement à quel point ils pouvaient se montrer traître.
