Une larme roula sur la joue de la jeune fille.

- Vous n'avez aucun pouvoir sur lui, petite impertinente, siffla l'Archevêque. Vous n'êtes qu'un pion sur mon échiquier. Et maintenant que je n'ai plus besoin de vous, mon pupille va apposer sa signature en bas de ce docu-

Il ne finit pas sa phrase.

Ses mots se noyèrent dans un gargouillis infâme, et un flot de sang jaillit de sa bouche, arrosant sa soutane brodée d'or et le vêtement de brocart de Kylopold, qui d'un geste vif, retira la dague qu'il venait de lui planter dans la gorge.

L'archevêque monta les mains sur son cou, incrédule. Ses yeux s'écarquillèrent, entre épouvante et incompréhension. Kylo le soutint par l'avant de sa lourde robe dorée, indifférent aux éclaboussures sanglantes qui giclaient sur ses vêtements et ses mains… Puis soudain, il frappa de nouveau, enfonçant sa lame dans le ventre du prêtre, en remontant le fil à travers ses entrailles.

Les pupilles de Snoke devinrent vitreuses, et il s'affaissa. Kylo le laissa tomber au sol, masse flasque et désarticulée, grotesque dans son drapé chatoyant.

Alors, comme au ralenti, il se retourna, faisant face à Rey pour la première fois depuis leur arrivée dans le palais de l'Archevêque. Elle le contemplait, figée et pâle, les yeux humides de ses larmes, entre épouvante et fascination.

Alors Kylopold lui remit son épée, la dague à la main, et tous deux pivotèrent sur leurs talons pour faire face aux gardes en armures qui chargeaient.

Huit contre deux, et pourtant.

Rey des Sables de Jakku avait été élevée en guerrière, entraînée dès son plus jeune âge à l'escrime et à l'arc ; Kylopold Soloren du Premier Ordre, destiné à régner, était aguerri aux armes, et réputé le meilleur combattant du royaume. Les gardes de l'Archevêque n'étaient pas des débutants, et Rey était enceinte. Mais loin de faiblir, elle sentit monter en elle une rage nouvelle. Rien, ni personne, n'était plus dangereux qu'une mère protégeant son enfant, et son amour.

Saisissant la crosse dorée de l'évêque, elle para la première attaque et lança à Kylo l'épée du premier soldat à succomber sous ses coups.

Ils étaient à présent armés tous les deux, et prêts à mourir l'un pour l'autre. Dans la frénésie du combat, débordés par le nombre, Rey et Kylo se trouvèrent dos à dos. Il sentit contre lui la chaleur qui émanait d'elle, l'odeur piquante de sa sueur dans la fièvre du combat, la caresse de ses cheveux, et ses forces en furent décuplées. L'épée de Kylo déchirait les chairs, tranchait les membres, brisait les os. L'épée de Rey ouvrait les gorges, fendait les crânes, pénétrait sous les armures. Elle maudissait sa robe de velours, lourde et encombrante, aux manches d'apparat qui l'empêchaient de se mouvoir avec son agilité habituelle. Kylo crut que son cœur allait cesser de battre lorsqu'il entendit Rey pousser un cri de douleur au loin, emportée hors de son champ de vision par les coups de ses adversaires. Il sentit monter en lui une terreur, à l'idée de la perdre, qui le déstabilisa ; éperdu, fou de rage, il canalisa sa colère, sa haine envers Snoke, son humiliation, son désespoir et la peur qui lui dévorait les entrailles pour frapper, plus vite et plus fort. Rey était blessée au bras, un filet de sang teintait sa manche, mais elle sentit à peine la douleur. Kylo était acculé, seul contre deux, et la princesse des Sables, réunissant ses forces, parvint à repousser le soldat qui lui tenait tête et d'un grand geste, à lui briser la nuque. Le corps en armure s'écroula lourdement sur la dalle. Rey, échevelée, en sueur, souffrant dans tout son corps, se tourna vers Kylopold. Son cœur manqua un battement. Kylo était en position difficile. Prisonnier d'un garde qui lui serrait le cou de la crosse d'or massif jusqu'à l'étouffer, il parait les coups de son deuxième adversaire. Son bras était faible, son visage était rouge. Il ne tiendrait pas longtemps.

Il allait mourir ici.

Rey n'eut pas le temps de songer aux conséquences d'un veuvage, sur elle, qui n'imaginait plus être séparée de lui ; et sur sa position sociale, le couvent devenant certainement sa meilleure option.

Elle poussa un cri de rage, de chagrin et de désespoir, et lança sa dague, de toute ses forces.

La lame fendit l'air et vint se ficher dans la nuque de l'homme en armure, éclaboussant de sang le visage de Kylo, face à lui. Ce dernier profita de l'instant de confusion de son tortionnaire pour se dégager de son emprise, repousser la crosse qui lui écrasait le cou, et d'un grand revers du bras, lui ouvrit les entrailles.

Son ventre se vida sur le sol, dans un gargouillement répugnant de chair et sang.

C'était le dernier garde rouge.

Rey réalisa alors qu'elle était blessée, qu'elle était couverte de coups, couverte de sang.

Le sang des autres.

Elle s'approcha de Kylo, l'épée traînant sur le sol, sa poitrine se soulevant douloureusement au rythme saccadé de sa respiration.

Alors Kylopold jeta son arme au sol, et franchissant les quelques pas qui les séparaient, prit son visage en coupe dans ses mains et déposa un long baiser sur ses lèvres. Elle avait un goût de sel, et de sang. Lorsqu'il reprit sa respiration, la bouche humide de leurs baisers, il chuchota dans un sourire :

- Un bébé, alors, Madame. Vous me comblez.

- Je vous aime, Kylopold Soloren, souffla Rey, le cœur débordant soudain d'une émotion indescriptible.

Elle referma ses bras sur sa nuque, désespérée de l'embrasser, de le toucher. Peu lui importait le sang dont il était maculé. Peu lui importait la transpiration qui collait sur sa peau. Il fallait qu'elle soit contre lui, pleine de lui, sans quoi elle craignait de ne jamais plus trouver le repos. Elle avait failli le perdre. On avait voulu les séparer à jamais, d'abord par le couvent, puis par la mort. Mais ils avaient survécu. La frayeur qu'elle avait eu enflammait ses entrailles, elle sentit son corps exiger ses caresses. Elle avait besoin de lui sans quoi elle risquait de s'effondrer, terrassée par les émotions et la descente d'adrénaline.

Kylo semblait partager son émotion. Ses baisers se firent féroces, alors qu'il lui embrassait la bouche, le visage, la gorge et la poitrine, éperdu, ses mains cherchant avidement un passage sous ses vêtements. Elle se laissa entraîner par ses caresses, à reculons, accrochée à ses lèvres, le cœur battant. Elle avait envie de lui avec violence. Son sexe pulsait douloureusement, alors qu'il la couvrait de baisers, répétant son prénom comme une prière, et qu'il retroussait désespérément le lourd drapé de sa jupe.

Le dos de Rey heurta une colonne alors que Kylo empoignait ses fesses, sous sa robe. Fébrile, comme assoiffée, elle entreprit d'ouvrir la culotte de brocard noir qui frottait contre son ventre. Elle arracha un bouton, tira un cordon, enfouit sa main à l'intérieur et gémit d'aise en refermant le poing sur la verge tendue, frémissante et déjà glissante qui se cachait à l'intérieur. Elle tressaillit par anticipation, prête et humide pour lui, aspirant à ce qu'il la pénètre, brutalement, dans cette église, au milieu des cadavres encore chauds de ceux qui avaient eu l'audace de vouloir les séparer.

Kylo souleva ses hanches, la hissant contre la colonne, sans cesser d'embrasser sa bouche, presque avec violence. Rey ouvrit les cuisses, s'accrocha aux épaules de Kylo, et se laissa guider sur son sexe avec un cri de plaisir qui résonna dans la nef.

Kylo donna immédiatement un coup de rein, percutant son bassin, faisant tressauter sa poitrine, et recommença, sans reprendre son souffle.

Il la pénétra avec la même ardeur et la même rage qu'il avait éventré ses adversaires. Violent, instinctif, à grands coups désespérés, puissants et profonds. Rey ne chercha pas à dissimuler ses émotions, à retenir des cris. L'acoustique de la nef était merveilleuse. Elle entendait les coups de reins de Kylo contre sa peau résonner jusque dans les hauteurs, et après ces neuf meurtres dont celui d'un homme d'Église, son âme était sûrement damnée. Elle pouvait se laisser aller, sans retenue, au plaisir de la chair. Plus rien à perdre. Vivre intensément, passionnément, aimer cet homme qui l'empalait sur son sexe, élever leurs enfants.

Kylo, les ongles enfoncés dans les hanches de son épouse, ne parvenait pas à trouver l'apaisement. Il avait un besoin violent de pénétrer et de jouir, de marquer sa chair, de la posséder. Il avait cru la perdre et son monde en avait été renversé. Peu lui importait sa couronne si Rey n'était pas à ses côtés. Peu lui importait son honneur si celui de son amour était bafoué. Il avait besoin d'elle comme de l'air qu'on respire, et il fallait qu'il la ressente, contre lui, dans sa chair. Encore tendu par le combat, il martelait le bassin de la jeune fille, grognant d'aise et de rage, sans trouver de repos. Son corps avait été secoué trop violemment, l'adrénaline diffusée dans ses veines en trop grande quantité, la mort trop proche, pour qu'il ne parvienne à redescendre de l'état second dans lequel il flottait. Pénétrer Rey, encore, encore, encore, plus fort, frapper son dos contre la colonne, mordre sa bouche, lui fendre la lèvre de baisers trop avides, sentir son sexe brûlant comme un fourreau à sa mesure, durcir en elle alors qu'il croyait déjà être au bout, chercher l'orgasme pour chercher la paix. Elle criait contre son visage, des cris de jouissance, suppliant qu'il continue et oh oui, il n'avait pas encore fini. Un coup de rein trop violent l'arracha à l'étau de son vagin et il se retrouva soudain contre son ventre alors qu'elle retombait de ses bras. Il hésita un instant à la soulever de nouveau mais elle parvint à articuler :

- L'autel. Derrière vous.

Il se retourna, avisa la table de marbre drapée de blanc qu'elle lui indiquait. Rey fut entraînée contre la table, pliée en avant sur le parchemin qui devait lui ôter sa liberté, et sentit qu'on retroussait sa robe sur ses fesses. Le froid de la nef glaça la transpiration sur sa peau, mais elle n'eut pas le temps de s'en plaindre : Kylo la pénétra à nouveau, par derrière, enfonçant ses ongles dans ses hanches, et se mit à la pilonner avec une violence inhabituelle.

C'était exactement ce qu'il lui fallait. Écrasée sur le marbre, les doigts froissant l'infâme parchemin, Rey savourait la brutalité de son amant. Il l'avait aimée tendrement, il l'avait initiée à la sensualité, mais ce jour, il assouvissait en elle un besoin charnel insoutenable, un trop-plein d'énergie libératoire. Des années à subir les humiliations de son mentor. Des années à courber l'échine et à savoir que personne n'était dupe. Kylopold était enfin libre, et avec lui, Rey avait gagné sa liberté elle aussi. Leurs corps embrasés scellaient un nouveau pacte.

Rey voulait jouir, espérant que l'orgasme lui apporterait une forme de délivrance. Son corps entier était en feu, et ses cris résonnaient dans les transepts. Kylo sentait le fil brûlant se concentrer dans ses testicules, avancer et refouler avec ses coups de reins, monter dans sa verge d'un mouvement de balancier, gagner en intensité. Il était proche. Ses grognements s'élevaient avec ceux de son épouse. Il accéléra, désespéré, cherchant le contact, la pression qui le soulagerait enfin.

Rey descendit sa main entre ses cuisses et pressa son majeur contre le bouton enflé de son clitoris. Elle frotta, vibra, caressa avec toute la violence dont elle était capable, gémissant d'aise, sentant son vagin se contracter au rythme de sa main.

- Kylo, je viens! Cria-t-elle sans réfléchir aux mots qu'elle employait. Encore, encore! Plus fort, oui!

Elle rejeta la tête en arrière, cambrant le dos, alors que l'orgasme déferlait dans son ventre. Son sexe se contracta violemment sur le pénis qu'il emprisonnait et Kylo la rejoignit dans l'orgasme, évacuant en délicieuses giclées brûlantes la tension accumulée dans ses reins. Ses yeux roulèrent dans ses paupières et il retomba sur elle, soudain épuisé.

Ils étaient tous les deux vides, brûlants, pantelants et à bout de force, et se laissèrent glisser sur le sol, le temps de reprendre leur souffle. Ils se sentaient mieux. La tension avait été évacuée, et ils réalisèrent progressivement l'ampleur de ce qu'ils venaient de faire.

Rey serrait toujours dans son poing l'ordre d'internement. Elle se releva la première, tendit la main à Kylo pour l'aider à se redresser, et ajusta sa robe. Lorsque ce fut fait, elle avança vers un des lampadaires dorés dont les dizaines de bougies éclairaient la nef, et enflamma le document.

C'est à cet instant qu'Huxley pénétra dans la basilique.

Il saisit tout d'un regard : le cadavre de l'Archevêque, les huit corps en armure, démembrés et éventrés sur les dalles, l'odeur âcre de sang, de sueur et de sperme, et le document qui brûlait à la flamme de la bougie.

- Par tous les saints! S'exclama-t-il en reculant instinctivement, vous… vous avez assassiné Monseigneur Snoke! Je.. l'échafaud vous attend! Gardes!

Il se mit à crier, tourna les talons pour s'enfuir, mais glissa sur une flaque de sang et s'étala sur le sol en battant des bras.

La pointe d'une épée se posa sur la peau délicate de son cou, l'empêchant de se relever. Huxley déglutit douloureusement.

C'était Rey.

- Je ne sais pas ce qui me retient de vous faire subir le même sort, misérable. Laver mon honneur dans votre sang vicié!

Kylo s'approcha derrière elle, dominant le ministre de armées de toute sa hauteur.

- Nous pouvons vous égorger ici, et mettre le feu à ce palais, déclara Kylopold. Ou bien… nous pouvons vous laisser la vie sauve.

Il échangea un regard en coin avec Rey, qui haussa les sourcils en esquissant un sourire. Kylo reprit :

- Snoke s'est rendu coupable de trahison et de conspiration contre son Souverain. La peine - sa mise à mort- a été exécutée. Je prends à cet instant la tête du nouveau Culte Impérial. Ma nouvelle Eglise ne reconnaît pas l'autorité de l'Archevêché et de ses servants. Les impôts seront versés à l'Etat et je désignerai moi-même les prêtres. Les Règles de la Religion vont être ré-étudiées. La cérémonie de dépucelage est abolie, à partir de cet instant, et passible de travaux forcés pour ceux qui oseraient imposer une telle pratique.

Rey se mordit les lèvres, pour garder un air grave. Tout ceci était très sérieux ; elle lui sauterait au cou plus tard. Kylo continua :

- Je destitue l'Assemblée des Ministres et reprends le pouvoir sur les deux royaumes. Mon épouse, la Reine, souveraine de la Fédération, siégera désormais à ma droite et aura les mêmes pouvoirs que moi sur l'Etat et le peuple. Dès demain, nous désignerons de nouveaux ministres.

Rey enfonça sa lame dans la peau de Huxley, faisant perler une goutte de sang. La respiration du ministre se fit saccadée, sifflante. Une odeur d'urine leur piqua les narines.

- Des questions, Hux? Fit Kylo en inclinant légèrement la tête. L'archevêque est mort...

- Vive l'Archevêque Soloren et sa Dame! Balbutia Huxley.

- Parfait. Au travail. Et n'oubliez pas : Snoke a payé sa trahison de sa vie, et il était entouré de huit gardes. De combien de gardes disposez-vous, Monsieur?

- Euh… aucun, Monseigneur, fit Huxley en baissant les yeux.

- Alors je vous déconseille de me trahir. A présent, hors de ma vue!

Rey souleva la pointe de son épée, et Hux se redressa, les jambes flageolantes. Une tache foncée imbibait l'avant de ses culottes.

Il s'enfuit en courant, non sans déraper de nouveau sur des flaques de sang.

Kylo s'empara d'un candélabre, et enflamma une tenture de velours. Les flammes grossirent rapidement, et l'incendie prit de l'ampleur.

Rey tendit son coude à son époux, et tous deux sortirent de la basilique.

Derrière eux, le brasier ronflant, infernal, qui réduirait le palais de Snoke en cendres.

Devant eux, leurs deux royaumes unis pour le meilleur et pour le pire, une paix à construire.

Et sous la main de Kylo, au fond du ventre de Rey, un avenir, qui prenait vie.

Fin