- Tiens Sig', tu as la place à côté du bleu.
Phil, le nouveau, n'avait pas l'air d'avoir plus de vingt ans. Il était tellement blême que son acné semblait en relief.
Il ne semblait pas spécialement rassuré de passer le voyage prés de la viking impressionnante.
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Sigridur se demanda si elle lui avait ressemblé à son premier voyage, puis il lui sembla évident que non.
Jamais elle n'avait eu les joues aussi pouponnes. Et (évidemment) elle n'avait jamais eu une pomme d'adam aussi proéminente.
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Esme, Franck et Millie s'assirent à portée d'oreille.
Esme et Franck étaient d'ancien joueurs internationaux de quidditch, comme Olivier.
Millie quant à elle, était comme Sigridur ingénieure en balais, bien que Sigridur n'eut pas encore finit sa thèse.
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- C'est la première campagne du jeune, dit Olivier en s'asseyant en face, tu vas voir, mon grand, ça va bien se passer.
- Mettons ça au clair, appelez-moi Phil ou rien.
Les sourcils de Sigridur ne firent qu'un bond. Ce bleu n'avait décidément aucun instinct de conservation.
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Le regard carnassier des autres aurait peut-être fait frissonner Sigridur à son âge.
- Mais c'est qu'il a du caractère ! Millie tournait sa baguette dans ses doigts.
- Ouais, c'est bien ça, d'exiger direct le respect, moi j'dis.
- Bien établir les limites, un bon début, ça, répondit Millie à Franck.
- Au fait, « Rien », on t'a parlé des techniques pour vérifier son matériel ? Le sourire de Esme découvrit toutes ses dents.
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Dans la demi-heure qui suivit, « Rien », né Phil, fut sensibilisé à l'importance de garder ses pieds au sec.
Les chaussures de toute l'équipe furent envoûtées pour lui faire des mamours jusqu'à ce qu'il les ait toutes imperméabilisées.
- C'est tout à fait ça, "Rien", tu les bloques dans un coin, puis, tu pshittes le sort d'imperméabilisation avec ta baguette, et ensuite je lève le sortilège.
- Je crois que tu n'as pas bien pschitté la grosse paire de Franck. Lui signala Millie, prévenante.
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Sigridur hésita à désapprouver. Puis "Rien" se retrouva acculé par une chaussure particulièrement affectueuse et elle oublia le reste pour essayer de reprendre son souffle. C'est qu'on le perd à force de rire.
- Allez les gars…
- Et les filles ! Fronça des sourcils Millie.
- Et les filles, se corrigea Olivier, je crois bien que « Rien » a bien imperméabilisé les chaussures. Elles ont même l'air de briller. Il n'autorisait jamais les blagues trop longues, et puis il avait froid aux pieds,
Un Phil échevelé et en sueur leur lança un regard mauvais.
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Les pilotes d'essai n'étaient pas des mauvais bougres. Mais la promiscuité dans les bivouacs formait des groupes soudés, et les nouveaux arrivants trop sûrs d'eux faisaient les frais de plaisanteries douteuses
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Le magicobus les déposa dans une vallée sinistre et enneigée, qui marquait la limite de la zone où on parvenait à faire de la magie. Le froid inhibe la magie, c'est une règle bien connu du monde sorcier, qui se tient souvent à l'ecart des zones les plus polaires.
Cette vallée était le seul accès vers un glacier tellement dangereux que les moldus avaient abandonnés l'espoir de le conquérir.
C'etait aussi depuis longtemps un lieu connu des moldus pour le mal des montagnes qui leur donnait des visions étranges de sorcières sur des balais volants...
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Il chaussèrent leurs raquettes, et marchèrent pendant trois heures pour atteindre une zone très isolée des moldus. De là ils pourraient enfin voler vers un camp de base d'où les tests auraient lieux.
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- Allez « Rien », on lève les genoux bien hauts, la pointe du pied en premier, aide-toi de tes bâtons.
Olivier attendait Phil en haut d'une montée, Sigridur attendait avec lui. Elle voyait Olivier grimacer devant les efforts de Phil.
- Pas d'entraînement correct à la montagne. C'est les éclairs de feu qui nous l'envoie. Je veux dire, la société "Ellerby and Spudmore", Olivier ébaucha une grimace. Ils tirent les coûts vers le bas au maximum.
- Il faut bien commencer quelque part.
- Oui, mais commencer partout, ça va être compliqué.
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Un Rien-Phil essoufflé gagnait le haut de la butte
- Pourquoi… Est-ce qu'on… ne vole pas…?
- On est encore trop proche des habitations moldues.
- Alors… Transplaner...
- On est trop loin de la frontière thaumique, tu ne pourrais même pas lancer un incendio dans ce froid
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Le vol fut long et difficile pour atteindre le camp de base. Le brouillard glacé perçait chaque bout de peau exposée.
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Le camp de base etait un long hangar en tôle, parcouru de courants d'air froids. En entrant, on arrivait dans un atelier très équipé, qui allait servir à réparer et améliorer les balais.
L'atelier était séparé par une cloison d'une cuisine-salle commune. Elle était meublée spartiatement d'une longue table et de bancs.
On remplit les placards de toutes les provisions que l'équipe s'était partagée.
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Les trois chambres du hangar, tres exigues, n'étaient meublées que d'un lit double chacune.
- Je dors avec Millie
Olivier regarda Esme qui venait de parler sans étonnement. Leur relation, assez fusionnelle pendant les campagnes de test, était proverbiale.
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C'était le cas de Sigridur qui l'ennuyait. Il voyait toute la "brigade" qui attendait, les sacs encore sur les épaules, de savoir comment il allait attribuer les chambres.
Et lui hésitait bêtement parce qu'il ne parvenait pas à savoir comment faire dormir une femme avec un homme. Il se morigéna mentalement, et espéra que le malaise ne se lisait pas sur son visage.
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- Sigridur, choisis avec lequel d'entre nous tu veux dormir.
Merde, "partager la chambre" plutôt. "Dormir" était trop ambigu.
Pourquoi le fixait-elle aussi intensément dans les yeux ?
- Avec toi.
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Bien sûr.
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Elle avait choisi le plus vieux.
Rien d'anormal à ça.
Celui qui présentait le moins de risque d'avoir les mains baladeuses ou de faire des blagues graveleuses. Il aurait sûrement choisi de la même façon s'il avait dû attribuer les chambres.
Pourtant, Olivier senti d'un coup un rappel de son âge dans ce choix.
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La salle de bain était si petite qu'il aurait parfaitement pu se laver les dents en même temps qu'il se douchait. Il s'examina du coin de l'oeil dans la glace.
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Son corps était toujours musclé. Il n'avait jamais arrêté de voler, contrairement à ses anciens coéquipiers. Mais ce n'était plus le corps d'un jeune joueur de quidditch de haut niveau. C'était celui d'un quadragénaire.
Il n'en complexait pas au quotidien.
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Ce soir, son humeur était néanmoins morose. Il avait sûrement été choisi comme cothurne parce que le vieux ne pouvait pas être un pervers.
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Sigridur lisait quand il sortit de la salle de bain.
- Pourquoi tu m'as choisi ?
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Il était convaincu de s'entendre répondre que c'était parce qu'il était le plus digne de confiance, et était sûr de détester cette réponse.
Elle releva calmement les yeux.
- Parce que tu es le plus susceptible de dormir en pyjama.
...
Ok.
...
Elle avait dit ça pour le ménager, sans aucun doute.
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Olivier n'était ni dépressif ni complexé.
Il avait réalisé depuis des mois que la fille de son ami ne le laissait pas du tout indifférent. Sauf qu'il ne lui semblait pas décent d'avoir le béguin pour une fille –femme ! – de 13 ans sa cadette.
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Elle était vraiment une bonne pilote. Et passionnée de balais. Et plutôt drôle. Ils avaient toujours plein de sujets de conversations.
Mais il aurait dû dire la même chose de pas mal des collègues pilotes d'essai. Et pourtant, il ne trouvait pas le galbe de leurs fesses séduisant quand elle volait sur un balais.
Il se donna des claques mentalement, et essaya de s'endormir sans se laisser perturber par la masse attirante de l'autre côté du lit.
Le lendemain, quand il rejoint la salle commune, il vit les sourires moqueurs de Esme et Millie.
- Alors les amoureux, la nuit a été courte ?
- Ne soyez pas ridicule.
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Il se sentait gêné, pourtant Sigridur avait plutôt l'air amusée.
- Tiens « mon chéri ».
Elle tendait vers lui une tasse émaillée de ce jus de chaussettes qu'ils appelaient thé.
- Ecoute "Siguichou", on avait dit qu'on restait discret…
- Oh, flûte. Si je te fais ton porridge, tu me pardonnes ?
- Surement pas, tu es la plus mauvaise cuisinière que je connaisse. A part ton père, peut-être.
Il attrapa une casserole et y versa du lait.
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Esme avait encore la trace du drap sur le visage quand elle enjamba le banc.
- Olivier, vieux, comment t'as fait pour pas la reluquer pendant qu'elle s'habillait ? Les chambres sont tellement petites que je n'ai rien manqué au spectacle de Millie enfilant son froc.
C'était surement un effet de son imagination, mais il sentait le regard de Sigridur lui vriller la nuque.
- Non, rien vu.
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Évidemment qu'il n'avait pas pu y échapper.
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Franck laissa échapper un grand bâillement.
- ça ne te gêne pas, toi Sigridur ?
- Ce n'est pas parce que j'aperçois un bout de torse ou de fesse que je vais me sentir obligée d'arracher ma brassière. T'en fais pas, Olivier, je sais me tenir.
- Faut dire que les fesses d'Olivier, ce n'est pas très dur d'y résister.
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Il se força à se joindre aux rires gras des autres, essayant de ne pas la regarder, pour ne pas la voir rire avec les autres.
