Mai était un mois spécial, marquant véritablement le cœur du printemps : les arbres retrouvaient leurs feuilles, les fleurs s'épanouissaient et offraient de merveilleuses couleurs. Mais pour Mike et Connie cela marquait avant tout la naissance de leur fils.
A quelques jours de l'accouchement, Connie se sentait de plus en plus fatiguée et se contrariait facilement. Son travail était devenu une réelle corvée, elle qui pourtant adorait son métier. Se sentant totalement improductive, elle s'était décidée à s'arrêter trois jours avant la date prévue. Et ce samedi 9 mai commençait mal, ne réussissant pas à dormir, elle avait passé une bonne partie de la nuit à comparer la situation des femmes enceintes à travers le monde et dès le petit-déjeuner avait fait un compte-rendu détaillé de ses observations à son mari.
- Tu te rends compte Mike, nous sommes l'un des seuls pays où les femmes n'ont pas le droit à un vrai congé maternité, rémunéré qui plus est ! Et nous sommes obligées de travailler jusqu'au dernier moment ou prendre des jours sur nos propres vacances… Il suffit de comparer à ce qui se passe dans les autres pays développés : les mères ont droit à 16 semaines de congés en France ! Et les pères ont droit à 14 jours, payés eux aussi ! En France, Mike ! Et ailleurs, c'est parfois encore plus long ! Tu te rends compte ? Il n'y a que deux pays dans le monde où les congés maternités ne sont pas rémunérés : chez nous et en Papouasie-Nouvelle-Guinée ! La Papouasie-Nouvelle-Guinée ! Mike ! Ce n'est pas juste, il y a des femmes qui ne peuvent pas se permettre de s'absenter et ne pas être payées !
Mike ne pouvait s'empêcher de sourire, débordant d'amour pour cette femme, sa femme, toujours prompte à défendre avec passion une cause qui lui tenait à cœur.
- Je sais que tu es sensible aux droits des femmes, j'admire ta passion et je partage ton sentiment mais Connie, pour l'amour de dieu, calme-toi.
- Vous les hommes, vous ne pouvez pas comprendre. Il y a un réel combat à mener pour les femmes ! Il faut que je m'engage en politique…
- Si tu veux… mais avant est-ce que tu pourrais, s'il te plaît, m'écouter et te détendre ? C'est mauvais pour toi comme pour notre fils…
Le regard amusé, Mike lui rappela que les choses bougeaient, que certains Etats faisaient des progrès et que d'ailleurs, ici à New York, elle avait droit à six semaines de congés, rémunérés… Connie s'apaisa finalement non sans continuer de râler contre les décisions politiques de son pays, tellement en retard par rapport aux recommandations internationales sur le sujet… Mais plutôt que d'aller s'asseoir pour prendre son petit-déjeuner, Connie se figea de surprise.
- Mike, je crois que le bébé arrive…
- Tu crois ?
- Je viens de perdre les eaux !
Et tout s'enchaîna rapidement… Enfin, presque rapidement…
Après quelques heures de souffrance, soulagées par une péridurale, Connie avait enfin mis au monde leur fils. Mike s'était chargé de couper le cordon ombilical avant que le bébé ne soit momentanément placé dans les bras de sa mère pour la tétée d'accueil puis retiré pour vérifier que tout allait bien chez lui. Mike et Connie purent ensuite assister aux premiers pas de leur enfant, même si ce ne fut que pour tester ses réflexes.
Exténuée par ses heures de travail, Connie ne put lutter plus longtemps contre le sommeil, un large sourire éclairant son visage alors qu'elle laissait, confiante, son fils dormir sereinement dans les bras de son père…
Mike, le visage rayonnant, berçait dans ses bras son fils, né à peine quelques dizaines de minutes plus tôt.
- Hey mon pote, je suis ravi de faire enfin ta connaissance. Tu es magnifique. Tu es parfait... Et tu vois là-bas, la femme merveilleuse qui dort ? C'est ta Maman. Tu verras, elle est extraordinaire. Elle m'a sauvé de bien des manières, tu sais... Toi et moi, on va s'assurer de la rendre la plus heureuse possible jusqu'à la fin de notre vie, tu es d'accord ?
Mike regardait son fils, les yeux écarquillés d'émerveillement, qui l'observa brièvement en retour avant de cligner des yeux et de s'endormir paisiblement. Il se dit qu'il pourrait passer des heures entières à l'admirer, à le tenir dans ses bras tant il était parfait. Il déposa un baiser sur son front, aussi léger qu'un papillon, comme s'il avait peur de l'abîmer.
- Je t'aime Gabriel Victor Cutter.
Mike alla s'asseoir dans le fauteuil situé sous la fenêtre de la chambre. Connie se réveilla quelques temps plus tard et sourit tendrement à l'image du nouvel homme de sa vie endormi dans les bras de son père.
- Tu ne pouvais pas me faire plus beau cadeau Michael Cutter.
Mike releva la tête en entendant la douce voix de sa femme.
- Tu veux le prendre ?
- Non, garde-le encore. Je ne voudrais pas séparer une paire si bien assortie.
Mike affichait un large sourire alors que Connie se redressait en grimaçant.
- Comment te sens-tu ?
- Je ne sais pas… Fatiguée mais en même temps tellement heureuse, enfin prête à commencer cette nouvelle vie.
Mike se leva et vint s'asseoir sur le bord du lit. Il transmit délicatement son fils à son épouse.
- Tu as été extraordinaire, Connie. Il est juste parfait. Merci…
Les yeux remplis de larmes de joie, Mike embrassa sa femme et continua.
- Je crois que je viens de retomber amoureux de toi…
