Certains d'entre vous l'espéraient, je l'ai fait ! Oui, une suite d'un soir à la bibliothèque ! Pile pour la Saint Valentin, ou presque. Comme je vais rentrer tard demain (à cause du boulot malencontreusement), je voulais que vous puissiez en profiter quand même pour la journée de la Saint Valentin.
Dédicace à toutes les romantiques et les autres aussi.
Bonne lecture !
Un autre soir à la bibliothèque.
Maggie soupira en regardant l'heure. Sa montre indiquait dix heures et demi. C'était officiel, elle avait raté sa chance de rejoindre Alex dans la bibliothèque. Quelle idée avait eue le professeur Monroe de prévoir un cours nocturne le jeudi ! Tous les jours de la semaine auraient été parfaits, mais il avait eu le culot de choisir le jour où elle devait rejoindre sa fabuleuse étudiante en bio-ingénierie…
Une semaine s'était écoulée depuis sa rencontre avec la belle Alex Danvers. Maggie ne croyait toujours pas en sa chance d'avoir pu bécoter la jolie brunette au onzième étage de la bibliothèque. Elle n'avait jamais envisagé qu'une soirée studieuse eut des conséquences aussi délicieuses.
Et là, elle admirait un petit vieux passionné de criminologie déblatérer sans fin…
- Le principal attrait de cette théorie réside dans sa propension à synthétiser les théories de ses prédécesseurs tout en y apportant une touche de modernisme assez admirable si vous vous concentrez sur l'aspect novateur pour l'époque qui peut nous paraître aujourd'hui assez désuet…
Maggie allait mourir d'ennui, elle en était certaine. Un énième soupir lui échappa lorsque le professeur Monroe annonça que le cours finirait dans dix minutes. C'était une éternité ! Elle attrapa son téléphone dans son sac, abandonnant un instant sa prise de notes et pianota en vitesse un message pour Alex.
Maggie : C'est cuit, il est encore dans ses théories criminologiques et philosophiques. On reporte à jeudi prochain ?
La jeune femme tenta de reprendre le fil du cours, en vain. Elle n'avait qu'une certaine Alex en tête et rien ne pouvait lui faire oublier cette soirée qui aurait dû être la leur. Même la phrénologie et physiognomonie appliquées à la criminalité ne pouvaient la distraire. Son téléphone vibra.
Alex : Tu connais l'impasse de la lampe magique ?
La criminologue se demanda un instant si Alex ne s'était pas trompée de destinataire puis décida que ce message avait peut-être, d'une manière ou d'une autre, un sens.
Maggie : Je crois que oui, c'est derrière le bâtiment de philosophie, non ?
Alex : C'est surtout l'entrée secondaire de la bibliothèque centrale…
Alors que le professeur Monroe expliquait un nouveau devoir qu'il leur assignait, Maggie sourit. Sa voisine de banc s'éloigna légèrement, horrifiée de voir quelqu'un se réjouir d'un devoir qui promettait d'être impossible à réaliser.
Maggie : Serais-tu en train de proposer de faire quelque chose d'illégal comme de pénétrer dans un lieu fermé au public la nuit ?
Quelques secondes après, elle reçut sa réponse.
Alex : Disons que oui. En ce qui te concerne du moins. Pour ma part, je peux juste déclarer que l'on m'a 'accidentellement' enfermée dedans.
Maggie : Les guillemets attirent mon attention. Tu as fait exprès de te faire enfermer dans la bibliothèque ?
Alex : Oui.
Maggie : Tu es une délinquante, je le savais ! Anna - si elle le découvre et elle le découvrira, sois en certaine - va t'assassiner.
Alex : Ça veut dire que tu vas venir me délivrer et me sauver d'Anna ?
Le smiley angélique qui suivait le texte arracha un sourire niais à Maggie. Délivrer une belle demoiselle prisonnière d'une bibliothèque ? Oui, c'était dans ses cordes. Mais un détail la chiffonnait grandement dans cette histoire.
Maggie : Et il n'y a pas d'alarme ? Comment diable n'as-tu pas encore déclenché l'alarme ?!
Alex : Nope, pas la moindre alarme, je pense qu'ils n'ont jamais envisagé que des étudiants voudraient venir de nuit dans un lieu peuplé de livres.
La réponse d'Alex faisait sens. Mais pourtant, Maggie sentait que quelque part, cette histoire était un peu boiteuse. Malgré tout, qu'Alex ait rendu l'alarme inopérante pour pouvoir la voir était quand même très improbable. Cette fille, aussi merveilleuse qu'elle pouvait être, était bio-ingénieure, pas agent secret.
Maggie : Bonne remarque. Ces gens n'avaient pas envisagé que tu étais une délinquante fourbe.
Alex : C'est quand tu veux pour venir me rejoindre ceci dit…
Maggie : Il vient enfin de finir son cours, j'arrive au plus vite.
Elle jeta en triple vitesse son sac sur son dos et dévala les marches pour ne pas être bloquée par la foule des étudiants qui assistaient au cours.
Les rues étaient remplies de jeunes qui sortaient pour s'amuser et traîner dans des restaurants. Maggie, elle, essayait de retrouver une rue un peu déserte qu'elle n'avait dû emprunter qu'une ou deux fois depuis qu'elle vivait à National City. Une dame qui promenait son chihuahua dévisagea la jeune latino qui cherchait la porte de la bibliothèque.
- Bonjour madame, fit l'étudiante en criminologie en espérant ainsi attendrir la petite vieille et la rassurer sur le fait qu'elle n'était pas une dangereuse criminelle.
- Humf, viens Roxy.
Sawyer prit son téléphone et envoya un message à Alex. Allait-elle vraiment frauder dans l'espoir d'embrasser à perdre haleine la jeune femme ?
Maggie : Tu sais que cette porte est fermée à clé ?
Alex : Vous n'avez pas de cours pour crocheter des serrures dans ta filière ? Je suis tristesse.
Maggie : Tu sais, j'imagine horriblement bien ton sourire narquois en ce moment.
Alex : Je crois en toi, tu sais.
Maggie : Tu as vraiment intérêt à ce qu'on ne se fasse pas prendre la main dans le sac. Et que cette soirée en vaille la peine.
Alex : Qui ne tente rien n'a rien. Et je pense qu'elle en vaut vraiment la peine.
Même si elle ne l'avouerait pas facilement, Maggie adorait l'idée d'enfreindre la loi pour rejoindre sa belle. Et puis, franchement, si on les attrapait de nuit dans une bibliothèque, elles pourraient toujours prétendre que le stress du mémoire les avaient poussées dans leurs derniers retranchements.
Maggie crocheta la serrure qui céda facilement. C'était presque trop beau que pour être vrai mais elle n'allait certainement pas s'en plaindre. Si elle passait trop de temps dans la rue face à cette porte, elle avait toutes les chances de se faire coffrer par la police.
C'était bien dans un sens d'être en criminologie et de connaître la loi, elle savait exactement les peines encourues pour ses crimes. Mais d'un autre côté, c'était peut-être pire encore… Essayant de faire abstraction de ses connaissances en la matière – elle ne voulait en aucun cas penser à l'amende et aux possibles peines de travaux d'intérêt général, elle tenta de se diriger dans la pénombre du rez-de-chaussée.
- Alex ? Tu es là ?
Bien sûr, aucune réponse. Prenant son téléphone, elle pianota rapidement un 'où es-tu ?' auquel elle eut comme réponse un magnifique 'hop hop hop, le onzième étage t'attend'.
Monter tous les escaliers d'une traite n'était pas si compliqué en soi pour la jeune latino, cependant, quelque part entre le sixième et le septième étage, elle sentit qu'elle commençait à avoir les muscles un peu tendus. Un message fit vibrer son téléphone.
Alex : On ne faiblit pas jeune fille, surtout quand on est en retard. Plus vite que ça !
Maggie : Rappelle-moi d'assassiner le professeur Monroe à l'occasion. C'est à cause de lui toute cette histoire d'escaliers à crapahuter en courant.
Alex : Des envies criminelles ? Tu es la plus grande délinquante de l'univers, Maggie Sawyer. J'aime ça.
Un sourire s'épanouit avec grâce sur les traits de Maggie, dévoilant ses fossettes. Elle abandonna l'idée d'être discrète et silencieuse. Cette bibliothèque était vide, non ? Et Alex n'oserait jamais lui dire de se taire dans de telles conditions. À moins qu'elle soit en train d'étudier, ce dont Maggie doutait fortement.
- Je t'empêcherai quand même de faire du mal à ton doux rêveur fan de science-fiction.
Elle entendit de très loin des paroles sans les comprendre. Par contre, le rire d'Alex était absolument divin.
Pour gagner un peu en rapidité, elle entama la montée du dixième étage par volées de deux marches. Grossière erreur, pensa-t-elle soudain en se découvrant des muscles fessiers dont elle ignorait l'existence. Elle avait intérêt à se remettre au sport et fissa.
Arrivant enfin au onzième étage, elle s'attendait à voir Alex. Or, la brunette n'était pas en vue.
- Alex ?
- Par ici !
- Tu… Je ne vais même pas te demander ce que tu fabriques, je m'attends un peu à tout, là de suite.
Maggie dépassa la table où elles avaient travaillé face à face la semaine précédente – bon, c'était probablement plus un flirt éhonté suivi d'une session de bisous enflammés à vrai dire. Elle se dirigea vers l'immense baie vitrée et découvrit Alex entre deux allées de livres.
L'étudiante en bio-ingénierie avait enfilé une petite robe noire et Maggie se sentit un peu dépenaillée. Pour sa défense, elle sortait littéralement d'un cours.
- Salut. Bienvenue dans mon univers.
- Hey.
Puis vint l'hésitation. Devait-elle embrasser ? Alex semblait avoir la même hésitation.
Lors de leur diner au restaurant indien, elles n'avaient pas vraiment eu l'occasion de parler ni de se bécoter. Il fallait dire que se retrouver avec la petite sœur d'Alex, sa colocataire hystérique Cat et leur bande d'amis… cela avait intense pour un premier rendez-vous. Intense mais très instructif.
Pour ainsi dire, c'était la première fois qu'elles se revoyaient en tête à tête et cela sonnait bien plus comme un véritable rendez-vous. Cela avait été une longue journée d'anticipation pour Maggie - grand dieu, une très longue semaine plutôt.
Alex dévorait du regard sa jolie criminologue. Elle semblait un peu fatiguée mais elle souriait, dévoilant des fossettes qu'Alex adorait.
- Tu es magnifique dans cette robe, commenta Maggie.
- Merci.
Alex sourit nerveusement et se mordilla la lèvre, comme pour retenir ce qu'elle voulait dire. Ce qui attira immédiatement le regard de Maggie sur sa bouche. Diantre, elle n'allait jamais pouvoir se retenir de l'embrasser.
- Tu n'es pas mal non plus, commenta Alex.
Maggie leva les yeux au ciel.
- Menteuse.
- Non, non. Tu portes les mêmes veste, pantalon et chaussures que lorsque je t'ai vue pour la première fois ici. Et que tu le conçoives ou non, quand je pense à toi c'est toujours dans cette tenue.
- Tu penses à moi… Tu m'intéresses, tu penses à moi dans quelles circonstances exactement ?
- Ne fais pas cet air de victoire, Maggie Sawyer. Je pense que tu t'en doutais vu le nombre astronomique de messages que tu reçois de ma part… Et tu m'en envoies tout autant ce qui me fait penser encore plus à toi.
Un clin d'œil de la plus petite fit fondre la plus grande.
- Hin hin, mais une fille a le droit d'apprécier les compliments. Je peux cependant faire en sorte que tu puisses un jour penser à moi dans d'autres tenues… fit Maggie avec un nouveau clin d'œil.
Tout en ôtant sa veste et le pull qui la protégeait du froid glacial extérieur, elle scruta la réaction d'Alex face à son top bordé de dentelles qui en dévoilait assez, tout en étant pourtant très sobre. Avec un air mutin, elle lui proposa qu'un jour, elle puisse la voir avec encore moins de tissu sur elle.
Instantanément, Alex rougit. Et cela ne se passait pas seulement sur ses joues mais aussi dans son décolleté. Elle ne se ferait jamais à l'idée qu'une simple insinuation ou un simple frôlement de Maggie provoque en elle des sensations aussi délicieuses.
- Vraiment magnifique, Danvers. Vraiment… fit Maggie en reluquant Alex.
- Silence, viens plutôt avec moi, j'ai apporté quelques petites choses pour rendre ta fin de soirée plus agréable.
- Tu m'intrigues.
Entre une étagère consacrée aux sciences archivistiques et une autre consacrée à la biochimie – les mystères du classement des bibliothèques étaient décidément impénétrables – Maggie découvrit qu'Alex avait emprunté deux poufs qui normalement se trouvaient dans l'espace détente du deuxième étage. Elle avait également disposé sur une petite table des bonbons, un paquet de chips, des petits cubes de fromage et deux mini bouteilles de cidre.
- Ce n'est plus de la délinquance à ce niveau-là, Danvers.
- C'est quoi alors ?
- De la grande criminalité.
Alex éclata de rire.
- Tu me fais faire des folies, Maggie, voilà tout. Je pourrai au moins plaider que l'amour rend criminel.
- Tu vas prétendre que c'est ma faute ? fit la criminologue en posant une main sur son cœur pour en ralentir les battements effrénés .
- Oh oui, carrément oui.
- Explique en quoi je te pousse à la criminalité, je suis curieuse de voir ce que tu irais raconter à la police si on nous attrape ici…
Se prenant au jeu, Alex prit une voix docte et expliqua son point de vue à grands renforts de mouvements de main pour appuyer ses propos.
- Tu as dit, je m'en souviens très très bien, que tu viendrais tous les jeudis pour me surveiller et veiller à ce que je ne fasse pas de bêtise. Tu n'es pas venue. Et à cause de ton absence, eh bien, tu as provoqué tout ça. J'ai préparé mon sac avec mes victuailles, préparé mon plan pour entrer et surtout pour y rester, t'ai supplié de me rejoindre par message… Tout ça parce que tu ne voulais pas sécher tes cours !
- Alex Danvers, tu serais vraiment nulle en matière de défense devant un tribunal, mais j'avoue que tu me plais telle que tu es, avec toutes tes excuses bidons. Et que si je ne craquais pas déjà pour toi, une escapade illégale ferait très bien l'affaire.
Maggie fut surprise de voir qu'Alex s'approcha d'elle rapidement pour lui faire un baiser esquimau. Son nez frotta doucement le sien et la petite brunette demanda la permission de l'embrasser. Un sourire naquit sur ses lèvres en voyant Alex enthousiaste à cette idée.
- Tu sais que j'adore quand tu souris. Tes fossettes sont hypnotiques, commenta d'un air absent Alex.
- Embrasse-moi, au lieu de disserter sur mes fossettes. Tu pourras le faire après mais là je préférerais que tu m'embrasses.
- À tes ordres.
C'était doux et délicat. Maggie en profita longuement pour passer ses mains dans le dos de la grande rouquine. Elle reçut cependant une légère claque sur la main quand elle frôla les fesses d'Alex. Malgré tout, le sourire d'Alex contre ses lèvres contredisait un peu ses remontrances…
- Tu n'aimes pas qu'on touche tes fesses ? C'est ça l'idée ? Maggie fit semblant de prendre un calepin invisible pour noter la réponse de d'Alex.
- Invite une fille à dîner en tête à tête d'abord.
- J'ai essayé. Ta troupe de joyeux lurons nous est tombé dessus. Reprenons rendez-vous.
- D'accord, demain, si ton professeur Monroe ne te convoque pas pour un nouveau cours. Maintenant, pouvons-nous profiter de notre soirée, Maggie ?
- Avec plaisir.
Elles s'installèrent tranquillement sur leur pouf. Maggie grignotait en écoutant Alex déblatérer sur ses cours, elle aussi avait eu droit à des cours longs et ennuyeux aujourd'hui. À vrai dire, Maggie ne devait pas comprendre plus de la moitié de ce qu'elle disait, les termes étaient bien trop techniques. Mais c'était bien plus agréable que de s'entendre dire 'j'te raconte pas, ça serait trop compliqué pour toi'. Ses ex avaient pris l'habitude de ne pas lui parler de leurs journées ou de leurs spécialité, un peu comme si elle était une jolie idiote. Mais pas Alex. Alex adorait lui parler.
Et puis, la bio-ingénieure en herbe qui parlait de sciences était bien trop mignonne. Elle semblait totalement passionnée et dans son propre univers. Elle décrivait avec ses mains les concepts. C'était bien plus drôle qu'une soirée mime ou devinettes.
- Je t'ennuie.
- Non, au contraire. Je pourrais t'écouter pendant des heures.
- C'est très gentil de me le dire, même si je sais que c'est clairement faux. Cat a menacé de me tuer si j'osais encore lui raconter mes théories, je cite, 'de barbares'. Raconte-moi plutôt ce que ton prof avait de si intéressant à vous dire ce soir pour te priver de soirée.
Une idée lumineuse traversa l'esprit de Maggie. Elle avait un devoir un faire ? Parfait, elle allait le faire ici et maintenant.
- Approche-toi de moi un peu plus, je vais t'expliquer. J'ai justement un devoir à faire à ce sujet.
Alex installa son pouf plus près de Maggie, et cette dernière se mit alors à dessiner le visage d'Alex sur une feuille blanche.
- Tu as changé de section ? Tu es désormais en dessin et tu n'as pas voulu me le dire ?
- Chuuut.
- Tu m'intrigues.
- Danvers, tu parles trop.
- Je sais, mais tu me dessines. Tu dessines drôlement bien d'ailleurs.
- Tututut, chut, jeune fille.
Après cinq ou dix minutes, enfin satisfaite de son dessin, Maggie tenta de faire des ombres plus prononcées pour dessiner son nez, ses arcades sourcilières, ses joues, ses lèvres, sa mâchoire…
- J'ai l'impression de faire un remake de Titanic dans une bibliothèque, commenta Alex en ricanant.
Maggie se mordit la lèvre pour ne pas éclater de rire. Si Alex n'existait pas, il faudrait vraiment l'inventer.
- T'es pas nue et tu n'as pas de bijou… C'est triste, fit Maggie en lui tirant la langue.
- C'est moi ou nous parlons un peu trop de nudité depuis que nous sommes ici ?
- Possible, je ne vais pourtant pas m'en plaindre. Maintenant, je vais te demander de te mettre de profil.
- Maggie, tu m'intrigues de plus en plus.
- Je sais. C'est trop chouette. Tu fronces les sourcils quand tu es intriguée… j'adore. Tourne-toi. Allez zou.
Maggie recommença à tracer au crayon le visage d'Alex, mais cette fois ci, pour marquer les ombres, elle tâtait également le crâne d'Alex pour mettre en évidence sur son dessins les bosses et les creux sur son dessin.
Devinant l'impatience poussée au paroxysme de sa compagne de bibliothèque, Maggie se décida enfin à parler.
- Je vais étudier ton profil criminologique.
- Mais encore… À part sonner comme une scientifique démoniaque, j'ai du mal de te suivre…
- Il existe une théorie, qui se nomme la phrénologie, qui explique que chaque fonction mentale a une zone précise dans le cerveau. Donc une zone pour la parole, une zone pour l'instinct…
Alex levait un sourcil, signe de son scepticisme.
- L'étude de la biologie est dans mon cursus, tu sais… Je connais.
- Chut, j'explique. Donc oui, tu connais la biologie, mais moi j'en viens à la phrénologie criminelle. En gros, la forme même de ton crâne indiquerait l'état de tes différentes facultés. Si tu es une criminelle, cela se verrait directement sur ton corps.
Amusée, Alex ouvrit les deux petites bouteilles de cidre et en passa une à Maggie.
- Je préfère boire un coup avant d'en apprendre plus sur moi.
- Alors, pour te rassurer - Maggie but une gorgée - cette théorie a vraiment connu ses limites très vite. Mais le professeur Monroe dit que chaque année il en apprend un peu plus sur ses étudiants avec ce devoir. Il trouve ça assez hilarant que nous tentions de faire notre propre théorie sur un sujet vivant.
- Chouette, tu ne vas pas devoir me tuer.
Maggie fit une flèche sur son dessin pour indiquer au niveau des lèvres 'humour crétin' puis 'optimiste'.
- Hey !
- On ne critique pas mon analyse, joli cœur. Reprenons. Alors, pour ta mâchoire, je dirais qu'elle montre ta détermination. Tes sourcils tendent à dire la même chose.
Alex hocha la tête.
- Pourquoi pas…
- La forme des oreilles indiquent dans ton cas… je ne sais pas du tout quoi. Les oreilles, c'est toujours obscur je pense. Rien ne ressemble plus à une oreille qu'une autre oreille. Je verrai ça plus tard en fait. Par contre, il est clair que ton front montre un profil trouble, un peu fourbe. Une forte tendance à détourner les lois à son avantage. Le fait que nous soyons dans la bibliothèque hors des heures d'ouverture en est un exemple flagrant.
Alex s'amusait follement à voir Maggie se prendre au jeu de son devoir. Tout cela était très probablement basé sur son imagination et c'était très chouette à voir.
- Tu m'en diras tant.
- Pour les bosses de ton crâne, il va falloir être précis. Celle-ci indique une intelligence remarquable. Celle-ci montre ta gourmandise et ton envie de découverte… celle-ci…
- Ma capacité à t'étonner, j'en suis certaine.
- Ah ?
Alex se leva de son pouf et alla chercher un livre sur une table non loin d'elles. Attendre Maggie avait été long, elle devait bien l'avouer. Travailler sur son mémoire quand on rêve d'embrasser quelqu'un ? Pas la meilleure idée du siècle pour être productive.
- Tu te souviens que nous avions envisagé qu'il devait y avoir des livres crétins dans cette bibliothèque ?
- Possible… fit Maggie en complétant encore un peu son devoir.
- J'avais pensé à l'idée d'un livre sur les trappeurs. Et comme tu le sais, je m'ennuyais un peu beaucoup en t'attendant et je devais bien occuper de manière utile mon temps.
- Bien entendu.
Maggie souriait et essayait de répondre de manière aussi peu sarcastique que possible, en vain.
- Du coup, j'ai pensé chercher ce potentiel livre étrange qu'il y aurait dans cette bibliothèque.
- Bien plus utile que d'étudier, j'en conviens.
Alex mit ses mains sur ses hanches, d'un air menaçant.
- Je ne te permets pas de te ficher de moi, Maggie Sawyer.
- Non ?
Maggie fit sa moue la plus déçue. Alex répondit pourtant de manière catégorique.
- Non. Bref, j'ai enfin trouvé la perle rare ! 'Mémoires d'un trappeur dans la Toundra du Canada'. Tu veux que je t'en lise un extrait pendant que tu finis de griffonner tes analyses à mon sujet ?
- Uniquement si tu permets que je continue à griffonner ton humble portrait nue après.
- Vendu, répondit spontanément Alex avant de se rendre compte de ce que venait de dire Maggie. Perverse !
- Depuis que je t'ai rencontrée, oui. C'est instinctif. Je ne pense qu'à toi de cette manière, je le crains… enfin, pas uniquement bien entendu. Mais j'adore te taquiner. Une bosse de mon crâne est sûrement responsable de ça… je suis donc innocente !
Alex leva les yeux au ciel et conseilla à Maggie de finir son devoir. En vérité, Alex préférait avoir un instant pour se remettre de ses émotions. Voir Maggie en tête à tête parlant d'elles deux dans le plus simple appareil lui donnait des papillons dans le ventre et elle n'était certainement pas habituée à ça.
Et soutenir le regard de Maggie quand elle la regardait avec attention… c'était grisant et intimidant à la fois.
Voulant finir ce devoir pour le moins loufoque rapidement, Maggie se mit au travail. C'était très reposant en fait. Elle se rendait compte qu'elle pouvait être près d'Alex sans vouloir à tout prix l'impressionner.
Pire encore, la jeune bio-ingénieure lisait vraiment ce livre sur les trappeurs qui n'avait strictement rien à voir avec son mémoire en attendant que Maggie finisse son travail.
- Attends, je te lis cet extrait, il est fabuleux. 'Alors que je me levais, je me rendis compte que la neige tombée pendant la nuit bloquait la sortie de mon chalet. Tel un père Noël, je dus sortir par ma cheminée pour prendre l'air. Ne croyez pas ce que vous disent les contes de fées ou Mary Poppins : escalader une cheminée, c'est épuisant.'
Après une grosse demi-heure, la criminologue décida qu'elles ne pouvaient pas continuer comme ça.
- Tu imagines, nous travaillons… rectification, je travaille, toi tu n'en fiches pas une alors que nous pourrions faire tout ce que nous voulons ici !
- Je te reluquais en faisant semblant de lire, nuance. Et tu voudrais faire quoi exactement dans cette bibliothèque ?
- Je… laisse-moi réfléchir un instant.
- Je t'en prie.
Alex couvait du regard la brunette. Comment diable en une petite semaine s'était-elle retrouvée avec une petite-amie… Non, un flirt. C'était plutôt un flirt non ? Une petite-amie ? Quoique, si elle devait en croire sa petite sœur, l'hystérique Kara, elle était pratiquement mariée à Maggie.
- Je sais ! Dansons !
- Pardon ?
Alex adorait danser. Dans une foule. Pour être certaine que l'on ne la voie pas elle en particulier. Pas comme ça, à deux, dans une bibliothèque.
- Ce serait un peu ridicule. Surtout sans musique, lui fit remarquer Alex.
- J'ai une playlist sur mon téléphone… contra Maggie.
- On va faire du bruit, essaya de négocier la rouquine. Cela ne se fait pas dans une bibliothèque.
- Elle est vide. Et nous sommes en train d'enfreindre bien plus de règles que ça. Juste au cas où tu aurais encore une autre excuse stupide, je tiens à faire remarque que je doute fortement que les gens qui passent dans la rue, donc onze étages plus bas, nous entendent.
- Certes. Je suis…
- Danse avec moi. S'il te plaît…
Comment Alex aurait-elle pu résister à une telle demande ? Elle se leva et rejoignit Maggie près des baies vitrées. Elle s'éclipsa pourtant un instant plus tard pour éteindre les lumières pour qu'on ne les repère pas à la fenêtre.
- Tu penses vraiment à tout, Danvers.
- J'essaie.
Maggie mit un tango et éclata de rire en voyant la tête d'Alex. Manifestement, elle ne s'était pas attendue à ça. Une danse endiablée s'en suivi, avec beaucoup de fous rires, elles ne savaient clairement pas le danser.
La playlist du téléphone de la criminologue était riche en chansons ridicules. Après les Spice-Girl, elles eurent droit également à la danse des canards – elles étaient très synchronisées sur cette chanson, à un rock enflammé de Elvis et même à du Strauss.
Ni Alex ni Maggie ne maîtrisaient la valse mais cela ne les empêcha nullement de s'amuser. Maggie la fit tournoyer encore et encore.
- Et si tu nous mettais un slow…
- Alex, j'adore tes idées.
C'était lent et doux. Maggie s'était blottie contre Alex qui ne semblait pas s'en plaindre. En étant ainsi dans les bras d'Alex et la musique était douce à ses oreilles quand elle vit au plafond un détecteur de mouvement. Immédiatement, elle se remit à s'interroger sur cette soirée surréaliste.
Elles étaient de nuit dans une bibliothèque contenant probablement des ordinateurs et du matériel coûteux.
Il avait été horriblement simpliste d'ouvrir la porte arrière.
Maggie se demanda s'il y avait d'autres verrous sur cette porte. Elle ne s'en souvenait plus, elle avait filé directement vers sa douce plutôt que de s'interroger sur l'étrangeté de toute cette situation…
Ce bâtiment aurait dû être sécurisé. Pire encore, il y avait manifestement tout le matériel possible pour le sécuriser. On ne laissait aucun bâtiment sans surveillance de nos jours à moins d'être un incurable optimiste ou un crétin fini…
Anna n'était ni une optimiste ni une crétine.
Anna était une bibliothécaire. Une bibliothécaire à cheval sur le règlement en plus.
Maggie dévisagea son crush un instant.
C'était louche.
Très louche.
- Je crois que je commence à te comprendre un peu mieux, Alex Danvers. L'analyse que j'ai faite de ton crâne montre clairement qui tu es mais j'ai oublié un tout petit détail.
- Vraiment ?
Alex était amusée par le sérieux de Maggie. C'était mignon de la voir analyser à ce point-là son faciès alors qu'elle avait révélé que cette analyse était totalement invalidée depuis des années. À quoi pensait la criminologue ?
- Tu n'es vraiment pas une criminelle, tu es carrément à l'opposé d'une criminelle...
Ce n'était clairement pas une accusation, c'était plus un constat amusé.
- Quelle zone de mon corps te dit ça ? fit Alex.
- Tes oreilles, je ne savais pas quoi en faire de tes oreilles mais elles irradient de bonté et de sainteté. Tu as tout prévu depuis le début, n'est-ce pas ?
Alex sourit, comprenant un peu où voulait en venir sa petite-amie, mais demanda néanmoins.
- De quoi parles-tu ?
- De tout ça. De cette soirée romantique à deux dans la bibliothèque. Depuis le début, nous sommes ici légalement. Tu avais tout prévu…
- Tu as crocheté une serrure, Maggie… tenta de se défendre Alex, je doute que ce soit fort légal, tu sais. À moins que la loi ait récemment changé ?
Un rire, un peu forcé, sortit de la bouche d'Alex et Maggie sut qu'elle avait raison. Alex avait tout organisé pour la consoler de son horrible cours nocturne alors qu'elles avaient une soirée en tête à tête.
- Ne détourne pas la conversation, je suis persuadée qu'Anna sait tout. Tu es bien trop gentille que pour te laisser enfermer volontairement et Anna te connaît certainement. Lorsque nous sommes sorties de la bibliothèque jeudi passé, elle t'a saluée et t'a souhaité une bonne soirée. J'en suis certaine, elle est dans le coup. Jamais elle n'aurait laissé son étudiante préférée enfermée dans sa bibliothèque. Jamais.
Alex se demandait si Maggie allait comprendre, mais jamais elle n'avait envisagé que Maggie mette autant de temps à comprendre l'astuce.
Pour ainsi dire, elle se demandait si l'amour ne rendait pas aveugle. Pas qu'elle pensait que Maggie était amoureuse d'elle. Non, plutôt… Un crush rend aveugle ?
- Oui, elle est au courant de tout.
- Sérieusement ? fit Maggie qui était épatée qu'Alex ait organisé tout ça pour qu'elles puissent passer du temps ensemble.
- Oui.
- Tu as fait ça juste pour moi ?
Alex hocha la tête de haut en bas.
- Et parce que ma sœur serait capable de nous traquer à travers toute la ville. Elle t'adore. Littéralement. Imagine une hystérique qui nous shippe. Du coup, je pense qu'elle veut absolument mieux te connaître.
- J'adore ta sœur, aussi. Elle est adorable.
- Ne lui dis jamais, malheureuse ! Elle pourrait s'installer chez toi et ne plus jamais partir.
- J'avoue que j'adore ta sœur mais pas à ce point-là. Mais si toi, tu voulais venir par exemple ce soir pour squatter mon minuscule appartement dans lequel tu serais forcée de te coller à moi tellement il n'y a pas de place…
- Oh. C'est très tentant. D'accord.
Maggie eut un sourire éblouissant et attrapa entre ses mains le visage d'Alex. Elle lui embrassa d'abord la joue droite, puis la gauche avant de l'embrasser langoureusement et de glisser sa langue contre ses lèvres pour demander le passage. Alex accepta et s'en suivit une longue session de bisous enflammés.
- Je suis toujours ravie de te plaire, Maggie.
- Je suis toujours ravie de te plaire aussi, Alex.
- Hum hum, fit une voix qui ne leur était pas inconnue derrière elles.
- Anna.
- Oui, c'est moi, dites, il est tard et j'ai déjà eu deux appels de riverains qui s'inquiétaient de voir des lumières allumées dans le bâtiment.
- Oups, fit Alex.
- Voilà, je ne vous mets pas à la porte, mais en fait, si.
Alex s'empressa de ranger leur petit lieu de rendez-vous clandestin et Maggie en profita pour remercier Anna.
- Je me doutais que son idée serait très rapidement démasquée.
- En fait… Pas du tout.
Anna avait un sourire narquois.
- Trop occupée à reluquer Alex ?
- Humf. On peut dire ça… fit Maggie en rougissant. Ceci dit, je me demandais si pour la Saint-Valentin, vous seriez…
- Non.
- Juste pour…
- Non.
- Mais aujourd'hui Alex a…
- J'ai bien voulu pour cette soirée parce qu'elle a réussi à me convaincre. Une fois suffira. Mais la bibliothèque vous est accessible à toutes les deux pendant les heures d'ouverture. Pas la peine de tenter de crocheter la serrure à nouveau. Je la change dès demain.
- Je me disais bien qu'elle était trop facile, maugréa Maggie. Grâce à moi vous connaissez vos faiblesses… Cela mériterait bien une soirée ici à la Saint…
- NON.
Alex toussota pour faire connaître sa présence. Elle avait son sac à dos et le manteau de Maggie à la main et avait drapé son propre manteau sur ses épaules. Elle ressemblait à une gravure de mode, pensa Maggie subjuguée.
- Bon, les filles, zou.
- Bonne nuit Anna, à jeudi.
- Oui, allez, zou.
Alex attrapa la main de Maggie de sa main libre. Elles traversèrent la bibliothèque dans le silence le plus complet, à pied. Maggie ne pouvait pas imaginer prendre l'ascenseur vétuste et bringuebalant. Anna, sur leurs talons, fermait la marche.
Une fois dehors, les filles s'emmitouflèrent pour ne pas avoir froid. La criminologue ne voulait pas laisser Alex. Elle voulait encore profiter de la nuit avec elle. Même si c'était juste parler, encore et encore et parler de science. Alex allait lui proposer quelque chose mais resta muette en regardant le haut de l'impasse où arrivait un étrange convoi. Maggie se retourna et elles virent une adolescente dévaler la rue sur son vélo, des poireaux à la main.
- C'était assez surréaliste, non ?
- Je dois dire que la phrénologie serait tout aussi stupéfaite sur ce coup, éclata de rire Maggie.
- Ça tient toujours la visite de ton minuscule appartement ?
- Si tu veux, oui. Toujours.
Alex était câline. Elle n'avait jamais été vraiment tactile ou câline avec quiconque. Mais Maggie la chamboulait. Elle ne voulait pas rentrer dans son appartement pour entendre Cat disserter sur Nellie Bly, sa spécialité nocturne.
Maggie habitait dans une résidence universitaire assez éloignée de celle d'Alex. Dans un minuscule studio où la cuisine était collée à la chambre et à la salle de bain. Le lit était comme tout le reste, un peu petit mais confortable.
- Tu veux un chocolat chaud ? C'est la spécialité de la maison.
- Ça serait parfait, il me reste des meringues, des biscuits et des marshmallows que j'avais pris comme dessert, vu que nous n'avons pas pu le prendre dans la bibliothèque, cela sera très bien avec ton chocolat.
- Vendu alors. Pour s'asseoir, je te propose… et bien, le lit ou à terre ou le lit en fait.
- Le lit.
Chacune avec son bol de lait, elles s'installèrent sur le lit.
- Tu sais, Anna refuse que je t'emmène à la bibliothèque pour la Saint-Valentin.
- Maggie…
- Tu pourrais la convaincre…
- Maggiiiiiiiiie.
- Quoi ?
- Bois ton bol que je puisse t'embrasser.
Maggie sourit en avalant cul sec son bol.
- Tu aurais dû le dire plus tôt. Néanmoins, tu es certaine pour la Saint-Val…
Maggie n'eut jamais l'occasion de finir cette phrase. Alex y mit un point d'honneur à grand renfort de baisers.
