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Chapitre 3
Fuis moi, je te suis
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Le cœur en lambeau, Allen Walker se tenait recroquevillé sur le petit muret blanc en pierre qui séparait la route de la plage, bras entourant ses jambes pliées contre lui. Le vent frais de cette fin de soirée caressait ses cheveux à présent à longueur raisonnable, et il inspira ce bon air marin, dans l'espoir de calmer son cœur et aérer son esprit.
Il avait été violemment contraint à se retirer de la jolie petite ville d'Anjum et opter pour un village plus reculé, près de la bordure de la mer du Nord. Inconsciemment, il s'était rapproché légèrement de l'Angleterre bien qu'une bonne centaine de kilomètres le séparaient toujours de sa maison.
Et ce fut à cet instant-là que Timcanpy fit son entrée en scène, provenant tout droit de la mer qui lui faisait face, enveloppe entre les dents. Le cœur du maudit se serra instantanément et il tira son bras en avant pour que son golem puisse se déposer au chaud dans la paume de sa main.
D'une main tremblante, avant même d'ouvrir la bouche, Allen recueillit l'enveloppe pliée en deux fermement maintenue dans la petite mâchoire du golem.
Cela faisait plus d'une semaine, et voir Timcanpy lui avait fait l'effet d'un baume au cœur.
Néanmoins, Allen abaissa son bras, et ne s'empressa pas d'ouvrir l'enveloppe au papier glacée par son voyage dans les airs. Ses yeux retombèrent vers le sable qui s'étendait devant lui, et il demeura un instant silencieux, au sein de la douce brise du vent.
Timcanpy s'inquiéta pour son maître et vint se presser contre sa joue tout en battant des ailes pour le faire réagir, et Allen finit par enfin lever les yeux vers lui. Il paraissait si fatigué, et sa peau si pâle provoquait parfait contraste avec la dernière vision qu'avait Tim' de l'Exorciste un peu avant qu'il ne s'en aille avec une seconde lettre pour Kanda.
« Tim'… Encore une fois, je n'ai rien pu faire… » se lança enfin le maudit, la gorge sèche.
Se perchant sur on épaule, Tim' plaça une toute petite main près de sa clavicule découverte par sa chemise en sang déchirée, dans l'espoir de pouvoir lui apporter un peu de réconfort.
« Je n'ai pas réussi à tous les exterminer avant qu'ils n'atteignent Anjum… » ajouta-t-il en pressant sa main maudite contre son visage.
Sa main porteuse de l'Innocence n'était pas comme à son habitude dissimulée sous un gant quelconque afin de ne pas attirer les soupçons sur lui. Le pauvre Allen paraissait si mal.
« Cette ville si discrète, charitable et innocente… Les Akuma du Comte se font plus astucieux et puissants. Et dire qu'ils étaient pour la plupart au niveau 3… Combien d'âmes innocentes ont-ils arrachées pour ses prouesses d'effectifs ? »
Parfois, le golem aurait aimé avoir le don de parole. Cross avait réussi à reprogrammer des Akuma, alors pourquoi n'a-t-il jamais essayé de lui implanter un programme afin qu'il puisse tenir une discussion sensée avec les humains qu'il côtoyait bien plus que les autres golems de bas étage ?
Après cette lourde bataille qui avait déchirée le cœur du maudit au vu du peu de survivants répertoriés, Allen s'était retiré dans un coin plus isolé, afin que les Noé ne le retrouvent pas, et que la future armée décidée à le retrouver extermine le moins de vie possible.
« Tu m'as manqué, Tim', » finit par lui dire Allen en une faible risette.
Tim' vit que son maître ne pleurait pas –ou du moins, ne pleurait plus-, cependant, il savait que la pente serait de nouveau dure à gravir suite à son état de fatigue extrême qui se lisait sans difficulté et tous les problèmes dans lesquels il était entrelacés.
Puis, après une grande inspiration de cet air salé, Allen ouvrit l'enveloppe et déplia le papier de petite taille cette fois-ci, mains tremblantes. Et il fut quelque peu frustré de voir que l'éloquence de Kanda était retombé au plus bas.
« Tentes-tu indirectement de me dire que tu te trouves quelque part en Europe, avec tous tes PS ?
Ne me parle même pas de Luberier.
Je suis Maréchal pour ma part. C'est tout ce que tu as à savoir. »
Allen passa par plusieurs expressions, et il resta comme deux ronds de flancs à la fin de ce si court message. Kanda, Maréchal ? Il se prit à l'imaginer armé de son air boudeur et l'uniforme doré des Maréchaux sur le dos, et il se mit à sourire avec douce ironie.
Il eut presque de la peine pour Kanda –ainsi qu'une certaine admiration, on n'était pas Maréchal pour rien- sachant qu'il méprisait plus la Congrégation que les Akuma eux-mêmes. Avec ce nouveau titre, le voilà entrelacé à nouveau de façon plus immuable aux chaines de ce groupuscule. Quel idiot. Que cherchait-il à faire ?
Pour ce qui était de la petitesse du message, Allen ne pouvait pas lui en tenir rigueur. L'écriture rapide sur un papier d'emballage carton était un signe conséquent que le kendoka n'avait décidément pas le temps. Surement en mission –à remplir aussi tout à tas d'obligations réservées aux Maréchaux- et pourtant, Kanda avait pris la peine de lui écrire.
Certes, après une semaine. Certes pour quelques mots. Mais Allen sentit son cœur se réchauffer.
« Bakanda le Maréchal… » chuchota-t-il dans le vent.
Quelques minutes après, Allen s'installait en tailleurs sur le muret blanc, récupérait dans sa valise pleine craquer son unique plume et les quelques gouttes de son flacon à encre pour écrire une réponse à son ami, sous le vent et le soleil couchant.
À nouveau, il souriait.
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« Je vous ai dit qu'il n'y aura plus aucune manifestation de ce genre dans votre bled paumé, » répéta pour une énième Kanda qui était à deux doigts d'assommer le maire de la ville pour quitter au plus vite les lieux.
« Mais selon les légendes, il faut impérativement brûler les cendres du défunt avec des vignes. Êtes-vous certain d'avoir procédé ainsi pour nous protéger de l'esprit ? » insista le vieil homme trapu qui serrait craintivement une croix entre ses mains.
Évidemment que non, Yû Kanda n'avait pas opéré à de si stupides rituels puisqu'il s'était agi d'une Innocence qui avait déréglé la continuité de ce village paumé de Pologne. Komui l'avait pourtant envoyé là-bas sans trop d'espoir, pensant que les habitants déliraient complètement à cause d'une vieille légende les ayant potentiellement tous rendu paranoïaque au fil des années, mais non, ce fut le contraire.
Ça faisait bien des lustres que Kanda –ou membre de la Congrégation- n'avait pas ramené une Innocence au Q.G. pour la restituer à Hevlaska. Les journées aussi productives qu'aujourd'hui lui manquaient cruellement, surtout quand il se prenait la tête à retrouver le Moyashi depuis trois mois et que ça ne donnait rien du tout.
« Si jamais vous retombez sur ce genre de bizarrerie, contactez à nouveau le Vatican, » fut les dernières paroles du kendoka qui perdait patience.
Le maire et sa fille se jetèrent un étrange regard, ne s'attendant pas à tomber sur un homme d'Église aussi antipathique. Néanmoins, si c'était les paroles d'un dévot, ils ne devaient pas s'en faire, et le petit homme reporta un regard respectueux vers Kanda qui avait déjà tourné les talons pour quitter le jardin typiquement polonais.
« Alors nous vous remercions Monsieur le Samouraï, » dit-il en agitant sa main. « Que Dieu puisse continuer à veiller sur votre âme. »
Dieu… répéta Kanda dans sa tête, sarcastique.
Et il ne se retourna pas. Il pensa aller regagner sa chambre d'hôtel afin qu'on lui restitue ses bagages et il aurait pu ainsi rentrer au Q.G. sans tarder, mais le destin en décida autrement. Quand il bifurqua dans la ruelle menant à ses quartiers, une masse dorée manqua de s'écraser avec violence contre son front.
Ses reflexes l'eurent poussé sur le côté, et il fit volte-face vers Timcanpy qui ralentit à quelques mètres de lui, pour ensuite tourner son corps et dévoiler un papier plié en deux entre ses dents.
« Comment as-tu fait pour me trouver ici ? » s'étonna Kanda, yeux arrondis.
Ainsi donc, le golem était aussi doté d'un système de localisation permettant de retrouver les Exorcistes porteurs eux aussi de golem ? Alors comment ce stupide Moyashi faisait pour toujours se perdre en mission ? Si seulement il avait un peu plus écouté son fidèle compagnon au lieu de partir à l'aveuglette.
Pour appuyer ses dires non prononcés, Tim' désigna du bout de sa toute petite main le golem noir qui suivait Kanda silencieusement, et le bretteur hocha brièvement la tête avant de prendre le papier de ses dents. Ce fut bien la première fois qu'Allen n'utilisait pas d'enveloppe pour protéger son message.
Kanda continua donc sa marche dans la ruelle éclairée par le soleil de ce début d'après-midi, les deux golems derrière lui, tandis qu'il ouvrait la missive.
La première chose qu'il constata lui fit froncer les sourcils. L'écriture du Moyashi avait changé. Ou du moins, était plus rapide, moins appliquée –malgré la plume à bas prix- et certains mots en mangeaient d'autres comme s'il avait écrit les yeux fermés.
« Salut, Kanda.
Parle-moi un peu.
J'aime avoir des nouvelles du Q.G., de vous tous.
Vous me manquez. »
Kanda le sentait à travers ses mots, quelque chose n'allait clairement pas. Un peu avant, il avait redouté que Neah eut pris la place d'Allen pour rédiger cette lettre, mais cette façon de parler qui était si commune à Allen Walker lui assura qu'il s'agissait bien de lui, et non pas du Noé.
Il se rappela vaguement du dernier message qu'il avait griffonné à la va-vite avec le papier qui conservait l'emballage d'une boîte Miso. Si quelque chose s'était produit, le peu de mots assez froids qu'il lui avait adressés avaient dû être un coup dur.
Alors qu'en temps normal, ce genre de formalité lui serait passé au-dessus de la tête, aujourd'hui, il sentit une petite pointe de culpabilité tirailler son cœur.
« Parle-moi de toi.
Dis-moi, on n'a jamais pu en parler plus sérieusement. Avec Alma, vous avez fini par vous rabibocher ? Tu as pu faire la paix avec toi-même ? »
Un couple passa près de lui, deux amis bras dessus-bras dessous le croisèrent, une fillette courut en riant. Et lui, il resta figé au milieu de la rue à l'évocation d'Alma Karma.
Un frisson glacial parcourut tout son corps, et ses doigts se serrèrent contre le papier.
« Imbécile… »
Oui, grâce à Allen Walker il avait pu mettre un terme à cette histoire. Il avait pu apaiser son cœur et à présent, il pouvait se remémorer Alma sans ressentir profonde rancœur et chagrin. Mais désormais, le problème était à prendre à l'envers.
Timcanpy ne comprit pas le comportement du kendoka qui avait radicalement changé. Il avait pourtant vu son maître rédiger cette lettre qui était dénuée de toutes insultes ou provocation. Alors pourquoi réagissait-il ainsi ?
« Putain de Moyashi… ! »
Un peu plus et il déchirait la lettre en deux.
Le paria aux airs de héros répondait à ses lettres de façon routinière, et Kanda en faisait de même alors qu'en y réfléchissant, rien de tout ça n'était dans la normalité des choses. Kanda avait plus important à faire que communiquer par lettres avec l'Exorciste au grand cœur. Il devait le sauver.
C'était pour lui qu'il était revenu, après avoir fait la paix avec son passé, avec Alma. C'était pour ce stupide gringalet qu'il s'était redressé et suivre son présent.
Et cet idiot jouait à cache-cache ! Pourquoi avait-il accepté de le laisser se retirer, déjà ?
« Si ça peut te faire plaisir de savoir, oui je suis quelque part en Europe. »
« Je vais l'étrangler… » marmonna Kanda entre ses dents, son aura sombre inquiétant les passants autour de lui.
« PS : En ce doux mois de mai, savais-tu qu'en Autriche, il y avait pour tradition de dresser un arbre sur la place centrale de chaque ville. Il s'agit de l'arbre de mai. Cet arbre a selon les croyances, le pouvoir de protéger quiconque d'attaque furtive. Vous devriez en planter un au Q.G.
A.W. »
Kanda tenta de reprendre son calme. Ça ne servait à rien de s'énerver inutilement au milieu d'une rue animée. Quand il lui mettra la main dessus, l'adolescent allait morfler.
Ce fut sous ces douces pensées que Kanda regagna sa chambre d'hôtel en manquant de décrocher tous les cadres de la pièce lorsqu'il referma la porte derrière lui un peu trop abruptement.
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Sautant de branches en branches, Allen Walker parvenait agilement à éviter les attaques meurtrières que lui offraient généreusement les Akuma niveau 3 qu'il traquait depuis un moment déjà. Il avait sans difficulté anéanti et laver les âmes de la plupart des démons sans trop d'encombre. Et dire qu'il y a un temps où un pauvre niveau 3 parvenait à leur mettre des bâtons dans les roues. Ils avaient chacun tant progressé.
« Tu comptes grimper comme ça pendant encore longtemps ! » s'énerva la création du Comte à l'armure épaisse.
L'Akuma jurait tout haut dès que sa main se refermait dans le vide et non pas autour de la cheville du Walker qui montait toujours plus haut, jusqu'à atteindre la cime des arbres. Ses camarades du même niveau n'arrêtaient pas de lui crier de surveiller son langage tant ses mots étaient vulgaires, mais ce démon en armure paraissait bourrin.
Tout aussi bourrin que Kanda, tiens, se permit de penser Allen une fois en haut de la plus haute branche.
De sa position, il pouvait apercevoir les quatre Akuma restants, dont celui vraiment très costaud.
« Ne vous en faites pas, je comptais simplement prendre un peu de hauteur, » leur avertit Allen tout en accompagnant ses mots d'un petit geste de la main à leur égard.
Puis, d'une main agile, il s'empara de son poignet gauche, et tira en elle l'épée sainte qui brilla sous les reflets de la lune pleine.
« Merci pour votre patience, » ajouta-t-il avant que ses ennemis ne puissent méditer quant à sa prochaine attaque.
Et, aidé par la gravité, il laissa tout son poids et celle de l'épée fendre l'air pour venir frapper de plein fouet l'Akuma vulgaire. Le choc l'empala comme si son adversaire n'avait été qu'une vulgaire part de gâteau. Quand il regagna le sol avec adresse, un genou à terre, l'Akuma hurla et libéra son âme de cette prison maudite.
« Plus que trois, » nota Allen en rouvrant les yeux, son œil gauche activé.
Les trois derniers Akuma se lancèrent des regards agités, ne sachant comment procéder pour mettre à terre cet Exorciste qui leur était tombé dessus sans prévenir et qui avait supprimé tant d'entre eux en si peu de temps.
Mais soudain, quelque chose fila dans le vent et vint violemment s'encastrer contre le crâne du pauvre Allen, ébouriffant ses cheveux sales de sang, pour ensuite continuer sa route. Puis, un golem doré vint s'arrêter à un pas des trois Akuma mortifiés mais se rendit compte trop tard de sa proximité avec ces abominations.
« Tim' ! » appela vivement Allen, le cœur battant, tout en frottant son crâne douloureux.
Mais Timcanpy parvint finalement à esquiver la patte griffue qui tenta d'agripper son petit corps et les doigts acérés de l'Akuma se refermèrent contre l'enveloppe dans sa bouche. Scandalisé, le golem interrompit brusquement sa fuite jusqu'à son maître et se retourna vers les Akuma. Celui aux membres amaigris secouait l'enveloppe au-dessus de sa tête, interloqué.
« Oh non, c'est pas vrai ! » s'exclama un peu trop vite Allen en comprenant que l'Akuma avait dérobé à Tim' un bien qui lui revenait de droit.
Les têtes des trois Akuma aux dents visibles par l'absence de chair se tournèrent aussitôt vers l'Exorciste en face d'eux qui n'osait plus trop approcher par crainte que le voleur ne réduise sa lettre en bouillie.
« Tu crois qu'il s'agit d'un message secret ? » demanda donc l'un des trois Akuma en reprenant sa contemplation du papier entre les doigts de son partenaire.
Seuls son index et son pouce étaient en contact avec le papier comme par crainte que cette missive soit elle aussi faites d'Innocence.
« Si on ramène ça au Comte, je suis certain qu'il lavera l'éponge quant à l'extermination de notre groupe, » ajouta le plus petit d'entre eux.
« N'y pensez même pas… ! » grogna Allen soudain agacé.
Timcanpy agita ses ailes sous le nez de son maître dans des excuses silencieuses. Puis, Allen et ses ennemis se fixèrent dans le blanc des yeux, immobiles. Jusqu'à ce que les Akuma tournent les talons pour décamper comme des lapins.
« Revenez ici ! » hurla Allen en se lançant aussitôt à leur poursuite, Crown Belt déjà paré à les attraper.
Le jeu du chat et de la souris dura une bonne dizaine de minutes et Allen parvint enfin à récupérer l'enveloppe des mains du dernier Akuma qui agonisait au sol tout en lui criant qu'il abandonnait, il pouvait reprendre son bien. D'un coup d'œil, Allen vérifia qu'il ne s'agissait pas d'une ruse et bien de l'enveloppe que tenait Timcanpy un peu plus tôt, puis planta l'épée sainte dans le corps de l'Akuma sous lui, lavant son âme souillée.
« T'en fait pas Timcanpy, » lui sourit faiblement Allen, exténué. « Ce n'est pas ta faute, tu es juste arrivé au mauvais moment. »
Timcanpy poussa ce qui sembla être un soupir de soulagement et suivit son maître qui se dirigeait à l'orée de la forêt tout en désactivant son Innocence. Une fois hors des bois, il entra dans une plaine dégagée où la lune pourrait l'éclairer suffisamment.
« Tu n'aurais pas d'ailleurs un peu grandi, toi ? » lui demanda finalement Allen en détaillant des yeux le golem.
Pourtant, quatre jours le séparaient de leurs dernières retrouvailles. Mais bon, Allen avait commencé à s'habituer aux transformations spontanées de son compagnon de route. Et pour toute réponse, Timcanpy haussa ses petits bras pour ensuite se déposer contre l'épaule du jeune garçon qui prenait appui à un tronc d'arbre derrière lui.
La lune lui permettait de voir assez clairement pour ouvrir l'enveloppe et commencer sa lecture sans prendre le temps de respirer ou de manger un bout –et il était affamé-.
« Stupide Moyashi,
Tu te crois en vacances toi et tes foutus PS ? Et puis, qu'est-ce tu es allé foutre en Autriche ?
Dis-moi où tu te situes ou je vais sérieusement te frapper (le coup reçut par Timcanpy n'était qu'un avant-goût, MOYASHI). Je suis en Pologne pour ma part, si t'es dans les parages, bouge ton cul et va par là. »
« Alors le coup de boule était intentionnel… » comprit Allen en rivant un regard on ne peut plus sinistre vers Timcanpy perché sur son épaule.
Le fautif gratta le haut de son corps à l'aide du bout de son aile dans une parodie d'innocence, mais Allen finit par lâcher un petit rire amusé. C'est qu'il en mettait du sien Kanda pour que le maudit sorte de sa tanière, s'en était presque touchant.
« J'te jure, si tu continues sur cette lancée-là, j'te dirais plus rien concernant la Congrégation. On va fonctionner comme ça. »
Et il ne semblait pas prêt à lâcher l'affaire. Tout le monde savait qu'un Kanda têtu était à ne pas asticoter, sinon ça pouvait provoquer des conséquences terribles.
Il jeta un bref regard vers les étoiles, touché. Il savait que Kanda n'agissait pas comme ça méchamment. Néanmoins, il refusait que l'autre homme risque à nouveau sa vie pour lui. Ils étaient quittes à présent, après l'avoir aidé en Angleterre –et surtout, pour avoir sauvé les restes de Tim' sans même savoir qu'il allait pouvoir être réparé-.
Allen souhaitait ardemment que Kanda puisse suivre son propre chemin. Il ne souhaitait pas amener une autre personne avec lui dans le fond. Et que par la même occasion, Kanda ait lui aussi sur le dos, le Central tout entier et les Noé.
« PS (plus utile que les tiens) : J'ai érigé sa stèle là où nous avons combattu l'Akuma de niveau 2 à Matera. J'te montrerai.
K. »
Mais les dernières paroles du bretteur enserrèrent son cœur et ses poumons se compressèrent. Ce fut comme-ci les derniers mots de Kanda avaient été aussi puissants qu'une belle droite en pleine figure et que cette action l'avait vidé de tout oxygène.
J'te montrerai.
Ses doigts froissèrent presque le papier et il se laissa lentement glisser le long du tronc d'arbre, tête baissée.
J'te montrerai.
Sa gorge se serra suite à la réalisation que son propre futur ne cessait de vouloir bifurquer encore et toujours vers le Japonais taciturne. Vers son camarade Exorciste et finalement, ami et rival. Cette si petite phrase l'avait bouleversé et éclairait son esprit qu'il tentait en vint d'assombrir pour ne pas agir égoïstement et rejoindre sa famille.
Cette promesse indirecte d'un futur où ils se retrouveraient pour quelque chose qui n'avait rien de similaire à une grande guerre, l'ébranlait.
Il avait toujours été celui qui se donnait des objectifs clairs afin de toujours avancer et se donner l'espoir de ne jamais abandonner. Et à aujourd'hui, c'était Kanda qui lui rappelait une partie de sa personnalité.
« L'escrimeur t'a annoncé le décès d'un de tes amis, pour que tu sois dans cet état ? »
Cette voix fluette eut don de réveiller instantanément Allen qui se hissa sans attendre sur ses pieds, Crown Clown déjà activé. Mais il abaissa sans crainte sa main gauche en remarquant qu'il s'agissait de Road Kamelot perchée sur l'une des branches de l'arbre face à lui, ses jambes se balançant lentement dans le vide.
Il avait déjà eu affaire à elle plusieurs fois depuis son périple seul. Parfois elle venait se moquer de lui, ou à l'inverse, discuter soit de la routine qu'aurait pu avoir une fillette de son âge –de façon consciente pour perturber l'Exorciste- ou tout simplement, des Noé, sans trop lui apporter d'informations. Il avait d'ailleurs essayé de l'interroger, mais cette dernière ne crachait vraiment pas le morceau.
Il y eu des fois où ils se battaient, tout simplement, mais il s'agissait de duels sans réelles conséquences, et Allen aurait parié que la Noé venait jusqu'à lui simplement parce qu'elle s'ennuyait.
« Qu'as-tu manigancé aujourd'hui, » lui fit Allen en plissant les yeux, sa main droite se refermant contre la lettre de Kanda.
De plus, la fillette n'avait pas Lero avec elle, et Allen avait commencé à faire des liens plutôt logiques entre les comportements divergents de Road et la présence ou non du parapluie. Quand Lero était avec elle, elle agissait comme la Noé qu'elle avait toujours été. Mais quand elle était sans le golem parapluie du Comte à la langue trop bien pendue, une part d'humanité se faisait ressentir chez elle.
Une petite part d'humanité, aurait rectifié Allen, parce que la fillette restait hautement dangereuse et sadique, même dans ces moments-là. Mais au moins, quand elle ne jouait pas sa Noé pure et dure, Allen était sûr de ne pas voir les autres membres de sa famille débouler à tout instant pour le capturer.
« Aujourd'hui tu peux abaisser ta garde, mon petit Allen, » lui fit-elle tout en manipulant une carte à jouer entre ses doigts fins. « Je n'ai pas vendu ta position, personne n'est à ta recherche ici. »
« J'ai donc bien raison, le Comte souhaite m'attraper. »
Pour toute réponse, la fillette haussa les épaules puis quitta la branche épaisse afin de se réceptionner doucement sur le sol, comme si son corps avait été aussi léger qu'une plume. Depuis leur première rencontre, Road semblait avoir pris deux ou trois centimètres, et son visage s'était un peu plus assombri, mais au-delà de ça, elle était toujours la même.
Alors pourquoi Allen ne pouvait s'empêcher de ressentir chez Road une tout autre psychologie.
« Alors dis-moi, qu'elles sont les nouvelles du côté de tes très chers compagnons ? » lui demanda-t-elle en esquissant un petit sourire éclairé par la lune pleine.
« Comment sais-tu qu'il s'agissait de Kanda ? » l'interrogea à son tour Allen sans prendre la peine de répondre à ce genre de question dont il ne livrerait certainement pas de réponses précises.
« Tu t'es tant laissé aller en lisant cette lettre qu'on aurait dit que tu me criais tes pensées à la figure. Je n'ai pas pu fermer mon esprit à temps, » lui fit-elle, faussement désolée.
Soudain honteux d'avoir été surpris dans cet état, Allen sentit le rouge lui monter aux joues, ce qui fit nettement plus sourire la Noé en face de lui. Parfois il en oubliait presque que la fillette était facilement capable de percevoir les pensées des personnes l'entourant, sans même avoir à se concentrer.
« Un petit conseil, » ajouta-t-elle, ses yeux tombant jusqu'à la lettre dans la main droite de l'Exorciste. « Tu devrais apprendre à gérer plus amplement tes émotions, surtout quand ça concerne les personnes qui te tiennent à cœur. »
« Oui, nous en avons payé les frais avec tes rêves, Road, » lui remémora amèrement Allen qui ne la quittait pas des yeux.
« Non. C'est de Neah dont tu devrais te méfier. »
Cette phrase lui fit l'effet d'une douche glacée. Il se figea, le cœur battant, réalisant soudain que la fillette était loin d'avoir tort. Il avait beau ne plus avoir eu affaire à Neah depuis un bon bout de temps grâce au sceau temporaire de Link, Allen le sentait toujours quelque part à préparer une autre attaque foudroyante.
Et ça ne faisait aucun doute que le Noé en son sein pouvait en un sens, s'approprier une partie de ses souvenirs et émotions. S'il se laissait trop aller, il finirait par offrir à Neah l'entièreté de ses faiblesses, et il ne pourrait plus rien contre lui.
« Médite là-dessus et prépare-toi, » ajouta la Noé du rêve avec un sourire plus doux.
Les yeux du maudit se posèrent à nouveau sur la fillette, méfiant. Il ne comprenait toujours pas pourquoi elle lui disait tout cela. C'était à croire qu'elle tentait de le protéger du Quatorzième.
« Quel est ton but dans tout ça, Road… ? » lui demanda-t-il, soupçonneux.
« Qui sait… ? »
Puis les doigts qui jouaient agilement avec la carte à jouer se figèrent, et elle plongea sa main dans la surface plane de la carte comme si cette dernière avait un fond dissimulé. Se préparant donc à une attaque, Allen activa son Innocence qui éclaira plus amplement leur emplacement. Cependant, l'aînée du clan Noé n'engagea pas le combat, et finit par ressortir son poing fermé de la carte à jouer qui s'effrita dans la seconde.
« Ce qui tu peux être paranoïaque quand tu t'y mets ! Je ne t'ai pas fait que des misères voyons, » lui fit-elle en mimant l'offense.
« Si tu te mettais une seconde ou deux à ma place, peut-être que tu changeras de discours… »
Puis, la fillette ouvrit le poing en question et un morceau de tissu rouge manqua de s'envoler avec le vent frais provenant de la mer à quelques kilomètres d'ici. Le cœur d'Allen fit un bon titanesque dans sa poitrine quand il reconnut le ruban que lui avait offert Mana dans le creux de la main de la Noé.
Il ne s'en était jamais séparé jusqu'à l'attaque de Anjum, où son hôtel s'était en grande partie effondré, et le ruban rouge qu'il avait dissimulé dans un des tiroirs n'avait pas semblé être épargné. Son idée avait été d'arrêter de porter pendant un temps son bien précieux afin que si Neah prenait encore possession de son corps, ne puisse pas le dépouiller du ruban qu'il porterait autour du cou. Et Allen ne l'avait pas retrouvé dans les décombres.
Et pourtant, le voilà dans la paume de Road. Il n'y avait pas erreur sur l'objet puisque Allen pouvait reconnaître les imperfections du ruban qui l'avaient marqué à l'usure.
« Je l'ai retrouvé il y a quelques jours dans une ville dévastée, » lui fit-elle en s'approchant de l'Exorciste qui était resté figé.
« Est-ce toi qui as mené l'attaque jusqu'à cette ville ? » lui demanda-t-il, la gorge serrée, le cœur battant.
Pour toute réponse, Road s'arrêta devant lui, et d'un coup de main agile et sous l'œil méfiant du maudit, entoura le cou du jeune garçon à l'aide du ruban précieux. Sans la lâcher des yeux, Allen déglutit, ses doigts rencontrant inconsciemment le tissu, et Road recula, mains derrière le dos.
« Non, j'avais école, ce jour-là, » finit par lui répondre Road Kamelot, son corps s'évanouissant dans l'air sans qu'Allen ne puisse l'arrêter.
Ainsi, le maudit resta droit au milieu de cette herbe verte, perturbé par les paroles de la fillette et de ses conseils. C'est Timcanpy qui le sortit de sa torpeur en tentant de lui extirper des mains la lettre de Kanda que le maudit regagna aussitôt dans la panique.
Hello hello, voici donc un chapitre bien plus long que les précédents, je ne pouvais pas simplement intégrer dans ce chapitre la partie d'Allen et ensuite de Kanda, celle d'Allen étant beaucoup trop courte, j'ai continué sur ma lancée en ajoutant un second passage avec Allen. Donc parfois ça serra agencé comme ça ; )
Merci Louloute pour ta review, tes messages font toujours plaisir !
Alors avez-vous aimé, dites moi tout : )
Bonne rentrée à tous ceux qui y passent en ce moment, ciaou !
