- Tu as maigri, non ?

Olaf regardait Sigridur qui défaisait son barda.

- Oh ?

- Tu étais censée prendre du muscle, pas en perdre.

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Olaf avait construit sa maison dans pré-au-lard sur le même modèle que celle qu'il avait construite en Islande.

Les observateurs étaient souvent surpris par le toit de la maison recouvert d'un mètre de tourbe et d'herbe. Pourtant cette maison si exotique pour des anglais était bien la sienne.

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Sigridur se sentait pour la première fois étrangère dans cette maison. Olaf semblait s'apercevoir de quelque chose. Mais il ne chercha pas cherché à savoir quoi. Il préférait traiter la conséquence.

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- Je sais exactement ce qu'il te faut.

- Ah oui ?

- Un repas sain et équilibré, avec des légumes, des protéines, des fibres…

- Un burger au pub ?

- Exactement. Avec peut-être un apport en oligo-éléments et en glucides sous forme liquide.

- De la bière ?

- De la bière.

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La tête de sanglier était presque calme.

Sigridur revint vers leur table en portant des pintes de bière brune.

Elle aurait pu les faire léviter.

Elle mettait toujours un peu de temps à retrouver ses réflexes de sorcière en revenant des campagnes de vol sans magie.

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Olaf jouait aux fléchettes.

En Islande, il adorait jouer à un jeu un peu similaire, qui consistait à atteindre des mouches en lançant sa hache.

Autant dire que la seule difficulté des fléchettes pour lui était qu'il fallait qu'on puisse retirer la fléchette du mur après qu'elle ait traversé la cible.

- Alors, ces capillaires métalliques ?

- Pas génial. Une invention qui mérite de rester dans les limbes des inventions pourries, avec la jambe de bois en mousse et les parapluies en dentelle. Naturellement, Brossdur et Eclair de feu se battent pour le brevet.

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Sigridur était en général heureuse de rentrer, de prendre un bain dans une salle de bain chauffée et de retrouver sa table à dessin chez Nimbus.

Pourtant, elle faisait l'expérience d'un sentiment inhabituel.

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En l'analysant froidement, elle se disait qu'il s'agissait peut-être d'un sentiment de manque. Elle n'avait pas menti à Olivier, c'était plus sérieux que d'habitude.

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Dans le magicobus, ils ne s'étaient rien promis. De toutes façons, l'alliance à son doigt posait quelques problèmes d'organisation.

Olivier lui avait semblé plus sombre qu'à l'accoutumé.

Mais il n'avait rien proposé, et elle n'avait rien demandé.

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En remontant dans sa chambre sous les combles, elle retrouva l'odeur habituelle du bois des murs et la douceur de son édredon en patchwork.

Elle passa ses doigts sur les meubles sculptés.

Le chat du voisin était passé la saluer. Il la regardait, allongé sur la descente de lit en grosse laine, démarrer son phonographe et jouer la même musique qu'elle écoutait toujours.

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L'atmosphère de sa chambre n'avait pas changé depuis vingt ans.

Pourtant, elle sentait que quelque chose manquait.