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Chapitre 6
À la recherche d'Allen Walker
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« Toi tu restes ici ! »

Allen, pratiquement assommé par ce coup sorti de nulle part, laissa ses fesses rencontrer la banquette sans douceur. Et le regard que lui lançait Cross à cet instant précis, lui assurait qu'il ne sortirait pas d'ici avant d'avoir craché le morceau.

« Je n'ai pas de temps à perdre avec vous ! » s'exclama Allen qui pourtant, ne fit pas mine de se lever à nouveau, sachant comment ça allait se terminer.

« C'est pourtant toi qui es venu me chercher, idiot. »

Alors qu'il cherchait un mensonge en espérant que son maître ne vienne pas jusqu'à se battre contre lui dans le restaurant afin de lui dérober la lettre, Cross se tourna vers Timcanpy et l'interrogea tout en gardant à l'œil le maudit assis face à lui.

« Soit gentil et aide mon imbécile de disciple à ouvrir la bouche, » lui fit-il en désignant Allen du bout de sa cigarette. « Qui t'a donné cette lettre ? »

Timcanpy se retourna vers Allen qui lui fit les gros yeux, dans une silencieuse promesse que s'il vendait l'identité de son correspondant, il y aurait de lourdes conséquences. Ainsi, pris le cul entre deux chaises, Timcanpy sua à grosses gouttes et vint se réfugier sous la table au grand bonheur du maudit.

Néanmoins, l'expression grave que tira Cross vers lui le fit blêmir et un frisson d'horreur parcourut tout son corps. Quand son maître s'était mis une idée en tête, il était difficile de le faire changer d'avis.

Cross tendit sa jambe gauche sur la table, afin que le talon de sa botte épaisse repose sur la banquette d'Allen, tout près de lui, l'empêchant donc de quitter son emplacement, et Allen s'enfonça plus profondément dans le dossier derrière lui, hésitant sérieusement à utiliser son Innocence pour déguerpir d'ici à la première occasion.

Mais loin de lui l'envie d'attirer encore plus les regards vers le drôle de duo qu'ils étaient tous les deux et de dévaster la moitié du petit café allemand.

« Laissez-moi tranquille ! » s'exclama Allen alors que Cross jetait sans douceur une mallette noire sur la table.

Sans répondre, Cross ouvrit la mallette après avoir composé un code qu'Allen ne déchiffra pas de sa position. Quelques effets personnels se trouvaient dans la valise aux reliures dorées, telles des chemises hors prix et des bouteilles de liqueur, ainsi que des dossiers soigneusement rangés que Cross commença à sortir sous les yeux d'un Allen perdu.

« En quoi ça peut autant vous intéresser ?! » ajouta Allen quand Cross referma la valise tout en feuilletant l'un des dossiers entre ses mains.

« J'ai été en partie ton éducateur. Je me considère donc être en droit de découvrir l'identité de ta future épouse, » annonça-t-il sans même jeter un regard vers lui.

« Arrête avec ça ! Ce n'est pas ce que vous croyez ! »

Le Maréchal prit le temps d'expirer un nuage de fumée non loin du visage d'Allen et lui jeta ensuite un regard critique.

« Ton visage aussi rouge qu'une tomate me pousse à croire le contraire. Je te croyais capable de mystifier toute expression du visage au poker ? »

Oui, aux cartes à jouer, Allen Walker était un as de la triche et de ce qu'on appelait communément, le pokerface. Mais à aujourd'hui, la déstabilisation et la pression que lui infligeait son maître l'empêchaient de recourir à sa technique.

« Je n'ai pas le visage rouge, » riposta tout de même Allen qui ne pouvait pas croire que son expression soit si évidente que ça.

« Regarde-toi dans un miroir, on en parle après. »

Les doigts du Maréchal vinrent se figer sur un petit paquet de feuilles et un sourire mesquin se dessina sur ses lèvres qui tenaient adroitement la cigarette encore allumée. D'une main vive, il récupéra ce tas de papiers qui semblait tant l'intéresser, et durant l'espace d'une seconde, Allen se prit à espérer qu'il avait oublié cette idée grotesque et que Cross allait lui apporter de potentielles informations qu'il avait apprises sur les Noé durant son périple.

Cross repositionna ses lunettes à l'aide de son index et reporta un regard perçant vers son disciple.

« J'ai ici la liste exhaustive des membres de notre communauté, » lui dit-il en articulant, tel un père qui conversait avec son fils de deux ans. « À chaque prénom, je veux que tu me regardes dans les yeux et que tu oses me dire non. »

« C'est une blague que vous me faites là ? » s'étrangla Allen qui espérait si fort qu'un Akuma vienne foutre la pagaille à leur table.

Et puis, depuis quand son maître gardait-il avec lui une liste précise de tous les membres de la Congrégation ? Si Allen ne le connaissait pas si bien, s'en était à se demander s'il ne pactisait pas avec l'ennemi en leur vendant des noms quand ça lui chantait.

« Écoute-moi bien, gamin, » reprit Cross de façon sinistre en faisant craquer la jointure de ses doigts. « Toi et toi seul est venue me déranger en me hurlant dessus, me foutant la honte au sein de toutes ces douces dames pour me trainer jusqu'ici. Assume les conséquences ! »

Rectification, Cross avait tiré Allen jusqu'au café par la peau du cou pour éviter d'ameuter un attroupement.

Allen déglutit nerveusement en louchant presque sur les feuilles entre les mains de Cross qui continua par la suite à fumer tranquillement, yeux plongés dans les documents qui lui faisaient face.

« Commençons par le plus évident, » énonça Cross en reportant un regard pénétrant vers le garçon en face de lui, afin de percer à jour la moindre de ses expressions. « Lenalee Lee. »

Mais Allen n'était certainement pas décidé à lui répondre et prendre part à son jeu débile. Il allait lui faire bouffer toutes ces feuilles et l'étouffer avec. Après tout, le monde pensait qu'il était déjà mort, ça n'attristera personne.

« Réponds ou j'embarque Timcanpy avec moi, et tu pourras dire adieu à tes échanges de lettres passionnées, » l'avertit Cross alors que Timcanpy venait à peine de sortir de sa cachette pour lécher le sel dans l'assiette d'Allen.

« Vous êtes le pire des-… »

Mais le couteau qui fila dans le vent et qui frôla l'oreille droite d'Allen pour se planter dans le dossier derrière, le fit hoqueter de surprise et Timcanpy détala comme un lapin sous la table, apeuré par la soudaine attaque de Cross Marian.

« NON CE N'EST PAS LENALEE ! » hurla Allen sur le coup, suant à grosses gouttes.

Une petite perlée de sang vint couler dans le cou du maudit, et tant il avait été apeuré par la lame qui s'était plantée non loin de son visage, qu'il ignora le liquide venant tacher le col de sa chemise. Il savait la prochaine carte, c'était un violent coup de marteau contre son crâne. Ça ne faisait aucun doute là-dessus.

Ce type était un monstre.

« Je m'en doutais, » avoua Cross en haussant les épaules de façon détachée. « Elle a plus d'yeux pour moi que pour un gringalet comme toi. J'ai toujours dit qu'elle avait de bons goûts. »

« Ne dites pas n'importe quoi ! »

Puis, Cross passa en revue toutes les femmes de la Congrégation, toutes branches confondues, passant de Miranda Lotto, jusqu'à Fô ainsi que les scientifiques qu'il avait potentiellement croisés jusqu'ici. Allen se contentait de secouer la tête à chaque fois, résolu à ne jamais cracher le morceau.

Il tenta de hocher la tête pour un prénom aléatoire, mais Marian sut aussitôt qu'il mentait et avait planté la fourchette tout près de la main droite que le maudit avait laissée à découvert sur la table du café.

Sait-il vraiment quand je mens ? se demanda intérieurement Allen piégé dans les griffes de son maître infâme.

« Je sais que cette femme vient obligatoirement de la Congrégation, ça ne sert à rien de se défiler, » l'avertit Cross en feuilletant le reste des feuilles tachées d'encre. « Crache le morceau maintenant. C'est une nouvelle recrue, n'est-ce pas ? Ou-… »

Cross figea toute action, index levé, comment digérant une révélation tout bonnement impensable, et Allen tenta une échappatoire en glissant sur la banquette mais le pouvoir de Maria qu'activa sans attendre son maître le figea sur place.

Ça ce n'était pas du jeu. Pas du tout. Allen le foudroya du regard alors que son corps partait se rasseoir tout seul et Cross se mit à lui sourire de façon bien trop sournoise à son goût. Il était dans une impasse y avait pas à dire. En plus de ça, le maudit savait pertinemment que son maître jouait avec lui, auquel cas le Maréchal n'aurait pas hésité une seule seconde pour lui arracher l'enveloppe du manteau et voir de ses propres yeux qui était son correspondant.

Quoi que… Kanda ne signait que très rarement ses lettres.

« Est-ce que par hasard le très grand Allen Walker se serait entiché d'un garçon, » se hasarda faussement Cross qui au vu de son expression moqueuse, ne nécessitait pas d'approbation de la part du maudit.

Allen vérifia avec horreur que les clients autour de lui n'avaient pas entendu ce que venait de prononcer son maître sans pudeur. Mais le petit café restait très calme à cette heure si tardive de l'après-midi, et mise à part la vieille femme près du bar et deux hommes qui jouaient aux cartes près de l'entrée, aucune oreille potentielle ne pouvait avoir discerné les paroles lancées en l'air.

« Très bien, commençons, » déclara le grand roux qui n'avait pas loupé l'affolement du blandin.

« Arrêtez ça tout de suite, ou je préviens anonymement le quartier général que vous êtes toujours en vie quelque part en Allemagne, » le menaça sérieusement Allen en le pointant sévèrement du bout de son index.

« Pour qu'on te prenne pour un fou ou un petit plaisantin ? Je prends le risque. »

Allen grinça les dents. S'il en avait le pouvoir, il aurait assommé cet imbécile, l'aurait ligoté et l'aurait livré aux portes de la Congrégation avec un petit mot qui stipulait d'en prendre soin.

Les yeux de Cross parcouraient les noms inscrits sur les feuilles, recherchant dans le tas de prénoms les amis d'Allen. Il prit rapidement un air lassé en remarquant qu'il y avait bien trop de noms masculins dans cette liste, et que s'il ne tapait pas juste très rapidement, ils allaient y passer la nuit.

« Hum… Ton ami dégingandé au patch sur l'œil… Lavi, » proposa donc Marian qui ne fut pas étonné de ne pas le voir apparaitre dans la liste.

« Il n'est pas dégingandé, » mordit aussitôt Allen dont la moue presque enfantine aurait quasiment fait hurler de rire le Maréchal.

Mais Allen n'en dit pas plus, et Cross concéda que ce n'était pas lui, n'ayant rien remarqué de probant dans l'expression grincheuse de son disciple aux cheveux blancs. Il passa donc en revue quelques personnes qu'il pensait faire l'affaire lorsque ses yeux tombaient sur un nom approprié, mais Allen restait silencieux et Cross étudiait scrupuleusement son visage.

Si bien qu'après vingt minutes, Allen se mit à parier que Cross allait laisser tomber. Surement ne s'imaginait-il pas qu'une personne comme Kanda pouvait lui écrire. Néanmoins, ses espoirs furent réduits à néant lorsque Marian en vint à la dernière feuille, et que son regard se posa un instant sur « Yû Kanda ».

Il plissa les yeux un instant, réfléchit en silence, et reporta un regard suspicieux à l'égard d'Allen qui était resté impassible jusque-là.

« Ne me dis pas que tu as le béguin pour le samouraï toujours de mauvaise humeur, » lui lâcha Cross, un sourcil arqué à son adresse.

Allen se demanda sérieusement comment Cross était venu à supposer simplement avec une lettre que son disciple avait le béguin pour quelqu'un –et il n'avait pas tort-. Était-il si facile à lire que ça ? Mais il ne pipa mot, soutenant le regard que lui adressait Cross.

Mais le sourire perfide qui éclaira le visage de son homologue ne rassura en rien le garçon au pentacle.

« C'est de Yû Kanda dont tu t'es épris, » conclut Cross en refermant le dossier pour ensuite le jeter sur la mallette toujours déposée contre la table. « Ne prends pas cet air scandalisé, veux-tu. Je peux lire dans ton regard les yeux fermés, crétin. »

Allen Walker allait l'exploser. Mais dans son élan d'acide colère, il fut coupé brutalement lorsqu'une serveuse vint jusqu'à eux pour débarrasser les assiettes et leur adresser un beau sourire –surtout à Cross qui aussitôt, pris un air plus aguicheur-.

« Désiriez-vous un autre café, monsieur ? » lui demanda la jolie brune, ignorant parfaitement Allen qui bouillait dans son coin.

« Vous m'en voyez profondément désolé, mademoiselle. Mais nous sommes sur le point de partir, » lui fit Cross pour ensuite battre des cils et lui offrir un sourire charmeur qui révulsa le blandin face à lui. « Néanmoins, si vous me faites part de vos horaires, le destin ne sera pas parvenu à nous séparer et je viendrai vous prendre à la fin de votre service pour qu'on puisse aller boire un verre. »

Pendant que la serveuse répondait allègrement aux approches du Maréchal, Allen se renfrogna encore plus, chagriné de voir que son maître ne changerait jamais. Timcanpy vint reprendre place sur son épaule, et la pression qu'avait installée son maître durant son interrogatoire finit par s'évanouir.

Quand lui et Cross quittèrent donc le café après que le plus âgé eut récupéré sur un papier les horaires de travail de la jeune serveuse, le soleil commençait à peine à se coucher, et de délicieuses odeurs de nourriture commençaient à se répandre dans la rue animée.

« Est-ce moi qui t'ai dégouté des femmes ? » lui demanda Cross, porte du café refermée derrière lui, clope toujours au bec.

Allen sortit de sa petite rêverie et mis tous les efforts du monde pour ne pas frapper ce visage sournois que lui offrait son maître à l'heure actuelle.

« Je refuse d'avoir ce genre de conversation avec vous, » annonça Allen d'un ton catégorique.

Cross ricana en jetant d'une pichenette la cigarette consumée sur le pavée de pierre, très vite écrasée par la roue d'un carrosse. Les deux hommes restèrent sur le trottoir durant quelques instants, plongés dans un silence presque doux, Allen évitant soigneusement le regard de son maître.

En y réfléchissant, il avait l'impression d'avoir fait un bond en arrière, quelque part dans une partie de sa vie que le maudit certifiait vouloir oublier, mais qui au fond, avait fait de lui ce qu'il était actuellement.

Un vent chaud vint brasser leurs cheveux, et Cross hissa finalement sa mallette contre son épaule, puis inspira ce bon air frais.

« Idiot de disciple… » dit-il en tirant le capuchon de son manteau contre son crâne. « Il est temps de se séparer. Nous avons du boulot. »

« Ne vous faites pas écraser en traversant la chaussée, ce serait dommage, » ironisa le maudit, les joues encore rougies par cette bataille d'usure dans le café.

Cependant, avant qu'Allen ne puisse tourner les talons et quitter son maître sans plus de courtoisies, ce qui était routinier, la voix de Cross l'arrêta :

« Allen. »

Le concerné se retourna vers lui, et observa Marian Cross dont le sourire lui était totalement étranger. Était-ce un sourire peiné ? Sincère ? Touché ?

« Ce fut plaisant d'avoir pu discuter avec toi, » lui fit-il simplement.

Comme deux ronds de flancs, Allen resta paralysé, mais Cross ne s'y attarda pas, et tourna les talons, poursuivant son propre chemin.

Timcanpy observa son ancien maître disparaitre dans la foule, le cœur lourd, et un vent soudain glacial vint frapper le dos de l'Exorciste, le poussant à faire un pas en avant et tenter de s'équilibrer difficilement.

Reprenant ses esprits, Allen poussa un loup soupir, éreinté, et prit le chemin inverse, le cœur finalement plus léger. Il avait beau avoir été une plaie dès leurs retrouvailles, Allen ne pouvait cacher le fait qu'il était soulagé de le savoir toujours en vie, ce crétin de maître.

Il marcha un instant aux côtés de Timcanpy, se mélangeant à la vie active de la plus longue rue de la ville, se laissant bercer par toutes ces âmes lumineuses qui poursuivaient leurs routines sans regarder derrière eux. Rien ne tâchait cette plénitude.

Puis, à l'embranchement d'un carrefour où un homme qui régulait la circulation vint arrêter les passants de la chaussée afin de laisser passer les fiacres, Allen en profita pour ouvrir son manteau, et récupérer l'enveloppe. Kanda ne le savait surement pas, mais Allen attendait chaque lettre avec impatience maladive, et faisait tout ce qui était en son pouvoir pour les conserver.

Quand un policier chargé de lui aussi réguler tout ce petit monde, accorda le passage aux habitants de la ville allemande, Allen suivit le mouvement et déplia la lettre, le cœur battant.

« Moyashi,

Sais-tu que ton stupide golem s'est fait la malle pendant quatre jours ! Impossible de mettre la main dessus. Quand je l'ai retrouvé, monsieur bouffait les clopes du cendrier dans le salon, peinard ! J'peux savoir quel genre de programme ton foutu maître lui a rentré dans le crâne ? »

Allen leva un instant les yeux jusqu'à Timcanpy qui rechignait peu malgré les voyages que les deux hommes lui faisaient faire. Il aurait pensé que le golem aurait rapidement fini par y apposer son veto et l'ignore dès qu'il s'approcherait de lui avec une quelconque enveloppe. Mais non, Tim' obéissait sans la moindre résistance, totalement fidèle envers lui. Et pourtant, il était habitué aux fugaces élans de rébellion chez son petit compagnon.

Et à présent, il semblait si égayé par le retour de Cross. Timcanpy voletait allègrement tout autour d'Allen, de façon fluide et presque élégante, comme si celui-ci était sur un petit nuage. À cette comparaison, Allen laissa échapper un petit sourire.

Au moins, il n'oubliait pas d'en faire voir de toutes les couleurs à Kanda, c'était l'essentiel.

« Et non, si tu veux tout savoir je ne suis toujours pas calme. Crois pas t'en aller tout pépère parce que tu as osé souhaiter mon anniversaire, Moyashi. »

Allen pouffa lorsque ses yeux tombèrent sur un dessin ignoble représentant ce qui semblait être une main qui brandissait fièrement le doigt du milieu, très certainement lui étant destiné. Mais la suite du discours de Kanda changea du tout au tout, immobilisant Allen dans sa marche.

Derrière lui, un homme aux bras chargés de courses qui tenait une petite fille par la main, lui reprocha sévèrement de s'être arrêté comme ça au beau milieu de la route, mais Allen se contenta d'un vague signe de la main en guise d'excuse, n'ayant pas tout compris à l'allemand du monsieur.

« On a capturé les Noé du Liens. Ils ont rien craché avant que Lenalee ne vienne s'en charger. J'sais pas ce qu'elle a foutu, mais leurs langues se sont déliées. On a appris quelques trucs cruciaux. »

Les recherches et les efforts de la Congrégation semblaient porter leurs fruits et Allen se sentit admiratif. Même sans Arche, ses amis ne perdaient pas espoir et en étaient venus jusqu'à enfermer deux Noé pour le prix d'un, ce qui jusque-là, était inédit. Une petite pensée vint finalement le chagriner, comparant son périple à lui qui était loin d'être tout aussi productif.

« Te tues pas en recherchant ton maître.

K. »

« Tu me prends pour un incapable ou quoi ? » marmonna Allen une fois sa lecture finie.

Il fut heureux de constater que Kanda continuait de fournir des lettres plutôt conséquentes. C'était à croire que pour lui c'était plus facile de parler à l'écrit qu'à l'oral. De plus, l'œil observateur d'Allen remarqua avec un petit brin de malice que même l'orthographe de Kanda s'améliorait.

En réalité, Allen avait cru que Kanda abandonnerait rapidement en voyant qu'Allen ne lui donnait pas plus d'indice que ça concernant l'endroit où il se cachait, et qu'il arrête du jour au lendemain la rédaction de lettres. Et cette réalisation serrait toujours le cœur du Walker si fort.

« Allez Timcanpy, rentrons. Nous aussi nous avons du boulot, » lui sourit Allen en repliant la lettre qu'il cacha précieusement à l'intérieur de son manteau.

Le golem s'agita en signe d'acquiescement, mais ne put s'empêcher de ressentir une petite brise d'inquiétude, provenant du cœur même qui animait tout son être.

Si c'était organiquement possible, Timcanpy aurait pu dire qu'il avait un mauvais pressentiment à l'égard de son maître aux cheveux blancs.

O

Quelque part dans le nord de l'Allemagne, Kanda regrettait presque de n'avoir pas fait un effort plus tôt à la Congrégation quand Miranda Lotto avait appris plus précisément l'allemand à Lenalee et Allen. Mais finalement, en quelques jours, ses propos étant :

« Je cherche type grand comme ça, d'à peu près dix-huit ans, il a les cheveux blancs comme un vieux et une marque chelou sur le visage. »

Évolua en :

« Je recherche un garçon aux cheveux blancs, de dix-sept ans, cheveux courts et blancs, marque rouge sur la partie droite du visage, dont un pentacle sur le front. De un mètre soixante-quatorze environ, à la morphologie maigre. Il a un accent anglais, des yeux gris, main gauche difforme couleur sang séché. Il parle tout le temps de bouffe, a une voix plus aigüe que grave, et se balade souvent avec un golem doré. Et avant d'me demander si je n'ai pas perdu la boule, non je n'ai pas fumé, ce type existe réellement. »

Mais évidemment, cet idiot d'Allen Walker devait bien se cacher puisqu'une semaine de recherche en Europe centrale ne lui apporta rien. De plus, l'organisation Centrale finirait par se poser des questions quant aux longues absences de Kanda qui revenait sans rien de nouveau, hormis du sang d'Akuma sur les mains.

Ce garnement allait le rendre clairement fou. En plus de mettre un temps monstre à lui répondre, il ne montrait aucun signe de vie. Le temps qui passait et qui réduisait son espérance de vie à chaque lever du soleil, l'enrageait plus que ça ne le peinait. Ce fut donc pour cette raison qu'il avait entrepris des recherches sérieuses.

Le soir même, Kanda utilisa un golem spécial que lui avait concocté la section scientifique afin d'être assuré qu'il n'était pas sur écoute, et le connecta au téléphone du salon de son hôtel. Les fenêtres et la porte d'entrée étaient ouvertes sur la nuit chaude du mois de juin et les courants d'air étaient plaisants.

Il ignora donc le vieil homme qui lisait un journal dans le canapé derrière lui, et engagea la conversation avec son interlocuteur en anglais.

« Ce pays me gave. Je suis en train de penser sérieusement que Moyashi s'est réfugié proche de l'Occident. »

Car avec pour seul indice « un pays nous sépare entre la Pologne et le mien » l'erreur était facile à produire. Kanda avait commencé en Italie pour passer rapidement en Autriche et remonter jusqu'au nord de l'Allemagne. Mais rien à faire, personne ne semblait avoir croisé le profil que dressait si précisément le bretteur énervé.

« Ou tout simplement en Russie, » fit la voix de Lavi à l'autre bout du fil qui au son de papier, Kanda devina qu'il étudiait une carte. « Un seul pays entre la Pologne et la Russie, c'est l'Ukraine. Mais je te déconseille de te lancer là-bas. C'est plein d'Akuma et tu y passeras ta vie entière. »

Lavi était bien le seul au courant quant aux recherches qu'avait débutées Kanda en début de semaine, et contre toute attente, le bretteur avait accepté la position du rouquin en tant que regard intérieur. Ce dernier ouvrait l'œil malgré son alitement –de ce fait il était lui aussi moins surveillé par les Corbeaux puisqu'il pouvait difficilement sortir du bâtiment- et le tenait informé des nouveautés du quartier général.

Certes, faire équipe avec le rouquin n'emballait en rien Kanda, mais il n'avait pas le choix. À ce point-là de l'histoire, il ne pouvait plus se permettre de faire la fine bouche, où jamais il ne retrouverait Allen Walker, et celui-ci finirait par faire une connerie, il le sentait d'ici.

« Quelle plaie, il va vraiment s'en prendre une celui-là, » grogna Kanda en plaquant brutalement son poing contre le cadrant téléphonique. « Si ce petit con m'évite intentionnellement… ! »

« Je t'envoie un portrait-robot fait main via un golem. Tu me fais trop pitié, Yû, » ricana Lavi en le coupant dans ses propos.

Kanda ne le dira jamais tout haut mais c'était plutôt une bonne idée. Lavi avait un don en dessin ce qui était plutôt utile quand on était un Bookman. Il se prit à presque se frapper le front contre le mur en se demandant sérieusement pourquoi il n'y avait pas pensé plus tôt.

Mais étant parti dans la précipitation avant que Komui ne lui refourgue une autre mission qui l'éloignerait de son objectif, il avait à peine eu le temps de prendre avec lui le minimum syndical de survie dans sa valise avant de passer voir le Bookman Junior.

« Toujours aucune nouvelle de ton Moyashi ? » ajouta la voix de Lavi après quelques secondes de silence entre eux.

« Ce n'est pas mon Moyashi, » riposta aussitôt Kanda qui ne prit pas même le temps de lui répondre.

« Pourtant tu es drôlement privilégié, Yû. T'es bien le seul avec lequel Allen use un peu de son temps pour discuter. Moi aussi j'aimerais lui écrire de doux messages. »

« La ferme. Rends-toi utile et envoie-moi un portrait-robot dès que possible, » cingla Kanda qui refusait clairement de s'énerver encore une fois.

Et il raccrocha sans un mot de plus, faisant sursauter le vieil homme sur le canapé quand le combiné téléphonique rejoint le réceptacle. Mais il ignora les yeux intrigués de l'homme qui remontait ses lunettes, et se dirigea à grandes enjambées jusqu' à la porte principale de l'hôtel, décidé à continuer ses recherches pendant encore une heure ou deux.

Il n'avait qu'une hâte, que Timcanpy revienne jusqu'à lui afin qu'il puisse offrir une dernière lettre d'avertissement à Allen, ou bien il tirerait Lavi hors de son lit d'hôpital et lui ordonnerait de suivre Timcanpy à la trace avec son Innocence. Qu'importe si les blessures du rouquin s'ouvraient et qu'il se vidait de son sang, le maudit aurait la mort de ce lapin enquiquineur sur la conscience.

Et tel un message provenant d'une divinité supérieure, quand il fit un pas l'extérieur, le fameux golem doré apparut dans son champ de vision, émergeant du bois qui entourait l'hôtel allemand.

« Te voilà… » grogna Kanda en plissant les yeux à son encontre.


Cross est un petit vicieux hein !

Louloute : Oui, à un point de l'histoire ils se retrouveront, mais je ne te dis pas quand, pour la surprise : )

Un grand merci à vous tous, pour lire cette fic qui me tient tant à coeur maintenant ! A très vite pour le prochain chapitre et bon week-end, kiss !