Blabla de l'auteure :
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On aborde un moment du récit où je vais vous emmener un peu en dehors du monde d'Harry Potter.
On va maintenant retrouver l'histoire de Sigridur et Olaf. Et donc on est chez les viking sorcier islandais.
Je me suis beaucoup inspirée de mythologie viking. Du coup, j'espère que ça va voir plaire.
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L'Islande des sorciers n'est pas celle des moldus.
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Un sorcier anglais y débarquant, aurait trouvé des points communs avec l'Ecosse. Puis se serait corrigé, l'Ecosse, mais en plus dramatique.
Pas d'arbre, ou très peu. des volcans à perte de vue, de la terre noire et boueuse quand elle n'est pas recouverte de neige. Un climat froid et instable.
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Les sorciers, qui y vivaient dans des villages ou des fermes isolées, descendaient tous de colonies de sorciers viking, et le peu d'échanges qu'ils avaient avec le reste du monde n'avait pas suffit à changer cette société.
Par certains côtés, elle pouvait paraître plus juste que celle des sorciers anglais. Mais ces côtés ne permettait pas d'oublier la dureté de la vie dans ces terres.
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A cause du froid, on ne pouvait utiliser une baguette que certaines périodes de l'année. Et même quand elle fonctionnait, la magie était instable et difficile à apprendre.
Les sorciers islandais étaient donc d'excellents artisans, capables de fabriquer les artefacts magiques les plus étonnants, et utilisaient très peu leur baguette.
Pourtant, comme ailleurs, la magie voulait quand même sortir des sorciers. Il y a beaucoup de médiums et d'obscurials.
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C'est sur cette île que Olaf Olafsson connu, dans un sens très... biblique, Alda Arnorsdottir.
Alda vouait un intérêt maladif à tout ce qui relevait du mystique, complètement incompatible avec l'esprit si cartésien de Olaf. C'est probablement pour ça qu'ils ne restèrent pas ensemble très longtemps.
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Quand Sigridur naquit, Olaf était déjà retourné dans son village natal, laissant une Alda indifférente à ce départ et une bourse pour s'occuper du bébé.
Alda adorait sa fille. Elle lui confectionna un trousseau dans la laine la plus douce qu'elle pu payer et abandonnait tout dès que son bébé la réclamait. C'était le trésor chéri de sa vie.
Chaque soir, elle racontait à la petite Sigridur subjuguée les sagas et les légendes du panthéon scandinave.
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On remarqua rapidement les problèmes de vue de Sigridur. Un de ses yeux était quasiment aveugle sans correction.
Alda en éprouvait une grande fierté. Elle lue à la petite Sigridur la saga des Ynglingar, qui raconte comment Odin donna son oeil pour acquérir la sagesse.
La très jeune Sigridur se rendait compte que la mère ne ressemblait pas aux autres femmes du village. Elle attribua ça au fait qu'elle était une völva, voyante locale. Les femmes du village la respectait pour ça et lui donnait des plantes pour favoriser ses visions.
Une des villageoise pensait que Sigridur aussi avait hérité de ce don, puisqu'elle pouvait voir ce que sa mère voyait dans ses transes.
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Un jour, une des visions fut plus terrible que les autres. Sa mère était au milieu d'un pont, un enfant, blanc à en paraître bleuâtre, la regardait de côté du pont. Elle voyait le pont se détruire et sa mère tomber dans l'abysse.
Quand elles sortirent de la transe, Sigridur réalisa que l'expression d'horreur de sa mère était encore gravée sur son visage.
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Alda savait qu'il y avait plusieurs façons d'interpréter une vision, mais elle ne pouvait s'empêcher de penser que l'enfant blanc détruisait le pont, et qu'elle devait comprendre d'un enfant la tuerait.
Hors il y avait bien un enfant très blanc dans son entourage.
Enfant qui pleurait d'avoir vu sa mère mourir.
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Dans les premiers temps, Alda ferma son esprits aux visions, et refusa d'entrer en transe.
Elle se convainquit que sa petite fille chérie ne pouvait pas être l'enfant de la vision.
Elle grava dans de l'ébène trouvé échoué sur une plage une amulette, qui permettrait de fermer l'esprit de Sigridur. La vision l'avait terrorisée.
Alda essaya de trouver plus d'ébène pour fabriquer une autre amulette pour elle, mais sans succès : les temps devinrent difficiles.
Ne rendant plus service au village comme völva, elle vivotait de ce que son jardin produisait, et de quelques herbes médicinales, aussi inefficaces que peu rentables.
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Les semaines passaient et sa vision la hantait de plus en plus, mangeant son sommeil et rongeant, lentement, sa raison.
La petite Sigridur n'osait plus venir se blottir dans ses bras.
Sa mère la tenait éloignée de tout ce qu'elle pensait pouvoir blesser, allant jusqu'à lui retirer des branches ou des cailloux.
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Un jour, un incendie se répandit dans la petite maison. Alda réussi à s'extraire par une fenêtre où elle avait déjà poussée Sigridur.
Sigridur s'était coupée en l'aidant, et le sang perdu la faisait paraître encore plus pâle, encore renforcé par la suie noire qui lui maculait la joue. Elle tendit les bras pour étreindre sa mère.
Celle-ci vit définitivement dans sa fille qu'elle avait tant aimé le spectre qui la tuerait. Le peu qui lui restait de raison disparu ce jour-là.
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Elle négocia avec un marchand voisin qu'il prenne sa fille en garantie pour lui avancer un peu d'argent, puis s'en servit partir le plus loin possible.
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Sigridur ce soir là enleva pour la première fois l'amulette en ébène. Elle vit par les yeux de sa mère à nouveau. Elle vit une falaise sinistre, battue par le vent. Elle vit sa mère s'écorcher les mains sur les rochers pour grimper plus haut. Elle hurlait le nom de sa fille. Sigridur entendait cette voix maculée de sanglots. Elle vit par les yeux de sa mère l'abysse qui s'ouvrait.
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Elle sortit en sueur de la transe et remit le collier. Cette nuit-là, elle versa tellement de larmes que que le lendemain, son visage figé avait acquit ce regard dur qui ne la quitterait plus.
