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Chapitre 10
Cette fois-ci, c'est toi et moi
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Ils ne furent pas longs à grimper les marches de l'hôtel pour arriver dans un couloir au parquet grinçant. Allen souleva le pan de sa chemise pour récupérer la clé de sa chambre dans la poche de son pantalon, et dans ce geste, Kanda put remarquer avec aigreur qu'au niveau des hanches aussi, le plus jeune paraissait bien trop amaigri.

Mais ce fut en silence qu'il suivit Allen à l'intérieur une fois la chambre débarrée. Cette pièce n'avait rien à voir aux chambres luxueuses que Cross Marian réservait pour des semaines de folies, aux bars personnels, aux grandes baignoires, au lit double qui pouvait loger quatre personnes, et balcon s'ouvrant sur les plus beaux panoramas. Néanmoins, celle-ci avait le minimum vital.

Un lit ni trop grand, ni trop petit, un bureau aux allures de coiffeuse, une armoire fermée à double tour ainsi qu'une chaise où reposait une valise. Et sans trop analyser la chambre, Kanda remarqua tout de même que certaine manière de l'éducation distinguée d'Allen n'était pas morte. Le lit était fait au carré, rien ne trainait par terre et les boîtes de beignets étaient empilées joliment dans un coin du bureau.

La première chose que fit Allen, ce fut de lui proposer sérieusement un des beignets colorés qu'il refusa d'un ton catégorique. Ne cherchant pas à se quereller avec lui à nouveau, Allen n'avait pas insisté et s'était installé sur le bord de son lit avec la boîte, offrant la chaise à Kanda.

Tirant donc la chaise en bois au milieu de la pièce pour être face au lit, Kanda s'y installa après avoir délaissé sa propre valise près de la porte, et resta à observer quelques instants le plus jeune avaler ses beignets avec envie.

« T'es sûr que t'en veux pas ? » lui demanda Allen la bouche pleine, après avoir entamé sa troisième pâtisserie, trouvant le silence de Kanda relativement troublant.

« De quoi as-tu discuté avec le Quatorzième ?»

Allen fut à deux doigts de s'étouffer avec le morceau qu'il avalait au même moment, et cette réaction intensifia le regard soupçonneux que lui adressait Kanda à cet instant-là. Il avait vu juste. Quelque chose s'était produit avec Neah au vu de l'expression déroutée et épouvantée que lui offrait son homologue à cet instant-là.

Nous avons eu une sympathique discussion, lui et moi, lui avait écrit Neah un peu plus tôt. Et après cette lettre, la situation semblait avoir pris une tout autre direction. Leurs retrouvailles qui avaient suivi rapidement faisaient partie de ces indices cruciaux.

Clignant plusieurs fois des yeux afin de vérifier s'il rêvait ou non, Allen délaissa la moitié du beignet dans la boîte, l'appétit coupé. Il se rappela d'une phrase dans la dernière lettre de Kanda qui l'avait étonné sur le coup, mais qui après, lui était totalement sorti de l'esprit.

Je sais qu'il s'est passé quelque chose. Tu te doutes de rien parce que Tim' a fait l'aller-retour sans que tu t'en aperçoives, avait-il écrit quelques jours avant ça.

« Et ne crois pas pouvoir te défiler cette fois-ci, » ajouta Kanda très sérieusement en croisant les bras.

« Qu'est-ce que Tim' t'a dit ? » l'interrogea aussitôt Allen en plissant les yeux de façon suspicieuse à l'égard du golem qui léchait le fond des boîtes de beignet.

« Ton golem n'y est pour rien. »

Allen blêmit, ses mains se refermant inconsciemment contre le drap sous ses paumes. Le regard intense que lui lançait Kanda était un indice conséquent quant au fait qu'il n'avait aucune échappatoire. Mentir reviendrait à attiser sa fureur une fois qu'il l'apprendra d'une façon ou d'une autre et puis, peut-être arrivera-t-il à percer le mensonge à jour par le simple fait que Kanda savait quelque chose qu'il ne savait pas.

« J'ai reçu une lettre du Quatorzième, » renchérit Kanda en fronçant les sourcils, comme appréhendant ce souvenir.

Écarquillant les yeux d'horreur, Allen tressauta et Kanda fut conscient que jusque-là, le maudit n'avait pas eu connaissance de cette lettre écrite sous la plume de Neah . Le plus jeune passa une main tremblante contre son front, réfléchissant à toute allure.

Ça s'annonçait très mal. Qu'avait bien pu dire le Noé dans cette foutue lettre ? Kanda était-il au courant pour l'accord ? Mais en osant un regard vers Kanda qui paraissait ne pas vouloir rire, Allen douta quant à sa dernière question. Si jamais Kanda avait été mis au courant concernant le mot final de leur discussion, il lui aurait offert plus d'une claque, et à cet instant-là, Allen serait très certainement maintenu par le col entre les mains d'un bretteur en colère.

« Moyashi, » insista sombrement Kanda qui paraissait être à deux doigts de l'implosion si Allen n'ouvrait pas la bouche.

« C'est Allen. »

Sans attendre, Kanda se leva brusquement de la chaise sur laquelle il était assis jusque-là, et manqua de la renverser dans son geste. Allen sursauta et recula jusqu'à l'autre bord du lit poussé contre le mur, mains levées en signe de reddition.

« Très bien ! Je vais tout de dire ! » céda Allen en s'agitant. « Mais reste calme et ne me frappe pas où je te jure, cette fois-ci, tu vas aussi en prendre une ! »

Après un « tss » plus qu'agacé, Kanda ne répliqua pas et se contenta de se rasseoir rageusement sur la chaise, sans lâcher des yeux l'autre garçon qui se détacha lentement du mur. Poussant un soupir, Allen récupéra les boîtes vides qu'il déposa sur le sol, et d'une main essuya les miettes qui vagabondaient sur le drap, d'un air absent.

Cette fois-ci, Kanda ne le pressa pas et ne broncha pas, l'observant en silence.

Puis Allen leva enfin les yeux vers lui, assis en tailleurs sur le matelas propre, conscient que finalement, en avouant toute cette histoire à Kanda, il pourrait en tirer profit. Égoïstement, il préférait que Kanda se charge de lui à la fin de tout ça, et non pas son maître. Ce fut avec néanmoins rancœur qu'il ouvrit la bouche :

« On a établi un accord. »

« Quel genre d'accord ? »

Kanda se pencha, avant-bras pressés contre ses cuisses, plongé dans le regard frénétique du plus jeune. Il tenta de lire au-delà du potentiel mensonge, et resta aux aguets. Le Moyashi allait cracher le morceau, qu'il le veuille ou non.

« Il me reste un an, Kanda. »

L'expression dure de Kanda se mua en une stupeur pure, saisit par les mots enfin jetés par le blandin qui soutenait son regard.

« Quoi ? » lâcha-t-il abruptement.

« Pardon, Bakanda… » ajouta Allen avec un faible sourire que Kanda haït de toutes ses forces.

Puis Allen se rapprocha du bord du lit, déplia ses jambes pour déposer ses pieds au sol, et baissa la tête afin de se remémorer la fameuse discussion par la fermeture de ses paupières. Avant que Kanda ne puisse lui ordonner de s'expliquer, Allen lui raconta absolument tout.

Face à face, à présent sur un pied d'égalité, Allen et Neah s'étaient étudiés du regard, tous deux habillés de la même manière. Son idée avait été concluante, et finalement, l'Exorciste avait été en pouvoir de converser avec Neah sans qu'il soit enchainé à une chaise.

« Je te propose un an, » avait finit par lui dire Allen avec audace.

Il n'avait pas baissé une seule fois les yeux face à l'homme aux cheveux foncés. Sa décision était prise, et il savait que Neah partageait son esprit, et était partiellement au courant de l'accord qu'il souhaitait prendre avec lui. Chacun était conscient des conditions que l'autre souhaitait apporter, il suffisait simplement de l'énoncer à haute voix au sein de ce paysage blafard.

« Un an… ? » avait répété Neah tout en soutenant le regard de l'Exorciste en face de lui.

« On sait tous deux que tu as besoin de mon corps pour te mouvoir à ta guise, mais le combat intérieur que je mène te mets de sérieux bâtons dans les roues. Nous sommes tous les deux perdant dans cette situation. »

Il n'avait pas défailli devant lui, non. Le temps pressait, et il avait fait son choix. La décision ne pouvait pas être meilleure, Allen le savait pour avoir tant sué dans ses recherches pour la plupart, infructueuses.

« Te voilà raisonnable, » avait fini par sourire Neah en plaçant élégamment ses mains derrière son dos.

« C'est pour ça que je te propose un an. »

« Je vois. Très bien… »

Puis, Neah avait commencé à bouger, caressant du bout des doigts les herbes hautes aux teintes ivoirines qui les entouraient, pour tourner autour de l'humain, tel un prédateur cernant un animal apeuré.

« Je te laisse un an auprès des tiens, » commença donc Neah. « Tu n'entendras plus parler de moi. Récupère des Innocences, amuse-toi à exploser quelques Akuma, tue quelques Noé, triche aux cartes, bouffe ce qui te chante sans t'enlaidir, réfugie-toi dans les bras de ton béguin, au choix, je m'en fiche. À vrai dire, si tu extermines le clan des Noé, ça me va tout autant. Mais dans un an, je récupère ton corps, et si tu émets la moindre résistance, j'irais quérir tes amis un par un. Deal ? »

Neah s'était arrêté, et Allen avait réfléchi un instant. Seule une donnée le titillait. Il s'y était déjà préparé avant de réveiller le Noé d'un coup d'épée en plein ventre.

« Et tu laisseras les innocents et mes amis en paix, » avait ajouté Allen en ayant tourné la tête vers lui pour lui adresser un regard bouillant de menace. « Ton but n'est pas leur extermination, je le sais. Alors ne les touche pas. »

« Très bien. J'aurais déjà bien à faire du côté des Noé et de notre héritage. »

« Marché conclu. »

« À dans un an, Allen Walker, mon précieux hôte. »

Quand Allen termina son récit en ayant soutenu le regard de Kanda jusqu'au bout, les deux hommes se tenaient debout face à face au sein de la petite chambre silencieuse d'Allemagne, tout comme Allen et Neah dans les souvenirs vivaces de cette rencontre.

Il ne fut pas surpris de se faire violemment empoigner par le col de son pull noir.

« C'est une blague ?! » lui hurla-t-il à la figure, ne pouvant comprendre l'abandon d'Allen aux mains du Noé.

Mais Allen ne se débattit pas, et garda son regard verrouillé dans celui de l'autre homme.

« Non, Kanda. C'était le choix le plus méthodique, crois-moi. »

« Tu n'as donc pas de considérations pour les gens qui t'entourent ?! Pour ce que ton stupide sacrifice pourrait briser chez eux ?! »

Durant l'espace d'un instant, Allen crut entendre Lenalee, et ce fut bien assez pour faire basculer son cœur et il abaissa la tête, la gorge serrée. Kanda le lâcha d'un geste rageur.

Allen savait bien qu'en effet, les conséquences de son sacrifice sur les gens qu'il aimait et qui l'aimait en retour seraient terribles. Il l'avait compris en côtoyant Lenalee et Lavi qui s'étaient pris d'affection pour lui si rapidement. C'était bien pour cela qu'il ne comptait jamais le leur en parler. Mais maintenant que Kanda était au courant, qui sait ce qui pourrait advenir. Cet homme était imprévisible.

« Aujourd'hui, nous n'avons plus le luxe de penser à ce genre de choses, » finit par lui dire Allen en fixant le parquet, expression tirée dans une douleur mentale. « D'ici quelques années, vous comprendrez que ça aurait été la meilleure chose à faire. »

« Tu iras le leur dire en face ! »

Kanda se mit à faire les cent pas dans la pièce, visiblement excédé par la découverte de cet accord inviolable.

« Je savais que je ne pourrais pas tenir un an avant que Neah ne prenne complètement possession de mon corps ! » insista Allen en serrant les poings dans la conviction. « Mon esprit ne tenait plus. En acceptant cet accord, j'ai gagné des mois cruciaux, Kanda ! Et en étant entièrement maître de moi-même. »

Mais le bretteur ne semblait pas vouloir l'écouter, à présent figé au milieu de la pièce, tous ses muscles contractés, s'empêchant de frapper la première chose qui lui venait sous la main. Même Timcanpy éveillé par le raffut évitait soigneusement l'aura sauvage du brun.

« Et tu pourras mettre un terme à toute cette histoire, Kanda ! Tu pourras arrêter l'hôte que je suis à la fin de cet accord ! » ajouta Allen en tentant un pas en avant.

Après tout, Kanda lui hurlait sans cesse vouloir le retrouver pour l'aider, non ? Il ne pouvait que saisir cette opportunité. L'histoire se terminerait sur un accord commun. Peut-être que tout n'était pas perdu.

Mais Kanda riva vers lui un regard courroucé, ce qui stoppa Allen lors de son ascension jusqu'à lui.

« Kanda, il faudra me tuer avant qu'il ne se réveille. C'est ça le plan, » ajouta le maudit qui se sentait être étudié sous toutes les coutures par le regard sombre de son camarade.

La fureur se dégagea à nouveau du corps du bretteur et sans attendre il brisa les derniers mètres entre eux pour pousser le corps d'Allen contre le mur. Mais le maudit ne broncha pas et soutenu le regard furieux que lui adressait l'autre homme.

« Tu te rends compte de ce que tu me demandes, crétin de Moyashi ?! » lui cria-t-il plaquant brutalement son poing contre le bois près de l'oreille du plus jeune.

Mais Allen ne sursauta pas et retroussa ses lèvres, certainement pas décidé à revenir sur sa décision. Voilà pourquoi il avait souhaité faire une partie de son chemin seul. Il n'avait pas besoin de leçon de morale. Il avait fait ce qu'il était persuadé être bon. Il avait tracé son propre chemin.

« Je préfère qu'il s'agisse de toi, Kanda, » dit-il en gardant son dos pressé contre le mur derrière lui. « Sincèrement. Mon maître ne-… »

« Et Cross a accepté ?! »

Kanda qui le toisait de par sa taille jusque-là, bougea et le laissa un peu d'espace, mais Allen ne bougea pas et hocha lentement la tête. L'expression de Kanda avait beau être barbouillée par la colère, elle était aussi parsemée de parcelles de regrets et fragments de chagrin. Même Allen pouvait le voir et c'est ce qui le déstabilisa.

Mais il ne dit rien et attendit en silence.

Le souffle de Kanda commença à se calmer et Timcanpy abaissa lentement sa garde. La tension de la pièce s'évanouit doucement, et seules se fit entendre les gouttelettes d'une pluie naissante contre l'unique vitre de la chambre.

« Personne ne te tuera, Moyashi, » finit par lui dire Kanda qui portait à nouveau son masque habituel.

Celle d'un indifférent irrité. Mais malgré ses sourcils froncés et sa mine patibulaire, ses pupilles aux lueurs déterminées montraient tout autre chose. Allen déglutit soudain.

« Il le faudra, » insista pourtant Allen. « N'était-ce pas toi qui clamais haut et fort que tu serais d'ailleurs celui qui me terminerait ? »

À ses mots, Kanda ne dit rien. Il n'avait pas tort, quand il le cherchait en Angleterre, il avait déclaré plusieurs fois être celui qui ôterait la vie d'Allen Walker quand il sera temps. L'expression meurtrière qu'il avait prise à chaque fois avait été un moyen de persuasion assez efficace.

Néanmoins, à aujourd'hui, le cœur semblait être tout autre part.

« Pourquoi changer d'avis maintenant ? » l'interrogea Allen, soudain désespéré.

Son cœur se serra douloureusement. Si Kanda abandonnait, pourrait-il continuer ?

« Pauvre débile, » rugit soudain Kanda qui ferma les yeux comme pour contenir sa colère, tout en se pinçant l'arrête du nez.

Allen haussa les sourcils, pourtant à peine touché par l'insulte. Il semblait que Kanda était en plein conflit interne et le blandin osa à peine bouger du mur contre lequel il était toujours adossé. Inconsciemment, les yeux du plus jeune se posèrent sur le manche de Mugen, espérant que le bretteur n'ait pas la brillante idée de commencer un combat ici.

« Après la dernière lettre que tu avais rédigée, je pensais que tu avais compris ! » lâcha soudainement Kanda en rouvrant les yeux pour ensuite attraper Allen par le col.

Cette fois-ci, Allen enroula le poignet de Kanda de ses mains afin d'y apposer une résistance.

« Comprendre… quoi ? » lâcha Allen dans un souffle.

La seule réponse qu'il obtint, ce fut cette douce chaleur humide contre ses lèvres et des mains puissantes qui agrippaient l'arrière de son crâne. Son souffle se coupa dans le plus profond de sa gorge à la réalisation, et le creux de son estomac répandit dans tout son corps une sensation de brûlure agréable. Mais avant qu'il ne puisse reprendre le contrôle de son esprit et potentiellement de ses membres, Kanda se détachait de ses lèvres, tout en gardant ses mains contre le crâne du plus jeune.

Ce fut une simple pression –peut-être un peu brutale- mais ça avait été suffisant pour totalement déstabiliser Allen qui resta pantois.

Kanda venait de l'embrasser ?

« Est-ce que ça répond à ta foutue question ? » lui fit Kanda, proche de son visage.

Le concerné ouvrit une fois la bouche, puis deux, puis trois. Mais aucun son ne vint. S'il avait espéré que Kanda ressente ce qu'il ressentait, il n'aurait jamais imaginé qu'il puisse démontrer ses sentiments de cette manière. Décidemment, la journée était riche en émotions.

Allen finit par fermer les yeux et baisser la tête, essayant de calmer son cœur bien trop rapide, tandis que Kanda lâchait son crâne, comme craignant de l'avoir brusqué.

« Ne pensons pas à ça maintenant, Kanda, » articula finalement Allen, ses mèches de cheveux cachant une bonne partie de son visage. « J'ai un an bien chargé devant moi. Nous verrons ça plus tard. »

Kanda resta un instant silencieux, comprenant qu'Allen faisait allusion au jour fatidique. Un retour en arrière concernant l'accord serait improbable, et perdre du temps à se crêper le chignon était ridicule, le bretteur avait saisi l'idée.

« Mais ne crois pas que le Quatorzième se laisse piéger si facilement… » lâcha Kanda dans un souffle, n'ayant pas brisé cette proximité qu'il avait avec Allen qui se retenait à l'aide du mur derrière lui.

Avait-il accepté le plan ? Allen ne le sut pas concrètement à cet instant-là, mais il refusa d'en parler davantage et finalement, leva son visage rougi vers Kanda.

« Je sais, » dit-il la gorge nouée, le cœur palpitant.

Ainsi, ils restèrent immobiles à se fixer droit dans les yeux, ne prenant pas même en compte que Timcanpy avait des propriétés d'enregistrement et qu'il se trouvait à les observer curieusement du bureau où il s'était installé.

Il était inutile d'en dire plus. Allen s'était confié clairement dans sa dernière lettre et Kanda s'était ouvert, plus implicitement certes, mais compensé par cette forme d'un baiser qu'il venait de lui offrir. Même si Allen était encore stupéfait par son action, il finit par lâcher un sourire, accompagné par des larmes silencieuses qui vinrent dévaler ses joues pâles.

« Pourquoi tu chiales si tu es si résolu par le choix que tu as fait ? » lui fit Kanda qui arbora à nouveau une expression grincheuse.

« Ça n'a rien à voir, non. »

Puis, sans avertissement, Allen enlaça Kanda en serrant son cou de ses bras tremblants, et pressa son crâne contre son épaule. Ce brusque échange de douce chaleur toucha finalement Kanda qui avait jusque-là, mis un poing d'honneur à garder parfaite maîtrise, même lorsqu'il s'était penché sur les lèvres du plus jeune.

Inconsciemment, les bras de Kanda vinrent enrouler les hanches d'Allen, il s'imprégna de l'odeur du maudit et réalisa que cette senteur significative lui avait manqué durant tout ce temps.

Mais malgré tout, il ne pouvait s'empêcher de penser, le cœur serré, que ce corps pressé contre le sien, chaud et brouillant de vie, allait être arraché à ce monde d'ici une petite année. Ses bras parlèrent d'eux-même, et serrèrent plus solidement Allen contre lui, et il ferma les yeux si fort, souhaitant oublier pour un temps cet accord infernal.

« Je peux t'embrasser ? » murmura soudain Allen contre le torse de Kanda.

Lorsque le brun rouvrit les yeux, il sut à peine combien de temps s'était écoulé. Dix secondes ? Une minute ? Cinq minutes ? Tout ce qu'il savait, c'était qu'il pleuvait toujours aux sons que les gouttes d'eau laissaient derrière elles contre la vitre.

« Pourquoi… tu demandes la permission ? » lui répondit Kanda tout aussi bas que lui, n'ayant toujours pas brisé l'étreinte qu'il avait avec le Moyashi.

« Je sais pas. Ça paraît si irréel. »

Afin de lui indiquer clairement quel tournant avait pris leur chemin à tous les deux, Kanda repoussa Allen de son torse, deux mains contre ses épaules, pour sans attendre l'attirer vers lui dans un second baiser.

Mais cette fois-ci, Allen garda le contrôle de son corps et sans attendre, pressa ses mains contre les joues de son aîné afin de lui interdire une retraite. Cette fois-ci, ce fut un réel échange qu'ils instaurèrent dans le coin de la petite pièce faiblement éclairée, sans regret, sans gêne. Leur offrant une intimité plus poussée, Timcanpy éleva l'une de ses ailes devant son corps, se cachant des images qui se déroulaient derrière entre les deux protagonistes et qu'il pourrait enregistrer sans faire attention.

Allen ne croyait pas cela possible jusqu'à aujourd'hui, et finit par s'accrocher au cou de Kanda comme si ce dernier était la dernière ancre qu'il avait avec le monde réel. Même lorsqu'ils brisèrent le baiser afin de respirer convenablement, Allen ne retira pas ses bras, et leurs fronts vinrent se presser l'un contre l'autre, dissimulés au monde dans la pénombre qui était apportée par le temps maussade.

« Tu as un an Moyashi. Et cette année, c'est toi ET moi, » murmura soudain Kanda qui avait gardé les yeux fermés, dans l'ultime espoir de pouvoir rester encore un peu dans cette douce illusion.

« Oui. Toi et moi, Bakanda, » ajouta Allen en refermant lui aussi les yeux, replongeant dans l'instant présent.


Un grand désolée pour cette si looooongue absence, mais me revoilà !

Encore une fois chapitre, court, mais ça faisait bien trop bizarre de couper après, vous verrez pourquoi ;)

Un grand merci à vous tous pour vos gentils messages, et on se retrouve la semaine prochaine :3

PS : Un bon courage pour cette froide rentrée :')

Prochain chapitre : Reste/Je suis là