Chapitre 2 : Hortensia

Fudou s'appuya contre Kidou, observant le match qui arrivait au bout de ses prolongations sans qu'une équipe ne parvienne à prendre la tête.

_ Gouenji vient d'appeler. Il m'a dit de te dire qu'il est en retard sur je-ne-sais quoi.

Kidou tourna la tête vers lui et l'inclina.

_ Il veut que je retienne Endou plus longtemps, c'est ça ?

_ Ouais…

Fudou paraissait être contrarié. Son expression presque boudeuse arracha un sourire amusé à Kidou.

_ Ne t'en fait pas Akio, je l'ai prévenu que 19h était la limite, après je rentre chez nous.

_ Mouais. T'as intérêt.

_oOo_

A la fin du match Fudou rentra directement chez lui, l'air clairement agacé.

Il marchait d'un pas rageur dans la rue, adressant des regards presque meurtriers à quiconque se trouvait sur son chemin.

Il était toujours comme ça avec tout le monde, sauf Kidou, mais là, il y avait quelque chose de plus.

Probablement l'omniprésence de cœurs rose sur toutes les vitrines de la rue. Ça l'écœurait, lui donnant presque la nausée.

Vivement que la Saint-Valentin ne soit qu'un lointain souvenir. Autant de sentimentalisme, c'était mauvais pour sa santé !

_ Heureusement que Yuuto n'est pas du genre à vouloir fêter ce genre de truc.

D'un commun accord, ils avaient décidé que ce serait une soirée comme les autres. Pas de repas sophistiqué, pas d'échange de cadeaux, pas de téléfilm niait et dégoulinant de guimauve.

Et c'était très bien comme ça !

_oOo_

Kidou se planta à la sortie du terrain de Teikoku, attendant qu'Endou ne passe par là. Quand le jeune homme brun arriva, il parut surprit de le voir là.

_ C'était un sacré match, pas vrai Endou ?

_ Ça oui ! 3-3 ! Il faudra faire le match retour rapidement !

_ Oui.

Son ami pencha la tête sur le côté, comme s'il cherchait quelqu'un.

_ Tiens ? Fudou n'est pas avec toi ?

_ Non, il est rentré à la maison. Je voudrais discuter avec toi.

_ Ah bon ? De quoi

Kidou hésita quelques instants. De quoi ? Bonne question. Retenir Endou, il en avait de bonne, Gouenji ! Ce serait à charge de revanche !

_ De football.

C'était le seul sujet susceptible de retenir son meilleur ami un bon moment. Et vu le sourire d'Endou, il avait vu juste.

_oOo_

Fudou ouvrit la porte du frigo et grimaça en voyant les tomates dans le bac à légumes. Il préféra sortir une pizza à moitié décongelée et la mettre dans le four. Gouenji allait se casser la tête à cuisiner lui-même un repas entier, d'après Kidou. Il n'en voyait pas l'intérêt ! Pour lui, la Saint-Valentin était un jour comme les autres. Point.

Il régla la minuterie du four et alla se laisser tomber sur le canapé, son ordinateur calé sur les genoux.

Alors qu'il regardait des vidéos sur son ordinateur, un prospectus qu'il avait ramassé dans la boite aux lettres en rentrant et jeté sur la table basse attira on attention. Il le prit et l'observa.

Le jeune homme secoua la tête en claquant sa langue contre son palais.

_ Nan, je ne vais pas m'abaisser à ça…

_oOo_

Cinq minutes plus tard, il avait appelé le numéro de la publicité.

_oOo_

Kidou croisa un livreur qui descendait les escaliers alors que lui les montait. Il n'y prêta pas la moindre attention, à part un salut de la tête par simple politesse.

Il allait enfin rentrer chez lui et retrouver Fudou.

Même s'ils n'avaient rien prévue pour fêter la Saint-Valentin, il était heureux de passer la soirée au calme avec son compagnon.

Au calme était peut-être un bien grand mot. Ils se chamaillaient souvent pour pas grand-chose. Ça ne le dérangeait pas, compte tenu du fait que leur façon de se réconcilier sur l'oreiller était très loin de lui déplaire !

Il poussa la porte de son appartement et identifia aussitôt une odeur de pizza brûlée.

_ Akio ? Je suis rentré.

Il s'avança et trouva Fudou dans la cuisine, manches retroussées et tablier autour de la taille.

_ Je rêve… Qu'est-ce que tu fabriques ?

_ J'ai oublié la pizza dans le four, du coup elle est fichue. Donc je cuisine. Pâtes au fromage, ça te va ?

Kidou fronça les sourcils. Fudou paraissait être contrarié et nerveux. Ce n'était pas dans ses habitudes, lui qui était du genre flegmatique.

Kidou retira ses lunettes vertes et les posa sur la table. Il sorti ensuite un paquet mou caché dans un tiroir. Il le tendit à son amant qui le regarda avec suspicion.

_ Je sais qu'on avait dit qu'on ne faisait rien mais… Joyeuse Saint-Valentin, Akio.

Fudou passa sa main dans ses épais cheveux brun avant de prendre le paquet. Il le déposa sur la table et expira lentement. Il ouvrir la porte d'un placard et en sorti alors un pot de fleur contenant des hortensias. Il le déposa dans les mains de Kidou, sans un mot.

_ Des hortensias ? Pourquoi ?

_ Pour…

Fudou le regarda droit dans les yeux. Il avait du mal à laisser ses mots sortir. Ce n'était pas dans ses habitudes de se livrer.

_ J'ai juste vu une pub du fleuriste du coin de la rue… Il faisait la livraison gratuite, en plus d'une promo et… Non, c'est pas ça. Enfin si mais je ne les ai pas acheté parce qu'elles étaient moins chères… Les hortensias, ça signifie ''gratitude'' dans le langage des fleurs, apparemment… Et moi, je ne t'ai jamais remercié.

Kidou inclina la tête sur le côté, encourageant son compagnon à poursuivre d'un sourire.

_ Quand on s'est rencontré, j'étais totalement sous l'emprise de Kageyama. Je voulais devenir plus fort, à n'importe quel prix… être ce que mon père n'avait jamais été… rendre fière ma mère… Je te haïssais, à cette époque. Tu étais celui que je voulais dépasser, écraser, dominer… Mais je n'y arrivai pas. Le grand Kidou Yuuto était au-dessus des autres !

Fudou se mordit la lèvre avant de continuer. Kidou ne disait rien, l'écoutant vider son sac avec attention.

_ Après, on s'est retrouvé à jouer ensemble durant le FFI. Au début, je ne pensais qu'à te battre sur le terrain. Mais le coach ne me laissait pas jouer. Puis on s'est retrouvé contre la Corée. Je crois que c'est là que j'ai commencé à te voir… autrement. Quand tu as rattrapé le ballon que je te passais alors que les autres ne faisaient aucun effort. Et ensuite, sur Liocott, j'ai croisé Kageyama. Et j'ai eu l'impression qu'au fond, je ne pourrais jamais me libérer de son emprise et des ténèbres dans lesquels il m'avait plongé. Mais curieusement, c'est toi, mon plus grand rival, qui m'a tendu la main. Tu ne t'en rends pas compte mais quand tu as accepté de me faire un peu confiance, j'ai commencé à me dire que finalement, je n'avais pas besoin d'être le plus fort pour être accepté. Et je suis tombé amoureux de toi. Ce sentiment m'a permit de me libérer des ténèbres qui me rongeaient depuis mon enfance. Et tu m'as dis un jour que tu m'aimais… Je n'étais pas le plus fort mais tu voulais quand même de moi dans ta vie…

Fudou prit les mains de Kidou dans les siennes et le regarda, les yeux humides.

_ Je suis tellement désolé pour tout le mal que je t'ai fait, Yuuto ! Pardon d'avoir était aussi aveugle. Mais surtout… Merci de m'avoir sauvé. Je… Je t'aime, Yuuto, bien plus que tu ne peux l'imaginer…

Kidou le serra dans ses bras et Fudou se nicha contre lui.

_ C'est ringard, non ? T'offrir des fleurs simplement pour ça…

Kidou secoua la tête et s'écarta un peu pour déposer un baiser sur les lèvres de son compagnon.

_ Moi je trouve ça très beau, Akio… Même si ça me surprend un peu venant de toi, ça me fait extrêmement plaisir, merci. Moi je ne peux pas en dire de même puisque c'est Endou qui m'a sorti des griffes de Kageyama. Mais toi, tu as donné un sens à ma vie, Akio. Te rencontrer et tomber amoureux de toi est la plus belle chose qui me sois arrivé, même si tu as faillit me tuer la première fois qu'on s'est vu… Je t'aime aussi, Akio. Plus que tout.

Fudou esquissa son sourire qui tenait plus d'un rictus qu'autre chose. Son amant resserra son étreinte autour de lui avec un soupir satisfait.

_oOo_

Ils mangèrent leurs pâtes au fromage sur le canapé, devant un match de football, collé l'un contre l'autre.

_ Akio, les pâtes sont trop cuites.

_ C'est ta faute, t'as pas voulut me lâcher avant que l'eau ne déborde de la casserole, Yuuto.

_ Tu étais à deux doigts de pleurer !

_ Je ne pleure jamais.

_ Si tu le dis.

Finalement, c'était une soirée comme les autres, à ceci près qu'ils s'étaient avoués pour la première fois toute la profondeur de leurs sentiments.

Fudou posa son assiette sur la table basse et se lova dans les bras de son amant.

Kidou déposa un baiser sur son front en souriant paisiblement.

Ils échangèrent alors un sourire amusé et un tendre baiser. Puis un peu moins tendre mais beaucoup plus passionné…