Chapitre 2 – Initiation aux cours de premier secours

On est mercredi soir. Il est tard, aux alentours de 21h. Je me promène dans les couloirs du deuxième étage en dehors du couvre-feu. Je travaille pour le maitre. J'essaie de repérer les éventuels secrets que l'école renferme. Si le concierge m'attrape, je risque d'être suspendu dans les cachots par les pouces. De toute façon, je n'ai aucune envie de trainer dans le dortoir.

Je ne veux pas rester avec les autres. Pour les familles comme la mienne, l'école sert à se constituer un réseau et, surtout, à fréquenter de potentiels époux. Cette idée me terrifie. Je revois père lancer le sortilège impardonnable sur mère…. Je revois également l'épouse de frère se prendre des doloris au moindre faux pas.

La seule femme qui s'illustre dans notre milieu c'est Bellatrix BLACK. Elle est plus âgée que moi. Personne ne lui marche sur les pieds. Le maitre l'adore. Je voudrai tellement être comme elle mais mon passé m'a plus brisé qu'autre chose. Je fais simplement semblant d'être forte. Tout est question d'apparence dans ce monde.

Les couloirs se ressemblent tous, les armures aussi. C'est fou de se dire que dans ces lieux, quelque part, hiberne l'une des plus terrifiantes créatures de l'histoire de la sorcellerie. Le maitre a de la chance d'être un Fourchelangue. Un sanglot me coupe de mes pensées. Il y a quelqu'un d'autre dans les environs.

A pas de loup, je me faufile dans une salle de classe. Severus ROGUE est assis sur le rebord d'une fenêtre, le regard dans le vide. Ses cheveux semblent plus sombres que d'habitude et son teint est livide. Normalement, il est avec le « gang de Serpentard », un groupe composé de Rodolphus LESTRANGE, Evan ROSIER, Dayton MULCIBER, Theodore AVERY et John WILKES.

Severus n'est pas un sang pur. Toutefois, son talent pour certains arts obscurs lui permet d'être accepté, mais pas de tous. Rabastan, le frère de Rodolphus, ne le lâche pas les « quatre enquiquineurs » non plus. C'est le surnom que je donne aux imbéciles heureux de Gryffondor, un groupe composé de James POTTER, le bigleux à grosse tête fou amoureux de la « sang-de-bourbe », Sirius BLACK, le traître à son sang imbu de sa petite personne, Remus LUPIN, un sorcier à l'apparence maladif et Peter PETTIGROW, un sorcier grassouillet bête comme ses pieds. Bien que je n'ai pas encore parler aux deux derniers, j'en ai entendu le plus grand mal.

Severus a des marques violacées sur son cou. Cela semble très douloureux comme si on avait essayé de l'étouffer. Les quatre enquiquineurs lui font des mauvaises farces mais je ne les vois pas faire ça. C'est trop violent. Je suppose qu'il doit tenir ces ecchymoses-là de de Rabastan.

Après quelques secondes, il me remarque. J'hésite à le laisser seul dans son coin, après tout c'est un sang mêlé et ça me dégoute quelque peu, mais je n'aime pas les ecchymoses sur son cou. Cela me fait penser à Miss HORTENSE…

« Tu sais, dis-je, tu devrais arrêter de copiner avec la sang… la fille de moldue. »

Ce n'est pas un reproche. Quand on veut survivre, il faut s'adapter à son environnement. En plus, je suis quasiment certaine que les quatre enquiquineurs le harcèle aussi à cause d'elle. POTTER semble fou de EVANS. Il la suit partout comme un petit chiot.

« Mon père en était un, avoue-t-il, mais les autres t'ont déjà dit que j'étais un sang mêlé. »

Effectivement. William NOTT m'a même conseillé de l'éviter.

« Mieux vaut avoir un parent sorcier qu'aucun, tu ne crois pas ? Je ne le laisse pas répondre et enchaine. J'ignore le lien qui t'uni avec EVANS mais si tu ne te montres pas ferme avec elle, Rabastan continuera. »

Tout comme Miss Hortense continuait à me battre tant que je comportais comme une personne faible.

« Pourquoi tu te montres gentille ? »

Bonne question.

Je décide d'hausser les épaules et de m'en aller. Je ne compte pas devenir son amie non plus. J'ai une tâche à finir.

Le lendemain, je me lève de bonne heure. J'ai mon cours de premier secours. Quelle perte de temps ! Dépitée, je peine à avaler mon petit déjeuner. Plusieurs sorciers de ma maison ont tenté d'obtenir une dispense en écrivant à leurs parents mais, apparemment, lorsque DUMBLEDORE a une lubie, il ne la lâche pas. Pff…

Théodore AVERY affiche lui aussi une mine déconfite. Il a cours en même temps que moi. D'après ce que j'ai entendu, il est tombé sur un groupe de « sang-de-bourbe ». D'ailleurs, je ne comprends pas l'intérêt de nous mettre avec des personnes appartenant à d'autres maisons.

Son meilleur ami, Dayton MULCIBER, affiche un sourire sadique en pointant du doigt une Gryffondor. Je ne la connais pas celle-là. Elle a une longue chevelure blonde tirée en queue de cheval et de jolies pommettes. De loin, elle semble plutôt mignonne. Elle est en grande conversation avec EVANS. Ce n'est définitivement pas une sang-pur.

« Qui est-ce ? demandais-je.

Ma proie, me sourit MULCIBER. »

Je n'aime ni la façon dont il la contemple, ni celle dont il me regarde. Il y a quelque chose de sadique chez MULCIBER. J'ai la sensation que si je n'étais pas une SELWYN, une des familles préférées du maître, je serai moi aussi une proie.

Il est presque l'heure. Je me lève suivit de MULCIBER et AVERY. Je ne sais pas ce qui m'écœure le plus, le fait d'être avec BLACK, que le POUFFSOUFLE et la SERDAIGLE du groupe soient d'éventuels « sang-de-bourbe » ou que les deux sadiques en puissance suivent le cours en même temps. C'est vraiment le combo gagnant.

On entre dans la salle de classe. Le professeur, un sorcier rondouillet d'une trentaine d'années est déjà là. Il nous invite à nous assoir avec nos groupes respectifs à des tables de quatre. Dégoutée, je m'installe à côté de BLACK sans lui jeter un regard.

Le professeur se présente. Il s'appelle Arthur MCKEY. Il nous raconte son enfance chez les moldus. Il a fallu qu'ils nous mettent un sang-de-bourbe pour nous enseigner cette matière inutile ! DUMBLEDORE n'a pas froid aux yeux.

Il nous distribue un livret avec des numéros de téléphone à apprendre par cœur.

« C'est un dispositif moldu permettant de contacter les urgences. Vous en trouverez dans tous les lieux publics de Londres. »

Je ne savais même pas que les moldus n'utilisaient pas d'hiboux.

De loin, j'observe AVERY dessiner sur sa table, lui aussi s'ennuie. MULCIBER, au contraire, semble fasciné. Je suis certaine qu'il est entrain de penser que le meilleur moyen d'exterminer les moldus, c'est de les connaître. Il n'a pas tort d'une certaine façon.

« Vous allez maintenant vous placer au centre de la salle par groupe. Un groupe par tapis. Deux personnes vont jouer tour à tour les victimes. Imaginez que vous êtes vraiment en situation d'attentat. L'une des victimes sera inconsciente et l'autre en état de choc. Je vais vous distribuer des consignes. Il faut que les deux personnes saines réussissent à mettre en sécurité les victimes. Faites comme si vous étiez en situation réelle.

Mais vous ne nous avez encore rien expliqué, glapit un Serdaigle.

Exactement. Il ne s'agit pas de faire bien les choses du premier coup. Il s'agit de comprendre où sont vos erreurs. »

L'ensemble de la classe fronce les sourcils. La SERDAIGLE de mon groupe, Annie EDGECOMBE, pioche le sujet « explosion dans un bar moldu ». Les scenarios ne sont pas crédibles. Qu'est-ce que j'irai faire dans un bar moldu ?

Le tapis sur lequel nous étions prend l'apparence dudit lieu. C'est fou, je n'avais jamais vu ça. C'est tellement bizarre. Je pioche la carte de « sauveteur ». Le POUFSOUFFLE, André BONES pioche aussi cette carte. Visiblement, il n'apprécie pas BLACK non plus parce qu'il se met à « sauver » EDGECOMBE. Je ne bouge pas d'un millimètre. Les deux pseudo-victimes sont ensanglantées. C'est assez jouissif de voir le renégat blessé.

« Miss SELWYN. Il faut sauver votre camarade, me dit le professeur.

C'est BLACK.

Et alors ?

Bah vous avez dit qu'il fallait faire comme en situation réelle. En situation réelle, jamais je ne bougerai pour le sauver. »

Fou rire général des quelques Serpentards de la classe.

« Miss SELWYN, vous devez vous prêter à l'exercice. A défaut, j'enlèverai des points à votre maison.

Très bien. »

Je me penche vers BLACK. Il me jette un regard mauvais. Je lui prends les mains et dit : « Est-ce que tu m'entends ? »

Il ne réagit pas.

Je pose ma tête vers son cœur histoire d'entendre s'il est vivant. Des bruits sourds se font entendre. C'est fascinant. Les battements me captivent.

En tout cas, il sent bon. J'ai déjà senti cette odeur mais je ne parviens pas à me souvenir d'où. Elle m'enveloppe.

Les battements se font de plus en plus rapide et martèle mes tympans. Il me faut plusieurs secondes avant de comprendre qu'il s'agit des miens. Je n'ai jamais été aussi proche d'un homme. Je n'aime pas cette proximité et me redresse.

« Alors Miss SEL… commence le professeur

Sale pervers, hurle une voix féminine, arrête de me tripoter !»

Il s'agit de la Gryffondor que MULCIBER fixait ce matin. Elle joue l'une des victimes et MULCIBER est installé à cheval sur elle. Elle se débat alors que ce dernier la maintient au sol.

« Je t'ai uniquement pris le pouls. Sois contente que je daigne poser mes mains sur un être comme toi, lui répond-t-il avec un ton suffisant.

Tu n'as pas fait que ça !

Prouve-le !

Ça suffit ! Miss MACDONALD et Monsieur MULCIBER vous avez gagné une retenue ! hurle le professeur MCKEY»

Le professeur MCKEY ne cherche pas à comprendre. Il enlève respectivement des points à Serpentard et à Gryffondor.

MULCIBER a beau être dans ma maison, je suis certaine qu'il n'a pas fait que prendre son pouls.

Les deux protagonistes continuent à s'insulter en ignorant le professeur MCKEY. Rouge de colère, il les attrape par le bras.

« Monsieur LUPIN, surveillez la classe, je les emmène dans le bureau du directeur. Continuez l'exercice.»

Brouhaha général. Tout le monde à une opinion. Les Gryffondors défendent becs et ongles leur camarade. Les Serpentard défendeur MULCIBER. Je ne dis rien. Je ne veux pas me prononcer sur ça.

« Alors, fière d'être Serpentard ? » me glisse BLACK.

Pourquoi est-ce qu'il me parle ?

« Tais-toi, tu ne sais pas de quoi tu parles !

Vous êtes des moins que rien et MULCIBER est pire encore.

Et toi tu as fui ta propre famille, tu n'es qu'un lâche !

Moi, au moins, j'ai eu le courage de le faire », rétorque-t-il fièrement.

Je fixe ses yeux gris avec fureur. J'ai envie de le frapper de toutes mes forces. C'est un sorcier homme appartenant à l'une des plus nobles familles anglaises. Il a cette chance là et la gâche… Quel imbécile !

Il aurait pu faire ce qu'il voulait de sa vie, son nom lui aurait ouvert toutes les portes. Moi, en tant que sorcière femme, je dois trimer pour ne pas finir femme au foyer enfermée dans un manoir.

Je le déteste. Je lève ma baguette, prête à lui jeter un sort, quand la sonnerie retentie.

Les élèves sortent en trombe mais je reste à fixer BLACK avec haine. Il lève un regard interrogateur. Il doit se demander pourquoi je n'ai toujours pas attaqué. Soudain, LUPIN se positionne entre lui et moi.

« Bonjour, je m'appelle Remus LUPIN », dit-il en me tendant la main.

Je le détaille. Il n'a pas l'air mauvais. Il porte un insigne de préfet. Je n'attrape pas sa main et tourne les talons.

En passant la porte, je peine à entendre BLACK dire « Pourquoi tu t'es interposé Lunard ? »

Qui diable est Lunard ?