Olivier avait arrêté plus tôt sa journée de test. Il se sentait mal, avait des courbatures et grelottait.

Il rentra et se mit directement au lit.

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Le bruit de ses camarades dans la salle commune le réveilla, mais la fièvre était toujours là. Il ne se leva pas.

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Il fut à nouveau tiré du sommeil par Sigridur qui entrait dans la pièce.

Il ouvrit à nouveau les yeux, elle était assise près de lui et lui caressait le visage. Sa main était fraîche.

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Il se sentait épuisé et déprimé.

- Je serai bon à rien cette nuit, il se rendait compte à quel point son ton était agressif, mais il n'essaya même pas de le refreiner, Je crois que tu devrais te trouver un autre plan cul.

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Il cligna des paupières à nouveau. La main fraîche avait disparu de sa joue.

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Encore un clignement de paupière plus tard, il réalisa qu'il n'y avait plus aucun bruit dans la salle commune, et que Sigridur n'était toujours pas là. Il se tourna pour essayer de lire sa montre sur la table de chevet. Elle était accompagnée par une bouteille de pimentine et d'un bol. Du bouillon. froid.

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Il eut soudainement l'impression qu'on lui avait versé de l'eau glacée le long de l'échine.

S'arrachant des couvertures, il se précipita dans la salle commune.

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Sigridur était assise sur un des bancs. Elle lisait, seule dans la pièce. Elle le regarda avec surprise, et le retint quand il se projeta dans ses bras

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- Jmxcsevapaschercheunautre…

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Elle le ramena dans la chambre, le portant à moitié. Il délirait.

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- T'es pas un plan cul… Pas du tout… Tu mérites mieux qu'un vieil abruti...

- Et toi, tu mérites une bonne rasade de pimentine.

- Je veux pas être un plan cul…

Elle lui fit boire la potion. Ses oreilles se mirent à fumer et siffler. Elle avait du mal à le maintenir dans le lit tellement il se débattait.

- Je suis tellement désolé, je ne voulais vraiment pas te dire d'aller en trouver un autre.

Elle l'installa dans ses bras. Un peu pour le calmer, un peu pour se rassurer.

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Quand il ouvrit les yeux à nouveau, la fièvre était redescendue, son souffle était plus calme. Il était allongé sur sa poitrine.

- J'étais sérieux, tu sais, je m'en veux vraiment de t'avoir dit…

- Ne t'excuse pas.

- Si.

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Elle le regarda étonnée.

- Je ne… Tu ne devrais pas avoir à te contenter de ça. Olivier se désespérait d'articuler une phrase cohérente.

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- Ce n'est pas parce que tu n'as pas envie de faire des galipettes une soirée que je t'en voudrai, Elle lui caressait les cheveux en parlant.

- Tu devrais pourtant, c'est-ce qu'on attend d'un plan cul. "C'est juste pour faire des choses et pas des trucs ensemble".

- D'où tu sors ça. Elle semblait très amusée

Olivier sentait bien que dévoiler sa source nuirait à sa crédibilité.

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- C'est bien ce qu'on attend d'un plan cul, répéta-t-il

- Bin, si c'est vraiment le cas, alors disons que nous ne sommes pas un plan cul.

- On est quoi alors ? Il avait le goût de bile dans la bouche.

- Tu veux que je sois quoi pour toi ? Elle marqua un silence pensif. Ta maîtresse ? Le ton de Sigridur était détaché et calme. Olivier sentit la nausée l'envahir.

- Tu plaisantes, c'est affreux…

- Bin alors, qu'est-ce que tu veux ? La phrase était dite sans agressivité, mais il la vécut comme un coup de fouet.

- Être ton petit ami.

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Il s'était figé. Mièvre. Ridicule, affligeant. Ce qu'aurait dit un jeune de quinze ans, pas un quadragénaire. Il était censé être décomplexé des fesses à son âge, pas une midinette.

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- D'accord.

Il ne s'attendait pas du tout à cette réponse. Sigridur se mordait les lèvres pour ne pas rire.

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- Du coup, on aurait le droit de faire des trucs ensemble ? Il essaya de renvoyer la midinette dans les tréfonds de son inconscient, mais il la sentait pourtant là, à tapoter du pied et plisser les yeux. Ridicule.

- Des trucs ET des choses ? Je suppose, oui. Mais ta femme ?

- Ah.

- Oui.

- …

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- Tu as vraiment besoin d'un titre officiel pour te sentir mieux ? Elle jouait avec les cheveux d'Olivier.

- Oui.

- Ah.

- …

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- Tu es vraiment d'accord pour être ma petite amie ?

- Tu entends quoi par petite amie ?

- Une vraie relation sentimentale ? La midinette était revenue et s'agrippait aux commandes.

- C'est tout ?

- C'est déjà beaucoup ! Je n'ai pas l'habitude qu'une femme me regarde, Olivier rougit, mais dans le noir, qui s'en soucie. J'aimerais juste sentir que je compte pour quelqu'un.

- Ce n'était pas la peine de te mettre dans un état pareil, tu comptes pour moi.

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- …

- …

- …

- …

- C'est vrai ? Midinette avait entamé une gigue.

- Oui.

- Tu as quitté ton dernier copain avec une lettre de trois phrases.

- Bin, il comptait beaucoup moins. Je n'ai pas une très grande expérience de l'implication émotionnelle, ce n'est pas vraiment mon domaine d'excellence. Quand par miracle je comprends ce que je ressens, je ne sais pas l'exprimer. Mais je suis bien dans tes bras, et je prendrai tout ce que tu voudras bien me donner.

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Olivier ne trouva pas facilement le sommeil cette nuit là. Il se contenta de survoler avec ses doigts les reliefs pâles du corps de Sigridur.

Il admirait les sillons des clavicules, la poitrine qui se soulevait régulièrement, les muscles saillants du torse.

Les cheveux blancs qui le chatouillait.

Il se sentait heureux et calme.