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Chapitre 4
Le réconfort de simples mots
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Yû Kanda observait silencieusement le rouquin alité qui scrutait il ne savait trop quoi par la fenêtre ouverte en cette fin de mai. Il ne l'avait pas entendu venir jusqu'à la chambre qu'il utilisait dans l'aile médicale, et le bretteur avait encore une fois, eu un temps d'arrêt.
Cela faisait trois jours qu'ils avaient retrouvé Lavi à moitié inconscient, lorsque l'équipe de Kanda avait infiltré un manoir qu'ils pensaient contenir une fabrique d'Akuma. Mais à leur grande joie, il s'agissait d'une des planques de deux Noé relativement puristes sur les bords et qui désiraient rester résider dans les vieux domaines familiaux.
La bataille avait été rude, les Noé s'étaient enfuis, le grand-père Bookman n'avait pas survécu, mais Lavi était sain et sauf. Certes, à cet instant-là, amaigri, pâle et à l'expression presque perdue tandis qu'il fixait le ciel bleu, mais bien vivant.
Selon l'infirmière en chef, il avait besoin de se nourrir, se reposer, et discuter avec ses amis. Voilà les trois remèdes primordiaux.
« Wow, je ne pensais pas que le grand Kanda irait jusqu'à me payer une visite tous les jours, » fit soudain Lavi, ce qui tira Kanda hors de ses pensées.
La voix du futur Bookman n'était plus aussi enjouée qu'elle l'avait été, et ça pouvait se comprendre suite à ses journées d'incarcérations et sa fatigue extrême, mais le doux sourire que le rouquin lui offrit en se retournant vers lui, certifia pour sûr qu'il s'agissait bien de Lavi et pas d'une des manigances de Lulubelle.
« Sache que je ne viens pas de mon plein gré, imbécile, » railla Kanda en entrant dans la chambre. « J'te ramène juste un truc que Krory voulait que tu aies avant son départ en mission. »
Intrigué, Lavi se redressa contre son oreiller, ignorant les piques de douleurs qui traversaient tout son corps dès qu'il se mouvait. Kanda quant à lui, déposa un sac cartonné sur la table de nuit, près des vases fleuris que lui avaient apportés Lenalee et Miranda dans la matinée. Il s'agissait de Comic Strips que Krory avait ramené de Suisse. Aucun doute, ça allait vraiment plaire à Lavi.
Néanmoins, le blessé ne sauta pas tout intrigué sur le sac pour voir ce qu'il renfermait. Non, ce dernier reporta son regard vers Kanda qui s'était apprêté à quitter la pièce. La dernière fois qu'il avait « discuté » avec Kanda, Lavi se rappelait avoir encore le cerveau flouté par les calmants et n'avait pas été au courant de toute l'histoire. Dans son délire, il avait alors sorti à Kanda tout sourire qu'il « espérait que la prochaine fois, c'était Lenalee qui viendrait l'aider à prendre sa douche et pas cette vieille folle ».
Ça lui avait valu une gifle de la part de la vieille folle en question qui se tenait près de Kanda et un soupir excédé de la part du bretteur.
« On m'a raconté… » commença donc Lavi qui profita du fait que Kanda n'était pas en proie à sa mauvaise humeur habituelle, et visiblement, capable de l'écouter jusqu'au bout. « Pour tout ce qui s'est déroulé depuis l'incident dans la branche Américaine. »
Il est vrai qu'il avait raté une bonne partie de l'histoire à s'être fait enlever par les Noé d'entrée de jeu. Et ça s'appelait Bookman ? Quelle ironie du sort.
« Merci d'être revenu pour Allen, » compléta-t-il avec un sourire satisfait, loin d'être moqueur. « Ça fait plaisir de savoir que vous vous êtes bien entendus sur ce coup-là. »
Kanda plissa les yeux, méfiant. S'il savait ce que le maudit était en train de lui faire vivre à jouer à cache-cache... S'il savait dans quelle sombre frustration cette pousse de soja le poussait constamment…
« Et j'en ai conclu que tu as aussi réussi à entrer en contact avec lui, » ajouta-t-il de façon plus énigmatique. « Et que tu caches des petits secrets concernant cette correspondance. »
« Ce n'est pas des petits secrets ! » se braqua aussitôt Kanda qui regrettait de ne pas avoir Mugen sous la main pour lui offrir une menace directe. « Je prends simplement des précautions au lieu de hurler à la moitié du Q.G. qui souhaite sa capture immédiate, un potentiel moyen de pouvoir le retrouver ! »
« Oh, Maréchal Yû profite d'être peu surveillé pour communiquer avec notre Paria adoré… » répondit Lavi, plus sournoisement.
Si Lavi ne paraissait pas si amaigri dans sa blouse de patient de l'aile médicale, il l'aurait étranglé à mains nues.
« Tu la veux celle-là ? » siffla Kanda à son encontre tout en désignant une main destructrice.
Mais visiblement, cet échange eut dont d'apaiser l'esprit encore torturé de l'archiviste, et le petit rire qui le prit calma les ardeurs brutes du bretteur. Visiblement, son petit séjour n'avait pas changé l'homme qu'était Lavi. Et en un sens, Kanda dut s'avouer qu'il préférait que ça soit ainsi.
« D'ailleurs, t'es sûr que tu n'as pas gagné ton statut de Maréchal dans une pochette surprise ? » ajouta le rouquin, index contre son menton. « Si mes côtes ne me faisaient pas souffrir, j'aurais explosé de rire quand Komui m'a annoncé ta promotion. »
S'en était trop. Kanda pouvait laisser couler certains affronts à son encontre quand on était quelqu'un d'alité après des mois chez les Noé, mais toutes bonnes choses avaient ses limites.
« J'me barre. Dès ton réveil tu me saoules déjà, » trancha Kanda en tournant les talons pour quitter la pièce d'un pas rageur.
Quand la porte se referma derrière le bretteur, Lavi ferma un instant les yeux et sourit doucement. Il était au courant quant au sacrifice énorme qu'avait fait Kanda en revenant à la Congrégation et acceptant le statut de Maréchal. Le rouquin n'était pas bête, il savait que ça ne servait à rien de plaindre Yû. Alors il avait opté pour un brin de plaisanterie, espérant pouvoir énerver le kendoka d'une colère amicale.
Kanda quant à lui, resta un instant immobilisé devant la porte fermée, presque surpris de voir que Timcanpy battait des ailes silencieusement dans le couloir, enveloppe en bouche.
Une semaine s'était écoulée, et le bretteur s'était pris à presque s'inquiéter, normalement habitué aux réponses rapides du maudit. Il cacha donc son soulagement, et reprit contenance.
« Tss, si ton objectif est de te faire chopper par le Central, c'est ça continue de te balader en plein jour dans un couloir aussi fréquenté que celui-ci… » s'exaspéra le brun en fixant Tim' d'un air mauvais. « Avec qui plus est, la lettre de Moyashi dans la bouche ! » ajouta-t-il plus ardemment en lui arrachant vivement l'enveloppe des dents.
Timcanpy lui montra les crocs mais vint finalement se dissimuler dans le gilet que portait actuellement Kanda dépourvu d'uniforme aujourd'hui, et l'humain le laissa faire, guidé par son impatience et la petite angoisse qui ne l'avait pas quitté de toute la semaine.
Ainsi, il s'adossa au mur derrière lui et ouvrit la lettre, constatant avec quiétude que l'écriture du maudit avait repris une certaine finesse que la dernière n'avait pas et qui avait trahi son mal-être du moment.
« Salut, KandAbruti.
Désolé pour l'attente de la réponse. J'avais besoin de Timcanpy afin d'éclaircir quelque chose. »
Il laissa échapper un petit « pfft » suite au surnom très recherché, puis reprit finalement sa lecture, ne remarquant pas que l'esquisse d'un sourire s'était emparée de ses lèvres.
« Un homme ayant travaillé pour les a été de passage en Autriche, il m'a conté une partie de son voyage, c'était intéressant. D'où le dernier paragraphe de ma dernière lettre. »
Visiblement, le Moyashi continuait ses recherches quant au Quatorzième. Comme il avait annoncé à Johnny et à Kanda avant son départ, il devait impérativement apprendre à connaître Neah D. Campbell afin d'avoir un avantage sur lui –et ça ne les avait pas trop rassuré sur le coup mais à cet instant-là, le maudit avait su être convaincant-. De leur côté, Kanda n'avait rien appris de plus sur les Noé ou à propos de ce fameux nom de famille qui était sorti des abimes il y a peu.
Chacun faisait sa part du travail, finalement.
« Tiens donc, tu me guideras jusqu'à la tombe d'Alma ? J'ai pensé que tu aurais trop de fierté pour daigner me proposer ce genre de chose. Ce sera donc avec joie que j'irai me recueillir avec toi. »
« Si tu sortais un peu de ta cachette, oui… » maugréa Kanda qui espérait que la petite pousse de soja consente à lui fournir quelques informations cruciales quant à sa planque.
S'il ne le faisait pas, il finirait par menacer son golem de façon très sérieuse afin qu'il crache le morceau.
« Si tu veux tout savoir, actuellement, un seul pays nous sépare. »
« Je suis revenu au Q.G., sombre andouille… »
Certes, voilà enfin qu'il déliait un peu sa langue, mais ça ne l'aidait en rien. Quand il était en Pologne, savoir qu'un seul pays s'interposait entre le leur ne l'aurait définitivement pas aidé plus que ça. Cet idiot n'avait aucune envie de lui fournir des indices précis.
« PS (qui enrichit ta culture) : Savais-tu qu'aux Pays-Bas, à la naissance d'un enfant, les Néerlandais ont pour habitude de faire déguster à leurs amis, voisins ou connaissances, des petites biscottes recouvertes de boule d'anis ? Si c'est une fille, ils seront roses, et si ce sont des bleus, c'est un garçon. Je trouve ça touchant. (attention Bakanda, si toi et ton royal cynisme décrète de ne pas y gouter, tu pourrais vexer les jeunes parents !)
A.W. »
Toujours à parler de bouffe celui-là… s'échauffa Kanda qui était incapable de mener une enquête poussée avec si peu d'indice quant à sa localisation. Néanmoins, il ne put s'empêcher de sentir un poids sur ses épaules s'évanouir et alléger son cœur le temps d'un instant. La pousse de soja était toujours bien vivante, et égale à lui-même. Et puis, si Timcanpy ne paniquait pas, c'est qu'il ne devait pas être en danger à l'heure actuelle.
« Toujours pas décidé à me guider jusqu'à lui ? » marmonna Kanda à l'adresse du petit corps de Timcanpy qui apparut à la lumière lorsqu'il ouvrit son gilet.
Pour toute réponse, le golem glissa jusqu'au dos de l'Exorciste afin de se protéger du regard noir qui lui avait tiré Kanda.
Puis, après un soupir résigné, Kanda se détacha du mur, et quitta l'aile médicale. Et ce qu'il ne vit jamais, ce fut le petit sourire satisfait qu'arborait Lavi à cet instant-là, tapi près de la porte qu'il avait entrouverte afin de tomber sur un Yû Kanda plongé dans une profonde lecture. Le sourire inconscient qu'il avait tiré durant une bonne partie de sa lecture ne se détacherait pas de sitôt de la mémoire du futur Bookman.
O
Allen Walker se décourageait, et pourtant, ce n'était pas dans sa nature, loin de là. Mais les mois de recherches et tout ce qu'il apprenait quant à la famille Campbell ne l'aidaient en rien à comprendre comment il pourrait faire pour arrêter le Noé de s'agiter en lui. Son maître l'avait prévenu après tout, c'était ça, son destin. Être avalé par l'esprit de Neah et lui servir d'hôte jusqu'au bout. Mais Allen n'y avait pas cru, et s'était juré de ne jamais abandonner.
Une fillette debout à côté de lui dont les cheveux sombres flottaient doucement dans le vent provenant de la mer en face d'eux, rangea les feuilles encrées dans un livre qu'elle referma et qu'elle déposa sur le sable près d'elle en s'asseyant. Elle et Allen restèrent silencieux un moment à fixer le soleil qui se couchait dans le lointain, apportant une douce couleur orangée à l'étendue d'eau.
« Tes théories sont loin d'être fausses, Allen, » lui fit-elle, ses doigts caressant avec douceur la première de couverture. « Mais les solutions que tu te tues à chercher ne donneront rien. Elles sont toutes inutiles. »
Son index vint suivre l'incurvation des lettres dorées qui ensemble, produisaient le nom .
Allen quant à lui, quitta des yeux le soleil éclatant de fin d'après-midi, et reporta un regard flegmatique vers Road Kamelot, nullement sur ses gardes. Il commençait à être habitué à sa présence et en silence, la fillette avait passé en revue toutes les notes et idées qu'avait prises le maudit durant ses diverses recherches pour ensuite lui donner son verdict. Et en réalité, il s'était douté de sa conclusion.
« La seule solution pour mettre fin au Noé en toi, c'est de mettre fin à tes jours, » fit-elle ensuite, tirant ses bras en arrière pour prendre appui dans le sable frais. « Et même si tu y parvenais, pas sûr que Neah te laisse terminer la sale besogne. »
« C'est pour ça que je ne m'étais pas attardé sur la question, » lui avoua Allen en se laissant lourdement retomber sur le sable, tout en fermant les yeux pour inspirer l'air frais que lui offrait le vent marin.
Les yeux de la Noé du rêve restèrent un instant rivés jusqu'au livre ancien –elle s'était même demandé par quel miracle Allen avait pu se le procurer- puis s'allongea près d'Allen, sur le ventre, son index traçant pensivement des lignes dans le sable.
« Ou alors, tu peux essayer d'entrer en contact avec Neah… et signer avec lui un accord, » glissa-t-elle, distraitement.
Le maudit pivota aussitôt sa tête jusqu'à elle, soudain bien intéressé. Il savait que la fillette ne lui disait pas tout –et l'inverse aurait été étonnant-, et il se mit à espérer pendant un instant que tout ceci ne s'agissait pas un piège conçu de toutes pièces.
« Quel genre d'accord ? » lui demanda-t-il en se redressant.
Mais soudain, quelque chose se déposa entre ses jambes et attira aussitôt son attention, étant sans cesse sur le qui-vive quand il s'agissait de menaces extérieures. Mais quelle ne fut pas sa surprise de voir qu'il s'agissait d'une enveloppe froissée et d'apercevoir Timcanpy voler juste au-dessus de lui.
« Tiens, tiens, une réponse de Monsieur Couteau-de-Cuisine ? » se hasarda Road, petit sourire vicieux sur les lèvres, tout en faisant glisser son doigt entre les grains vermeils.
Ne se souciant pas de la présence de la Noé en robe blanche allongée à à peine un mètre de lui, Allen tapota amicalement ce qui semblait être le crâne du golem et referma ses doigts gantés autour du message conservé dans l'enveloppe. Lorsqu'Allen ouvrit le battant, Timcanpy creusait un trou dans le sable pour s'y loger et Road se redressa en position assise pour river vers lui un regard prononcé.
Allen ne se soucia pas de la présence de la Noé.
« Oui, j'te montrerai si tu te décides enfin à sortir de ta putain de cachette ! Fini les devinettes ! »
Dès la première phrase, Allen laissa échapper un rire qui surprit la Noé. En l'espace de quelques secondes, le maudit avait fait tomber le masque réfléchi et désillusionné qu'il arborait depuis un temps déjà. Ainsi, elle ne le coupa pas dans sa lecture, et demeura silencieuse à scruter la moindre de ses expressions.
« Pourquoi t'es pas né aux Pays Bas ? Je t'aurais étouffé dès la naissance avec ces bonbons, histoire qu'on en parle plus ! Tu saoules, Moyashi ! C'est quoi ce foutu indice du pays entre le tien et le mien ? Sais-tu combien de pays sont limitrophes de la Pologne ?! »
Allen fut pris d'un frisson d'effroi, remarquant que l'expéditeur de ce message avait cédé pendant un temps à ses pulsions. Ça pouvait aussi se lire à l'écriture plus raide et à l'encre qui avait presque déchiré le papier. C'est qu'il n'en démoderait pas, dit donc.
Puis, il lui sembla que Kanda avait fait une pause dans son écrit, car la suite était rédigée de façon plus nette –mais toujours bourrée de fautes d'orthographe- et l'encre paraissait légèrement différente.
« Autre chose, j'ai pas voulu te le dire avant parce qu'on n'était pas sûr de pouvoir le sauver de l'état dans lequel on l'a trouvé, mais on a récupéré Lavi en vie. Pas le grand-père, mais notre idiot de lapin est bien entre les murs du Q.G. actuellement. Lee le coucoune à un point, s'en est maladif. Komui va certainement commettre le meurtre de cet imbécile dès son réveil. Et pourquoi je te raconte tout ça moi ? »
Les larmes lui montèrent aux yeux, soulagé. Ce paragraphe venait de le réconforter en si peu de temps. Lavi était bien vivant et protégé au quartier général. Certes, il eu de la peine pour le grand-père de son ami, mais ne pu s'empêcher de pousser un long soupir, apaisé.
Il n'en glissa pas mot à Road qui la fixait toujours de ses yeux clairs, bien qu'il savait pertinemment qu'elle était au courant.
« Je te le répète, si tu t'obstines à rester dans ton coin, je ne dirais plus rien.
Ne m'oblige pas à sonder chaque petit village de l'Europe centrale, et à m'énerver ce qui me poussera à égorger chaque paysan qui me dira ne pas t'avoir vu ! »
Malgré la folie dangereuse que dévoilait Kanda dans ses mots et qui terminait le message de façon si abrupte, Allen fut touché. À vrai dire, il aurait pensé que Kanda abandonne rapidement, ce dernier lâchant prématurément les rênes quand il savait que c'était perdu d'avance.
« Est-ce de l'amour ? » s'enquit soudain Road silencieuse jusqu'ici.
Pris de court, Allen manqua de peu de déchirer en deux la feuille entre ses mains et porta un regard stupéfié et affolé vers la fillette qui ne paraissait pas perturbé le moins du monde. Son expression restait profondément neutre.
« Ne dis pas n'importe quoi ! » s'écria-t-il, rouge, lettre contre son torse comme pour dissimuler les écrits de son correspondant.
Cette fois-ci, Road rit de façon presque affectueuse, et reporta vers lui un regard désolé.
« Nettoie-moi cet air scandalisé, Al'… »
« Road… » l'avertit Allen qui savait pourtant qu'il serait difficile de se cacher alors que son pouvoir pouvait fouiller son âme.
« Chez nous, on ne se prend pas la tête pour si peu, » ajouta-t-elle en haussant les épaules, désinvolte. « L'un des jumeaux ne jure que par les hommes, et tu ne verras jamais Fiddler avec une femme dans son lit. »
Allen osa à peine lui rappeler que les Noé n'étaient en rien des exemples, et tenta d'oublier les informations sorties sans pudeur par la jeune Noé. À la Congrégation de l'Ombre c'était une autre histoire. Si jamais le Central venait à apprendre que le grand Allen Walker s'était entiché d'un autre homme, il ne payait pas cher de sa peau, et ça accumulerait une autre peine sur sa tête. La belle affaire.
« Vous êtes trop étouffé par votre Dieu et son éthique… Pour absolument tout… » reprit-elle dans une expression presque peinée.
« Et ça vous donne le droit d'anéantir l'humanité ? » grinça Allen entre ses dents. « Peut-être que certaines morales peuvent vous paraître extrêmes, mais ça ne justifie pas vos agissements. »
Et pourtant Allen Walker était sur une plage reculée du monde aux côtés de Road Kamelot sans même craindre la fillette. Si le chef de l'organisation Centrale, Luberier, voyait ça, il aurait eu un infarctus instantané.
Ils retombèrent donc tous les deux dans un lourd silence, la Noé ne se donnant pas la peine de lui répondre. Allen replongea son regard dans la lettre froissée, relisant d'un air ailleurs le paragraphe à propos de Lavi.
« Pourquoi ne lui demandes-tu pas de venir, s'il te manque tant et s'il veut à ce point courir au suicide ? » intervint soudain Road qui à l'aide de son don, avait très vite compris les mots que portait cette missive.
Allen lui reporta un regard dubitatif, se demandant bien si cette question était sincère ou non, ou si la fillette tentait encore une fois de se moquer de lui ou de lui faire la morale. Mais l'expression franche de l'ainée du clan le déstabilisa et il se prit à lui répondre de façon tout aussi honnête.
« Je ne veux pas qu'il sacrifie encore une fois sa vie, » lui fit-il en se lançant dans une contemplation pensive de la mer grise. « Je souhaite pour lui une vie enfin paisible et loin de toute menace. Il le mérite amplement après ce qu'il a vécu. »
Un hochement de tête de la part de Road fut suffisant, et elle scruta un instant ce qu'elle avait tracé dans le sable. Elle sentait une perturbation distincte chez Allen, indice qui permettait de constater qu'au fond, Allen était attristé à devoir procéder ainsi, mais la détermination qu'elle put aussi lire brouillait tout le reste.
Puis, la petite se leva agilement et retira d'une main les grains de sable qui s'étaient piégés dans sa robe. Il était temps de partir.
« Pourquoi me suis-tu… ? » lui demanda fermement Allen en la scrutant de façon prononcée.
Elle ne lui avait jamais offert une réponse franche jusque-là, si bien que le blandinet avait fini par laisser tomber, ayant des problèmes plus importants à régler. Mais ce soir-là, il semblait résolu à obtenir une réponse. Road se retourna vers lui, contemplant le visage d'Allen Walker éclairé par la lune derrière elle.
Elle sembla hésiter un instant, puis se lança avant de disparaître :
« Crois-le ou non… Tu me manqueras, Allen Walker. »
« Attends ! »
Mais il était trop tard, son corps s'était déjà évanoui dans le vent de la nuit, et la main d'Allen tirée devant lui se referma autour du vide. Mais en abaissant cette main, alors qu'il croyait ne plus rien pouvoir soutirer de Road aujourd'hui, ses pupilles grises cendrées vinrent se déposer là où la Kamelot avait procédé à des tracés dans le sable froid.
« Propose-lui un an »
Était-il écrit, employant une belle calligraphie.
Allen ne fut pas long à comprendre que ce message lui était entièrement destiné, et il plissa les yeux, étudiant chaque mot apposé dans le sable, mais il ne parvint pas à comprendre sa signification. Il tenta un regard autour de lui afin de potentiellement tomber sur Road, mais cette dernière paraissait être réellement repartie près des siens.
Puis le vent qui s'élevait brassa les grains de sable et vinrent brouiller le dernier message laissé par Road pour lui.
J'aime beaucoup trop Road, vous avez dû le remarquer. J'adore les interactions qu'elle peut avoir avec Allen, c'est un personnage complexe et sympathique à utiliser.
Lavi est de retour dans le game, je l'aime aussi beaucoup celui-là. Et puis son retour à un peu soulagé notre petit Allen en plein dans la tourmente :D
Ayant eu peu de retour pour le dernier chapitre, je commence à flipper, j'espère que ça vous plaît toujours et que cette histoire vaut le coup d'être continuée :o N'hésitez pas à me dire ce qu'il faudrait potentiellement changer, ou quelques remarques qui pourraient m'aider !
À très vite : )
