Chapitre 10 :

Au gingembre

Fitz rangea le dernier drone dans l'une des boites grises qu'il gardait pour ses propres créations. Ce drone-là était non seulement doté d'un système de camouflage, mais il pouvait aussi se déplacer sous l'eau. Il pouvait résister à des lieux à très hautes pressions, mais ne pouvait donc pas servir d'arme. Les projectiles exploseraient et détruiraient tout l'appareil. May entra dans le laboratoire. Fitz tourna la tête vers elle d'un coup sec, surpris par l'arrivée soudaine de la femme. Celle-ci s'avança vers lui.

-Fitz, tu es là ! dit-elle sur son ton habituel.

-Oui, je travaillais sur… En fait vous ne comprendriez pas. Vous me cherchiez ?

-Plus ou moins, répondit-elle en regardant par-dessus l'épaule du jeune homme. Aucune idée d'où pourrait être Simmons ?

-Heu, elle est partie il y a environ une demi-heure… Pourquoi ?

-En fait je voulais lui parler d'un truc à propos de… Tu ne comprendrais pas, en fait, se résigna-t-elle à dire.

-Eh bien, si je devais parier, je dirais qu'elle est avec Daisy. J'ai remarqué qu'elle allait la voir tous les jours vers ces horaires… Vous savez, Simmons et sa ponctualité… Un jour, à l'académie elle...

-Oui, je n'ai pas trop le temps pour ces histoires, le coupa-t-elle. Une prochaine fois peut-être. Bon, merci de l'info. Bon courage pour ton… Truc.

-Au revoir, May, salua-Fitz en se reconcentrant sur son rangement.


Mack était le genre de personne à pardonner facilement.

Il avait pardonné de suite à Fitz quand ce dernier avait cassé son mug préféré dans lequel il buvait son café tous les matins, et avait très vite pardonné à Daisy quand celle-ci lui avait infligé de graves blessures, étant sous l'emprise de Hive.

Car Mack était quelqu'un d'intelligent et de compréhensif. Les gens font souvent des erreurs, mais à moins qu'elles ne les trouvent justes, ils méritent d'être pardonnés. Pourtant, il avait rarement vu quelqu'un refuser des excuses. Refuser d'être pardonné.

C'est l'une des étapes des plus importantes quand il s'agit de se remettre d'une épreuve telle que son amie avait endurée. Mais Daisy ne régissait pas à ces sept mots, ne voulait plus les entendre, et c'était comme si à chaque fois qu'elle les entendait, une autre partie d'elle-même s'en allait.

« Ce n'est pas de ta faute ».

Sa couchette était loin de celle de Daisy, qui avait insisté pour rester dans une salle de confinement des pouvoirs. Personnellement, il détestait ces salles toutes blanches. L'ambiance qui y régnait était malaisante et il savait que s'il y resterait trop longtemps, ces murs blancs aux motifs d'alvéoles le rendraient fous.

Mais, pendant les jours suivants la mort de Lincoln, quand il passait près de la porte, il pouvait l'entendre pleurer de tristesse et de douleur quand elle se mettait à taper contre les murs. Il avait même du l'arrêter plusieurs fois.

Ça le réconfortait de savoir qu'elle s'était calmée depuis quelques jours, une semaine peut-être. Il n'en connaissait pas la cause, mais il trouvait cela rassurant. Peut-être que Daisy redevenait normale, peu à peu. Avait-elle enfin accepté la mort de Lincoln ?

Mack n'en savait rien, et il était dur pour lui d'envisager d'engager une conversation à ce sujet avec Daisy. Il sirotait son chocolat chaud dans son nouveau mug quand May entra dans la salle commune en faisant claquer ses talons. En apercevant Mack, elle marcha jusqu'à lui et lui plaça droit devant lui pour attirer son attention.

-Bonjour Agent May, ou plutôt bonsoir, rectifia Mack.

-Mack. Sais-tu s'il manquait des objets lors de ta revue d'inventaire ? Rien d'anormal, d'effectifs non-concordants ?

-Heu… C'est-à-dire que… Non, il ne me semble pas, répondit franchement Mack en essayant de se remémorer au mieux. Pourquoi, qu'est-ce que vous cherchez ?

-Et à quand remonte la dernière revue d'inventaire de la section médicale ? renchérit May sans répondre à la question de l'agent assis en face d'elle.

-C'était il y a deux jours. Mais qu…

May lui coupa la parole en marmonnant quelque chose qui ressemblait à un sermon. Elle ne prit pas la peine d'écouter Mack et s'en alla d'un pas déterminé, presque énervé, aurait dit l'agent.

Il ne comprit pas pourquoi May lui avait posé ces question et paraissait si préoccupée. Néanmoins, c'était l'agent May, donc il préféra ne pas se mêler de ses affaires.


Et c'est comme ça que j'ai découvert que Fitz détestait le gingembre !

Daisy et Jemma riaient à cœurs ouverts, sur le canapé blanc, un verre de Tropical à la main. La jeune scientifique venait de raconter une histoire que Fitz n'aimait qu'on ébruite. Seuls lui et elle étaient au courant, et Daisy maintenant.

Jemma riait en repensant à cette histoire, mais aussi en imaginant la tête que ferait son partenaire en apprenant qu'ils n'étaient plus deux seulement à connaitre la vérité au sujet du gingembre.

-Quand tu lui diras que tu as raconté cette histoire, lança Daisy, en essayant de reprendre sa respiration après un te fou rire, ne lui dis pas à qui pendant quelques jours…

-Fitz deviendra fou si je fais ça ! pouffa Jemma en riant de plus belle.

Le fou rire se dissipa, et peu à peu, le calme revenait. Les deux femmes sirotèrent leur boisson fraîche en souriant.

-Ça faisait longtemps que je n'avais pas ri comme ça, dit Daisy avec nostalgie.

-Ça fait du bien de te voir de retour à la maison, lui sourit Jemma en retour.

Daisy regardai son amie en souriant, mes ses yeux ne montrait pas vraiment de la joie. Elle voulait mais dut se retenir de dire que ce n'était pas sa maison, plus maintenant. Qu'elle les aimait toujours mais qu'il y avait ce vide au fond d'elle, qui ne la ferait plus jamais se sentir chez elle.

Malgré tout cela, quand elle était en présence de Jemma, ou de Coulson, elle se sentait tout de même aimée et accueillie. Ce qui lui faisait penser qu'il était dangereux pour son entourage de s'attacher à elle, parce que partout où elle passait, des gens mouraient.

Jemma sentait le froid s'installer au fond de son amie, et décida de rompre le silence.

-Au gingembre ! lanca-t-elle en levant son verre.

-Au gingembre, renchérit son amie en faisant de même.

Les verres s'entrechoquèrent quand May entra dans la chambre.

-Désolée de vous déranger, mais Coulson nous appelle dans le bureau, annonça-t-elle en croisant les bras.

Les deux filles se retournèrent, et Jemma jeta un coup d'œil rapide à Daisy. Celle-ci le remarqua et chuchota à son amie « vas-y, le devoir t'appelle… ! » La scientifique se leva et marcha jusqu'à la porte.

-Toi aussi, Daisy. May resta là juste pour voir la réaction de l'agent.

Daisy montra un air étonné, et après hésitation, posa son verre sur la table et se leva d'un bond pour rejoindre Jemma. May la laissa passer devant elle en lui faisant un signe de la main qui voulait dire après toi. Elle fit mine de les suivre, mais quand les filles furent quelques pas plus loin, elle se retourna et s'approcha silencieusement du lit. Elle souleva soigneusement les draps et l'oreiller : il n'y avait rien.

En faisant bien attention à replacer la couverture comme elle l'avait trouvé, elle continua sa recherche sur le bureau. Là, seuls crayons et papiers de bonbons trainaient au-dessus de papiers administratifs (une ordonnance, sûrement celle de Simmons). May abandonna sa recherche et suivi les filles jusqu'au bureau de Coulson.


Puisque Mack avait trouvé cela étrange que May vienne lui poser toutes ces questions sans rien lui expliquer, et qu'il ne trouvait Daisy nulle part pour lui en demander la raison, il fit son chemin jusqu'aux laboratoires, où Fitz se trouvait comme à son habitude.

Il trouva le jeune homme en train d'admirer une grande étagère métallique remplies de boîtes grise, comme celle qu'il portait sous le bras. Mack pouvait dire à la main de l'ingénieur posée sur sa hanche qu'il avait un petit problème.

-Hey, salut, Turbo… demanda l'agent en s'approchant de son ami.

-Hein ? Mack, tu es là… répondit-il, interrompu dans ses pensées. Ca va toi ?

-Ouais, heu, dis-moi… t'aurais pas vu May, par hasard ?

-Oui, il y environ dix minutes elle est venue me voir pour savoir où était Simmons. Pas même un bonjour et elle ne m'a rien dit quand je lui ai demandé pourquoi. Mais bon, tu connais l'agent May. Pourquoi cette question ?

-Dis, tu ne trouves pas que tout le monde agit bizarrement en ce moment ? Je parle pas de Daisy, mais depuis deux semaines Simmons est super discrète, et elle disparait tous les jours entre 16h et 17h, Coulson ne nous dit pas un mot, et May commence à nous poser des questions sans nous informer de rien.

-Ah, oui, en fait Simmons rend visite à Daisy tous les jours pour le goûter. Et Coulson travaille sur une mission en ce moment, ça concerne une mallette qui a été volée au gouvernement, expliqua Fitz sans regarder l'homme à sa gauche.

-Mais comment tu sais ça ? dit Mack en arquant un sourcil.

-Bah je faisais partie de l'équipe chargée d'aller la récupérer. La mallette, répondit Fitz tout en examinant le meuble en face de lui.

-Et comment ça se fait que je n'étais au courant de rien ?

-Je pense que tu es un peu parano, ou alors c'est l'ennui… Rien n'est bizarre, c'est dans ta tête je pense. Moi je n'ai rien constaté d'étrange, enfin… C'est le S.H.I.E.L.D. quoi.

-Ouais, bref, qu'est-ce qui t'arrives ?

-En fait j'ai besoin de ranger cette précieuse boîte dans… Enfin la BOITE n'est pas précieuse c'est plutôt ce qu'elle-

-Oui j'avais compris Turbo, enchaîne.

-Je veux la ranger dans l'étagère mais le problème c'est qu'il n'y a plus de place qu'en haut de l'étagère.

- Et alors ? Ah, un souci de taille… ? Se risqua Mack.

-Non ! Je n'ai pas de souci de taille, répondit fermement le jeune homme en regardant Mack dans les yeux. Et j'ai entendu la moquerie dans ta voix. Il tourna ensuite la tête, comme s'il n'avait rien entendu : Le problème MON problème c'est que je veux mettre la boîte… Fitz s'avança et déplaça sa main de gauche à droite tout le long d'un étage. …sur cet étage-là ! Dit-il pour ensuite se replacer aux côtés de l'autre agent.

-Mais pourquoi tu tiens tant à la…

- Oh ! Simmons me dit la même chose, vous ne comprenez rien à rien ! marmonna Fitz en se pinçant le haut du nez, juste entre les yeux. Il souffla un grand coup puis commença son explication en regardant Mack dans les yeux. ICI, c'est la place IDEALE pour l'objet contenu dans CETTE BOITE, expliqua le scientifique en mimant chacune de ses paroles. Pourquoi ? Et bien parce qu'en cas d'imprévu, autrement dit d' explosion dans le laboratoire, de tremblement de terre naturel ou d'origine inhumaine, ou bien d'un choc dû à l'un de ces chariots incontrôlables, susceptibles de faire bouger l'étagère, articula-t-il, et de faire tomber ce qu'elle contient, (il mima la chute d'un objet) si cette boîte est trop haute, dit-il en pointant du doigt le plafond, quand elle tombera, les dégâts sur ma création seront horribles voire irréversibles !

-Okay, okay, dit Mack sur un ton plus défensif en voyant que les joues de son ami avaient légèrement viré au rouge tout au long de son discours. Il marqua une petite pause le temps pour son ami de reprendre son souffle, et lui proposa :

- Dans ce cas, trouve l'objet qui mérite le moins d'être sur cette étagère et remplace le par cette boite si précieuse, dit Mack en croisant les bras après avoir fini sa phrase.

-C'est pas la boîte qui est précieuse, c'est le drone à l'intérieur. Fitz vit le dépit dans le regard de son coéquipier. Il fixa sa boîte quelques instants et la posa sur le plan de travail non-loin.

Il commença à fouiller dans chacune des boîtes de l'étagère, comme lui avait dit Mack. Ce dernier ne chercher même pas à l'aider, tout le monde savait qu'il ne fallait sous aucun prétexte toucher au machines de Fitz en dehors d'une mission où d'un contexte d'urgence. Le géant mécanicien regarda donc Le garçon aux cheveux bouclés gesticuler quelques minutes encore, quand celui-ci s'arrêta et pris une boîte grise dans ses deux mains.

-C'est elle que je sacrifie.

Fitz déposa la boîte au sol et alla chercher celle qui contenait le drone. Il n'eut aucune difficulté à la glisser dans l'espace vide. Fier de son travail, il posa les deux mains sur ses hanches et inspira. Il se retourna vers Mack et le remercia.

-Dis, Turbo…

- Oui ?

- T'aurais pas oublié cette boîte-là, par hasard ? dit Mack en ricanant gentiment.

Le visage de Fitz se décomposa, et il regarda par terre, puis en haut.

-Un souci de taille… ? Renchérit Mack.

Fitz leva les yeux pour voir Mack avec un sourire en coin. Résigné, il prit la boîte grise et se tint droit comme un bâton.

-Mack, aurais-t l'amabilité de poser ceci tout en haut, là-bas, s'il-te-plait ? demanda-t-il sans aucune expression faciale.

-Pourquoi cela ? Mack se délectait de ce moment ou Fitz l'avouerait enfin.

-Je ne le dirais pas, Mack. Fitz, savait bien ce que son ami voulait faire.

L'agent plus grand pris la boîte en riant et la déposa à l'endroit convenu seulement en levant le bras au-dessus de sa tête.