En faisant le ménage sur des dossiers récupérés, je suis tombée sur la suite. Je l'ai un peu améliorée, un peu modifiée et j'espère l'avoir assez corrigée.
J'ignore quand la suite viendra, car j'ai perdu le reste et mes notes dessus. Je croise les doigts pour qu'elle vous plaise tout autant que ce début, même avec des années d'inactivités. (Comme quoi c'est une preuve que je n'abandonne pas mes travaux !)
Bonne lecture et à bientôt !
Enchaînée
Chapitre 3
Six ans plus tard
Thorín voue un amour inconditionnel à son demi-frère. Frerín est une boule d'énergie revigorante, au sourire toujours sur son visage. Il l'aime à la considéré comme son frère de sang.
Pourtant, Thorín Troisième du nom sait.
Il sait que Frerín n'a le titre de son frère uniquement par un mariage forcé, non consentit. Le guerrier nain s'en fiche éperdument. L'enfant n'a pas à souffrir d'un manque d'affection ou de discrimination. Alors, il vieille sur lui, jour comme nuit, allant contre les demandes de son père.
Il l'aime autant qu'il aime sa belle-mère.
À cette pensée, un sourire sans joie apparaît sur son visage. Tout le royaume aime leur délicate reine, bien qu'elle n'apparaisse que peu aux yeux de tous, toujours fatiguée, toujours plus éteinte de continuellement vivre entre les pierres de la Montagne. Personne ne se questionne, car son père a toujours su manipuler ses troupes et les foules. La reine est faible depuis la naissance du second prince, de Frerín Second du nom, à cause de l'attentat sur sa personne par les guérisseurs de la cours.
Thorín aussi avait manqué d'y croire. S'il n'avait pas surpris la conversation entre son père et le Magicien Blanc.
Le prince nain sait qu'il n'a jamais été très intelligent, son père n'ayant jamais cherché à l'éduqué correctement - l'art de la guerre, du combat et des armes étant suffisant, il n'a commencé à savoir lire que grâce à l'insistance de Bella. Il n'est donc pas assez intelligent pour y faire quoi que ce soit. Ni assez courageux.
Il sursaute quand le livre que tenait sa belle-mère tombe au sol.
_ Mère ? Allez-vous bien ?
La question n'aurait pu être plus stupide. Bien sûr qu'elle ne va pas bien. La lumière du soleil touche rarement son visage, ses pieds n'ont plus sentit la douceur de l'herbe depuis qu'elle est arrivée, et ses cheveux autant que ses épaules sont toujours drapées des plus belles et des plus lourdes draperies qu'un hobbit peut supporter.
D'un pas doux, il se rapproche et lui ramasse le livre. Son visage est pâle, ses yeux voilés d'une fatigue sans nom, ni repos réparateur.
_ Mère, souhaitez-vous un guérisseur ?
Elle le regarda sans un mot, la respiration lourde et sifflante, la mort dans l'âme. Les jours passent et la vie s'assèche en elle, comme une bougie dont la mèche disparaîtrait peu à peu.
Elle lève la main et il l'a prend sans un mot. La peau est toujours aussi froide et rêche. Plus les années se sont écoulées, plus sa peau a perdu de sa douceur, en même temps que ses couleurs.
Thorín espère qu'il la réchauffe un tant soit peu, le bien maigre réconfort qu'il puisse lui offrir dans cette cage dorée.
_ Frerín… Où est mon petit Frerín ?
_ Il dort Mère. Juste à côté. Vous l'avez couché.
_ Il n'est pas en sécurité…
_ Je suis là pour le protéger Mère. Et vous protéger.
La protéger de la folie de son propre père.
_ Je suis fatiguée…
_ Souhaitez-vous vous allonger ?
Il ne veut pas comprendre le sous-entendu qu'elle vient de lui dire. Parce qu'il l'aime comme il a aimé sa propre mère. Parce qu'elle a su lui montrer douceur et tendresse. Parce qu'elle lui a offert un petit frère.
_ Je veux qu'il soit en sécurité. Je ne pourrais pas me reposer avant.
Le prince nain serre la mâchoire.
_ Amène-le à son père.
_ Mon père me tuera, il vous fera du mal, il vous éloignera de Frerín.
_ Thorín vous protégera tous les deux.
Thorín Troisième n'en est pas si sûr. Frerín ne risquerait rien. Mais lui ? Lui qui deviendrait aux yeux de tous, fils d'un menteur, d'un tricheur, d'un fou à lier ?
_ S'il te plait. Je ne peux attendre dans l'angoisse plus longtemps.
Sa voix est aussi faible qu'elle, ses mots sont avalés alors qu'elle se bat contre le sommeil.
_ Je t'en supplie… Amène-le à son père… Je ne pourrai vivre en le sachant ici…
Thorín sent sa gorge s'assécher quand il la voit fermer ses yeux. Il précipite une main sur à son nez et l'autre sous son coup, avant de soupirer de soulagement. Comme à chacun de ses moments de lucidité, de plus en plus courts et de plus en plus rares, elle s'est endormit d'un claquement de doigt.
Il attend un peu, avant d'aller l'allonger auprès de Frerín. Le nain les observe tous les deux, en silence. Il ne se détourne qu'après un temps pour raviver le feu dans l'âtre. Les flammes dansent en crépitant sur le bois sec, avides et à la fois chaleureuses.
Les lueurs brillent dans son regard perdu.
Son père l'a toujours terrorisé, le rendant aussi obéissant qu'un agneau, ne faisant de lui qu'un combattant sanguinaire dans les lieux de batailles, dans l'espoir (rien qu'un) que s'il faisait couler suffisamment de sang, Daín le reconnaisse digne de la lignée, digne d'être son fils. Il a façonné pour qu'il ne parle pas, qu'il ne questionne rien, qu'il ne se soumette à personne d'autre que son père et ne s'attache à personne.
Jusqu'à Bella et Frerín.
Ce soir, ce sera la sixième commémoration de la Victoire de la Bataille des Cinq Armées. Les morts seront pleurés, puis leur gloire sera chantée, qu'ils soient Hommes, Nains ou Elfes. Ce soir, comme les cinq derniers autres, les trois peuples seront unis et leurs liens renforcés.
Le Roi sous la Montage s'éclipsera aussi, avec son ancienne Compagnie, pour aller pleurer sa Compagne que son peuple n'a eu le temps de connaître. Ce soir, le tombeau vide de leur reine sera baigné dans la lueur de la lune de l'hiver de Durín.
Ori déteste cette période de l'année. L'activité est oppressante, sous la Montagne, à Dale, à Laketown comme à Mirkwood. Chacun se presse pour les meilleurs achats, les meilleures offrandes, les meilleurs discours, les meilleurs chants. Les populations sont si pleines de vie, que le jeune nain se demande s'ils ont oublié ceux qui ont péris pour cette liberté.
Derrière ses prunelles obscurcis depuis la bataille, il ne se repère plus à être bousculé à droite et à gauche. Alors, la plupart du temps, quand il est de sorti pour Dale, il reste prêt de la Fontaine, jusqu'à ce que Dwalin ou Balin vienne le récupérer.
Assit, il entend et imagine les couleurs et les formes qu'il ne voit plus. Droit, les mains sur les genoux tel un enfant grondé, il attend. Les cris, les pleurs, les colporteurs. Il entend tout, dans les moindres détails. Il sait qu'un petit vient de dérober un fruit, qu'un homme veut se racheter une lame, qu'un elfe cherche à réparer sa harpe, qu'une naine ne trouve pas un diadème allant avec la robe quelle portera ce soir.
Les bruits l'oppressent. Dans un même temps, cela l'apaisent. Ori ne pense pas à la Commémoration de ce soir. Il ne pense pas à l'absence de leur cambrioleur pesante et irrémédiable. Ainsi secoué, il ne maudit pas la Mort et ses ravages.
_ Allez gamin. On a ce qu'il faut.
_ Je ne suis plus un gamin !
Il déduit le sourire mi-amusé, mi-sarcastique sur le visage de Dwalin. Le plus vieux nain lui attrape la main et le guide à travers la foule, jusqu'à leur charrette. L'odeur de terre fraiche lui chatouille le nez, et Ori se surprend à sourire :
_ Qui aurait cru qu'un jour, les nains se mettrait à jardiner ?
_ Personne, encore moins les elfes.
_ Ce sont ses préférés, n'est-ce pas ?
Il se laisse guider pour monter sur l'attelage et ses mains tâtonnent derrière lui, jusqu'à ce qu'il touche les fleurs fraiches, humides des quelques flocons de neiges.
_ Toujours. Thorín y veille.
_ De quelles couleurs sont-elles ?
_ Blanches pour la plupart. Il y a quelques violettes et bleus. L'Arkenstone les illuminera correctement.
_ C'est bien… Notre cambrioleur adorera…
Il reste silencieux.
_ Pourquoi avons-nous continué à l'appeler « cambrioleur » ?
_ On a tous été dans le déni de savoir qu'elle était une femme.
C'était avant les gobelins, se souvient Ori avec amusement, quelques jours après avoir quitté Rivendell. Tous avaient profité d'une rivière pour se rafraichir. Bilbo aussi, mais à l'abri des regards. Pour tous, ce n'était qu'une question de pudeur. Fíli et Kíli avait voulu lui faire une farce. Il s'en est suivi des cris des deux côtés. De choc chez les nains, d'indignation chez leur cambrioleur, en fait cambrioleuse.
En retrait, Thorín en était restait coi.
C'était le bon temps…
Un cri au loin fit sursauter Ori en même temps que les oreilles des poneys se retournèrent.
_ Des orcs.
_ Raconte pas n'imp-
_ Chut !
Le jeune nain tira sur les rennes pour mettre à l'arrêt l'avancé des poneys. Tendus, il se concentra, tremblant. D'autres cris se suivirent, strangulés et ignobles.
_ Des orcs, sur notre gauche !
Dwalin ne répond pas. Mais il l'entend attraper sa hâche.
Ori se sent mal. Il n'a pas halluciné.
_ Thorín… Ne me laisse pas tout seul…
Le nain ne se laisse pas attendrir. Il n'a pas le choix. Il sécurise son petit frère sur la scelle (pour qu'il ne tombe sous aucun prétexte). Les gardes d'Erebor le verront bientôt, comme ils verront bientôt la troupe d'orcs se hâtait vers eux.
_ Thorín… appelle encore Frerín de sa voix suppliante
_ Ne t'arrête que lorsque des nains, des hommes ou des elfes seront à tes côtés. Tu demanderas un entretien avec le Roi sous la Montagne, et tu lui donneras la missive.
_ Thorin…
Épée à la main, Thorin Troisième du nom saute à terre. Son frère l'appelle, mais il ne se retourne pas.
Il doit le protéger.
_ Ton bâtard manque à l'appel et tu n'as pas l'air si inquiète que cela…
Bella sent ses lèvres s'étirer. Elle se tient aussi droite qu'elle le peut sur ce siège qu'elle haït, dans cette pièce qu'elle déteste encore plus. Se battre contre le poison qui lui dévore l'âme et l'esprit est une souffrance constante. Elle s'y efforce, pour son fils.
La hobbit qu'elle est sait qu'elle pourra bientôt lâcher l'affaire, elle le sent. Son fils sera bientôt en sécurité, là où il doit être. Protéger d'une armée de nains, une armée d'elfe, une armée d'hommes et de la Compagnie d'Oakenshield. Bientôt, comme avant la naissance de son tout petit, les ténèbres endormiront sa conscience.
Mais son fils sera en sécurité. C'est tout ce qui compte.
_ Les orcs rattraperont Thorín et ton bâtard.
_ Les orcs sont stupides, Thorin un guerrier que tu as façonné à ton image.
_ Frerin est son point faible.
_ Au contraire. Il se battra pour lui. Ton plan sera à revoir Daín.
Le Roi des Monts de Fer recommence ses cent pas à travers la pièce Bella n'en ressent qu'une satisfaction personnelle et sans borne.
_ Il me reste l'anneau.
_ Quel anneau ?
Le visage de Daín se décompose alors que Bella, dans ses dernières forces, dégage comme elle peut son corset, laissant un cou vide de tout anneau au milieu de toutes les pierres précieuses qui l'incombent.
