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Chapitre 11
Reste/Je suis là
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Deux mois après l'accord
« Wow, c'est que c'est cher ici ! » s'exclama tout haut Lavi tandis que son œil valide ahuri balayait la carte frénétiquement.
Le soleil brûlant d'été tapait sur la grande place St-Marc alors que le vent tout aussi chaud secouait les cheveux un peu plus courts du Bookman. Ce fut la première fois qu'il sortait du quartier général sans béquille, sans bandage ni petit pansement. Et cela, depuis des mois.
Lenalee assise à sa gauche était radieuse et souriait allègrement, ses longs cheveux voletant eux aussi dans le doux vent qui répandait la musique provenant d'instruments en tous genres. Les musiciens aux quatre coins de la place la plus fréquentée de Venise continuaient de partager leurs douces mélodies malgré la chaleur étouffante.
Pourtant, les quatre Exorcistes assis à une table d'un des cafés, profitaient de cet air nouveau et vivifiant. Les touristes les regardaient à peine puisque aucun d'eux n'avait revêtu leurs uniformes aujourd'hui, afin d'être dans l'anonymat le plus total, tandis que personne n'aurait idée de venir les chercher jusqu'ici.
Lenalee et Lavi avaient pu dégoter une mission par Komui au nord de l'Italie, et ainsi, ils avaient pu retrouver leurs amis qui avaient proposé ce lieu de rendez-vous dans leur dernier écrit.
« C'est normal, c'est la place la plus connue de la ville, les prix sont exorbitants, » fut la réponse d'Allen Walker qui se trouvait être assis face à Lavi, lui aussi tout aussi méconnaissable qu'eux si on omettait ses cheveux blancs qu'il avait laissés à l'air libre aujourd'hui et la cicatrice sur son visage.
« C'est ton caprice qui nous a amenés-là ! » ajouta Kanda qui paraissait renfrogné sur son siège. « Tu pouvais pas y réfléchir à deux fois ? »
« Je sais pas, tout le monde raconte qu'on ne peut pas passer à Venise sans commander un tiramisu sur la place St-Marc, » répondit Lavi en refermant la carte des desserts en poussant un soupir désolé.
« Est-ce qu'on a la tête de touristes ? » renchérit Kanda entre ses dents.
Lenalee rit joyeusement à leur querelle, véritablement heureuse d'être ici, qu'importe l'endroit. Elle reporta son regard vers Allen qui souriait lui aussi, amusé par le crêpage de chignon entre les deux autres Exorcistes. La jeune femme sentit son cœur battre si vite sous ce sentiment de bien-être, et presque, exploser de plaisir.
Quand elle et Lavi avaient reçu une lettre d'Allen offert par Timcanpy, qui s'excusait et qui leur demandait s'ils approuveraient des petites retrouvailles discrètes, ils n'avaient pas hésité une seule seconde. Lavi allait mieux, et Komui fut mis aux courants dans les plus brefs délais.
Puis, quand la Chinoise avait foulé le port de Venise une fois arrivée, valise enserrée entre ses mains nerveuses, elle avait reconnu Allen et Kanda qui les attendaient à l'ombre du soleil, sous un arbre fleuri.
Elle ne se rappelait plus réellement ce qu'elle avait dit ou fait, mais se souvenait que ça avait bardé. Puis les accolades avaient été chaudes et puissantes et Lenalee avait même glissé un « merci » à Kanda entre ses larmes.
Tous les quatre, comme autrefois, avaient visité la ville, mélangés aux touristes et aux occupants des petites maisons près des cours d'eau. Même Kanda suivait le groupe, certes sans trop lâcher de mots, mais était bien présent. Tout comme autrefois, où le petit groupe avait des heures creuses durant les missions et qu'ils arrivaient à trainer Kanda et sa mauvaise humeur avec eux.
Et à présent, les voici tous les quatre assis autour d'une table blanche, profitant des dernières heures de l'après-midi. Cette journée, ils avaient pu la poursuivre tout en étant personne. En étant de simples humains inconscients du mal qui les entourait. Et parfois, ça faisait un bien fou.
« T'en fais pas pour les prix, Lavi, » ajouta Allen en souriant sournoisement. « Hier soir je suis parti à la récolte de ma paie. »
« T'es parti tricher au poker, c'est bien ça ? » lança Lavi en plissant les yeux à son égard.
« C'est exactement ça, » confirma Kanda en adressant un regard noir au blandin assis à sa droite.
« Pourquoi cette tête ? » remarqua Allen en haussant les sourcils.
« Si un jour un type vient me faire chier à la porte de notre chambre parce qu'un gamin aux cheveux blancs s'est joué de lui et qu'il souhaite remboursement, je t'explose. »
Lenalee rit derrière sa main, ne pouvant s'empêcher de relever intérieurement le « notre » dans la phase du bretteur. Certes pour le moment, ni elle ni même Lavi ne les avaient interrogé quant à leur nouveau quotidien qui en aurait intrigué plus d'un et de ce qui semblait les avoir rapprochés, mais ça ne saurait tarder.
Oh oui, surtout quand Lavi était là.
« Et si plutôt, on se prenait un tiramisu pour quatre, ça serait rigolo, » proposa-t-elle finalement, enjouée. « Comme ça, on ne liquide pas ton argent et nous aurons encore faim à l'heure du dîner. »
Ainsi, un serveur élégant et poli vint leur apporter la spécialité italienne ainsi que quatre fourchettes à dessert. Le panorama et le goût compensèrent à peine l'addition, mais leurs retrouvailles n'avaient pas de prix.
« Pourquoi Venise ? » finit par demander Lavi en se laissant retomber contre son dossier, fourchette entre les dents.
« On a coincé un Broker sur l'île cimetière que vous avez vu en arrivant ici, » lui expliqua Allen qui finissait la part de Kanda qui avait décrété qu'il ne finirait pas –après tout, il avait goûté, c'était l'essentiel-.
Le rouquin hocha lentement en reportant son regard vers les deux autres hommes qui lui faisaient face. Allen avait de belles couleurs, Kanda ne paraissait pas si renfrogné qu'à son habitude, c'était agréable de les voir sous cet aspect-là.
Mais avant que Lavi n'ait pu continuer de les interroger, Lenalee eut un peu de peine pour eux, et se redressa, avant-bras contre la petite table :
« Et vous les garçons, que comptez-vous faire par la suite ? » leur demanda-t-elle, sincèrement décidé à en apprendre davantage quant à leur périple.
Car inutile d'être très intelligent pour comprendre qu'Allen ne reviendrait pas de sitôt au quartier général. Luberier se tuait à la recherche d'Allen si bien que même la lettre envoyée par le maudit était dangereuse pour lui.
Jusqu'à présent, il n'avait pas discuté du futur. Néanmoins, Allen ne fut pas long à répondre.
« Noé à débusquer, Akuma à libérer et Innocence à récupérer, » dit-il ses yeux perdus dans la contemplation pensive de l'assiette à présent vide. « La routine. »
Lenalee hocha lentement la tête, puis reporta son regard vers Kanda qui était nonchalamment assis sur sa chaise, poing pressé contre sa joue. Mais avant qu'elle ne puisse l'interroger du regard, Lavi prit les rênes.
« Et toi, Kanda ? »
L'absence d'utilisation de son prénom portait à croire que Lavi était plus intéressé par la réponse de Kanda, plutôt que par une petite querelle des familles. Mais contre toute attente, la réponse du concerné ne se fit pas attendre, bien que dites sans l'ombre d'une émotion :
« Je reste avec lui, afin d'éviter qu'il se tue prématurément. »
« Ce que tu peux être drôle, Bakanda, » siffla aussitôt Allen en lui lançant un regard lourd.
Pour appuyer ses dires, Allen tapa l'épaule de Kanda de son poing, sans trop apposer de force. Mais Lavi semblait ne pas vouloir s'arrêter là, et finalement, curieuse, Lenalee le laissa faire.
« Et donc au final, il se passe quelque chose entre vous ? » demanda le rouquin de but en blanc, ses bras croisés derrière son crâne.
Les sourcils se Kanda se froncèrent aussitôt et Allen sentit ses joues chauffer malgré lui, ce qu'évidemment, Lenalee ne loupa pas. Elle rit gentiment sous sa cape en voyant Allen s'embarrasser.
« Qu'est-ce que t'veux dire par là ? » grogna Kanda tout en rivant un regard on ne peut plus sinistre jusqu'au rouquin qui n'en démordait pourtant pas.
« Je m'interrogeais c'est tout, » renchérit l'archiviste en haussant les épaules, l'air de rien. « Ça faisait bien deux mois qu'on n'avait plus de nouvelles de toi, Yû. Et puis vous avez l'air de plutôt bien vous supporter si on oublie votre bagarre de chiffonnier pour le chemin à prendre tout à l'heure. »
L'œil de Kanda tiqua suite au prénom utilisé mais Allen tombait déjà dans le piège.
« Euh, eh bien… »
En réalité, ni lui ni Kanda n'avait un jour discuté ensemble de la potentielle révélation de leur relation quand le temps le permettrait et que leurs amis souhaiteraient en savoir davantage. Ils avaient été tant occupés jusqu'ici que la curiosité maladive de Lavi la leur était sortie de la tête.
Allen savait pertinemment que ses amis comprendraient et accepteraient leur relation –surement avaient-ils fini par comprendre le genre de sentiment que chacun portait –surtout Allen- l'un envers l'autre-.
Cependant, avant qu'Allen n'ait pu faire de son mieux pour apporter une réponse correcte qui calmerait tout ce beau monde –et ce n'était pas facile avec Kanda à côté de lui avec qui il n'avait jamais discuté de ce sujet-, Timcanpy qui jusque-là était perché sur le crâne de son maître à somnoler, vola jusqu'au centre de la table.
Et sans avertissement, il ouvrit la bouche et une image enregistrée apparue au centre de celle-ci, se reflétant dans les pupilles curieuses de Lavi et Lenalee, et agitées d'Allen et Kanda.
Cette image représentant de façon quelque peu troublée par endroits, Allen et Kanda armés de leurs Innocences au milieu de ce qui semblait être un champ de bataille, se mit à se mouvoir. Et sous les yeux scandalisés des deux concernés, le Kanda du souvenir vint passer un bras furtivement autour des épaules du jeune Exorciste à ses côtés qui paraissait éreinté, et l'embrassa rapidement sur les lèvres.
« TIMCANPY ! » hurla Allen en se jetant de tout son corps sur la table pour récupérer le golem qui lui fila entre les doigts.
Lenalee explosa d'un rire chaleureux et Lavi se mit à applaudir à la dérobée. Kanda ne fut pas long à se lever de sa chaise pour empoigner Lavi par l'écharpe qu'il portait toujours autour du cou, qu'importe la température et lui cracher des mots de menace à la figure.
« Un mot de travers et je t'enfonce Mugen dans le bide, » lui annonça-t-il en lui plaçant la lame en question juste sous sa gorge.
Lavi leva aussitôt les mains en signe de reddition, pourtant incapable de ravaler son sourire sournois et joyeux.
« Tim', reviens ici que je te fasse la peau ! » s'exclama Allen, rouge, debout près de la table à en appeler à son golem qui volait à distance raisonnable du sol.
Ça y est, les regards curieux s'étaient tournés vers eux. Lenalee rit à nouveau, vint doucement se lever et déposa une main réconfortante contre l'épaule d'Allen.
« Allen, ne te sens pas gêné, » lui fit-elle en croisant le regard hésitant du plus jeune. « Je suis vraiment heureuse pour vous, tu sais. »
Allen abaissa ses bras qu'il agitait en direction de Timcanpy et fit face à sa jeune amie dont la sincérité venait de toucher son cœur. Puis, il finit par hocher la tête, relâchant la pression. Intérieurement, il fut soulagé d'un poids maintenant que ses amis étaient au courant pour leur relation. Il y avait tant de choses qu'il se refusait à leur dire, mais partager cette nouvelle qu'il avait à cœur, était bonifiant.
« Je veux absolument tout savoir, » fit-elle ensuite sournoisement, mais devant ses lèvres pour dissimuler son petit sourire amusé.
La lueur mesquine dans ses yeux fit blêmir Allen qui savait pour sûr qu'il ne pourrait pas s'échapper de son emprise cette fois-ci.
De son côté, Lavi arbora une ecchymose contre la joue après avoir osé demander à Kanda si les pratiques entre garçons étaient tout aussi stimulantes que celle entre un homme et une femme.
Plus tard, Kanda et Allen marchaient côte à côte en retrait, observant du coin des yeux les échoppes et les drôles de maison qui s'ouvraient sur les petits canaux qui traversaient la ville tels les vaisseaux sanguins irriguant les organes. Le soleil commençait à se coucher, et le doux silence qui les accompagnait était apaisant. Puis, les yeux d'Allen tombèrent sur Lavi et Lenalee qui marchaient devant eux.
La jeune femme pointait du doigt quelque chose dans le ciel tandis que leurs mains étaient liées. Cette vision réchauffa son cœur et Allen se mit à sourire presque bêtement, se promettant d'à son tour aller interroger ses deux amis respectivement afin de faire tourner un peu la roulette.
La proximité qui unissait ses deux amis marchant dans les rues chaudes et englobés par la douce lumière du soleil couchant, était une vision à la fois douce et triste pour Allen Walker. La vie continuait après tout.
« Hé, regarde un peu ces deux tourtereaux, » fit Allen à l'égard de Kanda qui marchait toujours à ses côtés, main dans les poches, en le réveillant d'un coup de coude dans les côtes.
Kanda quitta des yeux les gondoliers qu'il admirait presque secrètement au vu de la précision qu'ils adonnaient à leur travail afin de naviguer sereinement le long des canaux de toutes sortes, et suivit le regard d'Allen.
Il haussa à peine un sourcil, se disant que finalement, c'était prévisible. Depuis la traversée en bateau jusqu'au Japon, la jeune femme et l'archiviste semblaient s'être grandement rapprochés même si certains s'efforçaient de croire qu'un courant plus qu'amical trainait entre Allen et Lenalee. À cette petite pensée, Kanda se renfrogna quelque peu, puis reporta son regard vers Allen qui semblait perdu dans ses pensées à observer le petit couple qui marchait à quelques mètres d'eux.
« Si c'est un message subliminal pour que je prenne ta main, tu peux aller voir ailleurs, » marmonna Kanda en détournant finalement les yeux.
Cette ville lui donnait la nausée parfois. Trop de couples et de niaiserie se faisaient entrevoir à chaque coin de rue.
« T'es lourd, Kanda. C'était juste pour te mettre dans la confidence, » répondit Allen en soupirant
Soudain, Kanda se figea au milieu même de la rue, regard fixé devant lui sans réelle accroche, comme perdu dans de brusques pensées.
« Kanda ? » l'interrogea Allen qui s'arrêta à deux pas de lui.
Le bretteur ne répondit pas tout de suite, perdu dans des pensées qui ne s'étaient jamais adonnées à lui jusqu'à présent.
Lui et Allen avaient beau ne pas se tenir la main en public pour bien diverses raisons, ça ne faisait pas d'eux des disparates. Tout comme les amants qui profitaient d'un temps à eux en déambulant amoureusement main dans la main, ils partageaient un lien unique et des sentiments forts.
Leurs cœurs n'étaient pas différents, leur façon de faire était la seule divergence.
« J'ai mieux qu'une poignée de main, » lui fit soudain Kanda en tournant les talons. « Reste là. »
Allen haussa les sourcils, intrigué, et suivit Kanda du regard qui pénétra dans la boulangerie à quelques pas de lui, coincé entre deux échoppes de souvenirs. Lenalee et Lavi s'étaient arrêtés en haut d'un pont en pierre et semblaient contempler le canal, ainsi, Allen resta à attendre lui aussi Kanda au milieu de la rue.
Le bretteur ne fut pas long à ressortir du petit magasin avec parfaite indifférence, gobelet en plastique transparent dans sa main gauche où une paille de la même couleur que le bleu du liquide glacé était plantée. Allen resta interdit, son cerveau prenant du temps à réaliser que le grand Yû Kanda tenait entre ses mains un Granité.
Une fois face à lui, Kanda lui tendit la boisson glacée sans attendre –et peut-être un peu brusquement- qu'Allen intercepta avant que l'autre homme ne reprenne la route l'air de rien. La fraicheur du gobelet contre les paumes chaudes d'Allen lui fit un bien fou, néanmoins, ses joues se mirent à s'échauffer.
Souriant soudain avec émotion, Allen trottina jusqu'à Kanda, mais avant qu'il ne puisse le remercier, le brun prit la parole tout en grimpant les marches du pont en pierres blanches.
« Je te voyais loucher sur ça depuis le début de l'après-midi. »
Quelle jolie excuse, Kanda.
« J'ai pas osé m'en commander un, » lui fit Allen en le suivant tout en serrant fermement la boisson entre ses mains qui profitaient de la fraicheur du liquide. « Je te voyais déjà arriver toi et tes « mais t'es vraiment un gamin » accompagné d'une de tes expressions de blasé. »
Il avait imité la voix de Kanda et le bretteur avait aussitôt détourné la tête, peut-être cachant un sourire d'ironie ou d'amusement léger, et Allen s'empressa de goûter au Granité qu'il voyait avec envie dans chaque boulangerie de la ville depuis près de six heures.
« Mais merci, c'est presque mignon, » lui fit Allen qui se délectait de sa boisson sucrée, une fois qu'il fut en haut du pont.
« Tss… »
Puis Kanda lui tourna le dos, pressa ses avant-bras contre le rebord en pierre du pont, et contempla en silence le canal qui s'écoulait devant ses yeux et qui reflétait le magnifique soleil couchant derrière lui.
« Ouais c'est ça, bonne nuit, » fit Kanda en refermant ensuite la porte de la chambre d'hôtel derrière lui, ne faisant pas le plaisir à Lavi de répondre à sa pique.
Évidemment, puisque lui et Allen dormaient dans la même chambre, le rouquin était incapable de passer à côté d'une occasion en or comme celle-ci pour les chambrer tous les deux. Mais avant que cela ne dégénère et que tout le couloir de l'hôtel ne vienne les foutre dehors à coup de pied, Kanda avait trouvé plus sage de fermer la porte au nez du blagueur de service.
Il resta un instant devant la porte close, tout en se pinçant l'arrête du nez, agacé. Cependant, malgré cet enquiquineur de Lavi, il devait s'avouer que cette journée avait été bénéfique pour absolument tout le monde. Même pour lui. Il ne le dirait certainement jamais tout haut, mais le temps où seule la restauration d'Innocence comptait, lui manquait cruellement.
Le temps ou entre certaines missions, le groupe se retrouvait et flânait comme aujourd'hui pour se détendre un peu et panser les plaies. Le temps où chaque sourire était sincère. Un temps comme aujourd'hui.
Quand il se retourna finalement vers leur chambre plus luxueuse que les précédentes –suite au pactole qu'Allen avait ramené le soir d'avant-, Kanda ne vit pas le Moyashi, mais comprit très vite qu'il s'était introduit sur le balcon au vu de la baie vitrée ouverte. En silence, il rejoignit le bout de la pièce aux allures tout de même relativement modestes et se posta au seuil de la porte-fenêtre, ses yeux se posant sur l'autre Exorciste.
Le balcon s'ouvrait sur l'un des canaux de Venise, et de sa position assise, avant-bras pressés contre le rebord en pierre de faible hauteur, Allen semblait scruter l'eau, perdu dans ses pensées. Il balançait doucement ses jambes passées entre les arcs blancs du balcon, alors qu'une gondole passait en dessous en silence, suivant le cours d'eau qui circulait entre les murs des chaumières vénitiennes.
« Ce serait sympa, de se promener en gondole, » s'éleva la voix d'Allen. « Tous les deux. »
Sa voix n'était pas aussi enjouée que durant cette douce après-midi, et c'était légitime. Kanda savait pertinemment pourquoi. Le secret qu'il gardait s'alourdissait de jour en jour.
« Ridicule… » marmonna Kanda à la demande du plus jeune tout en produisant un premier pas à l'extérieur de la chambre.
Il vint s'installer à même le sol, tout comme Allen, mais adossé au rebord en pierre. Tirant sa tête en arrière, il contempla un instant les étoiles qui émergeaient dans le ciel.
Ils restèrent ainsi dans cette position tous les deux, dans le silence le plus total. Allen scrutant l'eau en contrebas, parfois saluant avec un petit sourire les couples et familles qui passaient avec un gondolier protégés des flots dans le bateau. Kanda fixant le ciel étoilé qui commençait à le bercer et à embrumer son esprit fatigué.
Mais au moment où Kanda considéra qu'il était temps d'aller se coucher et qu'il commença à se lever, la voix d'Allen se fit à nouveau entendre.
« Finalement, ce que je préférerais c'est que tu restes ici encore un peu, » murmura-t-il dans le creux de ses avant-bras.
Le dos se Kanda rencontra à nouveau le bord en pierre derrière lui, et il tenta d'apercevoir l'expression du Moyashi, mais ce dernier était caché par les mèches de ses cheveux et les ombres de la nuit. Mais il lui semblait clairement que le plus jeune n'était pas bien.
Le dernier coup de pompe d'Allen remontait pourtant à loin maintenant. Et son soudain chagrin marqua aussi l'âme de Kanda dont le cœur se serra. Sans attendre, il prit fermement le biceps d'Allen afin de tirer vers lui ce bras anciennement pressé contre le rebord, et Allen le laissa faire. Doucement, Kanda laissa sa main se relâcher et glisser le long du bras du Moyashi qui porta vers lui des pupilles embuées et intriguées.
Finalement, la main chaude de Kanda vint rencontrer celle d'Allen, et tout en tirant encore une fois la tête en arrière pour reprendre sa contemplation de la voie lactée, le bretteur emmêla ses doigts avec les siens.
« Je suis là, » lui dit-il d'un ton catégorique.
Et Allen serra en retour, de toutes ses forces.
Coucou ! Oui, ça fait vraiment très longtemps. Je viens enfin de terminer mes partiels lundi, et depuis hier j'écris encore et encore sans penser au lendemain, c'est du pur bonheur...!
Ainsi, j'ai pu écrire un petit chapitre et que je viens de conclure, car je compte bien terminer cette fic. À vrai dire, on se rapproche grandement de la fin.
Juré, le prochain chapitre sera beaucoup plus long. Ce chapitre était surtout une transition. J'espère qu'il vous a tout de même plu.
Je vous remercie aussi pour toutes vos reviews et si je n'ai pas répondu à certaines d'entre elles, j'en suis désolée, et je vous dit à nouveau MERCI !
Encore désolée pour l'absence et le temps sans chapitre, mais entre le boulot, j'ai commencé plein d'autre petits bouts de fic, je testais de nouveaux terrains (qui peut-être vous plairons qui sait) mais à présent je suis déterminée à finir cette Yullen ! (et j'en ai une autre en tête qui mijote depuis août )
Je vous dit à très vite pour le chapitre 12, ciaou !
