Courant juillet s'est avéré être une prévision un poil optimiste, mais c'est reparti pour un chapitre par semaine, chaque samedi!
Après avoir retrouvé visage humain, le capitaine avait accepté d'être examiné par le médecin de l'organisation de mauvaise grâce, et le docteur Davis l'avait envoyé à l'hôpital sans demander son reste. Renard avait subit une dialyse et avait dû rester hospitalisé plusieurs semaines, sans doute parce qu'il faisait un patient exécrable.
La nouvelle d'un gang européen démantelé fit la une quelques jours, et l'on souligna l'héroïsme de l'équipe du commissariat central et de son capitaine empoisonné dans l'exercice de ses fonctions. Nick comme ses amis saluèrent l'art de la couverture de l'agent Chavez, qui avait usé de juste assez de mensonges pour que les journalistes les plus fouineurs ne tombent pas sur la vérité. La fine équipe s'était relayée pour apporter des nouvelles au capitaine, qui les avaient accueilli avec un mélange d'exaspération et d'amusement qui variait selon ses interlocuteurs. Maintenant qu'il avait enfin reçu le feu vert pour rentrer chez lui et reprendre le travail, l'exaspération avait presque complètement disparu; restait l'indignité de devoir être reconduit chez lui. Wu s'était porté volontaire, apportant à son chef un costume pour remplacer les pyjamas d'hôpital.
"Prêt à rentrer chez vous capitaine?"
"Impatient."
"C'est compréhensible…"
Wu avait patiemment attendu qu'il se change, lui-même se sentant presque emprunté dans sa tenue civile. Renard attrapa le sac de voyage contenant ses quelques effets et les deux hommes rejoignirent le parking avant que les médecins ne changent d'avis. Ils montèrent dans la voiture de Wu, le sergent au volant, et partir en direction du domicile du capitaine. Il traversèrent la ville dans un silence confortable; Wu se permit de le briser un peu avant d'arriver en vue de la maison.
"On a trouvé la taupe, au fait."
"Mh?"
"C'était un lieutenant. Enfin un lieutenant et deux de ses hommes."
"Qui?"
"Grossante."
"Ah."
"Vous n'êtes pas étonné."
"Ambitieux et juste assez stupide pour croire Bonaparte."
"Yep."
Le philippin se gara devant la maison et coupa le moteur. Renard descendit et resta un instant près de la voiture, observant sa demeure avec une expression indéchiffrable. Wu passa devant, fouillant dans la poche de son blouson.
"J'ai la clef…"
Il déverrouilla la porte d'entrée et la poussa avant de laisser le capitaine passer devant. Le semi-zauberbiest entra. Il y avait du monde dans son salon. Sa mère n'était pas une surprise. Nick et Hank, il s'y attendait à demi; Monroe, Rosalee, Trubel, et même Meisner et Bud, beaucoup moins. Il resta un instant interdit; le petit groupe en profita pour lever leur verres dans sa direction.
"Bon retour chez vous Capitaine!"
Wu le contourna avec un sourire beaucoup trop content de lui et allait cueillir son propre verre sur le bar. Renard secoua la tête avec un demi sourire et laissa tomber son sac au bas des marches avant de prendre une coupe.
"Sacrée surprise."
"Survivre à une tentative de meurtre, ça se fête!" Proposa Hank avec un enthousiasme juste un peu exagéré, Nick hochant doctement la tête à ses côtés.
"Seulement la seconde fois?" répliqua Renard, pince-sans-rire.
"Disons que ça compte pour les deux." Tranchant Wu d'un air raisonnable. Cela suscita l'éclat de rire incrédule qu'il recherchait, et il renchérit, "ne vous en faites pas, on ne s'est pas servi dans votre cave."
Renard leva un sourcil.
"Je m'en serait rendu compte."
Ce fut au tour de Hank de ricaner devant l'air offensé du sergent. Nick se montra à peine plus compatissant. Meisner s'approcha à son tour, les mains dans les poches.
"Content de vous voir debout."
"Et moi donc."
Les deux hommes échangèrent un regard, et l'ancien résistant fut le premier à se détourner, attrapant une bière avant de battre en retraite vers la fenêtre ouverte. Renard s'appuya contre le bar, englobant le salon du regard. Il n'y avait jamais eu autant de personnes chez lui au même moment, et il ne sait pas trop quoi en faire. Sa mère vint le rejoindre silencieusement, sirotant du vin blanc avec un petit sourire.
"Ils avaient invité l'agent Chavez. Elle a prétexté trop de travail."
"Je lui en suis reconnaissant."
Elizabeth sourit un peu plus.
"C'est une petite troupe intéressante."
"C'est le moins qu'on puisse dire."
Renard prit une gorgée contemplative; il n'avait pas pu résister à la perche que lui avait lancé le sergent, mais le vin était tout de même loin d'être mauvais. Il se demanda qui l'avait choisi; certainement pas l'un de ses flics. Il posa son verre et attrapa la bouteille.
"Il est plutôt bon pour un américain non?"
Monroe les avait rejoins, portant le verre vide de sa femme. Renard lui remplit sans même y penser et reposa la bouteille.
"Les Californiens s'en sortent bien."
Le blutbad fit une moue qui n'engageait à rien.
"Pas tous! Mais ce domaine a des bon crus," l'horloger attrapa une bouteille de bière dans sa main libre, "pour tout dire je m'y connais plus en bière, mais j'ai préféré choisir les vins aussi."
Monroe jeta un regard appuyé au trio de policiers qui discutait à quelques pas, faisant sourire le capitaine.
"Je vous en remercie."
Le blutbad agita la main pour repousser les remerciements, manquant de renverser sa bière.
Renard n'était pas certain de savoir sur qui il aurait parié pour la suite du pèlerinage auprès de lui, mais ça n'aurait certainement pas été Trubel. La grimm se rapprocha de lui après un crochet pour attraper une poignée de bretzels et jeta un rapide regard à la mère du capitaine avant de parler.
"Dooonc, maintenant que vous êtes remis, on va pouvoir s'occuper des royaux? Les autres voulaient pas tant que vos étiez à l'hôpital."
"Oh?" Le semi-zauberbiest balayant le reste du groupe du regard; les conversations s'étaient éteintes et Trubel et lui était devenu le centre de l'attention, "Je devine qu'il y a eu plus d'une conversation à ce sujet."
"En fait oui," avoua Monroe d'un air vaguement coupable. Il reprit rapidement du poil de la bête, "Envoyer un groupe terroriste, franchement?"
Renard inclina la tête, lui accordant ce point.
"Je vais devoir me rendre en Autriche. J'ai-"
Nick le coupa dans son élan, les mains plantées sur les hanches.
"Nous allons en Autriche. Même si c'est ce qu'ils veulent."
"Plus maintenant je pense."
Trubel croisa les bras en leur jetant un regard à tout les deux.
"Et vous pensez partir tout seuls?."
Renard haussa un sourcil, s'appuyant contre le bar. La conversation allait être longue.
"Vous avez une meilleure idée?"
La jeune femme se passa rapidement la langue sur les lèvres, le regard toujours fixé sur son interlocuteur.
"J'avais cru comprendre qu'on viendrait aussi..."
"Mh-mh." Le capitaine attendit la suite avec l'impression étrange que son univers était subtilement décalé par rapport à la normale. Trubel, incapable de deviner son trouble, continua avec l'aplomb de la jeunesse.
"… Je veux dire Meisner et moi."
Monroe roula des yeux avec un reniflement amusé.
"Ouais, comme si Rosalee et moi on allaient vous laissez y aller sans nous, sérieusement."
Renard ouvrit la bouche et Wu pouvait presque sentir la réplique acérée qui allait sortir, mais à sa plus grande surprise, et celle du reste des personnes présentes dans la pièce, il se ravisa à la dernière seconde et la referma sans rien dire, avec même un rien d'incertitude. Le semi zauberbiest se passa la langue sur les lèvres et prit une rapide inspiration.
"D'accord. Mais pas de révolution."
Le capitaine se sentait vaguement ridicule, mais les visages tournés vers lui étaient sérieux, presque grave.
"Vous insistez beaucoup là dessus," remarqua Wu d'un ton neutre.
"La vaste majorité de l'Europe est contrôlé par les familles royales. Une révolution isolée, menée par des agents extérieurs au pays serait chaotique, sanglante et de courte durée."
"Ookay."
Le capitaine soupira doucement.
"Je n'ai honnêtement aucune idée de comment régler le problème définitivement. Je n'ai pas vraiment de sympathisant parmi les héritiers, sans parler d'alliés."
Nick rumina l'air sombre.
"Alors quoi? On se débarrasser de Victor et on a quelques mois de tranquillité, le temps que le suivant se décide à s'occuper de nous?"
"A moins que le suivant n'ait aucune raison de s'occuper de nous," intervint Meisner, se rapprochant du reste du groupe. Hank eu un petit rire.
"Ah oui, évidement, parce que nous avons un royal-" il s'arrêta tandis que la réalisation se faisait, pour lui comme pour les autres. Renard se surprit à rester très, très soigneusement immobile, "Okay, en quelque sorte…"
Meisner leva le menton.
"Victor mort, la famille Kronenberg n'existera officiellement plus. La couronne ira…"
"Aux Bourbons probablement. L'Angleterre n'a plus de remplacement." ELizabeth ponctua son intervention d'une gorgée de vin. Renard serra la mâchoire, visiblement contrarié.
"Ajouter l'Autriche à la couronne de France. Je ne veux même pas penser au chaos qui en résultera."
Meisner bondit sur l'occasion.
"Vous n'êtes pas le seul. Je doute que L'Angleterre apprécie, sans parler de l'Allemagne. L'Italie se sentira sans doute menacée…"
Un mince sourire jouait sur les lèvres de la mère du capitaine.
"Ce serait dans l'intérêt de tous qu'un Kronenberg monte sur le trône."
Wu ne pu s'empêcher d'intervenir, d'un ton qui manquait de conviction, même à ses oreilles.
"Mais le capitaine -excusez moi- n'est pas né du bon côté du lit, non?"
"Eh bien, Frédéric est venu à Portland."
Le sergent roula des yeux.
"Oui, pour foutre le bordel et accessoirement kidnapper sa petite-fille toute aussi illégiti- Oh. Ooooh."
Il échangèrent un sourire. Renard déglutit.
"Je doute que nos alliés n'apprécie."
Meisner enfonça ses mains dans ses poches.
"Vous pensez à Tavitian?"
"Lui et les autres."
"Ça dépend de comment on leur présente la chose. Une Autriche indépendante et plus avantageuse pour eux que l'alternative."
Le capitaine soupira doucement. Nick profita de la pause dans la conversation pour s'y immiscer.
"Si j'ai bien compris… On parle de mettre le capitaine sur le trône?"
Meisner se tourna vers lui.
"Ça me semblait clair."
Le grimm leva les yeux vers Renard, qui lui renvoya son regard. Il n'avait pas l'air particulièrement ravi ou excité par cette idée; pour tout dire, il avait l'air fatigué d'avance. Quelque part, cela rassurait le détective.
"Okay… Comment vous comptez faire ça, pour ceux qui ne sont pas au fait des complexités de la royauté?"
Meisner se détendit imperceptiblement; c'était un sujet qu'il maîtrisait.
"Le roi doit se montrer incapable de régner, ou bien abdiquer en faveur de son héritier. Dans le cas d'une succession normale, ça s'arrête là. Dans le cas d'une succession comme celle que nous voulons, l'héritier doit rallier la faveur de la majorité des servants de la couronne."
"La partie facile donc."
L'ancien résistant eu un sourire sarcastique.
"Plus facile qu'elle n'y paraît. Victor est d'une branche cadette, sans parler de sa stérilité."
Wu fronça les sourcils.
"Donc à sa mort il n'y aura plus de Kronenberg officiel de toutes façon…?"
"Tout à fait. Cela rend d'autant plus crédible l'idée que Frédéric serait venu à Portland pour reconnaître Sean."
"A cause de Diana."
Trubel intervint.
"Ça c'est déjà fait, ce genre de truc? Reconnaître un bâtard?"
"Oui, plus d'une fois. Être un héritier royal est un bon moyen de mourir jeune."
"Voilà qui donne envie." remarqua Wu avec un sarcasme palpable.
"On en est plus là," lui rappela Hank d'un ton patient, "Pour le capitaine, pour nous et pour la petite."
Wu soupira lourdement, faisant tourner le goulot de sa bière entre ses mains.
"La vie était plus simple avant quand même."
Nick eut une grimace de sympathie; les wesens présent eurent l'amabilité de ne pas relever. Rosalee posa son verre et rajusta ses manches avant de balayer le groupe du regard.
"Tout ça c'est très bien, et sans doute la meilleure solution qu'on ait,"
"Mais?" interrompit Monroe, qui l'avait sentit venir. Il sourit pour atténuer l'impact, et Rosalee lui rendit affectueusement ce sourire.
"Mais il ne faudrait pas oublier Portland."
"Ce n'était pas mon intention," lui répondit calmement Renard, l'air grave, "J'ai beaucoup trop investi dans cette communauté pour la laisser en friche."
Ils y eu un petit silence, pendant que certains soupesait les ramifications de ce que venait de dire le capitaine. Aucun des membres de cette petite assemblée ne pouvait se targuer de connaître l'étendue exacte de l'influence du semi-zauberbiest dans la ville; et tous se proposaient de le mettre sur un trône. Rosalee hocha lentement la tête avant de reprendre comme si de rien n'était.
"Comment comptez vous faire ça?"
"L'organisation phénix sera sans doute ravie de reprendre les rênes de beaucoup de choses."
Meisner eut un bruit de gorge qui n'engageait à rien.
"Mh."
Rosalee hocha lentement la tête, laissant tomber le sujet avec autant d'élégance que possible. Nick échangea un rapide regard avec elle, songeur. La petite fête continua sur des sujets plus légers, mais les invités ne s'attardèrent pas; la maison de Renard manquait de convivialité, et leur hôte avait besoin de solitude.
Une fois le trio de policiers convaincu à partir, seul restait la mère du capitaine, qui rassembla les verres dans l'évier avant de reboucher le fond de vin. Elle leva les yeux vers son fils, qui s'occupait à essuyer le bar.
"Comment te sens tu?"
Il marqua une pause pour la regarder.
"Mieux."
"Montre moi?"
Le semi-zauberbiest se mordit la lèvre inférieure, peu désireux de s'exécuter; il posa les deux mains à plat sur le bar et s'accorda une inspiration stabilisatrice avant de laisser le woge l'envahir. Ses épaules se crispèrent tandis que la chair de son visage frémissait; se déformait bien au delà de son woge habituel. Un reste des bois qui l'avait couronné sous l'influence de l'erstewoge modifié surgit, faisant disparaître l'un de ses yeux et s'allongeant au dessus de sa tête. Un instant, tout deux crurent que le woge ne s'arrêterait pas; mais il se stabilisa, laissant Renard le souffle court. Il contempla ses mains déformées, l'une plus longue que l'autre, et leva les yeux vers sa mère avec un rien d'hésitation. Elizabeth contourna le bar pour prend le visage de du capitaine entre ses mains, l'examinant attentivement. Il attrapa délicatement ses poignets, restant silencieux.
"Mon enfant terrible…"*
Le semi-zauberbiest rit; un écho comme la promesse d'un orage lové dans sa voix.
* en français dans le texte.
