Il essayait de se souvenir de l'explication qu'on lui avait donné sur les règles concernant les relations sentimentales chez les jeunes.

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Il avait honte d'avouer que l'explication lui venait de sa nièce pré-ado qu'il avait raccompagnée du collège moldu.

- Tonton, c'est très facile : Si c'est juste une seule fois, alors c'est un "coup d'un soir", le niveau un.

- Juste une fois quoi ?

- Bin, si tu fais juste crac-crac une fois avec une dame ! Ou un homme, si tu préfères, hein.

- Ah…

Olivier doutait à douze ans d'avoir connu plus que le "plan de montage" de base d'une relation amoureuse. Il était certain qu'il n'avait aucune idée des implications émotionnelles inhérentes.

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- Après, le niveau deux, c'est si c'est plusieurs fois mais que les autres ne le savent pas. Alors c'est un plan cul.

Ok, admettons qu'elle ait un avis éclairé sur le sujet. Il la regarda pour qu'elle poursuive.

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- Mais du coup, un plan cul, c'est juste pour faire des choses. Tu ne peux pas faire des trucs avec.

Parfaitement limpide.

- Après, une fois que les autres sont au courant, alors tu deviens le petit copain officiel, et là, tu passes au niveau trois.

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Olivier se souvint parfaitement que la conversation avait débuté quand très innocemment, il lui avait demandé si elle avait un amoureux.

Il avait noté qu'il ne faudrait plus jamais demander à un-e jeune, si il-elle avait un amoureux. Jeune, disons passé cinq ans, quoi.

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Quand les choses étaient-elles devenues aussi compliquées ?

Il se souvint que pour lui tout avait été très rapide. Il était tombé amoureux d'une jolie mannequin avec qui ils riaient bien, sortaient et s'amusaient, et l'avait épousée.

Le mariage du joueur de quiddich avec la pin-up ayant grandement contribué au chiffre d'affaire de sorcière hebdo pendant quelques semaines.

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Il se réveilla en sursaut. Un détail venait de lui revenir.

Il s'était endormi sur la poitrine de Sigridur. Il l'avait surement réveillée en bougeant, elle se tourna vers lui.

- J'ai oublié de te parler d'un truc…

Elle lui caressa la joue, elle avait dû sentir son stress soudain.

- Je crois, enfin, non, j'en suis sûr, mais en fait… Je ne suis pas tout à fait divorcé.

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- Ah.

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- Je suis vraiment désolé… Il sentait que sa confession lui brûlait l'oesophage.

Elle le regarda dans les yeux.

- Ce n'est pas grave.

Il hésita.

- Est-ce que… Tu comprends… Il vaudrait mieux que…

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Il ne savait pas comment continuer. Comment lui dire qu'il ne fallait pas que la presse l'apprenne. Lui avait disparu de la vie médiatique, mais sa femme restait une égérie des tabloïdes. L'histoire de la belle et malheureuse mannequin que son mari avait quitté pour une femme plus jeune était exactement ce qu'il fallait aux pauvres journaux en crise.

Bon sang.

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- Ne t'en fais pas.

Elle le regardait d'un air si franc qu'il sentait la culpabilité lui vriller les intestins.

- Je me souviens quand ta femme t'a quitté. Tu étais arrivé complètement ivre à la maison, tu te rappelles ?

- Pas vraiment.

- Mon père t'a passé la tête sous l'eau froide.

- Ah, oui, ça me dit quelque chose. Olaf a souvent des méthodes radicales.

Elle s'allongea sur son épaule.

- Ne t'en fais pas pour ta femme. Je ne demande rien.

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Olivier aurait préféré qu'elle lui demande quelque chose. Qu'elle crie. Qu'elle exige une place, bref, qu'elle lui montre que ce n'était pas juste un coup d'un soir. Un poil plus que le "niveau un".

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C'est un fait qui a été déjà relevé par d'autres auteurs plus talentueux. Quand on attend avec impatience quelque chose, le temps n'en finit pas de traîner, alors que quand on le redoute, il semble s'écouler deux fois plus vite.

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Olivier connu un phénomène étrange que pourtant d'autres avant lui avaient vécu.

Il ne savait pas dire s'il était pressé de retrouver Sigridur le soir suivant, ou si au contraire il appréhendait ces retrouvailles.

Le petit déjeuner s'écoula donc très lentement, la journée très vite et le dîner fut interminable.

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Sigridur lisait quand il la rejoint dans la chambre.

- Oui ? Elle leva ses yeux des parchemins

- Est-ce que… Il prit une grande respiration. Je n'ai pas honte de ce qui s'est passé la nuit dernière.

- Moi non plus.

Il relâcha son souffle qu'il avait retenu.

- Tu veux recommencer ? Sigridur avait posé cette question d'un ton très détaché.

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Il n'avait pas du tout anticipé cette idée. Il devenait de facto un "plan cul" et plus "un coup d'un soir"

Il n'arrivait pas à articuler une réponse, surement parce qu'il ne savait pas quoi répondre. Bien sûr qu'il voulait, mais pas en tant que plan cul. Quoiqu'être un plan cul était peut-être moins pire d'être seul...

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Sigridur dut se méprendre sur son regard.

- Pas de soucis. Elle se repencha sur ses parchemins.

- Si. Il avait attrapé la main qui tenait la plume. Elle le regarda étonnée puis adressa son sourire le plus éclatant.