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Chapitre 9
L'ouverture des cœurs
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Quelque part, une goutte d'eau vint rejoindre ses sœurs regroupées sur la feuille en contrebas. Plus loin, une vache agitait la queue pour éloigner les mouches. Ici, un oisillon seul dans son nid picorait le reste de son repas. Et là, une reinette plongeait dans la rivière.

Assis en tailleurs au milieu de cette plaine aux épis dorés, Yû Kanda méditait, et pouvait ressentir la vie qui grouillait tout autour de lui, sous le soleil brûlant de juillet. Il se tenait immobile, le cœur ralentit, respiration calme. Tout ce qui perturbait cet esprit serein avait été rangé spirituellement dans une boîte blanche imaginaire, aspiré jusqu'aux derniers souvenirs, et il marchait lentement dans un monde incolore.

Mais lorsque ses tympans perçurent le son des battements d'ailes qui ne lui était pas inconnu, cette boîte de l'esprit chuta et s'ouvrit, délivrant toutes les étapes de la vie du kendoka, jusqu'à aujourd'hui où il ouvrait les yeux pour apercevoir Timcanpy déposé dans l'herbe devant lui.

Le golem paraissait tout aussi calme que lui malgré leur dernière interaction violente, et le compagnon d'Allen délaissa l'enveloppe qu'il avait apportée en face de lui sur l'herbe et ne bougea pas, semblant fixer le bretteur.

Tout en scrutant la lettre sans oser bouger durant les premiers instants, Kanda se remémora vaguement les derniers mots qu'il avait écrits à Allen, mais contrairement à l'autre fois, il n'avait aucun regret. Il s'était ouvert pour la première fois depuis des années, et n'avait aucun remords.

Ainsi, il tendit une main vers l'enveloppe déposée dans l'herbe dorée, éclairée par un doux soleil. Le contraste avec le rêve d'Allen était frappant, et Kanda figea le bout de ses doigts contre le papier, ressentant la chaleur de cette dernière contre son épiderme.

Au loin, un cheval hennit. Derrière l'arbre, une pomme regagna le sol. À côté, une araignée dévorait la fourmi prise au piège.

Et durant l'ouverture de l'enveloppe, Timcanpy resta immobile à étudier le bretteur. Kanda déplia la lettre chargée d'encre, de mots et de sentiments. Sans attendre davantage, il débuta sa lecture, le souffle incroyablement irrégulier.

« Kanda, je suis désolé d'avoir agi comme un égoïste sans penser à ce que tu pouvais ressentir.

Oui, dans mon égoïsme, je voulais tous vous sauver, vous protéger. Je souhaitais en m'éloignant, régler seul ces histoires qui tournaient principalement autour du Quatorzième, Mana et le Comte… Alors que vous êtes tous ma famille et que vous m'êtes d'une aide précieuse, je m'étais lancé tout de même dans cette quête, croyant avoir raison. »

Le battement du cœur de Kanda se calma. Avait-il enfin compris ? Venait-il réellement d'ouvrir les yeux sur sa bêtise ? C'était trop beau pour être vrai, non ?

« Je le pensais encore jusque-là. Et je le pense encore vis-à-vis de Lenalee, Lavi, Miranda, Krory, Komui, et tous les autres. Ils n'ont pas choisi cette voie, moi j'ai choisi la mienne. Je préfère agir égoïstement envers eux et les savoir en vie. »

Serrant les dents en retenant un petit commentaire désobligeant qui se serait échappé de ses lèvres, Kanda empoigna plus vigoureusement la lettre entre ses doigts. Un « tss » agacé vint tout de même rejoindre le doux vent d'été.

« Mais alors que je croyais que ton retour parmi nous partageait plusieurs intentions, j'avais tort.

Tu me l'as dit avec franchise alors que jusque-là j'étais aveuglé par cette mission. Tu as dit que tu es revenu pour moi, et à cette révélation, mon cœur ne pouvait plus s'arrêter de s'agiter fort contre ma poitrine. »

Les paroles écrites par Neah lui revinrent soudain en mémoire, telle une claque. Il n'avait plus cette lettre en sa possession, celle-ci étant depuis longtemps réduite en bouillie par sa hargne, mais il se rappelait clairement des mots qu'il avait utilisés pour parler d'Allen, son hôte.

Neah avait évoqué des sentiments immoraux que possédait Allen. Un attachement puissant et potentiellement destructeur.

Inconsciemment, son cœur à lui aussi, se mit à s'agiter.

« Mais encore une fois, j'ai agi égoïstement. Je voulais te savoir en vie, j'ai repoussé ton aide. Alors que cet aide, c'était finalement la dernière et unique chose que tu souhaitais me donner…

Je pensais que tu aurais trouvé une seconde voie loin de la Congrégation, et que tu aurais fondé une famille en espérant qu'il te restait assez de temps à vivre. Mais je ne savais pas que le chemin qui tu avais choisi de suivre, le seul et l'unique à cet instant à tes yeux, me concernait. »

Allen lui avouait clairement avoir compris. Ils ne pouvaient plus faire machine arrière. Si Allen Walker ne coopérait pas maintenant, Kanda sut pour sûr que c'était terminé. Cette pensée terrassa son corps d'une angoisse acide.

« Et j'aurais accepté, oui. Si j'avais été assez lucide d'esprit. Si je n'avais pas été idiot et aveuglé par ma colère, ma tristesse, mon égoïsme…

La réalisation que tu me portais dans ton cœur peut-être de la même manière que je te porte, m'a soudainement réveillé. »

Kanda s'arrêta un instant, cœur erratique, mains brûlante, entrailles en feu.

Après mure réflexion, Neah avait-il dit vrai… ?

« Les sentiments que je te porte, je l'ai ai pendant un temps refoulé au plus profond de mon être, honteux et apeuré. Je ne sais pas si c'est normal. Si c'est encore un coup de la malédiction ou une punition de Dieu. Mais selon toutes vraisemblances, je suis tombé amoureux d'un homme. L'ironie. »

C'était bien la première fois que des mots lui faisaient cet effet. C'était bien la première fois dans cette nouvelle vie d'Exorciste qu'il sentit son visage le brûler à ce point, et son cœur battre si fort pour une autre personne.

Ce qui lui avouait Allen allait au-delà de l'entendement des sentiments que détenait Kanda jusque-là. Il n'avait jamais posé des mots sur ses émotions. Mais à ce jour, Allen venait de résumer tout ça en de si simples mots.

Oui, ça paraissait si simple finalement.

Allen Walker avait des sentiments amoureux à son égard.

Kanda se sentait être allégé d'un lourd poids.

C'était de l'amour, point.

« Je préférais te le mettre par écrit, peut-être que je ne pourrais jamais avouer ça tout haut.

Mais à aujourd'hui, si je devais choisir ce nouveau chemin qui s'offrait à moi, ce serait déjà tout réfléchi.

Si tu es toujours d'accord, peux-tu venir m'aider à porter ce fardeau ?

Allen. »

Quelque part, le premier oisillon de la portée parvint à briser la coquille de son œuf et à ouvrir les yeux sur le nouveau monde qui s'ouvrait à lui.

« Évidemment… pauvre idiot… » fut la réponse chuchotée par Yû Kanda.

Le vent restait doux contre son visage et ses cheveux, et il se prit à demeurer un instant immobile au milieu de la faune paisible et éclairée, ses yeux sans accroche fixe, l'esprit ailleurs. Inutile pour lui de relire encore et encore les mots d'Allen Walker, ça n'avait pas été difficile pour Kanda de pratiquement tout mémoriser en une traite suite à la puissance des mots et toutes les émotions qu'il lui avait communiquées.

Puis, après les quelques secondes cruciales nécessaires pour reprendre ses esprits, Kanda dirigea son regard jusqu'à Timcanpy qui s'était installé confortablement sur sa veste de Maréchal pliée près de lui.

« Cette fois-ci, tu es décidé à me mener jusqu'à lui, ça y est ? » lui demanda Kanda de façon étrangement calme.

Timcanpy ne se le fit pas dire deux fois, et plongea tête la première dans le manteau déposé sous son corps pour ressortir hâtivement avec une carte d'Europe entre ses dents. Il lui resitua la carte que le bretteur déplia sans attendre, et la petite patte de Timcanpy se déposa quelque part en Allemagne. Et la surprise s'empara des traits calmes du brun.

« Le petit enfoiré… » murmura Kanda pour lui-même en percevant par la suite le nom de la ville où se trouvait Allen. « Nous sommes dans le même pays… »

Ce fut comme si leur chemin se rejoignait petit à petit au centre même du pays, Allen et Kanda ayant de leurs côtés inconsciemment quitté l'ouest et l'est respectivement.

Repliant la carte d'un geste vif, Timcanpy sursauta et scruta ensuite Kanda récupérer ses affaires, ranger la lettre avec toutes les autres dans une poche intérieure, et hisser le manteau sur ses épaules.

« Il me tarde de lui foutre mon poing dans sa figure, » ajouta Kanda prenant sa route pour quitter la plaine chaude. « T'en a pas idée, Tim'. »

Timcanpy blêmit, mais partit rapidement à la poursuite de Kanda, ayant pour objectif de le guider précisément jusqu'à Allen, tel avait été le souhait du blandin si Kanda acceptait de potentielles retrouvailles.

Kanda n'avait pas hésité une seule seconde. Il ne s'agissait pas d'un piège de Neah –il était certain que Tim' l'aurait averti du subterfuge- et Allen n'aurait jamais menti sur ce genres de propos, pour jouer un sombre jeu, quel qu'il soit.

Néanmoins derrière ces mots si sincères, si pures, Kanda sentait que quelque chose clochait. Il sentait qu'Allen ne lui disait pas tout et que quelque chose de bien plus sombre s'était saisi de lui.

Et il était bien décidé à ne plus rien laisser passer entre les mailles de son filet. Plus jamais.

O

« Tu as bien fait, » lui fit Road pensivement, qui suivait Allen tout en planant sur le dos, bras derrière son crâne à le soupeser, pupilles dorées rivées vers le ciel dénué de nuage.

Allen marchait près d'elle, encore une fois, sans crainte. Même sachant que les Noé souhaitaient lui mettre la main dessus, Road Kamelot semblait ne pas se soucier de l'objectif du Comte. Elle ne semblait pas même inquiétée par ce qui lui avait raconté Allen à propos du Quatorzième, et s'était contentée d'écouter son récit en hochant parfois la tête.

Cette attitude avait intrigué Allen, mais allait pourtant de pair avec le comportement plutôt pacifiste qu'elle avait envers lui depuis sa fuite du Q.G. des Exorcistes. Ainsi, il ne s'en était pas préoccupé davantage.

« Tu es consciente qu'il ira jusqu'à vous, après tout ça ? » lui demanda tout de même Allen en jetant un regard vers la fillette,

Du haut de la dune où s'étaient arrêtée la Noé et L'exorciste, Düsseldorf paraissait si loin et petit en contrebas. Road resta un instant à scruter la ville qui de leur position, paraissait tout aussi figée que Rewind City lors du détraquement de l'Innocence de la ville allemande. Puis elle reporta un regard nonchalant à l'égard d'Allen tout en haussant les épaules.

« Toujours à s'inquiéter de ses amis, des Akuma, des Noé, mais jamais de lui-même, » fut simplement sa réponse.

La balle était dans le camp d'Allen à présent, le blandin se contenta de hausser les épaules, pour se mettre lui aussi à fixer la ville qu'il avait quittée pour une petite marche matinale.

« Comment as-tu su qu'il aurait accepté cette offre ? » l'interrogea par la suite le maudit, pensivement.

« Oh… »

Allen vit du coin des yeux la fillette disparaître instantanément après avoir potentiellement vu quelque chose. Étant de dos, Allen fit volte-face, se demandant bien ce qui avait pu faire fuir si rapidement la Noé. Si le Central avait mis la main sur lui, il n'hésiterait pas à utiliser l'Arche sans attendre.

Mais la surprise fut tout autre. Allen écarquilla les yeux sous le choc, scrutant l'homme en contrebas accompagné de son fidèle golem qui semblaient tous deux l'observer de leur position.

Où était Kanda pour être arrivé si vite ici… ? se demanda intérieurement le blandin qui demeura immobile du haut de la dune champêtre.

Mais cette question ne lui importa peu finalement, totalement perdu dans la contemplation de l'homme aux longs cheveux sombres qui lui semblait tout à coup si proche après ces longs mois de calvaires.

Son manteau d'Exorciste déposé sur ses épaules telle une cape, voyait les reliures et bordures dorées briller sous le soleil, indiquant qu'il était sans aucun doute un Maréchal de la Congrégation. Il se tenait droit, valise dans une main, la seconde enfouie dans l'une des poches de son pantalon noir, et avait la tête levée vers Allen, expression du visage ne trahissant aucune émotion.

Il était magnifique.

Durant l'espace d'une seconde, Allen se sentit mortifié en réalisant ce que lui, portait comme accoutrement à cet instant précis. Un simple pull noir effiloché par-dessus une chemise blanche dont seuls le col et les pans qui s'échappaient au niveau de sa taille étaient visibles. Le bas sombre qu'il portait était troué au niveau de son genou droit suite à un combat récent contre quelques Akuma passagers, et était souillé par quelques morceaux de sucre furtivement tombés des beignets qu'il avait dévorés durant son petit bout de chemin jusqu'ici.

Sa tenue lui avait d'ailleurs valu une correction de la part de Cross qui lui avait juré que c'était bien la dernière fois qu'il entrait avec cet accoutrement dans sa chambre d'hôtel. Mana se retournerait dans sa tombe, le pauvre.

Bon sang, à côté de Kanda, il avait l'air d'un parfait clochard.

Timcanpy vint ensuite voler jusqu'à Allen et tourner joyeusement autour de son maître qui restait paralysé.

Allen s'était attendu à ce que Kanda lui réponde par lettre, mais pas à ce qu'il se pointe sans tarder devant lui, et le prenne au dépourvu. Se rappelant donc du dernier message lourd de sens qu'il avait écrit à Kanda, Allen se mit à rougir furieusement. Ce fut à cet instant-là que Yû Kanda commença à entreprendre la montée de la dune.

Les derniers écarts les séparant étaient doucement réduit par l'avancée de Kanda, et Allen se prit bloquer son souffle. La vision du bretteur en chair et en os était troublante, voire, provenir tout droit de son subconscient. Mais le doux vent qui vint mener jusqu'à Allen l'odeur significative de Kanda, brisa tous ses doutes, et un petit sourire vint se dessiner sur ses lèvres.

Ignorant son visage probablement en feu, Allen fut le premier à parler une fois que Kanda se fut arrêté à un mètre de lui.

« L'uniforme te va bien, Kanda. »

Il sembla que l'expression de parfaite neutralité qu'arborait Kanda vacilla.

« Tu as une mine à faire peur, » fut la réponse impassible du brun.

« C'est ta figure ronchonne à toi qui fait peur, » lui fit remarquer à son tour Allen, petit sourire mesquin les lèvres.

Puis, le silence se fit, cette petite pause de l'esprit permettant ainsi aux yeux de Kanda de dévier jusqu'aux mèches en pagailles du maudit. Il fut un temps où il avait remarqué qu'Allen ne se prenait plus la tête à dissimuler le pentacle rouge sous quelques cheveux blancs afin de ne pas attirer l'attention, mais à présent, quelques mèches rebelles retombaient sur le coin de son visage et cachaient à nouveau une partie de cette marque.

« Tes cheveux… » commença Kanda de façon étrangement calme du point de vue d'Allen.

« Je sais, c'est un vrai foutoir, je les coupe comme je peux, » intervint tout de même le blandin en passant une main nerveuse dans sa tignasse, ses pupilles évitant le regard intense de son interlocuteur. « Je ne me suis pas payer le luxe d'aller chez le coiffeur, tu sais. »

« Non. Je préfère comme ça. »

Le cœur du plus jeune rata un battement à cette réponse, et à nouveau, le rouge lui monta aux joues alors qu'il avait enfin réussi à calmer ses émotions et paraître presque aussi détaché que Kanda. Mais avant qu'il ne puisse répondre ou interroger Kanda du regard, un poing déchainé vint rencontre sa joue droite.

Sous le choc, Allen atterrit face contre tête, et Timcanpy se tourna furieusement vers Kanda, surpris par la droite furtive. Mais Kanda ignora le golem qui était entré en mode agressif, trop concentré sur le Moyashi à ses pieds.

« T'es pas bien ?! Qu'est-ce qui t'as pris ?! » lui hurla Allen en se redressant sur un bras, sa main maudite non gantée pressée contre sa joue endolorie.

Celle-là, il lui avait promis. Et Kanda haïssait ceux qui ne tenaient pas leur promesse.

« Six mois… » cingla Kanda entre ses dents alors qu'il avait toujours le poing serré devant lui, lueur meurtrière dans le coin de ses yeux. « Six putains de mois que tu te fiches de ma gueule avec tes post-scriptum à la con et tes bonnes paroles, Moyashi ! »

« Et moi ça fait six mois que je supporte ton orthographe d'handicapé ! » riposta Allen piqué au vif par le surnom agaçant, tout en se levant, Innocence activée.

Ce fut ainsi que les deux hommes se firent face, Kanda, Mugen devant lui, Allen, main droite activée et Timcanpy perché sur son crâne à montrer les dents au bretteur. Bientôt, le sabre de Kanda se retrouva planté avec hargne contre le bras gauche d'Allen qui faisait barrière entre leurs deux corps.

« Tu en mériterais douze comme celle-ci ! » s'énerva Kanda qui forçait sa lame contre le bras non-humain, conscient qu'il en faudrait plus pour lui couper l'os.

« J'avais peut-être simplement pas envie de te voir, toi et ta tête de constipée ! » s'exclama Allen en retour, apposant tout autant d'énergie dans son bras, refusant d'être le premier à se retirer.

« C'est pas ce que ta dernière lettre porte à croire ! »

Cette phrase eut don de faire tressaillir Allen, ses joues s'empourprant davantage.

« Ça n'a rien à-… »

Mais il ne put finir sa phrase puisque son ventre se mit à gargouiller, déversant une longue plainte agonisante et les deux hommes se turent, leurs regards se rivant vers son estomac.

Sauvé par le gong, Allen poussa un soupir intérieur en voyant Kanda retirer sa lame après quelques secondes de profond silence. Il rengaina Mugen agilement tandis que Crown Clown disparaissait lui aussi, laissant les deux hommes là où ils s'étaient arrêtés avant cette bagarre de rue habituelle.

« Combien de temps que t'as pas mangé ? » l'interrogea Kanda qui avait figé ses yeux sur la petite ville en contrebas.

« Contrairement à ce que tu peux croire, ce n'est pas parce que je suis en fuite que je saute mes repas, » lui répondit Allen en croisant les bras derrière lui.

« C'est ce que ton corps de minable porte à croire, » répliqua le bretteur en se retournant pour lui lancer un regard critique.

« Toi tu devrais faire attention aux bourrelets. T'as pris des joues. »

Ce qui était un mensonge, mais Allen ne pouvait pas laisser le crime de Kanda impuni. Certes, il avait surement raison, il avait maigri depuis les derniers mois, et ça pouvait se voir à ses pommettes un petit plus saillantes qu'à l'ordinaire et à la circonférence de ses poignets, mais c'est que ça revenait à cher de manger quand on était un symbiotiques et un fugitif.

Kanda quant à lui, ne répondit pas à cette vilaine pique et finit par tourner les talons et à marcher vers la ville, son manteau se gonflant derrière sous le vent qui prenait en puissance.

« Amène-toi, on a à causer, » lui fit Kanda sans se retourner. « Et t'as un ventre de gringalet à remplir. »

Allen déglutit suite aux paroles du kendoka, et jeta un regard quelque peu inquiet à Timcanpy qui volait près de lui. Mais le golem sembla lui adresser la même expression, désolé pour son maître. Mais finalement, poussé par son cœur qui battait à allure frénétique depuis l'arrivée de son camarade, Allen trottina jusqu'à Kanda, Timcanpy sur ses talons.

« J'ai un reste de beignet à l'hôtel, Bakanda, » proposa Allen en regardant droit devant lui. « Pas sûr que les restaurants soient déjà ouverts à cette heure-ci, alors autant nous y rendre. »

Kanda acquiesça à cette idée, et tous deux se dirigèrent en silence jusqu'au centre-ville, profitant de la fraîcheur de la matinée avant les rayons torrides du soleil qui étaient à prévoir. Contre toute attente, Allen ressentit ce silence entre eux comme apaisant et agréable. Malgré son angoisse concernant la partie d'une future discussion potentiellement personnelle et embarrassante, le jeune Exorciste dégusta cet échange d'énergie silencieuse entre eux.


Chapitre beaucoup plus court, mais où il se passe relativement pas mal de choses :)
Et donc, les voilà enfin réunis ! J'espère que ces retrouvailles vous on plu !

Un grand énorme merci pour vos reviews, comme toujours elles me boostent :3
À très vite, je pense vendredi ou dans le week-end pour le prochain chapitre, ciaou !