Il y eut une discussion dans le couloirs hors de leur vue, les deux femmes échangeant des chuchotements pressés. Finalement, alors que Nick et Hank étaient prêt à s'éloigner pour de bon, elles surgirent, Trubel gardant une main sur l'avant-bras de Juliette, qui avançait d'une démarche mécanique, les yeux fixés droit devant elle. Nick avait l'impression de se noyer. Hank se força à rester immobile, tellement tendu qu'il en vibrait presque.
"Qu'est ce qui c'est passé?"
Juliette ne se tourna même pas vers lui pour répondre.
"Adalind."
"Quoi?"
"Je ne sais pas comment. Comme un-," elle sembla trébucher sur le mot, serrant les dents; un reste de sueur froide collant ses cheveux à ses tempes, "un cri. Diana l'a entendu aussi."
Le grimm déglutit, se força à bouger, décrisper son dos.
"Pourquoi?"
"Pourquoi elle fait ce qu'elle fait?!" La voix de l'ancienne vétérinaire avait dérapé dans les aigus. La main de Trubel se resserra sur son bras, et elle se reprit, respirant profondément, délibérément, semblant compter dans sa tête entre chaque expirations. Elle se détendit imperceptiblement, se redressant.
"Elle devait viser Diana. J'ai été… Éclaboussée."
Meisner arriva à son tour, évaluant Juliette du regard. Il parut satisfait de son calme et hocha la tête en direction de Trubel avant de partir vers la pièce où la petite fille était enfermée. La grimm soupira lourdement, retirant lentement sa main.
"Il n'y avait rien d'autre?"
"Une odeur métallique. Du sang peut-être, mais la garce m'a fait saigner du nez."
Trubel enfonça ses poings dans ses poches.
"Okay."
Son regard s'égara vers Nick, et Juliette suivit le mouvement presque malgré elle. Elle se détourna aussitôt, comme si voir son ancien compagnon l'avait brûlée. Elle croisa ses bras contre elle et s'éloigna à grand pas, serrant ses bras contre son torse. Le grimm se secoua comme un chien qui s'ébroue, la regardant s'éloigner avec une expression indéchiffrable sur le visage. Hank se rapprocha de lui, levant une main pour pour lui toucher l'épaule mais se retenant au dernier moment.
"Ça va aller Nick?"
"Je sais pas," le grimm secoua à nouveau la tête et se frotta les yeux en avalant sa salive, "Trubel, tu avais des choses à nous donner?"
"Mh-mh," La jeune femme resta encore quelques secondes à fixer le bout du couloir où Juliette avait disparu avant de leur faire signe de la suivre. Ils tournèrent les talons et atteignirent sans encombre une énième porte métallique que la jeune femme, les laissant entrer. La pièce ressemblait à l'une de leur salle de réunion; une table carrée au centre, bordée de chaises; les murs étaient couverts d'étagères pleines de dossiers et de matériels électroniques; un ordinateur ronronnait sur un petit bureau poussé contre un mur. Sur la table était posé un dossier dont la jeune femme s'empara avant de le tendre à Hank; Nick était encore pâle. Le détective afro américain le parcouru rapidement, restant debout. Il s'agissait surtout d'une liste de noms, accompagnés de précision tels que le type de wesens ou leur métier. Hank passa le dossier à son partenaire, songeur. La litanie des wesens ne lui disait pas grand chose; ils avaient du mal à retenir les noms allemands, avec toutes leur consonnes. Mais la liste des métiers étaient déjà assez perturbante: il y avait de tout, depuis l'ouvrier jusqu'au cols blancs dans Black Claw. Il secoua la tête. Non, c'était logique quelque part. Nick referma le dossier et le glissa sous son bras.
"Okay, merci Trubel."
"De rien," la jeune femme était soucieuse, se mordillant la lèvre inférieure et pianotant sur la table, "Qu'est-ce que tu crois qu'Adalind peut faire?"
"Aucune idée. Je croyais…" Nick se frotta la nuque, "Je ne l'ai pas revue depuis l'accouchement."
"Oh. Okay, j'imagine qu'elle est remontée. Mais je comprend pourquoi tu ne l'as pas revue."
Elle soupira doucement, avant de faire un vague geste de la main.
"On sait pas grand chose sur les hexenbiests. C'est pas comme si Eve avait le mode d'emploi."
Le grimm fit la grimace en baissant la tête.
"Je suppose."
Trubel continua innocemment, triturant une de ses poches.
"Et l'hexenbiest qu'elle connaissait, Henrietta, a été tuée par Jack l'éventreur, même si je ne pense pas que Meisner aurait été ravi qu'elle la fréquente. Il est un peu parano."
Elle haussa les épaules et se passa une main dans les cheveux.
"Mh. Bref."
Nick fit passer le dossier d'une main à l'autre, chassant les souvenirs comme des mouches importunes.
"Qu'est ce que vous comptez faire, à propos de ça?"
Il agita légèrement le dossier. Trubel cligna un instant des yeux, avant de se décider à s'asseoir sur la table d'un mouvement coulé de prédateur.
"Honnêtement, c'est du menu fretins. On veut Conrad, ses chefs si possibles, mais il va sans doute falloir compter sur votre capitaine pour ça. Petrovitch n'en savait pas des masses."
Hank haussa les sourcils.
"Ils compartimentent."
"Yup."
"Note que nous aussi," fit remarquer la jeune femme d'un ton indifférent, "Meisner ne sait pas qui il y a au dessus, mais il y a forcément quelqu'un."
Hank esquissa un sourire, essayant de détendre l'atmosphère.
"Pas peur d'être financé par des terroristes?"
La jeune femme roula des yeux, souriant à son tour.
"Nan, on aurait plus de moyens!"
Elle lança un regard à Nick, espérant qu'ils les rejoindraient dans leur bonne humeur.
Le grimm eut un sourire distrait avant de se frotter l'arrière du crâne.
"Vous avez des nouvelles de ma mère? J'ai toujours une adresse mail mais…"
Trubel hocha la tête.
"Elle répond pas toujours," la jeune femme s'étira, "au dernières nouvelles elle était en Europe, mais je sais pas exactement pourquoi. Des gens à voir il me semble."
"Des gens?"
"Me demande pas."
"Mhf."
Nick soupira un peu plus fort et s'assit avec la grimm. Hank lui jeta un regard intrigué avant de s'asseoir à son tour. Le grimm rouvrir le dossier et le feuilleta à nouveau, lisant lentement les noms. Certains lui étaient familiers, mais il n'était pas certain sa savoir si c'était à cause de ses enquêtes en cours ou parce qu'ils connaissaient. Il referma la pochette et la repoussa légèrement. Confusément, il pensait que c'était différent, à Portland; après tout, il n'était pas ce genre de grimm, la communauté des wesens de la ville semblait sans histoires, malgré les mauvaises graines que Renard lui fourrait dans les pattes. Il tira sur la manche de sa veste, les yeux baissés sur la table.
"Je ne comprend pas…"
"Uh?" Trubel lui jeta un regard en biais.
"Ces noms, ils sont tous du coin?"
"La plupart."
Nick cligna ses grand yeux bleu, fronçant les sourcils. Hank soupira doucement, changeant de position sur sa chaise.
"On devrait retourner au commissariat."
"Ouais," Il se leva, son partenaire l'imitant en attrapant le dossier à sa place, "Trubel, tu pourras dire à Ju-" il s'interrompit et secoua la tête. La jeune femme lui jeta un regard interrogateur, mais ne le poussa pas. Elle leur demanda s'ils retrouveraient la porte seuls. Nick hocha la tête et retournèrent dans le couloir alors que la grimm allait réveiller l'ordinateur, au fond de la pièce.
Le grimm resta silencieux sur le chemin qui les ramena à l'ascenseur, plongé dans ses pensées. Hank ne cessait de revenir à la liste de noms, de plus en plus mal à l'aise à l'idée qu'il ne savait pas comment la jeune femme se les était procuré. Et le fait qu'elle ne leur avait pas proposé de rendre leur prisonnier à la police.
Une fois de retour au commissariat, juste avant de descendre de voiture, Nick tendit la main vers son partenaire.
"Donne moi la liste, j'ai une idée."
Le détective afro américain s'exécuta, se sentant vaguement soulagé. Le grimm récupéra le feuillet et le plia avant de le glisser dans sa poche en sortant de la voiture. Ils arrivaient juste à temps pour finir leur journée. Durant les jours qui suivirent, le commissariat reçu des appels anonymes, de correspondants très variés, et pour certain très nerveux, signalant des comportements suspects un peu partout dans le secteur. Le premier ne fut l'objet que d'une vérification protocolaire, les policiers soupçonnant une blague, mais une investigation un rien plus poussées prouva que la plupart des signalements étaient tous authentiques. Les forces de l'ordre se mirent à effectuer des arrestations, à nouveau soupçonneux de ces appels, même si c'était pour des raisons différentes. Une enquête parallèle se révéla une chasse frustrante et infructueuse à travers la ville, sur la route des rares cabines téléphoniques survivantes a l'époque du téléphone portable pas cher. L'équipe chargée de trouver qui possédaient des tuyaux aussi précis essaya bien de demander au capitaine les ressources pour effectuer des planques, et peut-être réussir à coincer l'un des corbeaux dans l'acte, seulement pour recevoir une rebuffade glaciale alors que Renard leur déroulait point par point les impraticabilités de ce qu'ils demandaient. Le reste du commissariat s'accorda à dire que leur chef n'était habituellement pas aussi brutal, mais s'accordèrent aussi à dire qu'il avait sans doute ses propres supérieurs sur le dos, étant donné la vague de crimes qui étouffait la ville comme une mauvaise chaleur. Wu, Hank et Nick n'était pas de cet avis, même aucun d'entre eux ne savait comment approcher la question… Ni admettre que ralentir la vague de progrès que le commissariat avait sur leurs multiples enquêtes aiderait sans doute à réduire la pression sur le capitaine. Le récent scandale de drogue et de prostitution jetant de la boue sur le maire sortant, alimenté par des fuites de sources anonymes mais forcément policières avait fait froid dans le dos du grimm, qui avait une assez bonne idée d'où elles venaient.
