Olivier lut le courrier que le hibou lui avait amené.
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Depuis quelques temps, ils avaient pris l'habitude de s'envoyer des hiboux pour se donner rendez-vous dans des endroits moldus.
Aucun des deux n'avait formalisé le pourquoi, mais il s'agissait bien sûr d'éviter les endroits où on pourrait reconnaître Olivier, ex star du quidditch, en train de se promener avec une femme plus jeune que lui et qui ne ressemblait pas du tout à Mme Dubois.
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Dans son courrier, Sigridur lui indiquait qu'elle était retournée dans son collège universitaire à Oxford pour avancer sur sa thèse, et donc qu'elle ne pourrait pas le rejoindre à Londres.
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Pendant qu'il ressassait sa déception, il vit un deuxième hibou apparaître à l'horizon.
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La nouvelle lettre lui apprenait qu'il pouvait par contre la rejoindre dans sa chambre d'étudiante s'il promettait de la laisser travailler.
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Arrivant devant le foyer étudiant, il avait l'impression d'être dévisagé par les étudiants présents. Bon sang, ces gamins étaient déjà des étudiants ? Ils ne maîtrisaient même pas encore tous les rudiments du rasage. Certains n'en avaient même pas encore besoin.
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Il se glissa le plus discrètement possible dans le couloir, déchiffrant les consignes de Sigridur, et frappa à une porte.
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Un homme lui ouvrit.
- Oui ?
- J'ai dû me tromper, je cherche la chambre de Sigridur Olafsdottir.
- C'est bien ici.
L'homme s'écarta pour le laisser entrer
- Je suis Nigel.
Nigel lui tendit un main étonnamment longue.
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Olivier sentait les affres de la jalousie et de la résignation se battre dans ses tripes.
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Évidemment, Sigridur et lui ne s'étaient pas du tout engagés dans une relation mutuellement exclusive. Il n'aurait pas osé en exiger autant.
Évidemment, elle avait aussi un jeune à problème capillaire dans sa vie. C'était tellement logique qu'il se demandait pourquoi il ne s'était pas préparé psychologiquement.
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Il n'osait pas estimer l'âge du garçon, il se sentait déjà assez déprimé sans le savoir. Il le regarda plutôt se débattre avec ses cheveux trop longs.
Le jeune homme ne savait probablement qu'il n'était pas le seul dans la vie de Sigridur. A son âge, on a encore des espoirs et des belles théories sur l'amour.
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- Je suis Olivier, dit-il résigné, le… L'oncle de Sigridur…
Nigel le regarda très étonné.
- Son oncle ?...
- Son oncle, reprit Olivier un peu plus agressivement. peut-être une mauvaise idée, le coup de l'oncle…
- Ah, bien sûr, son oncle. Nigel le regardait maintenant, mi soupçonneux, mi amusé. Sigridur est chez son directeur de thèse, elle ne devrait plus tarder.
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Elle arriva effectivement en moins de dix minutes. Pourtant ces minutes avaient paru très longues aux deux hommes.
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Nigel s'était assis à la table à dessin de Sigridur, et lisait des documents qu'il annotait. Olivier, lui, détaillait chacun des traits de Nigel, essayant de faire raisonner sa jalousie en mettant l'accent sur chacun des aspects particulièrement réussis du physique du garçon.
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Quand Sigridur entra, il ne fut pas surpris de voir Nigel se jeter sur elle.
- Je commençais à m'inquiéter, ton... "Oncle" me regarde méchamment
- Mon oncle ?
- Mais oui, Sig' Chérie, tu ne te souviens pas de ton brave oncle. Nigel semblait beaucoup s'amuser.
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Olivier n'eut pas d'autre choix que s'avancer.
- Ne t'en fais pas, Sig', je dois y aller, j'ai… Olivier essayait de trouver une excuse plausible.
- Mon oncle ? Sigidur était sur le point d'éclater de rire.
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Nigel semblait avoir une impressionnante descente avec cette bouteille qu'Olivier avait ramenée.
- J'adore les vins français.
- Comment tu as pu croire que je sortais avec Nigel ? Sigridur s'était installée dans les bras d'Olivier. En général, elle évitait les contacts physiques en public. Olivier soupçonnait une tentative pour finir de le rassurer.
- Oh, vraiment, Sig', je ne suis pas si repoussant… Nigel s'était affalé sur la chaise de bureau, savourant son verre de vin.
- Non, pas du tout. Mais je n'aurai jamais proposé à mon petit ami de venir si mon amant risquait d'être dans ma chambre…
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Olivier se répéta la phrase trois fois, essayant de s'assurer que c'était lui le petit ami.
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- Nigel est mon meilleur ami, et il habite dans le college aussi puisqu'il est étudiant en médicomagie. Quand j'ai vu que je risquais d'être en retard, je lui ai demandé de venir t'ouvrir.
- Ouaip. Nigel vida son verre et se déplia ses jambes pour se relever. D'ailleurs, il faut que j'y aille. J'ai relu ton chapitre sur la modélisation de l'aérodynamisme. C'était à mourir d'ennui, mais c'est très bien. Essaye de rajouter des graphiques.
- Tu ne restes pas pour dîner ? lui demanda Sigridur.
- Non, vraiment, il se tourna avec un grand sourire amusé vers Olivier, j'ai rendez vous avec Tommy, tu sais, mon copain. Un garçon.
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Il partit en rigolant.
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- Il est au courant de tout ? Dit Olivier
Sigridur revint après avoir fermé la porte et s'allongea près de lui, avec ses notes et une plume.
- Oui. Il fallait que quelqu'un soit au courant au cas où tu m'aurais séquestrée, lui répondit-elle en gloussant.
- Oh. Olivier réfléchi. Il doit me prendre pour un abruti jaloux.
- Ou pour un amoureux qui tenait assez à moi pour essayer de m'éviter une situation compliquée alors qu'il crevait de jalousie.
- C'est plus sympa dit comme ça…
- N'est-ce pas ?
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- Tu es sure qu'il n'est pas un peu amoureux de toi ?
- Tu es bête.
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- Pourquoi à lui plutôt qu'à ton père ?
- Mon père se doute bien qu'il y a quelqu'un, puisqu'il me voit sortir et rentrer tard. Ou pas rentrer. Mais… Sigridur grimaça. Je n'aime pas parler de "ça" avec lui.
- C'est bizarre…
- Tu parles de ta vie sexuelle ou sentimentale à tes parents ?
- Sexuelle, non. Sentimentale, en général non, mais plutôt parce qu'il n'y a souvent rien à raconter. Là, d'ailleurs, Martha a vendu la mèche et tout le monde veut te rencontrer.
