Le temps qu'ils reviennent au QG de l'organisation phénix, un nouveau statut quo semblait avoir été atteint entre Meisner et Chavez. Nick ne s'attarda pas sur la question, et présenta l'ancienne agent du FBI à Elizabeth Lascelles en première. Les deux femmes se serrèrent la main en s'évaluant mutuellement, avant d'échanger un sourire.
"Ravie de vous rencontrer."
"Moi de même."
L'hexenbiest se tourna ensuite vers Meisner, qui s'était imperceptiblement raidi.
"Martin."
"Madame."
Un peu plus et il aurait claqué les talons.
"Dans quoi vous êtes vous embarqué cette fois?"
"J'essaye d'arrêter une insurrection, croyez-le ou non."
Elizabeth eut un petit rire.
"Ce doit être étrange de vous retrouver de ce côté-ci de la barrière. Sean y est plus habitué," l'ancien résistant garda un visage soigneusement neutre sous le regard aigu de l'hexenbiest. Elle reporta son attention sur Chavez et Nick comme à regret, "Bien, montrez moi ces documents."
L'ancienne agent lui tendit les feuillets, ayant visiblement fait le deuil de leur confidentialité. Elizabeth les lut attentivement, son charmant minois se plissant de plus en plus. Elle reposa lentement la pile avant de balayer le petit groupe du regard.
"C'est mon fils qui vous a procuré cela?"
"Oui madame."
Elle serra les lèvres.
"Il s'agit effectivement d'un zaubertrank. Je ne reconnaît pas tout, mais je dirait qu'il s'agit d'un erstewoge; c'est ce qui serait le plus proche en tout cas."
"Il y a un mais?" releva calmement Chavez.
"Ce genre de traitement est pour les enfants. Pour certains le woge tarde à venir et il faut le déclencher chimiquement." Elizabeth fronça légèrement les sourcils, et lissa le feuillet, "la préparation est la même, mais j'ai l'impression qu'ils cherchent à adapter les proportions aux adultes."
Hank déglutit; il avait froid d'un coup.
"Pourquoi?"
"Si je devais avancer une hypothèse, je dirait pour amplifier un woge déjà existant."
Hank enfonça ses mains dans ses poches.
"Ce n'est pas dangereux, avec ce truc, l'um-"
"Umkippen?" proposa Nick en haussant un sourcil.
"Oui, ça."
Elizabeth pencha légèrement la tête sur le côté, le geste rappelant un peu son fils.
"Bien sur. Mais l'umkippen naît du conflit entre l'instinct et la civilisation. S'il n'y plus de civilisation…" Elle haussa les épaules, l'air songeuse. Chavez serra les dents.
"C'est précisément ce que nous voulons éviter."
L'hexenbiest souriant sans chaleur.
"Quelle surprise," elle leva la main face à l'indignation montante de l'ancienne agent du FBI, "croyez moi, je n'ai aucun intérêt à ce que le monde tel que nous le connaissons s'effondre. Mis que comment comptez vous le faire exactement?"
Nick intervint sans pouvoir s'en empêcher.
"En arrêtant Bonaparte déjà."
"C'est un début, mais quid de ses idées? Elles ne sont pas apparues du jour au lendemain."
Hank vola au secours de son ami, lui posant une main sur l'épaule.
"Je pense que Nick, et les wesens de Portland, ont prouvé qu'ils est possible de vivre ensemble en bonne intelligence, vous ne croyez pas?"
Cette fois, Elizabeth comme Chavez les observaient tout les deux avec attention. L'hexenbiest fut la première à se décider, croisant les bras.
"Un preuve de concept qui en vaut une autre, je suppose."
Elle jeta un regard à Chavez, qui soupira, les sourcils froncés.
"Une crise à la fois s'il vous plaît," elle attrapa les feuillets et les glissant dans une pochette en carton, "Je n'aime pas cette histoire d'erstewoge. Il existe un antidote?"
ELizabeth eut un sourire franchement amusé.
"Pas encore, mais je peut voir ce que je peux faire."
"Le plus vite serait le mieux. Meinser, si vous pouviez accompagner madame Lascelles aux laboratoires…"
L'intéressé pria aussitôt l'hexenbiest de le suivre, et ils disparurent dans le couloir. Chavez soupira lourdement, avant de considérer Nick et Hank pensivement.
"Votre contact européen est toujours en ville?"
"Au dernières nouvelles."
"Bien. Dites lui qu'ils nous faut trouver qui finance Bonaparte, et vite. Elle a raison; se débarrasser de Bonaparte serait une victoire à court termes si nous n'arrivons pas à nous débarrasser de ses instigateurs."
"Coupez une tête de l'hydre et deux autres la remplacerons?"
Elle lui jeta un regard peu amusé.
"Très spirituel. Maintenant, si vous voulez bien m'excuser…"
Les deux détectives savaient sentir quand il étaient congédié. Ils quittèrent la pièce et retournèrent lentement vers l'entrée du bunker.
"Tu crois qu'on devrait prévenir le capitaine que sa mère est là?"
"Elle l'a probablement déjà appelé."
"Mh, sans doute."
Hank se frotta le visage, l'air fatigué.
"C'est le wesenrein version deux cette histoire."
"Y a de ça…," Nick se passa une main sur la nuque, "Tu parles de la taupe possible au commissariat?"
"Ouais, aussi," le détective regarda son ami sérieusement, "tu sais qui pourrait…?"
Nick fit la grimace, mal à l'aise.
"Je ne sais même pas qui est wesen et qui ne l'est pas. Et puis-"
"La taupe n'est pas forcément wesen."
"Voilà."
Le grimm paru soulagé que son ami ait atteint la même conclusion que lui.
"Y a trop de possibilités pour l'instant. N'importe qui pourraient être susceptible au chantage ou…"
"Ou s'être radicalisé sans qu'on le sache."
"Mh."
Nick se passa les deux mains sur le visage.
"Mon royaume pour un café."
"Il y en a dans la cuisine."
Le grimm sursautant avant de se tourner à demi vers l'origine de la voix. Eve se tenait à distance respectable, les fixant tout les deux de son regard bizarrement dépourvu d'émotion.
"… Merci."
Elle haussa les épaules et commença à s'éloigner, avant de s'immobiliser après quelque pas, leur jetant un regard par dessus son épaule. Hank alla vers elle, et elle repris sa route, les guidant vers une grande pièce qui servait à la fois de cuisine et de réfectoire. Plusieurs cafetières étaient posées sur un buffet, avec à leur côté un assemblage hétéroclites de tasses et de casse-croûtes, la moitié entamé ou à demi enveloppé dans du cellophane. Les deux détectives se servir chacun une tasse tandis que l'ancienne vétérinaire ne les quittait pas des yeux, affichant une expression soigneusement neutre. Nick leva une tasse dans sa direction.
"Tu en veux-"
"Non merci."
"Okay…"
Il baissa le nez dans son café, ne sachant pas trop quoi faire de lui-même. Le regard de Eve allait d'Hank à Nick, attentif et gardé.
"Elizabeth Lascelles est un atout pour l'organisation."
Nick acquiesça prudemment entre deux gorgées de café.
"Elle nous aidera tant que c'est dans l'intérêt du capitaine."
"Bien sur."
Cette constatation ne semblait pas troubler Eve outre mesure.
"Comment avez vous détruit le woge de Diana et Kelly?"
Nick fit la grimace et posa sa tasse, se passant une main dans les cheveux.
"On l'a enlevé, pas détruit," il répugnait à dévoiler quoi que ce soit sans en parler avec sa mère, mais il voulait tellement que Eve continue de lui parler qu'il ne pu s'en empêcher, "on a… trouvé quelque chose, avec ma mère, qui permet de retirer et stocker le woge."
"Le trésor des grimm?"
Il hocha la tête, un peu déstabilisé.
"Pourquoi l'enterrer? C'était un bon moyen de se débarrasser des wesens."
Hank se permit d'intervenir, un peu perturbé par le ton plat d'Eve.
"Les tuer marchaient bien aussi."
Nick lui jeta un rapide regard presque blessé, mais il devait admettre qu'il y avait du vrai dans ses propos.
"Les wesens à qui on a retiré le woge peuvent le récupérer de la même façon qu'on l'a enlevé."
"Mh," elle parut réfléchir un instant, "Ils préféraient les solutions définitives. Mais il devaient y avoir autre chose, non?"
Nick alla rincer sa tasse, se sentant de plus en plus nerveux.
"Probablement. Je ne sais pas si…"
"S'il est possible pour un non-wesen de devenir wesen de cette manière? Cela semble logique."
"Possible."
Il posa la tasse sur l'égouttoir et battit en retraite, n'osant pas regarder l'hexenbiest. Il avait peur de ce qu'elle pourrait voir sur son visage. Hank étudiait la nourriture étalée devant lui, devinant le poids des non-dits qui envahissaient la pièce.
"Vous comptez rendre son woge à Diana."
"Probablement. Je veux dire, oui," il s'appuya contre une table, continuant avec conviction, "Ce serait la priver d'une partie de son identité de ne pas le faire."
"Même si elle est dangereuse?"
"Ma mère participe à son éducation. Même sans ça elle sera probablement redoutable."
Eve esquissa un sourire, amusée. Nick retint sa respiration, mais l'expression s'efface presque aussi vite qu'elle était apparue. Le regard de Eve glissa dans la vide.
"C'est spécieux, comme argument."
"C'est ce que je… Je ressens, je suppose."
Le grimm était frustré de ne pas pouvoir mieux s'expliquer, mais il était intimement persuadé que garder le woge de Diana en otage serait quelque chose d'égoïste et tout simplement mal. Ses sentiments par rapport à son fils étaient beaucoup moins clair, mais ni Eve ni Hank ne semblaient vouloir traîner le sujet sur le tapis, et il leur en étaient reconnaissant.
Le grimm s'étira et baillant largement, épuisé. Il se frotta vigoureusement les yeux et se força à se redresser.
"Je vais rentrer dormir un peu."
Hank posa sa propre tasse et rajusta sa veste en cuir.
"Moi de même. Merci pour le café."
Eve secoua la tête avant de fixer Nick d'un regard aigu.
"Tu es sur d'être en état de conduire?"
Le détective se frotta la nuque, plantant son autre main sur sa hanche.
"Oui…?"
L'ancienne vétérinaire semblait à peu près aussi convaincue que lui. Elle secoua la tête avec un peu de cette ancienne exaspération face à l'insouciance de Nick, et il eu l'impression que son coeur s'arrêtait.
"Trubel va te ramener. Elle doit récupérer sa moto."
"Uh. Okay."
Eve lui jeta un regard peu impressionné et quitta la pièce à la recherche de la jeune grimm, laissant Les deux détectives en tête à tête.
"Est-ce que…"
Le grimm secoua la tête, et son ami ne fini pas sa pensée.
Trubel déposa Nick chez lui, le considérant d'un oeil critique alors qu'il luttait pour s'extraire de sa veste. Il lui jeta un regard chassieux et elle ricana.
"Qu'est ce qui te fais rire p'tite tête?"
"Je me demande si je vais devoir te porter dans ton lit."
Nick pinça les lèvres, laissant tomber sa veste sur son sofa. Il était trop fatigué pour ce genre de vannes.
"Nan, merci."
La jeune femme retrouva son sérieux, inquiète pour son ami.
"Ça va aller…?"
Nick se frotta le visage, puisant dans ses dernières réserves pour sourire.
"Ne t'en fait pas. La journée a été longue."
"Me doute…" Trubel se balança sur ses talons, regardant tout autour d'elle avant de sortir les clefs de sa moto de sa poche.
"Bon… Bonne nuit alors."
"Fait attention à toi."
Elle grimaça et lui sourit avec malice.
"J'ferai ce que je peux m'sieur l'agent."
Nick lutta contre le rire mais ne réussi pas à prendre l'air aussi sévère qu'il aurait voulu.
"Disparait."
"M'kay m'kay!"
La jeune femme s'éclipsa en ricanant, rassurée. Nick réussi à ramper jusque dans sont lit, s'écroulant sans même ôter ses chaussures.
