Dague

Il ne savait pas s'y prendre. Il était la maladresse incarnée, tout le monde le savait. Elle allait le détester. Ou dans le meilleur des cas, ignoré que c'était de lui. Elle allait recevoir des présents tous plus merveilleux et somptueux les uns que les autres et tout ce qu'il avait trouvé à lui offrir c'était un si petit objet ? D'accord, c'était lui qui l'avait forgé, ses bras et mains brulés ne cessaient de lui rappeler, sous les conseils et la surveillance du père de Guenièvre. Mais il aurait quand-même pu trouver mieux.

Elle déballa un à un, devant tout le monde, la montagne de cadeaux que tous, riches ou pauvres lui avait offerte et leur adressait à tous, à chaque fois, un doux sourire en guise de remerciement. Et il la vit se saisir de son paquet. Cela faisait à peine six mois que, contrairement à l'avis de Gaius, il lui avait révélé qu'ils partageaient le même secret. Et ce cadeau était une nouvelle déclaration de sa part. Celle de son amour. Comment réagirait-elle ? Le comprendrait-elle seulement ? L'accepterait-elle ? Il la regarda retirer le papier doucement, comme si elle voulait faire durer l'instant ou jouer avec ses nerfs, lui qui se rongeait les sangs. Quand elle contempla l'objet, il comprit vite qu'il réalisait son office de messager. Les deux étaient lancés. La seule chose dont il se souvint concernant la suite de cette soirée, furent les cris, excités et heureux pour Morgane indignés et coléreux pour la Cour et le Roi, le visage choqué d'Arthur et les lèvres de la pupille du roi sur les siennes. Oui, lui, Merlin, simple et humble serviteur, aimait et été aimé par la femme la plus belle et plus richement parée du royaume.

Des années plus tard, elle s'en servait encore. C'était, comme elle le disait, son bien le plus précieux et la plus belle preuve d'amour qu'il ne lui ait jamais porté. Avec ça, elle pouvait être elle-même, sorcière et combattante, sans avoir à se cacher. Comme quoi, une simple dague magique pouvait tout changer.