Il fallut à Renard deux semaines pour négocier le commencement d'une alliance avec la couronne de France; en tout cas, c'était le temps officiel. Nick n'était pas certain que le capitaine n'avait pas déjà commencé avant leur petite réunion. Il fit passer le mot à l'ensemble de leur groupe, les prévenants qu'il lui faudrait bientôt une réponse quand à savoir si oui ou non ils feraient partie du voyage. Le plus difficile fut pour Monroe de préparer sa maison pour la location; Rosalee lui organisa une petite fête pour le réconforter. Elle y invita tout le monde, et l'ambiance dans la charmante demeure, même dépourvue de ses multiples horloges et bibelots, était bien plus joviale que dans le salon du semi zauberbiest. Wu, encouragé par le vin et son absence naturelle d'instinct de préservation, en fit la remarque à son capitaine, qui haussa lentement un sourcil avant d'en convenir avec amabilité.
"En parlant de piaule, capitaine," enchaînant le sergent, galvanisé par son succès, "Où est-ce que nous allons vivre durant cette histoire?"
"Les Bourbons nous hébergerons tant que nous serons en France. Ensuite,ce sera des hôtels, le temps de reprendre le chateau."
"Ah."
Renard sirota une gorgée de vin avant de reprendre la parole d'une voix douce.
"Il serait sans doute plus raisonnable pour votre chat d'attendre ici."
"Moui, je suppose."
Le philippin éclusa son propre verre, la mine sombre.
"Je vais devoir le mettre en pension."
Hank s'immisça dans la conversation.
"Vous parlez du chat de Wu?"
"Lui-même."
"Ça existe les pensions pour chats?"
"Bien sur que ça existe," s'offusqua Wu, "il faut bien. Mais combien de temps ça va durer?"
"Ça, je ne peux pas le prédire."
"Mhf. Heureusement, avec l'avènement d'internet je pourrait rester en contact."
"Avec le chat?" demanda Hank d'un air dubitatif.
"Avec la chatterie, détective Griffin," répliqua Wu d'un air chafouin, "Et toi? Ton ex-femme?"
Le détective afro-américain haussa les épaules.
"Moi elle me vois, mieux elle se porte. Tant que l'argent arrive…"
Il n'eut pas besoin de regarder le capitaine en disant cela; ce dernier se savait concerné. Il inclina la tête vers Hank avec une expression sérieuse. Trubel vint se planter devant le semi zauberbeist, calant ses mains sur ses hanches dans un mouvement qui rappelait irrésistiblement Nick.
"Bon, quand est-ce qu'on part?"
Le capitaine, se redressa sans y penser, un sourire jouant sur son visage.
"Au plus tard dans deux semaines, si tout se passe bien."
"Ça a intérêt à bien se passer!" intervint bruyamment Monroe depuis l'autre côté du salon, "parce que j'ai des locataires moi!"
Rosalee lui tapota doucement le bras, cachant son sourire dans son verre de vin. Nick leva légèrement son verre vers le semi zauberbiest.
"Quel est le programme à partir de là?"
"Rassembler nos agents dans le royaume lui-même et déclencher le processus pour déposer Victor."
"C'est aussi simple que ça?"
"Ça n'aura rien de simple," le sourire de Renard se fit carnassier, "Victor se débattra aussi longtemps qu'il le pourra; il essayera sans aucun doute de me faire assassiner."
"Même au coeur de la France?"
"Surtout au coeur de la France."
Wu leva les yeux au ciel.
"Franchement…"
"Malheureusement c'est le moyen légal le plus sûr d'obtenir le trône."
"Et celui qui auquel l'opinion publique sera la plus favorable." Ajouta Meisner d'un ton raisonnable.
"Ce n'est pas ça le problème," marmonna Wu en se resservant un verre, "mais okay. On vient pour vous servir de garde du corps."
"J'ai besoin de vous," lui répondit calmement le capitaine, l'air presque surpris de son propre aveu, "Nous formons une équipe que je qualifierait de redoutable." Il regardait Nick en ajoutant cette seconde phrase. Le grimm hocha la tête avec une expression sérieuse.
"Avoir des grimms à vos côtés ne gâchera rien."
"Certainement. Mais vous- nous," il esquissa un geste englobant l'ensemble du groupe, "sommes une démonstration de l'union entre kehrseites, wesen, grimm et royauté."
Il y eu un petit silence dans la pièce après ça. Eve posa son verre, qu'elle n'avait pas touché, et referma sa veste de cuir d'un geste rapide.
"Contactez moi lorsque nous partons."
Elle quitta la petite fête d'un pas vif, laissant Nick vaguement mal à l'aise. Trubel s'agita sur place, vidant sa bière.
"Eve est… 'fin y a un… Hm, bagage. Mais elle viendra."
Cela ne semblait pas vraiment réconforter Nick, mais il lui en était tout de même reconnaissant. La jeune grimm se tourna à nouveau Renard.
"Et si vous n'arrivez pas à déposer Victor?"
"Alors nous aurons besoin d'un régicide."
"Euuuh," intervint Wu en levant la main, "et notre fameuse opinion publique?"
"Dans tout les cas, nous aurons établit la légitimité de ma prétention au trône en amont."
"… Je suis peut-être ivre, mais il me semble qu'on en avait parlé."
"Exact. Rédiger les documents n'est pas le plus difficiles."
"Uh. Bon à savoir."
Renard sourit et bu une gorgée de vin sans rien ajouter de plus. Wu l'observa d'un oeil chassieux mais décida qu'il avait trop bu pour pousser la question ce soir là. Monroe décida de changer de sujet, et la soirée se termina dans des considérations plus frivoles.
Il fallut effectivement deux semaines supplémentaires au semi zauberbiest pour mettre au point son alliance avec la France. Son premier geste de futur roi fut de démissionner, puis d'arranger le voyage pour ceux qui allaient constituer sa suite, du moins temporairement. Ils partirent un mois plus tard. Nick fut ravi de partir de l'aéroport de Portland cette fois, au lieu d'un petit aérodrome au milieu de nul part. Il était moins ravi de devoir laisser son arme dans la soute; Renard les avait prévenu, Hank, Wu et lui, que la loi française était restrictive quand au port d'armes, et bien que la royauté leur ait fait la courtoisie de les laisser entrer sur leur territoire armés, ils devaient rester extrêmement prudents. Le vol se passa, étrangement, sans incident notable, même si la douanes leur sembla très longue, et un homme d'une quarantaine d'années, ainsi que ses gardes du corps, les attendaient à l'arrivée à l'aéroport Charles-de-Gaulle. Le grimm remarqua que Meisner s'était glissé derrière Renard, s'emparant sans un mot du poste de garde du corps de ce dernier. Leur comité d'accueil sourit aimablement et tendit la main au semi-zauberbiest.
"Bienvenu en France votre altesse."
Le capitaine lui serra la main.
"Merci. Charles je présume?"
"C'est bien moi!" L'homme continua de sourire et passa du français à l'anglais, avant de se tourner vers le reste du groupe, "Et bienvenu à vous dans notre beau royaume. Vous devez être fourbu, laissez donc mon personnel se charger de vos bagages et rendons-nous au chateau."
"Avec joie."
Le groupe fut promptement délesté de leurs bagages, et les trois policiers de leurs armes, et ils furent escorté jusqu'à l'extérieur du bâtiment, vers un cortège de voitures de luxe. Nick se glissa dans la voiture où le français invita Renard, et remarqua l'infime sourire appréciateur que lui adressa ce dernier. Le cortège se mêla au trafic et il roulèrent non pas vers Paris mais vers une ville voisine.
"Où allons nous…?"
"Versailles," lui répondit Charles d'un ton plaisant, "La reine souhaite que ses enfants puissent profiter du parc."
"Oh." Le grimm chercha un instant une meilleure réponse, mais il devait admettre qu'il ne savait pas trop par où attraper cette réponse. Renard vint à sa rescousse, disant quelque chose en français qui fit rire leur hôte. Charles roula des yeux avec une expression encore amusée, et repris l'anglais par égard pour Nick.
"J'espère que vous trouverez le Palais plaisant. Je suis certain de la portée Royale se fera un plaisir de vous faire visiter."
"J'en serai ravi." Répondit poliment Nick en se demandant si leur hôte ne s'était pas emmêlé les pinceaux dans son anglais.
"Oh, vous dites ça maintenant…" Charles rit de sa propre remarque et se tourna vers Renard, "Le roi souhaite vous parler après que vous vous soyez rafraîchi."
"Je m'y attendais." répondit tranquillement l'intéressé.
"Je dois dire que nous sommes plutôt curieux de savoir comment-"
"Et je serait ravi d'en discuter avec son Altesse Louis-Philippe."
Leur hôte hocha gracieusement la tête, acceptant de ne pas pousser le sujet pour le moment. Nick échangea un regard avec Meisner, qui était resté silencieux. Le mercenaire lui fit un signe de tête avant de reporter son attention sur le paysage qui défilait derrière la fenêtre. Nick en fit de même de son côté, et le trajet se termina dans des bavardages sans conséquences.
