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Chapitre 13
Post-scriptum
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Douze mois après l'accord
Le petit chalet de montagne était la seule source de lumière une fois la nuit tombée sur la contrée française. Le salon était éclairé par la douce lumière des bougies et lanterne, la table était mise pour deux personnes et une délicieuse odeur de nourriture se répandait jusqu'aux chambres à coucher.
Le dîner préparé par Kanda lui-même avait été apprécié, et il ne restait que quelques pauvres grains de riz au fond du saladier en verre. La douce brise de vent qui s'introduisait dans l'habitation par les fenêtres ouvertes suite à la chaleur de l'été qui s'était abattue sur la montagne, vint caresser le visage d'Allen Walker qui essuyait ses lèvres à l'aide d'une serviette de table.
Kanda le regarda faire en silence, paume de main soupesant son menton, refusant catégoriquement de jeter un autre coup d'œil du côté des deux verres de champagne qui étaient restés intouchés près de leurs assiettes.
Puis, vint le moment où Allen récupéra la flûte de champagne et qu'il plongea son regard dans celui de Kanda. Il éleva son verre dans sa direction en un doux sourire sincère, et parla :
« Portons un toast, Kanda. »
À contrecœur, Kanda finit par s'emparer de la flûte devant son assiette vidée de nourriture et le tendit en face du second verre au liquide doré. À ce moment-là, Timcanpy vint se déposer en silence sur la table, entre les deux Exorcistes.
« À la fin de tout ça. À nous. À notre bon boulot, » fit le plus jeune sans lâcher les pupilles de son compagnon.
« À ta libération… » ajouta Kanda qui contre toute attente, avait une voix bien moins assurée qu'Allen à cet instant-là.
Puis, après un ultime sourire, Allen porta le verre à ses lèvres, son poing libre se serrant contre sa cuisse.
« Attends ! »
Allen sursauta presque, Kanda s'étant éjecté de sa chaise si vite pour contourner la table. Le bretteur le lui arracha le verre des mains pour le replacer sur la table en bois, et sans un mot de plus, se pencha, prit le visage d'Allen en coupe et l'embrassa fougueusement.
Aussitôt, Allen déposa ses mains contre celles de Kanda pressées fermement sur ses joues pâles et sans briser leur échange, se leva afin d'être à sa hauteur, et intensifia le baiser sans tarder. Timcanpy vint se réfugier dans la tignasse d'Allen et s'y cajola de toutes ses forces, comme pour lui aussi, lui apporter tout son amour.
Allen dégusta ce baiser durant de longues secondes qu'il imprima pour l'éternité dans son esprit. Et ce fut à contrecœur qu'il brisa leur échange passionné, tout en glissant ses mains à son tour contre les joues brûlantes de son partenaire.
« N'aie pas peur, Kanda, » lui chuchota Allen en caressant délicatement la peau sous ses pouces.
« Ne me parle pas comme si j'étais un gosse, » fut la réponse vive de Kanda qui haïssait la douleur abominable dont était sujet son cœur.
Après un petit rire clair mais brisé aux oreilles de Kanda, Allen abaissa ses mains tremblantes qu'il tentait de maîtriser et récupéra son verre. Se tirant hors de ses pensées les plus sombres, Kanda suivit le geste du plus jeune et ils trinquèrent pour ensuite boire l'entièreté de leur flûte.
Plus tard, Allen tira Kanda dans la plus grande chambre du chalet, et se laissa tomber sur le lit grinçant sous son poids. Le corps de son amant le rejoint sans atteindre et à la lueur des bougies, ils s'embrassèrent jusqu'à manquer cruellement d'air et se démunirent de tout vêtement afin d'exprimer tout leur amour.
Lorsque quelques heures plus tard, Kanda rouvrit les yeux, réveillé par Timcanpy, un de ses bras était échoué sur les hanches de son partenaire, et le Moyashi respirait fort à côté de lui, endormi. Ses cheveux blancs retirés en arrière laissaient à découvert l'entièreté de son doux visage paisible.
Doucement, la main vacillante de Kanda vint se loger dans cette touffe de cheveux blancs humidifiés par la sueur et approcha son visage pour déposer ses lèvres contre son front, tout proche du pentacle rouge qui paraissait à vif tant la peau d'Allen était pâle en contraste.
Le geste ne réveilla pas Allen qui respirait toujours, son torse s'élevant doucement à chaque inspiration.
Mais il était temps d'honorer le marché qu'ils avaient tous les deux conclus. Il était temps avant que Neah ne se réveille pour de bon. Ainsi, sans lâcher des yeux le bel endormi qui semblait être si loin de la vérité à cet instant-là, Kanda tira une main jusqu'à son sabre délaissé stratégiquement au bord du matelas.
Il enserra le manche de l'arme encore plus fort, de sorte à se pousser à continuer, et de ne pas réfléchir davantage. Allen attendait qu'il le fasse. Et il avait capitulé. Kanda n'était pas un homme qui revenait sur sa parole.
Mais Dieu, ça faisait mal. Voir Mugen dirigé vers le cœur d'Allen Walker qui dormait au milieu des draps blancs, le torse à découvert, sans aucune défense. Cette vision fut si douloureuse qu'un étau se referma contre la trachée du bretteur qui eut bien du mal à respirer correctement. Il étouffait.
De sa main libre, il vint cacher les yeux du plus jeune, pressant cette chaude paume contre ses paupières closes afin que la dernière vision qu'Allen ait de lui ne soit pas son compagnon lui plantant un sabre en plein cœur.
Ignorant cette souffrance acide qui rongeait son cœur et son estomac, Kanda activa consciemment son arme sans même bouger, et une fois la lame brillant vivement dans la petite chambre plongée dans la nuit, il abaissa Mugen.
Cependant, avant même que la lame ne puisse atteindre la peau de son torse, une main difforme vint l'arrêter en la saisissant fermement. Kanda écarquilla les yeux dans le processus, scrutant la main gauche d'Allen qui venait de protéger le cœur de son propre corps. Mais avant qu'il ne puisse faire le moindre geste, la seconde main d'Allen vint empoigner sans douceur le poignet de Kanda dont la paume bloquait sa vision, et la lui retira sans plus de cérémonie.
Cette fois-ci, ce fut des pupilles dorées qui vinrent se planter tout droit dans les yeux de Yû Kanda. Des pupilles mi-amusées et mi-désabusées.
« Je le savais… » chuchota doucement le Noé dans le corps d'Allen en forçant sur sa main gauche pour repousser plus loin le sabre destructeur.
Kanda serra les dents et retira son arme pour faire lâcher la main rouge de l'homme qui lui faisait face à présent, toujours allongé sur les draps blancs et qui pourtant, ne semblait pas plus effrayé que cela.
L'accord aurait atteint sa fin au petit matin, alors pourquoi Neah se réveillait-il maintenant ? Non, Kanda n'en fut pas étonné. Lui et Allen l'avaient deviné. Le Quatorzième se serait réveillé dès qu'il se serait senti en danger, comme à aujourd'hui.
Néanmoins, ce ne fut pas une expression de terreur qui marqua les traits de Yû Kanda. Non. Ce fut un sourire ironique. Un sourire de douce ironie et il laissa échapper un rire sans joie.
« Non, tu ne savais pas, » répliqua Kanda en se redressant afin de toiser l'autre garçon des yeux, sans pour autant lâcher sa précieuse arme.
Neah arqua un sourcil en prenant plus ses aises sur le matelas, tirant la tête sur le côté comme pour aguicher l'autre homme en lui dévoilant son cou nu. Un sourire plus carnassier vint titiller les lèvres du Noé, effaçant toutes traces des expressions habituelles d'Allen Walker.
« Si, je l'ai senti, » lui assura le Noé, nullement effrayé.
Mais Kanda secoua lentement la tête, jetant un bref regard vers la petite pendule silencieuse située sur la commode près du lit.
« Ce que tu ne savais pas, c'est que ton dernier repas a été empoisonné, » lâcha Kanda dont le sourire sarcastique s'effaça lentement alors que ses yeux déviaient vers la fenêtre, là où les premiers rayons du soleil émergeaient.
Cette fois-ci, ce fut au tour du Noé d'être pris de court, et une parfaite expression de stupeur s'empara de ses traits fins.
« Quoi ? » lança-t-il en tentant de se redresser.
« La coupe de champagne que tu as bue, » compléta Kanda en ne prenant même pas la peine de surveiller le Noé sur le matelas. « Elle était empoisonnée. »
Incapable de correctement se lever, le Noé sous l'apparence d'Allen se laissa retomber lourdement contre le matelas, ses forces le quittant sans aucune raison apparente. Son cœur fut pris d'un sursaut d'horreur en comprenant les dires de Kanda qui jusque-là, ne l'avait guère intéressés, et il se mit à fouiller dans la mémoire de son hôte. Les derniers souvenirs qu'il n'avait pas encore effacés. Les souvenirs de ce petit repas entre deux amants.
Allen reposait la bouteille de champagne près de l'évier, dos à Kanda, les poings serrés dans la colère. Le bretteur derrière lui paraissait tout aussi agacé que lui.
« Je t'interdis de mettre du poison dans le tien aussi, tu m'entends ! » répéta Allen un peu plus fort.
La poudre blanche attendait dans une coupelle en verre près d'une des flûtes. Kanda ne lui répondit pas, la respiration erratique, une lueur de pure rage dans le coin de ses yeux.
« Promets-le-moi ! » insista Allen en se retournant vivement vers Kanda.
« Et pourquoi ça ?! » s'emporta Kanda avec hargne.
Allen laissa son dos regagner l'espace de travail et il enserra inconsciemment la poignée du placard derrière lui.
« Parce qu'on a convenu qu'il fallait terminer ce qu'on avait commencé Kanda ! Il reste peu d'Akuma à déloger et il faut protéger nos amis encore un peu ! Je refuse de t'emporter avec moi ! »
« TU FAIS CHIER ! »
Timcanpy s'était enfui à l'étage quand Kanda laissa rageusement tomber au sol les assiettes qu'il tenait dans les mains. Mais Allen n'avait pas cédé et s'était retourné pour vider l'intégralité de la coupelle de poudre dans son propre verre.
« Pardonne-moi, Kanda… »
Ainsi, il s'était fait piéger. Neah avait beau étirer ce souvenir dans tous les sens, l'interpréter de mille et une façons, la conclusion restait toujours la même, et pour une première fois depuis longtemps, il fut littéralement terrorisé.
Son cœur ralentissait tout seul. Il avait perdu le contrôle.
« Le poison doit tout juste commencer à faire son effet, n'est-ce pas ? » fit Kanda d'une voix dénuée de toute émotion en reportant son regard vers le Quatorzième. « Pourquoi crois-tu que j'ai demandé à Tim' de me réveiller à un moment précis ? »
Les deux mains de Neah vinrent se presser contre son torse, tout proche de son cœur, dans un dernier effort de survie. Sa gorge se serrait d'elle-même, ses poumons s'enflammaient et il manquait cruellement d'oxygène.
Soudain, Kanda l'agrippa par la gorge, profitant de son agonie pour approcher dangereusement son visage du sien.
« Soit conscient de ta propre extinction, Neah, » lui murmura-t-il sombrement.
« Je le savais… pourtant… que ça aurait été toi… qui me conduirais à ma perte… » articula le Noé dans la souffrance, l'une de ses mains entourant vainement le poignet de Kanda qui l'étranglait sans scrupules.
Puis, quelques secondes après, Timcanpy qui jusque-là scrutait en silence les deux hommes au bout du lit, quitta prestement le drap qui virait au rouge.
Ce matin-là, Tim' se cacha sous le lit d'une chambre vide et pleura toutes les larmes de son petit corps.
O
Lenalee et Lavi quittèrent le cimetière en retrait du groupe, chacun silencieux, habillés tout de noir. Le soleil brillait pourtant fort dans le ciel d'été, il ne pleuvait pas, ne ventait pas. Pas ce qu'on l'on avait en tête quand on parlait d'enterrement. Dans les livres, il pleuvait, neigeait, ou tempêtait. Le soleil se terrait loin, lui aussi en deuil, et les oiseaux se taisaient.
Pourtant, les deux jeunes Exorcistes croisèrent des enfants enjoués, un groupe de femmes joyeuses, des couples amoureux quand ils empruntèrent la route du retour près du grillage sinistre du cimetière.
Le cœur lourd, Lavi finit par passer un bras autour des épaules de Lenalee et ils marchèrent comme ceci, partageant silencieusement leurs chagrins.
Soudain, une personne encapuchonnée et au long manteau noir malgré la chaleur de l'été, passa près d'eux et Lavi crut entrevoir du coin des yeux quelque chose de doré filer dans le vent. Le rouquin s'arrêta net lâchant la jeune femme et fit volte-face vers la silhouette qui semblait se diriger vers le cimetière.
« Est-ce que c'est… ? » commença-t-il, sa voix mourant dans le fond de sa gorge.
Lenalee suivit son regard, et reconnut cette posture. Son cœur se serra à la réalisation et elle attrapa doucement le poignet de son compagnon, l'empêchant de potentiellement partir à sa poursuite.
« Non, Lavi. Laisse-le… » lui intima-t-elle d'une voix douce. « Pas aujourd'hui. »
Le Bookman abaissa les yeux vers la jeune fille aux traits du visage épuisés et hocha faiblement la tête, concédant que c'était la meilleure chose à faire. Quand quelqu'un avait restitué le corps d'Allen à la Congrégation, cette personne n'avait pas été répertoriée par la section scientifique et inutile d'être très idiot pour comprendre qu'il s'était agi de Kanda lui-même.
L'organisation Centrale s'en était doutée elle aussi, mais n'avait pas pu mettre la main sur Kanda qui s'était à nouveau évanoui dans la nature.
Durant la cérémonie et la mise à terre d'Allen Walker, Kanda n'avait pas été là, où du moins, Lenalee et Lavi n'avaient trouvé aucune trace de lui, ce qui en soit, était légitime. Le cimetière avait été plein de Corbeaux et gardes de la Congrégation. Kanda n'aurait pas fait long feu ici avant d'être incarcéré.
« Crois-tu que nous le reverrons ? » l'interrogea Lavi en fourrant ses mains dans les poches de sa veste noire tout en reprenant sa marche avec l'Exorciste aux bottes noires.
Lenalee comprit qu'il faisait allusion à Kanda. Et elle n'en savait trop rien. Il y a quelque temps, il avait disparu, lui et Alma et tout le monde le pensait mort, mais ce dernier était revenu contre toute attente. La vie était toujours pleine de surprise.
Néanmoins, Allen n'était plus là désormais.
« Je ne suis pas sûr… » dit-elle tristement. « Mais… » puis elle attrapa le bras de Lavi qu'elle serra contre elle et lui offrit un sourire de réconfort. « Ils seront toujours là, ils sont notre famille. »
Pour appuyer ses dires, elle porta son poing libre contre sa poitrine, tout proche du cœur. Souriant lui aussi d'émotion, Lavi suivit le geste de la jeune femme et pressa son poing contre son cœur.
« Tu as bien raison, Lena'. »
Un peu plus loin, Kanda ne s'étant pas arrêté pour saluer ses deux compagnons, avait filé jusqu'aux portes du cimetière, certainement pas d'humeur à recevoir des regards de pitié. Timcanpy l'avait guidé jusqu'à une pierre tombale encore dénuée de toute végétation, là où son partenaire reposait.
Un tas de fleurs y étaient entreposés. Il y avait même des paniers de nourriture. Et cette vision raviva le cœur du kendoka qui fut soudain pris d'un élan de chagrin. Les amis d'Allen avaient tous été présents pour lui aujourd'hui.
Il resta un instant muet, dans une minute respectueuse de silence. Un coup de vent percuta son corps et retira la capuche sombre en arrière, libérant ses beaux cheveux de leur prison en tissu, mais le bretteur ne s'en soucia pas et garda ses yeux éreintés rivés jusqu'à la pierre gravée.
Il sentit à peine Timcanpy se percher sur son épaule pour lui aussi se lancer dans une petite prière. Puis, Kanda ouvrit le manteau noir qui lui offrait un certain anonymat et sortit un papier blanc plié en quatre, ce qui intrigua aussitôt le golem. Il reconnaissait ce genre de papier à présent, où la force de la plume avait produit des marques qui étaient visibles, même pliée.
S'agitant en s'échappant de l'épaule de l'humain pour frotter le papier contre son corps et ses ailes, Kanda comprit que le golem souhaitait lui dire quelque chose, et il haussa faiblement les sourcils.
« Quoi ? T'veux la lire ? » lui demanda-t-il d'une voix rauque.
Pour confirmer cette question, Tim' parut hocher la tête de bas en haut et se reposa contre l'épaule de Kanda qui poussa un profond soupir pour ensuite déplier ce dernier message. Et finalement, il profita pour relire une dernière fois les mots qu'il offrait à Allen Walker en guise d'adieu.
« Salut, le Moyashi,
Je t'ai ramené à la Congrégation, comme tu l'avais souhaité. Ils ont tous pris soin de toi. Ouais, le Central a été mis au courant au dernier moment, rassure-toi. Et t'inquiète, je suis sur le point de fuir le Q.G. aussi, ce chien de Luberier doit être dans une colère monstre. Si tu savais comme j'aimerais voir son expression à cet instant-là.
Mais bref, là n'est pas la question. C'est certainement pas pour parler de ça que j'use de mon temps.
Non, c'est pour t'offrir mes derniers mots. Ceux qui sont restés bien trop longtemps renfermés dans mon cœur.
Tu m'as parfois sorti les fameux « je t'aime », et je savais que tu les pensais à chaque fois. Je n'y ai jamais répondu, ou du moins, je répondais à ma manière. Mais tu ne t'en offensais pas. Tu savais que moi aussi je partageais les mêmes sentiments que toi.
Oui. C'est un je t'aime que je te dis aujourd'hui. Et certainement pas un « je t'aimais », Moyashi.
Ce sont des mots que surement j'aurais eus du mal à dire à l'oral. Tu l'avais compris, j'étais plus à l'aise à l'écrit, et pourtant, ça n'avait rien à voir avec une potentielle honte envers notre relation.
Non. J'ai aimé chaque seconde de cette année avec toi. Et j'espère que tu le sais. Mais avouer absolument tout de vive voix m'était trop difficile. J'ai été lâche, excuse-moi, Allen. Dire ça tout-haut me faisait remémorer, telle une claque, que bientôt ta vie m'aurait été arraché. De nous deux, tu as été le plus courageux, idiot.
Tu m'as fait promettre de vivre jusqu'au bout pour l'humanité. Pour protéger Lenalee, Lavi et tous les autres. Pour faire comme nous avons fait tous les deux, exterminer les Akumas et Noé restants, de nôtre côté. À notre manière. Et tu sais que je suis un homme de parole. Et je te protège toi aussi, crétin. Je n'ai dit à personne pour ton accord courageux. La voilà, la belle fin que tu attendais tant.
Crétin, crétin, crétin.
C'est la dernière lettre que je t'écris. J'y tenais. Après tout, c'est grâce à cette foutue correspondance qu'on a s'est finalement retrouvé. C'est grâce à cette foutue correspondance qu'on a tenu chacun. Je n'ai plus aucun remords désormais.
Hormis celui de ne pas pouvoir tout de suite m'endormir pour me réveiller auprès de toi.
Adieu, Allen Walker.
Ps : Savais-tu que quelque part en France, il y a une tradition assez étrange. Pour célébrer les futures vacances, un groupe d''idiots cuisine une omelette géante qui serait capable de nourrir 1000 hommes. Y'en a qui sont vraiment perchés. Tu devrais quand même y faire un tour, à l'avenir, Moyashi.
Kanda. »
Une fois leur lecture terminée, Kanda replia cette dernière lettre et s'empara d'un briquet qu'il avait récupéré avant de venir jusqu'au cimetière. Puis, il leva briquet et missive au-dessus des fleurs recouvrant la pierre lisse et la flamme fugace vint dévorer le papier. Cendres et morceaux calcinés du papier blanc vinrent chuter sur les feuilles des plantes, contre les bourgeons qui fleuriront bientôt, dans le cœur des Dalhia colorés et certains se glissèrent jusqu'à la roche lisse.
Le reste vint virevolter dans le doux vent d'été, secouant les cheveux de Kanda, et regagnant un chemin jusqu'au ciel.
Abandonnant le briquet dans sa poche, il intercepta un autre petit objet qu'il avait gardé durant tout ce temps sans en informer son partenaire, dans un vain espoir. Il le lâcha ensuite et une fiole au liquide encré vint percuter les dalles en pierre et rouler jusqu'à Kanda. Mais sans considération aucune, Kanda écrasa la fiole offerte par Link auparavant, sous son talon et le flacon en verre explosa dans un craquement aigu.
« À très vite, Allen, » murmura ensuite Kanda qui ne pouvait rester ici plus longtemps.
Il tourna les talons, laissant derrière lui les restes de son dernier message, les éclats d'une potion qui aurait pu tout changer, et l'âme de son amant.
Néanmoins, une fois à l'entrée du cimetière, son cœur n'en put plus. Durant toute une année, il avait gardé son chagrin pour lui, confiné dans un endroit qu'Allen ne pourrait jamais trouver. Laissant son dos rejoindre la grande grille en fer, Kanda abaissa la tête et Timcanpy voleta près de lui, zigzagant doucement dans un réconfort silencieux, lui assurant qu'il avait le droit de se laisser aller, désormais.
Ce soir, Yû Kanda pleura.
Fin
Avant toute chose, je n'avais pas pour but de terminer sur une note aussi sombre, sincèrement. Mais ça s'est tourné comme ça, et je ne pouvais pas m'imaginer une autre fin. Kanda a tout dit dans sa lettre, l'année qu'ils ont vécu était magnifique, l'une des meilleures qu'ils avaient vécue tous les deux. Mais le temps avance. Le monde bouge. Et si une tragédie ne les avait pas frappée, étant si obstinés, ils ne se seront jamais retrouvé XD.
Et puis, à la fin, Kanda joue le jeu d'Allen avec son PS :-) la boucle est bouclée.
Les fleurs dites Dalhia sont des fleurs de reconnaissance, voulant dire « merci », j'ai donc imaginé que la plupart des amis d'Allen, dont Komui, la section scientifique tout ça les lui ont apportées.
J'espère que malgré cette touche sombre, vous avez aimé ! Faites-moi part de vos avis, j'en serais heureuse ^^
Peut-être à bientôt dans ce fandom, mais je pense qu'il va falloir attendre un peu.
Mais Yullen un jour Yullen toujours :D Dès que j'aurais du temps pour écrire une fic conséquente, j'essaierais de reprendre mes idées ! (là j'avais surtout envie de vous publier la fin, après tout ce temps !)
Allez, ciaou ! Et merci d'avoir lu !
