Trubel tira Eve avec elle; Monroe et Rosalee s'installant avec elles, laissant au trois policiers le soin de s'asseoir ensemble. La grimm inspecta le contenu de la table basse, et se serait servie si Eve ne l'avait pas retenue d'un geste aussi rapide que discret. La portée royale était déjà en train de s'en mettre plein la panse, mais Trubel avait dépassé l'âge de ce genre de passe-droit, à sa grande frustration. La soeur de la reine, cependant, avait raison; ils n'eurent pas à attendre longtemps avant qu'une porte au fond de la pièce ne s'ouvre, laissant passer un homme d'une quarantaine d'années qui paraissait petit à côté du Capitaine mais se tenait très droit dans son costume. Meisner se glissa discrètement vers le reste des américains, se postant derrière le fauteuil le plus proche d'eux et surveillant la pièce. A l'arrivée du roi, la portée royale se désintéressa de leur assiettes pour courir vers lui avec des piaillements enthousiastes. L'un des jumeau, Josephine, manqua de rebondir dans les jambes du Renard dans sa hâte d'escalader son père. Le Capitaine la rattrapa, et suivant une rapide instruction donné par le roi en français, souleva la petite fille pour la poser sur les épaules de Louis-Philippe, qui avait déjà son jumeau dans les bras, un triplé sur chaque jambes et le dernier accroché à la taille comme un petit singe. Le chargement ne semblait pas l'empêcher d'avancer, et le semi zauberbiest marcha avec déférence un pas derrière lui tandis que le père et ses enfants avaient une conversation animée en français. La reine les regardait en souriant; l'une de ses soeur profita de la distraction pour attraper quelques macarons, se les glissant dans la bouche avec un clin d'oeil complice à Trubel, avant de lui tendre l'assiette. La grimm en enfourna deux en la remerciant dans un murmure plein d'effusion. Monroe ouvrait des yeux comme des soucoupes, ne sachant pas très bien comment se comporter. Le roi fini par atteindre le canapé où était assise sa femme et entreprit de se libérer de ses enfants. Les triplés retournèrent à leur assiettes, les jumeaux préférant escalader le canapé pour se blottir de chaque côté de leur mère, confortablement pris en sandwich entre elle et ses soeurs. Louis-Phillipe fit un extravagant baisemain à sa chère et tendre, qui gloussa en roulant des yeux, avant d'aller s'asseoir dans son fauteuil, étirant ses jambes devant lui. Renard l'imitant, sans aller jusqu'à l'étirement de jambes; peut-être parce qu'il aurait atteint la table basse.
"Je vous en prie, mangez." Dit benoîtement Louis-Phillippe avant de se plonger dans la contemplation du menu du jour. Il prit une assiette et commença à la remplir, "C'est une terrible habitude de goûter, mais Laurence en avait assez de me voir puiser dans les plats de nos enfants."
Ne sachant pas très bien comment répondre à ça, le petit groupe décida de se servir à leur tour, piochant dans l'assortiment avec un rien d'hésitation. Trubel, peu regardante, empila un peu de tout dans son plat avant de se renfoncer dans le sofa, mordant dans une pâtisserie parsemée d'éclat de sucre. Elle mâcha pensivement, avala posément, et se tourna vers Eve en brandissant l'autre moitié.
"C'est quoi ça en fait?"
L'ancienne vétérinaire examina l'offrande d'un air vaguement critique.
"Une chouquette."
"Chou-kette? Mkay. C'est cool."
Le roi gloussa; il avait garni son assiette d'un nombre respectable de ces petits choux. Renard, qui avait préféré se servir un café, ne fit aucun commentaire. Royauté comme invités se concentrèrent sur la nourriture, que ce soit pour la manger où pour demander ce que certaines spécialités étaient, exactement. Les festivités furent interrompue par l'entrée d'une femme d'une quarantaine d'années, ressemblant fortement au monarque français, qui traversa la salle d'un pas vif avant de venir se planter devant le roi et le semi-zauberbiest.
"Vous m'avez fait demandé?"
Le roi s'essuya rapidement la bouche et posa son assiette.
"Sean, voici ma soeur, Maude."
"Enchanté de vous rencontrer."
La princesse esquissa une révérence rapide, avant de croiser les bras, reportant son regard sur son frère.
"Donc?"
"Nous parlions de mon neveu."
Maude jeta délibérément un regard circulaire autour d'elle, s'attardant sur la portée royale, chaque enfant dans un état plus ou moins avancé de somnolence. Louis -Philippe s'extrayait de son fauteuil, et, attrapant son assiette avec un rapide regard rusé vers la reine, fit signe Renard de le suivre. Le capitaine se leva à son tour, faisant signe aux américains de leur emboîter le pas. Ils quittèrent le salon pour une salle adjacente, donc l'attraction principale était une longue table de chêne massif et ses chaises assortie. Le roi haussa les sourcils en voyant qu'ils avaient suivi, mais leur fit gracieusement signe de s'asseoir avant de le faire lui-même, Maude s'appropriant la chaise à sa gauche d'un air vaguement réprobateur; Nick n'aurait pas su dire si c'était à cause des pâtisseries ou à cause d'eux.
"Pourquoi diable as-tu parlé de mon fils au bâtard autrichien?"*
"Il semblerait que son altesse royale votre frère a négligé de vous donner la raison de ma présence ici."* répondit calmement Renard, profitant du fait que Louis-Philippe avait la bouche pleine. Maude pinça les lèvres. Le roi déglutit et prit la parole avec autant de dignité que possible.
"J'y venais. Maude, ma chère, Sean Renard affirme avoir été reconnu par son père, feu le Roi Frédéric, durant son récent voyage au États-Unis. Son droit au trône est incontestable, dans ce cas."
"Je suppose que tu as vérifié ses dires."
"Bien entendu."
La princesse française évalua le semi-zauberbiest du regard; elle ne semblait pas particulièrement impressionnée.
"Je vois," elle décroisa les bras pour pianoter sur la table, reportant à nouveau son regard vers son frère, "Je suppose que tout le monde présent dans cette pièce est tenu au secret*, n'est-ce pas?"
"Cela va de soi."
"Mh. Très bien," elle fixa Renard d'un air peu amène, "dans ce cas je servirait d'intermédiaire entre mon fils et vous."
"Je vous remercie."
"Nous verrons ça," elle reprit son pianotement, son attention désormais toute entière sur le semi-zauberbiest, "Comment comptez vous déposer Victor?"
"Légalement."
"Ça n'arrivera pas."
"Pardon?"
"Je ne sais pas ce que vous avez imaginé, de l'autre côté de l'océan," elle se pencha vers lui, "mais Victor fera assassiner sa noblesse un par un plutôt que de descendre du trône. Il a déjà commencé."
Renard plissa légèrement les yeux, digérant l'information; heureusement, il avait un plan de rechange.
"Dans ce cas nous lui retournerons la politesse."
Nick déglutit difficilement; mais la soeur du prince eut son premier sourire de la soirée.
"Je commençait à me demander si votre réputation était usurpée."
Renard inclina galamment la tête. La princesse posa ses coudes sur la table, se penchant vers lui.
"Je demanderait à mon fils d'étudier la question," elle jeta un rapide regard à son frère, "j'ai déjà des rapports qui pourrai vous intéresser…?"
Louis-Philippe hocha la tête, souriant à sa soeur. Elle se leva et pris congé, s'inclina plus volontiers qu'à son arrivée. Louis-Philippe balaya le petit groupe du regard.
"Je me doute que vous devez être fatigués. Je vous remercie d'avoir accepté la visite de mes enfants. Le dîner est servi à 21h, d'ici là, la maison est à vous."
Renard le remercia et le roi s'éclipsa. Monroe fixa le semi-zauberbiest avant de prendre la parole d'une voix étouffée.
"… J'ai rien compris."
"Compréhensible," lui répondit l'ancien capitaine de police avec amabilité, "j'avais oublié que la particularité de la royauté française n'était pas de notoriété publique."
"Et…?" l'encouragea le blutbad d'un air vaguement crispé.
"Ils sont wesen."
"Oh."
"Comment ça?" demanda Wu d'un air si surpris qu'il en était presque comique.
"La légende veux qu'un saint ait fait du roi le berger de la nation." Lui répondit Renard avec un sourire en coin. Nick trouvait cette expression absolument horripilante.
"Dans ce cas pourquoi le stigmate à votre propos?"
Le semi-zauberbiest tourna son attention vers lui.
"Les insultes à mon égard ici souligne mon illégitimité, pas mon héritage mixte. Ce préjugé est surtout venu de la femme de Frédéric, et de la Famille d'Angleterre. Ces derniers serait devenu Kehrseites avec Victoria."
Meisner s'incrusta sans vergogne dans la conversation.
"J'aurais cru que Victor serait raisonnable."
"Je le pensait plus raisonnable qu'Eric." Lui répondit Renard avec sincérité.
"Éric, c'est celui qui a tenté de kidnapper Nick?" demanda Eve, faisant presque sursauter Monroe.
"Exact."
"Celui que vous avez fait tuer."
Le semi zauberbiest haussa les épaules.
"L'attentat a été revendiqué par la résistance."
Meisner eu un sourire de requin.
"Je parie qu'il ne s'y attendait pas."
"Il aurait dû." répliqua l'ancien capitaine d'un ton égal, "Mais Éric a toujours eu du mal à comprendre que les gens ne sont pas des choses."
Nick rumina sur cette dernière phrase, le regard dans le vide et les sourcils froncés. Son réflexe, mesquin, aurait été de dire que c'était là un trait familial. Mais après les évènements de l'année précédente… l'attaque lui semblait injustifiée. Hank lui jeta un regard en coin, semblant deviner ses pensées. Meisner se mit à marcher de long en large.
"Je vais avoir besoin de ces rapports, et de me rapprocher de la résistance."
"Je préférerait que vous vous en occupiez."
Le mercenaire s'arrêta aussitôt de marcher.
"Pardon?"
"Devoir le trône à la Résistance me semble malavisé. Je ne suis pas exactement sans défense, ici."
Le regard de Meisner balaya le petit groupe assit à la table, les muscles de sa mâchoire se contractant et se décontractant.
"… Je vois ça."
"Ils ont récupéré le Capitaine- le prince," se corrigea Eve, "Lors de son infiltration au sein de Black Claw. Et je suis là."
Le coup sembla porter; le mercenaire serra un peu plus les dents mais resta silencieux. Trubel fronça les sourcils en fixant l'hexenbiest, qui avait conservé son expression neutre habituelle. Le regard de Wu passa rapidement de Meisner à l'ancienne vétérinaire, et il décida d'intervenir.
"Ça ne nous ferait pas de mal d'avoir une petit rafraîchissement sur le comment du travail de garde du corps. Je ne crois pas que Nick en ait jamais fait."
"C'est vrai…" dit le grimm d'un ton incertain, "jamais eu l'opportunité."
"T'es pas assez grand." Lui dit Hank d'un ton léger. Le grimm lui décocha un regard noir, mais la blague avait fait son oeuvre. Renard se leva en lissant sa veste d'un geste inconscient.
"Je pense qu'un peu de repos nous fera du bien. Nous partagerons le dîner de la famille royale et la portée sera en forme."
Wu ne put s'empêcher de grogner, mais Trubel semblait ravie de passer plus de temps avec les petits monstres. Ils retrouvèrent leur quartiers, chacun allant s'écrouler en privé.
*En français dans le texte.
