Chapitre deux

Pas aujourd'hui

May, Fitz et Jemma marchaient dans le couloir en s'éloignant de la chambre quand les tremblements s'arrêtèrent subitement. Ils n'entendaient plus aucune onde ni cri, juste un sifflement dans leurs oreilles. D'ailleurs, celles-ci laissaient couler un fin filet de sang le long de leurs joues.

Il faut y retourner, dit Jemma en essayant de lâcher la main de Fitz, qui la retenait. On doit l'aider, qu'est-ce-qui se passe ?

Allez-y, dit May, je vais prévenir tout le monde que tout va bien, lança May en s'éloignant. Le couple se retournait quand ils virent Coulson courir vers eux, affolé :

Il lui faut une aide médicale, MAINTENANT !

He-hein? Q-Quoi, Monsieur, que se passe-t-il ? demanda Jemma.

Mack arriva en courant, Daisy inconsciente dans les bras :

Son cœur ne bat plus !

Jemma marqua un arrêt. Elle regarda le bras de Daisy balancer dans le vide. Le temps d'une seconde, elle n'entendait rien et ne voyait plus que le corps sans mouvement de son amie. Coulson, qui ne comprenait pas pourquoi elle ne réagissait pas, la bouscula de la main. Elle regarda le directeur, qui pouvait lire l'effroi dans les yeux de sa coéquipière et lui répéta les mots de Mack. Jemma repris ses esprits s'empressa d'aller dans le labo de science, suivit des autres. Fitz débarrassa une table d'un balayement de bras et Mack allongea Daisy dessus.

Allez chercher un brancard, dépêchez-vous ! dit Jemma en commençant le massage cardiaque. Agent Manson, il me faut le défibrillateur ! Elle regardait les yeux clos de son amie, son visage sans aucune expression et son torse qui ne bougeait plus. Son cerveau allait manquer d'oxygène et causer des dégâts irréversibles dans les onze minutes suivantes si elle ne faisait rien. Elle était si paniqué qu'elle perdait presque ses réflexes de docteur, ce qui était extrêmement rare.

Simmons, on a le brancard !

A trois, on la soulève ! 1, 2, 3 ! dit-elle.

Cinq agents étaient en train de s'agiter pour sauver Daisy, qui ne respirait plus depuis cinq minutes. Jemma commença le massage cardiaque et un agent pompait un ballon pour faire respirer Daisy artificiellement. Un frisson parcouru la nuque de Coulson. Cette scène lui rappelait trop de mauvais souvenirs. Simmons prit le défibrillateur:

Dégagez ! cria-t-elle avant de lancer une décharge à sa coéquipière.

Toujours aucun pouls ! Une unité d'adrénaline !

Dégagez ! Je ne te perdrais pas aujourd'hui ! cria la jeune femme.

Le corps de Daisy fut pris d'un second spasme. Le sang qui coulait de son nez tombait goutte à goutte sur le tissu du matelas.

Allez, Daisy, pas toi non plus… murmura Simmons. Dégagez !

Son corps sursauta et retomba sur le matelas du brancard, toujours inanimé. Plus personne ne respirait, et Coulson marmonna quelque chose d'incompréhensible. Mack inspira péniblement. Fitz recula, la bouche ouverte, sans voix. Il avait posé ses mains sur la tête et tournait le dos à la scène, pour la rendre moins réelle. Mais ça ne marchait pas, et bien qu'il voulut prendre une grande inspiration, ses poumons n'arrivaient pas à se gonfler pour autant. Le silence fut rompu par un « bip » puis un deuxième, et un troisième, et la voix de l'agent Manson :

Un pouls régulier de 57, respiration saccadée et bruyante mais suffisante.

Jemma lâcha un soupir mêlé à des pleurs de soulagement. Elle regardait l'écran qui affichait le pouls, aveuglée par ses propres larmes. Fitz la pris dans ses bras, soulagé lui aussi. Elle marmonnait quelques mots étouffés par la chemise du jeune homme. May apparut derrière la porte de verre, et vit Coulson, les yeux humides.

Que s'est-il passé ?! dit-elle en voyant Daisy, inconsciente. Est-ce qu…

Elle a failli nous tuer… Ensuite elle est morte. Mais elle ira bien.

Jemma s'était défait des bras de Fitz et s'était placé à gauche de son amie. Elle porta sa main à sa bouche :

Oh mon Dieu…

Tout le monde s'approcha d'elle, et vit les bras violacés de Daisy. Jemma souleva un peu son t-shirt, et il en était de même pour ses côtes: elle avait des hématomes partout sur l'abdomen.

Il faut que je l'emmène dans le quartier médical pour vérifier s'il n'y a pas d'hémorragies internes et la soigner. Ensuite je la placerais dans une chambre de repos, dit Manson.

Non, s'interposa Jemma. Je vais le faire.

Manson acquiesça et s'en alla. Jemma poussa le brancard à roulettes vers le quartier médical, aidée de Coulson.

Simmons…

Oui, Monsieur… ?

Quand elle se réveillera, appelez-moi dès que possible…

Oui, Monsieur. Je vais la mettre sous une petite dose de sédatif, pour la calmer.

D'accord. Et, Jemma, dit-il en s'arrêtant. Faites en sorte qu'elle aille mieux.

Coulson lâcha le brancard et resta dans le couloir, immobile. Cette scène lui rappelait beaucoup trop de mauvais souvenirs. Pendant ces dix dernières minutes, il avait failli perde l'être le plus cher qui se rapprochait le plus d'une famille au monde, et il avait bien cru que son propre cœur s'était arrêté. Il déambula jusque dans la cuisine, ou il ouvrit le réfrigérateur et pris une bouteille de bière. Il retira sa veste poussiéreuse. Le directeur s'assit sur le vieux canapé de la seconde guerre mondiale et ferma les yeux. Et il rêva. Il rêva d'une vie, où il aurait pu la sauver.

Il aurait quitté le Shield et aurait adopté cet enfant, l'aurait emmené loin du monde, ou au Wisconsin peut-être, pour que jamais elle ne rencontre ses parents. Il l'aurait emmené au zoo, appris à lire et à se défendre contre les garçons qui l'embêtaient à l'école. Il lui aurait acheté sa première voiture, et payé ses études. Il lui aurait donné une vraie vie.

Il lui aurait donné une vraie famille, pas une famille qui risque sa vie tous les jours pour sauver le monde. Elle aurait un petit copain, ils se seraient mariés et auraient eu des enfants. Elle aurait eu une vie.

Mais Coulson ouvrit les yeux. Elle s'appelait Daisy, elle était orpheline et ses deux parents étaient des fous à lier. Elle avait perdu des amis, beaucoup trop d'amis, et elle avait elle-même perdu la vie, deux fois. Elle vivait, mais elle survivait surtout. Et c'était vrai : Tout ce qu'elle approchait finissait par sombrer un jour.

Coulson ? fit la voix de Mack. Vous êtes là… en prenant une bière lui aussi.

Oui… Ça fait du bien de se poser parfois. Ce canapé est vraiment confortable.

Dure journée, hein ? lança t' il en s'asseyant.

Oui. On a perdu un ami, un ennemi, et on a failli perdre…

Un membre de la famille… continua Mack de sa voix grave.

Un long silence s'ensuivit. Il n'y avait rien à dire. Et ce symbole, peint derrière eux, cet aigle déployant ses ailes signifiait quelque chose. Ils étaient des agents du S.H.I.E.L.D. .

Bon, et quoi maintenant ? soupira Coulson.