Je me réveille en sursaut au beau milieu de la nuit. J'ai fait un cauchemar… enfin pas vraiment. C'est plutôt un mauvais souvenir.
Après la mort de mère, père m'a confié à une Cracmol, une horrible bonne femme répondant au nom de Miss Hortense. Elle avait pour instruction de faire de moi une noble accomplie. Ainsi, à chaque fois que je pleurais mère, celle-ci me donnait des coups de fouets. Rien que d'y penser mon corps frissonne encore. Je me rappelle trop bien des ecchymoses sur ma peau.
Le jour de l'enterrement de mère, j'ai refusé qu'on l'enterre. J'avais conscience qu'elle était morte mais allez savoir pourquoi, je ne pouvais me résoudre à voir son corps disparaître pour toujours. J'avais tapé un scandale ce jour-là. Je refusais d'avaler quoi que ce soit.
En début d'après-midi, ne pouvant supporter de la voir disparaître pour toujours, j'avais subtilisé du cercueil sa baguette. Il s'agissait d'une baguette longue et fine composée d'acacia et d'une plume d'oiseau-tonnerre. Il est dit que l'acacia est très difficile à utiliser et que, plus une baguette est fine, plus elle est douée dans les sortilèges élégants et raffinés. Mère était pour moi la sorcière la plus élégante qu'il soit. Sa baguette était à son image. Conserver sa baguette, c'était un moyen de conserver une part d'elle.
Malheureusement, miss Hortense a rapidement remarqué que je semblais cacher quelque chose sous la manche de ma robe de velours. Après quelques accusations auxquelles je n'avais bien évidemment pas répondu, elle m'avait empoigné par les cheveux devant l'ensemble des invités. Personne n'avait réagi. Après tout, il est normal dans les familles de mon rang que les enfants soient durement encadrés.
Ma tête avait heurté violemment le bord du cercueil acajou. En y repensant, je sens encore des picotements à l'endroit où le liquide chaud s'écoulait.
Je me rappelle avoir touché mon crane et contemplé le sang sur mes mains sans comprendre ce qu'il se passait. Puis, au fil des secondes, l'odeur métallique du sang et la douleur incisive étaient devenues toutes deux insoutenables. Je ne sais combien de temps exactement j'ai contemplé mes mains, choquée et inconsciente du monde qui m'entourait. Mais, peu à peu, une colère insatiable était montée en moi. J'étais en colère contre mère de m'avoir quitté, père de m'avoir confié à une cracmol, des invités de ne pas réagir et à l'encontre de miss Hortense qui osait me toucher avec ses mains indignes.
De rage, j'avais saisi la baguette qui était tombée à terre et lancé le seul sortilège impardonnable que j'avais eu le loisir d'observer sous le regard des rares invités. Normalement, cela n'aurait pas dû marcher. Après tout, je n'étais qu'une enfant. Cependant, il semble que la rage soit un très bon canalisateur. Le corps livide de miss Hortense est tombé sur le marbre blanc dans un craquement.
Je me souviens avoir été choquée de mon geste. Plus aucunes larmes ne ruisselaient de mes yeux. Je n'ai même plus jamais pleuré à partir de ce jour-là.
Mon regard s'était alors levé avec crainte sur père. A ma grande surprise, celui-ci m'avait adressé un sourire franc. Jamais au grand jamais, il n'avait été aussi fier de moi. La nouvelle se répandit vite chez les fidèles du maître. La petite SELWYN avait tué sa première Cracmol.
Les familles comme la mienne sont intouchables. C'est en quelque sorte effrayant. Miss Hortense fut supprimée des registres du ministère cette nuit-là, comme si elle n'avait jamais existé tandis que je fus condamné par mon esprit à faire le même cauchemar tous les soirs.
Personne du dortoir ne semble m'avoir entendu. Mes camarades dorment à poing fermé. Il est encore tôt. On distingue à peine le soleil par la fenêtre du dortoir.
Après une douche rapide, je me dirige vers le parc. Il y flotte une odeur d'herbe fraichement coupée. Je m'assois au bord du lac. La brise caresse mon visage. Que c'est agréable d'être loin de la maison ! Loin de père, loin du maître, loin des contraintes. J'ai l'impression d'être libre, d'avoir enfin l'opportunité de faire ce que je veux. Cependant, je ne me sens pas à l'aise. Il faut que j'efface l'horrible visage de Mademoiselle Hortense de ma tête.
Avec ma baguette, je fais apparaître deux petits personnages en terre, un homme et une femme d'à peine 5 cm et leur ordonne de danser. C'est la première fois que j'ai la possibilité de lancer ce sort. Mère le faisait souvent quand j'étais petite avec de la poussière sous le regard désespéré de notre Elfe de maison Dunny.
Soudain, je sens des picotements dans mon dos. Je cesse le sort et me retourne. James POTTER et Sirius BLACK me font face avec un sourire arrogant. M'ont-ils vu jeter ce sort pour enfant ? Probablement.
« Alors la petite SELWYN est seule et sans ami, susurre POTTER sous le rire de BLACK.
Alors l'unique héritier de la lignée POTTER court après une fille de moldu.
Lily vaut mieux que n'importe quel Serpentard, rétorque-t-il immédiatement. »
Apparemment, j'ai touché quelque chose. Je hausse les épaules.
« Si tu prends le risque de chopper des maladies ou d'engendrer des dégénérées, grand bien t'en fasse.
Elle est complètement tarée, commente BLACK. Je te l'avais dit. Une famille de taré.
De ta part, c'est un compliment, rétorquais-je.
Attends un peu espèce de … »
Il perd patience et lève sa baguette prêt à me jeter un sort. Je ferme les yeux quand soudain la voix de Dumbledore retenti.
« Tous les élèves doivent regagner immédiatement la grande salle. »
Cette annonce suffit à distraire BLACK et POTTER.
«Flipendo ! » m'écriais-je pour pétrifier les deux Gryffondor avant de m'élancer à pas de course vers le château.
En entrant dans la grande salle, je m'aperçois que tous les élèves sont inquiets. Certains sont encore en pyjama. Que se passe-t-il ? Je m'installe à ma place.
« Qu'est-ce qui se passe ?
Il y a eu une attaque. Des sorciers et des moldus sont morts, me répond LESTRANGE. »
Plusieurs élèves pleurent bruyamment chez les Poufsouffle, Serdaigle et Gryffondor. A contrario, l'indifférence générale règne chez Serpentard.
La salle se remplit peu à peu. Je vois POTTER et BLACK s'assoir en me jetant des regards noirs. Je leur adresse mon plus beau sourire.
« Vous n'êtes pas sans ignorer l'attaque qui s'est produit cette nuit. Plusieurs moldus et sorciers sont morts en plein cœur de Londres. »
Des chuchotements se font entendre. Le maître commence à être connu. Ce n'est pas sa première attaque mais il me semble que c'est la première fois que sorciers et moldus sont tués en même temps dans un lieu fréquenté par les moldus. C'est une démonstration de force. Les Mangemorts n'ont peur de personne. Frère y a peut-être participé.
« Des sorciers étaient présents mais n'ont pas les sauver à cause de l'interdiction de lancer des sorts devant des moldus, dit-il avant de marquer un temps. C'est pourquoi, nous avons décider d'intégrer une nouvelle formation obligatoire dans votre programme en ces temps de crise. »
Les Serpentard se crispent.
«On n'en a rien à faire de sauver des Moldu, dit Evan ROSIER.
Merci Monsieur ROSIER pour cette intervention non nécessaire, le coupe la professeure aux allures strictes.
Sale peste de McGonagall, chuchote-t-il presque inaudiblement.
Pour répondre à Monsieur ROSIER et aux autres, reprend Dumbledore, il s'agit de sauver des vies, moldus ou sorciers, sans avoir à oublieter tout le monde. Il est nécessaire que vous appreniez les premiers gestes de secours moldus le temps que les médicomages puissent intervenir et subtiliser les patients. »
Certains Serpentard huent le directeur. Il est évident qu'ils n'ont aucune envie d'apprendre une quelconque technique moldue. Quelle idée farfelue !
«Silencio ! Comme expliqué précédemment, nous avons l'aval du ministère. Vous serez réparti par groupe de 4, un de chaque maison. Vous trouverez sur le tableau de vos salles communes les noms de vos camarades. Je vous précise que vous serez noté et que cette note comptera. Sur ce, bon appétit. Finite Incantatem »
Le petit déjeuner apparait. A ma table, tout le monde est choqué. Je comprends l'intérêt des autres maisons mais moi je n'utiliserai jamais des techniques primitives. La honte. Après tout, je vais devenir, comme père et frère, un Mangemort ou dans le pire des cas, une femme de Mangemort comme mère. Qu'est ce que dirait mère si elle savait ?
Lily EVANS semble enchantée par l'annonce de Dumbledore. Elle l'applaudit avec certains de ses camarades. Je n'aimerai pas me retrouver dans son groupe.
Severus ROGUE fixe également la sang de bourbe. Il ne semble pas écœuré, juste inquiet. Peut-être a-t-il peur de se retrouver dans son groupe ? J'ai du mal à le cerner. Il n'est proche de personne. Les autres Serpentards semblent le tolérer mais sans plus.
Je le suis de loin pour aller en cours de potion. On entre dans la salle. Il n'y a que nous. Je m'assois au deuxième rang. Le chaudron posé sur la table semble usé. Je n'ai pas amené le mien.
Severus s'assoit devant moi. Je l'observe. Il a de longs cheveux bruns, le teint cireux et un nez un peu crochu. Il n'est pas aussi moche que les autres le disent. Il évite mon regard.
Lily entre dans la salle et s'assoit à côté de lui.
« Un Serpentard et un Gryffondor par table, me précise-t-il.
D'accord, répondis-je. »
Lily semble déçue mais c'est imperceptible. Elle se tourne vers moi.
« Je n'ai pas apprécié ta remarque, me dit EVANS.
On n'appartient pas au même monde, tu devrais rester loin des personnes de notre maison, lui conseille Severus »
Elle hoche tristement la tête. Il y a quelque chose d'étrange entre eux. Ils semblent bien se connaître.
« Je suis apte à répondre toute seule, dis-je sans animosité. Je t'appellerai enfant de moldu si tu préfères. »
Severus tressaille à la mention de moldu.
«Je suis une sorcière comme toi, me répond Lily. Mon nom c'est Lily EVANS.
Sorcière ? Peut-être. Comme moi ? j'en doute fort.
On est à Poudlard Katelyn, me dit calmement Severus, tu ne peux pas librement insulter ces personnes-là. Elles sont élèves au même titre que toi et moi aux yeux de DUMBLEDORE. La rouquine fronce les sourcils.
Très bien, je l'appellerai EVANS. »
Il semble satisfait et me conseille de prendre un livre dans l'armoire. Je me dirige donc vers le meuble lorsque j'entends imperceptiblement Severus chuchoter à EVANS « La famille SELWYN est recluse, elle a été éduquée selon les grands principes sang-pur ».
Quelques minutes plus tard, les autres élèves arrivent et s'installent. Le professeur s'appelle Horace Eugène Flaccus SLUGHORN. Le maître m'en a déjà parlé. Il a des yeux couleurs groseille, pâle, une chevelure blonde et un ventre rebondi.
James POTTER s'assied à côté de moi. Son copain, le traitre, s'assied à la table de derrière. Qu'est-ce qu'ils mijotent ?
« -Ah notre nouvelle élève, la petite SELWYN, dit le professeur de manière crispée. »
Je lui adresse un sourire. Il sursaute et se tourne vers EVANS.
« - Où en étions-nous miss EVANS ?
On s'était arrêté page 48 professeur.
Très bien, ouvrez vos livres page 49. »
J'ignore si c'est de père ou de moi qu'il a peur mais SLUGHORN évite complètement mon regard. POTTER semble l'avoir remarqué. Il fronce les sourcils derrière sa paire de lunette.
« - Je t'ai à l'œil, me murmure-t-il. »
Il doit penser que je me suis assise à la table derrière EVANS pour lui faire un mauvais coup. Je décide de le titiller un peu.
« - Qu'est-ce que ça fait d'être raide dingue d'une fille qui préfère passer du temps avec Severus qu'avec toi ? »
Son visage se décompose. Aurais-je touché quelque chose sans le vouloir ? Il m'insulte et jette des racines de mandragore dans le chaudron.
« - Qu'est-ce que ça fait d'être uniquement destinée à procréer un sang pur ? me glisse BLACK. »
Je trésaille. Il a raison et il le sait pertinemment. EVANS m'observe de loin en jetant des champignons dans le chaudron qu'elle partage avec Severus. Elle semble éprouver de la pitié. Je ne peux pas rester sans rien faire. Hors de question de le laisser gagner cette joute verbale.
« - Rictuscempra »
Le chaudron de BLACK se renverse sur lui. Il hurle à cause de la brulure sous le rire de Severus et des autres Serpentards.
« - 20 points en moins pour Serpentard ! Dit SLUGHORN. Mademoiselle SELWYN, réparez vos bêtises et emmener Monsieur BLACK à l'infirmerie. »
LESTRANGE me lance un regard mauvais. Il ne doit pas être content que je fasse perdre des points à la maison. Je hausse les épaules et j'accompagne le renégat vers la sortie.
Une fois la porte passée, je lève ma baguette et prononce une formule pour soulager la brulure. Surprit, il hausse un sourcil interrogateur.
« Tu n'as eu que ce que tu méritais Black… tu es allé trop loin, lui dis-je.
- Tu l'as entièrement mérité, rétorque-t-il froidement. »
Il est ignoble. Je n'aime pas sa présence. Il me met mal à l'aise. Je ne peux pas presser le pas. J'ignore où se trouve l'infirmerie.
« Tu n'étais pas comme ça avant, finit-il par dire.
J'ignore de quoi tu parles. »
Mais qu'est ce qu'il raconte ?! Il s'arrête et fouille dans sa poche avant de me tendre une photo. Sur la photo, il y a quatre personnes. Une fillette pince les joues d'un garçon. Elle a un teint pâle et de longs cils. On dirait moi… mais … est-ce vraiment moi ? Visiblement, cela date d'avant la mort de mère. Deux adolescentes sourient à côté. Je peine à reconnaître Narcissa et Bellatrix BLACK. Je n'ai aucun souvenir de ça. C'est étrange. Je n'aime pas ça.
Je lui jette la photo au visage. Son visage se renfrogne, il devient menaçant. Il pointe sa baguette vers moi.
« Jusqu'à présent je t'ai épargné par souvenir du passé mais c'est fini », dit-il avant de traverser la porte de l'infirmerie.
Mais qu'est-ce qu'il raconte ? Il débloque complètement. Je ne le connais pas. Je retourne en salle de potion. Espérons que l'infirmière le fasse interner à saint mangouste !
