Sigridur remontait les rues d'Oxford essayant de se souvenir d'avoir l'air moldu.
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Un de ses collègues thésards lui avait parlé d'un livre traitant d'un point mathématique qui l'intéressait. Après avoir encadrés des troisièmes années pendant leur TP de résistance des matériaux, elle se dirigeait donc vers une grosse librairie universitaire.
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Les pavés de l'honorable cité faisaient rebondir son vélo. Elle essayait de ne pas coincer sa robe de sorcier dans les rayons.
Les étudiants d'Oxford ne s'en doutent pas, mais leur habillement est exactement le même que celui de leur condisciples sorciers avec qui ils partagent les chambres d'un des colleges les plus anciens. Depuis la guerre,, ils partagent aussi certains cours, le but du ministère de la magie étant que les étudiants sorciers bénéficient des connaissances des deux mondes.
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Sigridur adorait rouler à vélo, ça lui rappelait le vol sur balais, le casse-tête des courants ascendants/descendant en moins.
En arrivant près du quartier où elle se rendait, elle descendit de son vélo avec toute la grâce d'une cycliste plus habituée aux balais.
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- Sig' !
Elle se retourna, et son estomac ne fit qu'un tour.
Olivier, escorté de quatre petites filles d'âge variable, lui faisait signe.
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Elle n'eut pas le temps de réfléchir au curieux tour qu'avait fait son estomac.
Olivier avait l'air en mauvaise posture avec les fillettes. L'une chouinait dans ses bras, il retenait une deuxième par la capuche pour l'empêcher d'aller sur la voie, la troisième lui tirait la manche pour lui rapporter la bêtise que la quatrième faisait avec le présentoir d'une boutique.
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Quand elle arriva à leur hauteur, Olivier lui transférera celle qui pleurait. Elle s'arrêta immédiatement et dévisagea Sigridur.
Sigridur la dévisagea aussi.
Elle sentit quelque chose qui tirait sur les pans de son manteau. Baissant les yeux, elle vit la gamine à la capuche et la celle qui venait de rapporter la bêtise de la quatrième qui la regardaient aussi.
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Sigridur sentit l'angoisse l'étreindre. Elle n'avait jamais adressé la parole à des… Hum. Humains beaucoup plus jeunes qu'elle.
Est-ce qu'elles parlaient déjà ?
Elle se retourna pour consulter Olivier. Il entrait dans le magasin dont le présentoir était cassé avec la petite fautive.
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Elle déglutit et se retourna vers les trois petites.
- T'es qui ?
- Sigridur Olafsdottir.
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Les fillettes la dévisageaient encore.
- T'es une viking ? Comme dans le film ?
Sigridur hésitait. Est-ce qu'Olivier n'avait pas dit qu'il avait de la famille moldue ? Est-ce que les moldus connaissent les vikings ?
- Ou-ii ?
Les fillettes poussèrent une exclamation de surprise.
- Et tu as un bouclier ?
- Heu… Oui.
- Et un casque avec des cornes ?
- Ah, non. Personne ne porte de casque à corne.
- Je veux faire pipi.
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Sigridur, de plus en plus mal à l'aise, regarda Olivier dans la vitrine du magasin. Il se faisait engueuler par le marchand, et la fillette fautive semblait sur le point de faire une crise de larmes d'anthologie. Il lui tendit un regard ennuyé et lui désigna du menton un pub qui faisait l'angle.
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Elle remorqua les trois petites filles dans le café.
- Qu'est-ce que je vous sers ? Le serveur était affable.
Trois petites voix crièrent qu'elles voulaient des "cocas".
- Et pour vous ?
Sigridur n'avait jamais bu autre chose que de la bière dans des pubs moldus, mais elle n'était pas sûre qu'il soit légal de boire en compagnie d'enfants. Les moldus anglais étaient les spécialistes des règles loufoques.
D'un autre côté, elle n'avait pas la moindre idée de ce qu'était le "coca".
- Un café ?
- Je veux faire pipi.
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Ah.
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Sigridur se tourna vers la fillette.
- Je dois t'accompagner ou tu sais… Te débrouiller ?
- Bin, oui, chuis plus un bébé
La question aurait mérité un débat, mais elle s'avoua très soulagée de regarder celle-qui-n'était-plus-un-bébé se diriger seule vers les toilettes.
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- Comment tu peux être une viking si t'as pas de casque à corne ?
- Oh, Euh... Mes ancêtres, qui étaient des viking, sont arrivés en Islande sur un Drakkar.
- Comment tu l'sais ?
- On a une saga qui raconte ça.
- C'est quoi une saga ?
- C'est un très vieux livre qui raconte des histoires parfois vraies.
- Ooooh.
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Sigridur ne comprenait pas trop pourquoi les yeux des petites brillaient d'excitation.
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- Pourquoi ils sont venus en Islande ?
- D'après la saga, c'était pour chasser le Drag…
- L'ours polaire.
Olivier l'avait coupé tandis qu'il s'asseyait, Concentrée sur les enfants, elle ne l'avait pas entendu approcher. "Présentoir-cassé" finissait d'essuyer ses larmes et sa morve sur l'épaule d'Olivier, en reniflant bruyamment.
- Ils étaient bien venus chasser les ours polaires, tes ancêtres, non ? Reprit-il d'un regard appuyé.
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Sigridur jeta un œil aux filles pour savoir si leur suspicion s'était réveillée.
A priori, non.
Il semblait inconcevable à "Rapporteuse" d'être viking sans casque à corne, mais elle ne s'offusquait pas d'imaginer des ours polaire en Islande. Sigridur se demanda si tous les enfants étaient aussi peu clairvoyants.
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Olivier semblait heureux de la voir.
- Tu as fait la connaissance de mes nièces ?
Ses nièces ! C'était ses nièces !
- Là tu as Anna, Martha, Agatha, et la petite qui boude encore, c'est Emma. Il manque leur grand soeur Ada, mais c'était "trop la honte" de rentrer avec son tonton.
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Son sourire était si éclatant que Sigridur ressentit à nouveau des picotements dans le ventre.
Un début de grippe intestinale peut-être, même si ce n'était pas sensé être aussi agréable. .
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- Tu te promenais ?
- J'allais acheter un livre.
- On peut venir avec toi si tu veux, "Rapporteuse", alias Martha, lui pris la main le plus sérieusement du monde, je sais trés bien choisir les livres, c'est moi qui est choisi "tchoutchou et ses amis" pour Emma.
- C'est même pas vrai, c'est le père noël !
- Voyons, Emma, dit Olivier, on t'a déjà expliqué que Martha a dit au père noël quoi prendre.
- Tu le connais, toi, le père noël ? Anna-qui-n'était-plu-un-bébé dévisageait Sigridur.
Sigridur était, quant à elle, complètement perdue.
- Qui ?
Olivier dut s'apercevoir de sa gêne.
- Elle le connaît sûrement comme vous, mais en islandais il ne s'appelle pas pareil.
- Oh, Anna sembla réfléchir très profondément à la question. Tu sais, il a les cheveux blancs, et une longue barbe, et un rire marrant.
- Là comme ça, ça ressemble à la description de mon père.
- Tu es la fille du père Noël ?!
Olivier riait à s'en casser les côtes.
Sigridur ne savait pas quoi répondre. Elle n'avait pas la moindre idée de ce dont ils parlaient.
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- Si tu veux, je dépose les filles chez elles et je t'accompagne à la librairie ?
Le ton d'Olivier était très décontracté. Beaucoup plus que ce qu'il ressentait, puisqu'il avait réfléchi à sa proposition pendant un moment avant d'oser la formuler.
Elle lui répondit avec son sourire le plus éclatant.
