- D'accord Vincent, tu as le choix. La voix de Nigel graillonnait depuis les hauts parleurs de la radio.

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Vincent, le moldu aux jambes cassées, s'était vite remis de l'étonnement que lui avait causé la découverte de la magie.

Il écoutait avec attention la radio.

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- Soit tu restes avec tes deux jambes cassées pendant les trois jours que va durer cet orage, et je te soude tout ça quand vous redescendez. Ça sera douloureux pendant trois jours et tu ne pourras pas bouger avant de redescendre. Mais je te réparerai ça proprement en un tour de baguette.

Soit on te fait disparaître les deux rotules avec une potion et avec une autre potion, du Poussos, on les fera repousser. Tu vas en baver pendant cette nuit, mais tu auras tes deux jambes ensuite lors de la redescente.

- Et si on attend que je sois dans un hôpital normal ? Enfin, pas sorcier…

- On peut aussi. Du coup tu auras mal pendant les trois jours ET tu seras probablement opéré des deux genoux avec pose de prothèses. Je pense que tu en as pour plusieurs mois de rééducation.

- Ah.

Une autre voix jaillit de la radio, Olaf.

- Je te conseille d'avoir plutôt deux jambes pour la redescente, c'est plus sûr.

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Sigridur tourna la tête vers Phil et Esme. On les tartinait d'essence de dictame pour soigner les engelures et coupures.

Amochés, déshydratés mais vivants.

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- Tous nos balais ont littéralement explosés. Même ceux de secours. On ne pouvait plus rien faire. La voix de Esme se brisa. On ne sait pas à quoi c'est dû. On a commencé à redescendre en raquette. Mais on n'était pas équipé pour l'escalade.

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Yan, le dernier moldu, était entouré de bouillottes et surveillé par Olivier comme du lait sur le feu. Une perfusion de potion violette reliée à son bras. Ses extrémités étaient d'une horrible teinte grise, boursoufflés et immobiles.

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Olivier avait parfaitement géré sa crise de panique. Il l'avait rassuré et lui avait expliqué qu'il avait des chances de récupérer l'usage de ses bras et jambes.

Sigridur essayait de ne pas regarder Yan. La couleur de ses mains et de ses orteils lui rappeler des mauvais souvenirs mal enfouis.

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- Au niveau vivres, vous tiendrez six jours au lieu de huit, mais rien d'inquiétant.

La voix l'Olaf résonnait à nouveau. Vous devriez avoir une fenêtre de quatre heures de beau temps dans trois jours. Dans le doute, le ministère nous envoie un voyant météorologue.

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Un grognement d'incrédulité lui répondit. Personne ne faisait jamais confiance aux météorologues.

- Chez nous, c'est pareil. Vincent secouait la tête. On attend qu'ils annoncent la pluie pour sortir.

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- Vincent et Yan, on a prévenu les secours moldus qu'on vous avait retrouvé. Officiellement, vous avez été repéré en bonne santé dans une crevasse par d'autres alpinistes. Vos familles sont soulagées.

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Sigridur se dirigea vers la sortie de la tente où tous les balais avaient été déposés.

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Elle repéra les balais de Esme et Phil.

Les manches des balais étaient calcinés. C'était un miracle que Esme et Phil ne soient pas plus gravement blessés.

Elle dégivra un des manches et tenta de l'ouvrir.

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Olivier la regardait depuis la porte de la salle commune de la tente.

- Si quelque chose a explosé, lui expliqua-t-elle, tous nos balais courent le même risque. On a tous des balais qui se ressemblent.

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Quand elle parvint enfin à ouvrir le manche, elle remarqua que c'était un des modèles avec des capillaires en acier.

Le balai n'était pas réparable dans leur atelier de fortune. Du liquide de conductance avait noyé la pompe thaumique et le module giratoire. Les aérofreins avaient été transpercés par quelque chose.

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Olivier, qui regardait par dessus son épaule, lui tendit une loupe.

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Les capillaires métalliques étaient fissurés. La fuite de liquide de conductance venait de là. En regardant mieux, elle vit des caillots noirs rougeâtre dans les capillaires. Elle en sortit un et le regarda à la lumière.

- Du fer ? Olivier hésita. D'où il sort ?

- Des capillaires, je pense. Avec le froid, le liquide de conductance a réagi avec le métal, et a formé des coagulas de fer. On aurait dû y penser quand on a réparé les fissures du balais de Phil, en novembre.

Olivier regardait le caillou de fer. Sigridur continua.

- Je pense que ça a formé des caillots, et que le circuit s'est bouché. Comme la pompe a continué à travailler, les capillaires ont explosés. Les deux modules ont été noyés, et je pense que des morceaux de capillaires propulsés par l'explosion ont déchiré les aérofreins.

- Pourquoi est-ce qu'on ne n'en s'est pas rendu compte avant?

- Il ne devait pas faire assez froid pour avoir autant de caillots.

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Sigridur regarda Olivier ennuyée.

- Mon père ne va pas me lâcher sur les capillaires métalliques.

Olivier écarquilla soudainement les yeux.

- La majorité des balais de l'expédition est équipée de capillaires en acier.

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- Qu'est-ce que je t'avais dit sur ces saloperies de capillaires en métal ? Le ton d'Olaf terrible avait fait frissonner tout le bivouac.

- Oui, papa.

- Rassure-moi, tes deux balais ont des capillaires en verre ?

- Oui, papa.

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Olaf se tut enfin. Olivier intervient.

- Du coup, on a deux balais en verre, et on est huit.

Olaf ne répondit pas immédiatement.

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- Essayez quand même de rafistoler au mieux tous les balais en métal. Sigridur ?

- Oui, papa ?

- Fais attention avec le fer à souder. Sa voix était maintenant douce. Inquiète et résignée. Le caoutchouc se décolle un peu .

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Vincent et Yan passèrent une nuit agitée.

Vincent avait une poussée de fièvre violente, effet secondaire habituel du poussos.

Yan récupérait des sensations dans ses membres gelés, et la douleur était peu supportable et très audible.

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Les pilotes se relayaient pour les veiller, sans que ça ne serve à quoique ce soit. Mais c'était toujours mieux que de ne rien faire.

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Sigridur ne pouvait détacher les yeux des orteils de Yan. Leur aspect monstrueux lui donnait la nausée.

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Olivier vint s'asseoir près de Sigridur lors de son tour de garde.

- Tu es inquiète pour ta thèse ?

- Pas vraiment, j'étais prête de toutes façons.

Il la regarda.

- Tu fixes Yan horrifiée. Pourtant, je me souviens que tu avais fermé avec tes doigts les intestins de Franck quand il s'était eventré dans l'explosion de balais, il y a deux ans.

- Je n'ai pas de problème avec les plaies immondes mais les membres gelés…

- Oui ?

- ...

- Les doigts ne sont presque plus boursouflés, lui dit Olivier

Sigridur se blotti contre lui pour qu'il ne voit pas l'expression horrifiée de son visage.

- D'accord, changeons de sujet, votre conversation avec ton père m'a fait mourrir de rire. .

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Agacée, Sigridur fit retomber sur lui toute sa frustration.

- J'ai vingt-sept ans et je me fais encore passer des savons par mon père.

Olivier sourit.

- Oui.

- Je ne le mérite même pas.

- Non.

- Je n'ai jamais dessiné un balai avec ces capillaires. Depuis le début, je n'y crois pas.

- Oui.

Elle se tourna vers lui.

- Ne me dis surtout pas que tu le comprends. Que c'est normal de s'inquiéter pour sa fille qui a pu partir voler alors que lui est coincé dans un poste de commandement. Et qu'il sait parfaitement que c'est dans l'ordre des choses. Mais qu'il s'inquiète.

- D'accord, je ne te le dirai pas.

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Elle soupira.

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Sigridur s'était endormie sur sa chaise, devant la radio, des pièces de circuit thaumique alignées devant elle.

La voix métallique de Olaf réveilla tout le bivouac. La tempête mugissait trop pour estimer l'heure, mais le soleil ne devait pas être levé.

- Il y a une solution pour les balais !

Sigridur frotta ses yeux fatigués.

- Émailler les paroies des capillaires ?

- Non, Émailler les par… La radio marqua un silence. Si j'avais un jour eu le moindre doute sur le fait que tu étais bien ma fille, ça fait longtemps que j'aurai été fixé. Ce n'est pas la peine de me le redémontrer à chaque fois…

- La bouse d'éruptif cramée nous donne bien de la pâte d'émail, mais je ne vois pas bien comment enduire les paroies des capillaires sans les boucher.

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Millie, Esme, Phil et Franck s'étaient approchés.

- On pourrait essayer avec des cure-dent.

- ou alors en essayant de souffler dans une paille pour projeter.

- La pâte d'émail n'est peut-être pas assez liquide.

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On essaya diverses techniques sur des pièces de rechange. Aucune ne semblait très probante.

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Olivier ne se mêla pas aux débats. Il massait les pieds encore douloureux de Yan.

Sigridur se rapprocha de lui.

- Ne me regarde pas, je n'en ai pas la moindre idée. Olivier s'acharnait sur les orteils. Sigridur en eut un haut de coeur.

- Surtout, reprit Olivier, si on émaille les capillaires, on se retrouve avec un circuit thaumique sous calibré par rapport à la puissance de la pompe.

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Phil fut celui qui réalisa que le mot capillaire venait des cheveux.

Après avoir volé une mèche des cheveux les plus longs de Esme, il réussit à émailler correctement les capillaires.

Mais ça ne résolvait pas les problèmes de pompe.

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Sigridur s'échinait depuis des heures sur sa règle à calcul, son micromètre et une des pompes de rechange.

Elle n'avait pas avancé.

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- Sigridur ? La voix de Wilhelma Nimbus lui parvient du QG de campagne. On a peut-être une solution simple pour réduire la puissance de la pompe.

Sigridur soupira de soulagement. Olivier près d'elle attendait la suite. .

- J'ai a fait un test avec les capillaires émaillés et la modification de la pompe. Vous devriez pouvoir voler pendant quelques heures.

- Merci tante Nimbus !

- Par contre on a encore un petit souci à l'atterrissage.

Olivier fronça les sourcils.

- Quel genre de soucis ?

- Le module de freinage a l'air de ne pas fonctionner avec un débit réduit.

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Un silence glacé envahit la pièce.

- Mais du coup, vous pouvez essayer de voler assez lentement et avoir une trajectoire de plus en plus descendante.

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- Enfin, pas trop lentement non plus, c'etait Olaf qui intervenait, parce que vous n'avez finalement que trois heures pour faire la descente d'après le voyant météorologue. .