Olaf et Olivier attendaient sur les chaises inconfortables des couloirs de sainte Mangouste.
Aucun des deux n'avait lâché des yeux la porte à tambour par laquelle le brancard était passé.
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Nigel, dépenaillé mais très concentré, en sortit.
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- Olaf ? Sig a du diabète ?
- Du diabète ? Olaf était vraiment surpris. Non.
Nigel marqua un temps d'arrêt.
- Olivier, tu n'es pas au courant non plus ?
Olivier sentit le regard d'Olaf, qui devait se demander pourquoi Nigel se tournait vers lui.
- Non... Non.
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Nigel vacilla un instant sous l'effet de l'hésitation. Puis se reprit et retourna dans la pièce.
- Infirmiers ? Vous ferez un dosage de l'insuline toutes les heures au cas où.
Olivier n'osa pas regarder Olaf.
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Sigridur reprit connaissance. Quelqu'un lui triturait la main avec quelque chose. Elle se releva d'un bond et réussir à repousser loin la personne.
Le bruit d'un plateau de matériel qui s'était fracassé au sol et les cris outrés de l'infirmier firent entrer des gens.
- Lâchez moi ! Des bras la retenait, Elle cognait dans des obstacles qu'elle ne voyait pas.
- Sig, tout va bien, c'est moi. C'est Nigel.
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Sig réalisa qu'elle était vêtue d'une blouse. Quelqu'un lui avait retiré aussi ses chaussettes et ses prothèses. Elle n'avait jamais su marcher correctement sur les moignons de ses orteils.
Elle ne portait plus non plus ses lunettes. Elle ne distinguait à peu près rien.
- Nigel… Mes lunettes… Où je suis ?...
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Quelqu'un lui remit ses lunettes.
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Olivier et Olaf étaient dans la pièce aussi. L'infirmier semblait sonné et restait à l'écart.
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Elle ne pouvait détacher son regard des moignons de ses orteils. Elle essayait de ne jamais les regarder, mais quand ça arrivait, c'était avec horreur qu'elle soutenait le spectacle. C'est l'absence de ces orteils qui avaient fait croire à Nigel qu'elle avait du diabète.
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Elle réalisa soudain qu'elle avait très mal aux côtes et parvenait difficilement à respirer. Elle allait s'effondrer quand Olivier et son père se précipitèrent pour aider Nigel à la replacer dans le brancard.
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- Papa… Sa respiration était difficile.
Son père, les sourcils plus froncés que jamais, s'approcha.
- Amène-moi… Maison…
- Sig, ta cage thoracique a été enfoncée par le crash. Il faut que tu restes en observation. Nigel parlait d'un voix calme, mais ferme.
- Maison… S'il te plait. Sigridur n'avait pas remarqué qu'elle avait parlé en islandais.
- D'accord, Sigridur, je te ramène.
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Nigel avait un peu râlé, mais la panique de Sigridur dans l'hôpital l'inquiétait plus que ses côtes encore mal ressoudées.
Il avait fini par accepter sa sortie de l'hôpital.
- Vous la surveillez bien. Vous prenez ses constantes comme je vous ai montré, et s'il y a quoique ce soit, vous m'appelez.
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En arrivant au pied de l'escalier qui menait à sa chambre, Olivier se demanda comment ils allaient hisser ses quatre vingt neuf kilos jusqu'à l'étage.
Elle ne semblait pas pouvoir marcher et était de toutes façons à moitié somnolente à cause des potions.
Pourtant Olaf la pris délicatement dans ses bras comme si elle ne pesait pas plus que Martha.
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Quand Olivier y entra dans la chambre à son tour, Olaf la bordait dans son édredon.
Le calme régnait maintenant dans la pièce. Olivier lui retira ses lunettes et les posa sur un coffre près du lit.
Il prit sa température et sa tension. Plus pour se rassurer.
- Tu veux rester ? La voix d'Olaf était neutre.
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Olivier releva les yeux. Le malaise se disputait avec l'inquiétude de l'état de Sigridur.
ll se demanda ce que Sigridur aurait voulu.
Évidemment, Olaf n'était pas né de la dernière pluie, il avait compris.
D'un autre côté, il pouvait toujours nier et juste rentrer chez lui en le laissant avec ses soupçons.
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Et passer la nuit avec l'angoisse de se demander comment elle allait.
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Olaf dût comprendre le regard perdu d'Olivier. Il lui tapa sur l'épaule et redescendit.
Il s'aperçut que Sigridur le regardait de son regard vitreux et quasi aveugle.
- J'ai bien fait ? lui demanda Olivier.
- Oui.
