Une Rivière de Larmes
-Ca faisait si longtemps qu'on ne s'était pas revues !
-Oui ! Bon sang qu'est ce que tu m'as manqué Brume ! Je suis si contente de te revoir, si on fêtait ça ?
-Oh que oui, admit toute sourire la petite hermine en serrant contre elle sa grande amie.
Dis, et si on faisait ensemble un château de sable ? Ca fait si longtemps qu'on en a pas fait un !
Sitôt dit, sitôt fait ! le ressac des vagues était apaisant et charriait des algues des coquillages tandis que deux petites créatures semblaient s'amuser follement sur la plage à construire un très gros château avec plein de tours, un pont levis et ajoutaient au fur et à mesure des décorations. Flamme éclata de rire trop heureuse d'être à nouveau avec son amie, et même en s'étant pincée, elle ne rêvait pas.
Quand soudain, elle vit son amie se mettre à souffler et à être sans raison de mauvaise humeur.
-Qu'est qui ne va pas ?
-Ce château est minable, tiens regarde donc ! répondit l'hermine avec un sourire méchant en la poussant sur leur œuvre. Pour parfaire le tout, une grosse vague s'écrasa elle aussi sur la construction commençant à emporter le tout.
-Mais… Mais Brume, tu peux me dire pourquoi tu as fait ça ? En plus t'étais d'accord pour le faire avec moi, tu… Tu n'es qu'une sale peste ! s'écria Flamme indignée par cette méchanceté gratuite.
-Parce que tu croyais vraiment que je m'amuserais avec ces jeux de gamins ? T'es toujours aussi stupide, Flamme ! Stupide, pleurnicheuse et peureuse ! Je croyais que t'avais changé mais pas du tout. Tu sais quoi ? en fait je suis même très contente de t'avoir laissé. Je crois que je n'ai jamais été aussi heureuse ! ajouta elle toujours aussi méchante tandis que le sable engloutissait la petite salamandre.
-C'est, c'est pas vrai ! c'est une sorcière qui t'a fait ça ou quoi ? A ces mots, Brume s'approcha doucement de son « amie » en prenant une poignée de sable et en posant sa main sur la joue de la petite salamandre.
-Oh non, en fait je n'ai jamais été aussi lucide. Tiens, ç c'est pour toi ! Pour te consoler ! ajouta elle en lui lançant dans la figure la poignée de sable avant de prendre la fuite.
-Espèce de sale de sale petite…. Tu vas me le payer ! Tu entends ? tu vas me le payer ! répéta Flamme cette fois en colère en lui lançant des poignées de sable à son tour et essayant de la jeter à terre mais cette fois c'était des vagues et une lourde page lui tomba dessus ponctué du même rire méchant et glaçant.
-Toute seule, toute seule toute seule ! Et moi je suis mieux sans toi, en plus j'ai des amis bien mieux que toi. Et pas toi !
CA SUFFIIIIIT TAIS TOI ! TAIS TOI, JE TE DETESTES ! T'AURAIS DU ME LAISSER TOUTE SEULE ! T'ES PIRE QUE TOUT !
Nouvel éclat de rire et Flamme se réveilla en sursaut transpirante de sueur toujours prisonnière de cet épouvantable cauchemar. Elle rejeta sa couverture violemment avant de se lever et de murmurer furieuse « je te déteste, tu m'entends Brume ? JE TE DETESTE PLUS QUE TOUT ! Ca t'amuse hein de me voir souffrir ? Si je te retrouves, je te jure que je te rendrais la monnaie de ta pièce ! » c'est vrai quoi, elle n'avait jamais vraiment chercher à la retrouver, à entrer en contact avec elle, plus rien. Est ce que finalement elle était aussi minable que Brume le disait ?
Toujours aussi furieuse, elle s'enfuit essayant de tout oublier. Cependant elle ne réussit pas à être aussi discrète qu'elle l'aurait souhaité faisant un peu de bruit.
Il faisait encore nuit même si le jour n'allait pas encore se lever avant sans doute deux bonnes heures, pourtant Doc fût tiré des bras de Morphée par un bruit. Se réveillant péniblement, il aperçût une silhouette dans les bois, sans trop savoir pourquoi il la suivit pendant quelques minutes en prenant soin de ne pas se faire voir.
Puis il entendit le bruit de pierres jetées dans l'étang, mais pourquoi faire ça à telle heure?
Il s'avança brûlé par la curiosité, si Yoyo avait vu ça ! Doc qui était habituellement si peu enclin à se mêler de ce qui ne le regardait pas ! Doc ne tarda pas à se rendre compte que ce n'était que Flamme qui s'acharnait semblait il sur l'eau en envoyant plein de pierres et des larmes coulaient sur ses joues. Pour une fois, elle avait laissé son bandeau.
Doc se demandait si il ne valait mieux pas la laisser tranquille et repartir mais il n'eût pas le temps de penser ça qu'il se retrouva saisi violemment par la petite salamandre prête à le frapper.
-Même quand je veux être seule, tu viens fouiner dans mes affaires?! Ca t'amuse c'est ça? Tu aimes te mêler de ce qui ne te regarde pas demanda elle en braquant un regard laiteux malgré tout menaçant.
-Lâche moi enfin! ce n'est pas vrai j'ai juste entendu du bruit et...
-Menteur! Tu n'es qu'un sale menteur! s'écria elle hors d'elle toujours sous l'emprise de son cauchemar et à présent en colère de s'être fait surprendre. Tu sais quoi ? Tu ferais mieux de rester avec ton cher ami! Vous êtes si pathétiques et stupides tous les deux, à vomir ! A Vomir, tu m'entends ?
-Et toi, n'as tu pas d'amis demanda Doc qui commençait à se demander si cette dernière n'était pas jalouse de son amitié avec Yoyo, mais qu'elle n'osait pas le lui dire.
-TAIS TOI! Je te défends de me poser des questions! hurla elle. Encore une chance qu'ils soient loin du campement.
-Ca te regarde pas ni toi ni personne! Et j'ai pas besoin de gentillesse à deux sous ou de pitié ! ajouta elle toujours aussi en colère prête à l'envoyer dans la mare. Alors arrête toi et ton ami de fouiner sans respect pour les autres. Arrête, tu comprends ou je te frappe et j'hésiterais pas ! dit elle prête à lui envoyer une gifle ou un coup de poing.
-Hé bien je suis désolé mais cette fois je ne vais pas rester la comme ça! Je vais me mêler de tes affaires justement! S'exclama Doc sur le même ton en empoignant à son tour la tunique de Flamme décidé à comprendre ce mystère une bonne fois pour toutes !
Il y a des choses auxquelles tu dois tenir, des choses qui te rendent malheureuse et je veux savoir! Poursuivit il tout aussi implacable. Pas pour fouiner mais parce que ça risque de te rendre malade que je n'ai pas envie de te voir dans cet état ! cria il
- Alors laisse moi tranquille. Et ne me touche pas! je t'interdis de me toucher! Fiche le camp, j'ai dit FICHE LE CAMP! S'écria elle en se débattant et se sentant craquer peu à peu en voyant que ce type si calme refusait obstinément de bouger. Bon puisqu'il refusait de comprendre, elle avança violemment mais rien à faire.
-Si tu as besoin de te défouler ne te gêne pas, mais je te l'ai dit, je vais me mêler de tes affaires! si tu réagis comme ça, c'est surtout, parce que tu souffres de quelque chose n'est ce pas? Que quelqu'un doit te manquer!
A ces mots Flamme se dégagea de son étreinte envoya une pierre dans une colonne complétement furieuse avant de crier Brume! Brume, elle m'a abandonné!
C'est comme si elle avait attendu douze éternités et toujours pas de traces de sa meilleure amie. Aucun signe, comme si elle l'avait oublié ou considéré qu'elle n'était plus son amie.
Et elle, elle était seule, avec personne qui ne pouvait comprendre ce qu'elle ressentait.
Flamme sursauta quand elle sentit une main prendre la sienne.
-C'est ce qui te rend aussi triste ? Qui est ce ? Tu refuseras sans doute de me le dire, mais j'aimerais savoir et essayer de t'aider…
-C'était mon amie ! Je croyais que c'était mon amie mais je me trompe !
-Vous vous êtes disputées ? Demanda le lézard rose et rouge surpris mais content de la voir exploser et enfin se décider à parler.
-C'est n'importe quoi ! S'indigna elle furieuse. C'est simplement qu'on ne s'est pas vues toutes les deux depuis longtemps, très longtemps. Mais maintenant, plus rien, le néant. Et dire que pourtant elle était très gentille avec moi ! On se connaissait depuis si longtemps, vécu tant de choses ensemble…
-J'espère qu'il ne lui est rien arrivé de tragique, dit Doc étonné de la voir parler de choses aussi personnelles.
-Pas dans le sens où tu sembles l'entendre, encore heureux ! Non c'est autre chose. Autrefois, Brume et moi on était les meilleures amies, on allait de mythes en mythes. Jusqu'à ce que je ne sache pour quelle raison, nous avons été séparées.
-Comment ça séparées ?
-Oui, séparées ! Par les Dieux il y a bien longtemps ! Elle relança avec colère une pierre puis une autre pour se défouler.
Sans nous consulter, sans se soucier de notre amitié ! Et du jour au lendemain, avec toujours les mêmes taches à effectuer, continua Flamme
Ca va faire bientôt huit mois, huit mois que c'est arrivé et que je suis là, seule.
Oui, seule sans personne obligée de faire mon travail sans que personne ne se préoccupe de ce qu on a pu ressentir si on a envie de pleurer, ou de se revoir. Non il n'y a personne, répéta elle avec rancœur et en se remettant à pleurer pour de bon.
-Et tu ne peux vraiment plus la revoir ?
- Non, c'est impossible. J 'ai l'impression qu'on ne se verra plus jamais, tout ce qui reste c'est des souvenirs ! EN PLUS ELLE A PAS L'AIR DE M'AIMER PUISQU ELLE ME CHERCHE MEME PAS ! Cracha elle entre deux sanglots.
Alors, c'était donc ça ? Depuis le début tout était là, devenant très clair à présent. Mon dieu.
En écoutant ce court récit, Doc comprit immédiatement pourquoi elle restait autant à l'écart et ne leur parlait pas ou était cassante. De les savoir aussi unis lui rappelait cette horrible blessure qui ne parvenait pas à cicatriser.
Elle avait du tellement souffrir de les voir aussi complices et unis, souffrir de devoir ne rien dire et faire comme si de rien n'était.
La solitude… si elle était imposée pouvait engendrer la pire des souffrances. Croc marqua un temps d'arrêt, compatissant sincèrement avec la douleur de Flamme. Malgré toutes ses frasques, il aimait bien Yoyo et ne savait pas ce qu'il ferait s'ils ne devaient jamais se revoir. Il n'osait pas l'imaginer !
Il se rendit compte que ce qu'elle vivait était bien trop dur et trop triste si pareille chose lui était arrivé à lui aurait il eu la force et la volonté de continuer ?
Sa douleur à elle n'était que bien réelle. Et c'est parce qu'elle souffrait de les voir aussi complices qu'elle était comme ça.
Pouvait il si ça lui arrivait, réussir à vivre malgré l'absence d'un ami qu'il aimait plus que tout malgré leurs différences, leurs chamailleries, les bêtises et les aventures ? Non il risquerait d'en mourir de chagrin, après toutes ces années passées ensemble.
Flamme, elle avait du être si seule pendant tout ce temps, et si malheureuse ! Comment avaient ils pu ne pas se rendre compte de ce qui lui était arrivé ?
-Flamme, je ne savais pas… Je suis vraiment désolé pour toi.
-Il n'y a pas à l'être ! Surtout quand on a la chance d'avoir un grand ami qui est toujours là pour toi, quoi qu'il arrive.
Tout va très bien pour toi, continua elle en pleurant laissant ses larmes couler sur son visage. Tu n'as qu'à rester avec ton ami, et surtout ne dis pas que tu es désolé parce que tu as pitié de moi.
Je n'ai pas besoin de pitié ! dit elle plus fortement.
-Flamme… je suis seulement triste pour toi, parce que tu es notre amie.
Notre amie, c'est tout, répéta il en la serrant dans ses bras pour essayer de la réconforter, de l'aider…
Elle ne méritait vraiment pas tel sort !
La petite salamandre rejeta son étreinte avec hargne.
-C'est faux ! Qu'est ce qui me dit que tu ne me mens pas ?!
-Je serais déjà reparti dans le cas contraire et je ne me serais pas inquiété de toi, peu me serait importé si tu étais blessée ou morte, continua Croc s'en voulant un peu mais il savait que c'était la seule solution pour qu'elle comprenne.
J'ai simplement envie d'être ton ami.
Cette fois, Flamme fondit encore une fois en larmes en se jetant dans ses bras et en lui criant « pardon ! »
-Je n'en peux plus ! mais je n'ai pas le droit de de…. Doc… Pardon ! PARDON !
-Ne t'inquiète pas, tu as bien fait de me dire enfin ce que tu avais sur le cœur… Je veux t'écouter, et si tu veux pleurer, pleure, lui dit il d'un ton rassurant. Parle moi donc de ce qui te chagrine.
Après de longues minutes d'étreinte, Flamme vaincue par la fatigue retomba endormie en sanglotant encore légèrement tandis que Doc s'était assis en posant sa main sur son épaule l'observant se rendormir.
Pauvre Flamme, il restait à espérer qu'elle ait compris qu'elle n'était plus seule à présent et qu'elle n'était pas forcée de souffrir en silence. Plongé dans ses pensées, Doc Croc lui caressa distraitement la joue.
L'aube est levée depuis plus d'une heure et dans peu de temps, il faudra songer à trouver un bateau. Quelle n'est la surprise de Yoyo en voyant que ni Doc ni Flamme ne sont là, où ont ils donc bien pu passer ?
Sa surprise est encore plus grande quand il voit son ami de toujours tenir dans ses bras la gardienne des mythes endormie.
-Comment peux tu encore essayer de rester en compagnie de quelqu'un comme elle? demanda Yoyo à voix basse à son meilleur ami. Elle est froide, désagréable...
-Et n'avait surtout pas le moral cette nuit, j'ajouterais même qu'elle avait une très bonne raison pour être aussi triste.
A cet instant, la curiosité de Yoyo fût piquée. Une très bonne raison? comme quoi? la mort d'un proche? la disparition de ce monde ou quoi d'autre?
-Ne me dis pas qu'il lui est arrivé quelque chose de grave comme être très malade ?
-Non, rien de cela, répondit Doc. C'est quelque chose qui est déjà arrivé, quelque chose qui blesse plus profondément qu'on peut le croire, et même si ce genre de blessures peut cicatriser, quand elles se rouvrent, la douleur est bien plus forte.
-D'accord, mais qu'est ce qui lui arrive exactement? t'as passé une partie de la nuit avec elle tu dois savoir!
-Si tu veux le savoir, demande lui de t'en parler. peut être cette fois acceptera elle de le faire, dit doc résolu à ne pas trahir les confidences presque désespérées qu'elle lui a fait.
Tout ce que je peux dire c'est que ni toi ni moi, on ne se rend vraiment pas compte de la chance d'être toujours avec notre meilleur ami quoi qu'il se passe.
Même quand on se dispute ou que les choses se passent mal. Il m'arrive de réfléchir à ce qui se passerait si un jour nous ne pouvions plus jamais nous voir.
-QUOI? ne plus se voir pour toujours? se retrouver séparés? à ces mots, Yoyo fut frappé de terreur et d'horreur.
-Oui, et c'est quelque chose qui est susceptible d'arriver à n'importe qui...
Devant la mine grave et sérieuse de Doc, en un tournemain, Yoyo fit le lien avec les dires de son ami et une certaine connaissance. Alors elle avait... Oh non! Et lui, il l'avait pris pour une bêcheuse antipathique!
Comment avait il pu être aussi aveugle? Stupide et ne se douter de rien ?!
-Je m'en veux, je m'en veux vraiment Doc, je n'ai rien vu !
-Moi non plus, nous avons été aveugles tous les deux.
Se sentant honteux et minable, Yoyo posa son regard sur en la regardant de plus près, il remarqua que ses yeux semblaient cernés et qu'elle avait l'air très triste endormie, comme anéantie par un énorme chagrin.
Le soleil était déjà bien hautet tandis qu'il les observait, il vit Flamme remuer un peu et se frotter les yeux. Cette dernière avait l'air tout aussi triste qu'en étant endormie.
-Tu ferais bien de bien profiter de ton ami. Toi, tu ne connais pas ta chance d'avoir un meilleur ami toujours à tes côtés. Pas comme moi, ajouta elle de but en blanc d'une voix triste.
-Pourquoi, pas comme toi? s'étonna Yoyo en s'approchant d'elle surpris de la voir parler à cœur ouvert avec lui au lieu de se montrer distante comme d'habitude.
-Parce que moi, je suis privée de la compagnie de Brume mon amie de toujours, de force avec injustice et sans aucune nouvelle d'elle. Voilà pourquoi, et parce que... vous voir aussi unis, ça me rappelle tout ce que j'avais et que j'ai perdu, ajouta elle.
-Mais non!
-Comment ça mais non?
-On peut toujours être amis! si tu te décides à ne plus nous rejeter bien sûr, dit Yoyo en la serrant dans ses bras.
-Merci, murmura elle d'une voix étouffée avant de repleurer doucement ne sachant plus trop quoi faire et se laissant aller à un énorme calin.
Par chance, il y a un port pas très loin, en très peu de temps, Persée a réussi à trouver un petit bateau et a également appris qu'il existe trois sorcières appelées les Grées.
-Il faudra ruser, dit Flamme. Elles ne livrent pas comme ça leurs secrets et risquent sans doute de ne rien vouloir nous dire. Il paraît aussi qu'elles sont très laides et n'ont qu'un seul œil et une seule dent.
-Ne t'inquiète pas pour ça, gentille petite créature, je saurais bien trouver un moyen d'obtenir des renseignements et de débusquer les gorgones, dit Persée en surveillant la mer.
Au loin, on entend un bruit de corne de brume et des dauphins qui se regroupent, sans doute l'œuvre de Triton qui rassemble un troupeau de dauphins tandis que dans le ciel deux sirènes volent en surveillant l'embarcation.
-C'est bien la première fois que je vois des sirènes avec cette apparence, s'étonne Yoyo.
-Moi aussi, il semble bien que celles ci ne vivent pas dans les mers et les océans, elles ont l'air inoffensives.
-Détrompez vous, leur dit Persée. Quiconque entend leurs chants risque fort de dévier de sa route ou pire encore de couler. Ces créatures peuvent être diaboliques, pourvu qu'on en soit vite débarrassés !
Ce n'est qu'après une longue journée éreintante de navigation que notre petit groupe parvient enfin à l'île et après deux longues heures de marche, ils arrivent devant une grotte où il y a des herbes sèches, un chaudron et trois vieilles femmes ainsi que… une dent et un œil posé ! Elles sont tellement occupées à ricaner et parler des activités des moires qu'elles ne se rendent pas tout de suite compte que Yoyo leur a dérobé quelque chose.
-Rends nous ce que tu nous a volé !
-C'est une façon d'entrer chez les gens ?
-Pourquoi pas ? Si c'est la seule façon d'obtenir des renseignements, dit Persée qui a à présent l'œil et la dent en main. Oups, que c'est haut par ici, ajoute il en mettant sa main dans le vide.
-Arrête, arrête tout de suite ! Nous ferons ce que tu voudras ! Mais rends nous l'œil et la dent ! les trois femmes essaient de se diriger vers Persée sans succès et tombent par terre ce qui ne manque pas d'amuser nos amis.
-Alors dites moi, où puis je trouver les Gorgones ?
-A deux jours de marche au nord ! elles vivent dans un vieux temple abandonné près d'un olivier mort et d'une colline de pierre ! Mais tu risques fort de finir comme les autres si tu y vas comme ça, tant pis un de plus un de moins… Méduse vous changera en pierre en un éclair !
-Et si même tu arrivais à la vaincre, il faudrait que tu trouves une solution pour te protéger ! Le simple tissu ne sert à rien ! Nous avons répondu à ta question à présent, alors tiens ta promesse !
Sur ces mots Persée leur rend leur biens avant de reprendre la route tandis que le soleil se couche.
Alors qu'ils installent le campement, Yoyo reprend la parole.
-Si j'ai bien tout compris, il faudrait trouver un moyen de ne pas regarder directement cette horrible Méduse en face ?
-Exactement, mais comment ? Je n'ai sur moi que mon épée et mon bouclier.
-Qui est en métal, fait observer Doc. Si vous le frottiez un peu plus, il serait aussi brillant qu'un miroir.
-Mais oui, vous avez raison ! Vous êtes très malins petites créatures ! Bon à présent, il est temps de manger et de se reposer, demain sera une dure journée.
Et sur ces mots, il dépose un poisson roti sur une pierre plate avec du vin et des figues à l'intention des dieux.
De leur côté Yoyo et Doc observent Flamme qui est semble il perdue dans ses pensées, mais qui finit par reprendre la parole et leur demande quelque chose qui les surprend.
-Dites moi, tous les deux, vous vous connaissez depuis longtemps ?
Et bien ! Si on leur avait dit que pour une fois elle s'intéresserait un peu à eux et se mettrait à discuter… C'est semble il le début d'un changement.
-Ca va bientôt faire six ans, répond Yoyo.
-Six ans !
-Et oui, confirme le petit bouffon. Mais tu sais, au début on était loin très loin d'être les meilleurs amis du monde. Je ne supportais pas du tout ce petit intello bigleux !
-Et moi, sa manie de foncer sans réfléchir et de toujours tout prendre à la légère m'insupportait plus que tout, ajoute Doc.
-Ah il y en a eu des contes où tout est allé de travers et ou on était jamais d'accord avec l'autre, il nous en a fallu du temps pour qu'on accepte de se faire confiance et qu'on devienne amis.
-Qu'est ce qui a fait que vous avez fini par changer et ne plus vous détester ? demande Flamme cette fois bien intéressée et de bonne humeur.
-On était en danger. Un très gros danger, précise Yoyo. Il y avait un volcan qui était entré en éruption et on était tous les deux seuls sur un bloc de pierre dans une rivière de lave, qui allait se finir dans une gigantesque cascade. Ce n'est qu'en voyant d'autres blocs de pierre tomber dans la rivière qu'on a réussi à regagner ensemble les parois, et ensuite Doc a été fantastique ! il a réussi à sortir une corde et un grappin, au prix d'une difficile escalade et après avoir trouvé un creux de terre on s'est mis à l'abri.
Après il a fallu qu'on réussisse à repartir de cet endroit.
-C'était la première fois qu'on acceptait de se faire confiance mais les choses ne se sont pas arrangées comme ça, on a traversé encore beaucoup de dangers ensemble et on a aussi passé de bons moments, précise Doc.
-Je vois, admet Flamme avec un petit sourire essayant de s'imaginer les deux lurons se disputer et ensuite bouder.
Vous avez de la chance d'avoir fini par vous apprécier l'un et l'autre, ça aurait pu ne jamais arriver.
-C'est vrai ! Dis moi Flamme, tu as déjà voyagé autre part qu'en Grèce, demande Yoyo insatiable et ravi de la voir se mêler à la discussion.
-Oui, je suis déjà allée très loin, en Inde une fois et une autre au Japon… Et une autre fois dans le grand nord près d'Asgard, mais à ces mots son sourire s'évanouit, et un souvenir douloureux commence à revenir.
-J'espère qu'on se retrouvera alors en Egypte, j'adorerais voir les pyramides, pas toi ? Intervient Doc pour éviter qu'elle ne replonge dans de tristes souvenirs tandis que lui et Yoyo se remémorent les temps anciens quand ils n'étaient pas encore amis.
-Oses encore dire que c'est de ma faute !
-Oui, parfaitement, c'est de ta faute ! Si tu avais pas dit au héros de rester, qu'il n'y avait pas eu un antidote, on serait encore des grenouilles ! Aventurier Stupide !
-Lézard de bibliothèque ! Tout serait bien plus simple si tu n'étais pas toujours dans mes pattes ! De toutes façons, t'as rien d'un aventurier, tu sais juste réciter des faits comme un perroquet !
-Jamais au grand jamais de toute ma vie, je n'ai connu quelqu'un d'aussi irréfléchi vaniteux et stupide peste Doc Croc en croisant les bras.
-Ah ouais ? Et moi, j'ai jamais rencontré quelqu'un d'aussi ennuyeux, râleur, trouillard et rabat joie ! Tu sais quoi ? Je voudrais vraiment que tu disparaisses de ma vie, j'ai pas besoin de quelqu'un comme toi ! Hurle Yoyo avant de fusiller du regard le lézard rouge et rose.
-MOI NON PLUS !
-Ca suffit l'un comme l'autre ! s'emporte une voix, celle de Calliope la muse de l'écriture. Vous ne vous rendez donc pas compte que si vous continuez comme ça vous créerez des catastrophes ? Il faudra que vous vous repreniez.
-Tant pis si je cause des catastrophes ! J'ai pas demandé à être gardien de contes moi, s'emporte Yoyo.
-Pour une fois, je suis d'accord avec lui ! Moi non plus ce n'est pas ce qui me plait !
-Mais vous en aviez tous deux plus qu'assez de votre ancienne vie. Souhaitez vous donc à ce point retrouver l'errance, les larmes et l'incertitude ? Ou voulez vous avoir le courage et la volonté de faire que vos vies aient enfin un nouveau tournant ?
Vous DEVEZ faire un effort, si même vous vous détestez essayez de tirer profit de vos qualités mutuelles. Vous n'avez pas idée de ce que vous seriez capables de faire si vous y parvenez, ajoute la muse avant de faire un geste de la main et d'envoyer le livre à leur rencontre tandis que tous deux continuent de ne pas s'adresser la parole et se jettent des regards courroucés.
Un tourbillon et quelques secondes plus tard ils redeviennent de simples jouets inanimés…
Les étoiles étaient nombreuses cette nuit et on apercevait la voie lactée. Persée et Flamme étaient profondément endormis mais Yoyo et Doc non !
Yoyo contemplait les étoiles d'un air songeur avant de prendre la parole.
-Finalement, on est pas si mal que ça ici, ça ressemble beaucoup à Simsala…. Il doit y avoir tellement d'histoires à découvrir, si intéressantes et si différentes !
Mais il y a quand même autre chose Doc. Tu sais, je me rends compte qu'on a vraiment tous les deux bien plus de chance qu'on ne le croit ! Si je ne t'avais pas, je n'ose pas imaginer ce que…
-J'éprouve exactement la même chose Yoyo. Il ne faut jamais je pense oublier de dire aux personnes qu'on aime qu'on les aime et être là pour eux, dans le meilleur comme dans le pire !
-Moi, je serais toujours là pour toi vieille branche, promis juré craché ! Sur ces mots, il prend la main de Doc pour lui prouver que c'est la vérité. Pour Flamme aussi, elle mérite autre chose.
Diiiiiiis, tu crois que Brume était amusante ou plutôt très sérieuse ? Faudra lui demander !
-Ne lui parle surtout pas de ça encore ! Tu ne comprends donc pas qu'elle avait l'air de vraiment tenir à elle et que ça la rendrait sans doute à nouveau triste d'en parler ? Elle a besoin d'autre chose, de cicatriser cette blessure.
-On dirait qu'elle a décidé de changer un peu, pourvu que ça dure. Je me demande comment elle est vraiment, continua Yoyo.
-On verra. Ce qui est certain, c'est que maintenant qu'elle a pu parler avec quelqu'un de ce qui la tourmentait, les choses prendront une tournure différente. Et elle a l'air de nous apprécier.
Bon, sur ce, fini les parlottes, il est tant de dormir ! termine Croc en rabattant sa couverture.
-Bonne nuit !
Et tout devient silencieux étrange et mystérieux, seul le bruit des flammes dévorant le bois et le chant d'une chouette troublent la nuit.
La petite hermine baissa tristement la tête "non jamais, je ne serais faite pour le mariage, ni une fille bien sage. Je le sais, cette vie n'est pas pour moi. J'ai compris que si je veux rester ce que je suis, mes parents seront meurtris. Quel est donc ce mirage, cette image sans visage. Pourquoi miroir, réfléchis tu sans me voir? Je cherche en ma mémoire qui je suis, et je ne trouve pas.
Elle se sentait meurtrie et en colère. Elle savait que trop bien que sa famille était déçue et agacée de sa conduite "de gamine pas sage" alors qu'elle aurait du songer à quelque chose de plus sérieux et à monter qu'elle était vraiment belle, de bonne famille, un bon parti.
Alors que depuis longtemps, elle avait plus envie d'aventures, de courir les routes, de manier une épée et découvrir plein de lieux inconnus.
Même si elle aimait profondément ses parents, elle regrettait qu'ils ne la comprennent pas.
Une nouvelle dispute éclata lors du repas.
-On est donc vraiment obligés de faire ce que la société nous dicte?
Et toi, papa, tu es vraiment forcé de faire ce travail qui t'ennuie profondément et que tu détestes?
Sur ces mots, son père reposa avec violence sa fourchette dans l'assiette, se leva et fusilla sa fille du regard.
-C'est ma place, je sais où elle est! Et toi, IL EST TEMPS QUE TU TROUVES LA TIENNE et grandisse un peu!
sa mère baissait les yeux, préférant ne pas intervenir sachant que ça risquait de faire plus de mal que de bien.
-J'EN AI MARRE! Cria Brume en se levant faisant tomber de la table son assiette. Je suis pas forcée de devenir prisonnière d'une cage en cherchant un bon parti!
-Qui a dit que tu serais en cage? Tu dramatises toujours, dit son père et tu n'es pas la seule dans ces cas là. Tu devrais avoir honte de t'apitoyer sur ton sort! Là elle dépassait les bornes.
-Ah oui? Moi, je voudrais que vous soyez pas mes parents! Si c'est comme ça, je voudrais même plus avoir de famille puisque vous voulez pas que je sois heureuse!
Vous trouvez ça idiot que je rêve d'aventure et pour vous je suis stupide MAIS C'EST PAS VRAI! Les aventuriers sont pas stupides, et moi, JE VOUS DETESTE! JE VOUS DETESTE! répéta elle en pleurant avant de se précipiter à l'extérieur.
Elle partit hors de chez elle, loin très loin, allant en hauteur dans les montagnes. Mais il se produisit quelque chose que personne n'avait prévu: la neige sur les sommets était instable et une violente avalanche se déclencha.
Coulées de neige, sapins brisés, et chutes de pierre, grondements... Par chance, Brume réussit de justesse à trouver un abri.
Un peu après la fin de cette horreur, elle se releva son sang ne faisant qu'un tour. Et sa famille? Que leur était il arrivé? Est ce que ça allait?
Elle courût de toutes ses forces, ne prétant pas attention à sa fatigue, ni aux battements de son coeur. Mais quand elle arriva devant sa maison, elle tomba à genoux d'horreur: cette dernière était en miettes, les plafonds étaient tombés, des murs effondrés.
Elle reconnût aussi les corps sans vie de ses parents maculés de sang.
Alors, Brume se mit à pleurer horrifiée par ce qui s'était passé et le fait que cette fois, son voeu s'était vraiment réalisé. Mais pas comme elle l'avait espéré.
Plus rien ne serait jamais comme avant et plus personne ne veillerait sur elle à présent.
Brume se sentit revenir à la réalité tandis qu'il fallait à présent chercher le temple perdu, celui de Manco Capac, le gardien du trésor Inca et de nombreux secrets ainsi que le lieu où le héros trouverait enfin ce qu'il cherchait.
Il n'y avait pas à dire c'était agréable de devoir à nouveau être sur ses gardes prête à se défendre en cas d'attaque et d'affronter de nouveaux dangers. Ca lui rappelait le moment où elle avait fait face à Fenrir le loup géant !
C'était juste un peu dommage d'être toute seule, se dit elle. « J'aurais bien aimé avoir une amie avec qui partager plein de choses et surtout faire un château de sable. Un grand et beau château de sable avec plein de tours, des douves et des coquillages dessus… »
A suivre
