Après une longue absence due à des problèmes de santé, je suis enfin de retour à la maison où je retrouve des écrits laissés de côté depuis six mois. Les chapitres de cette fic par exemple ont été écrits à cette époque, mais n'ont pu être publiés dans l'intervalle.

Les voici donc, avec, vous le remarquerez pour cette histoire dans le prochain opus, la réapparition de Maillol en chair et en os. J'avais écrit cette histoire avant la diffusion de « Mélodie Mortelle » à la rentrée, d'où les différences d'interprétation. Ma version tient parfaitement la route. A vous de juger si vous préférez les « affabulations ésotériques » officielles du si rationnel Laurence…

Chapitre 3

Ce furent les rayons du soleil déjà hauts dans le ciel qui réveillèrent Alice. Elle fut d'abord désorientée, puis se souvint de la nuit mouvementée qu'elle avait vécue.

Pour s'assurer qu'elle n'avait pas rêvé, Alice se tourna vers son compagnon et l'observa en train de dormir paisiblement. C'était un moment volé car elle ignorait quelle serait la réaction de Laurence à son réveil. Allait-il la rejeter avec sa brutalité coutumière ou bien être honnête envers elle et envers lui-même ? Elle avait déjà été témoin de sa mauvaise foi et elle penchait pour la première option. Elle se dit qu'elle n'avait pas envie d'assister à une scène et d'être ravagée par des sarcasmes alors que de mémoire, elle n'avait jamais été aussi en paix avec elle-même après une pareille nuit improvisée. Aussi discrètement que possible, elle glissa un pied en dehors du lit puis s'apprêtait à se lever pour quitter la chambre, lorsqu'une main se saisit de son bras pour la retenir.

« Et où est-ce que tu crois aller comme ça ? »

Elle retourna promptement près de Laurence, pas tout à fait réveillé, et mentit.

« J'ai besoin de satisfaire un besoin naturel. Je ne voulais pas v… te réveiller. »

Laurence la dévisagea intensément.

« Tu mens. Tu voulais partir avant que je me réveille. »

Elle essaya de protester mais il lui ferma la bouche par un baiser. Satisfait par sa réaction, Laurence eut un sourire machiavélique.

« Tu crois que je vais te jeter dehors, n'est-ce pas ? »

Alice haussa les épaules avec une indifférence parfaitement feinte.

« Vas-y, ne te gêne pas, tu en meurs sûrement d'envie. »

Il secoua la tête et ricana :

« Ah, Avril, encore en train d'échafauder des théories sans fondements… T'ai-je donné l'impression à un moment ou à un autre de cette nuit de regretter ta présence à mes côtés ? »

« Je ne sais pas, c'est à toi de me le dire... As-tu regretté ma présence ? »

« Disons que cette étrange association apporte des satisfactions non négligeables. »

« Tu joues sur les mots, comme d'habitude. »

« Je suis un égoïste qui ne voit que son propre intérêt. Mais pour une fois, ton avis sur la question m'intéresse, même si j'en ai déjà eu un bon aperçu d'après tes cris de plaisir… Mon dieu, on aurait dit une bouilloire qui siffle ou un chat qu'on égorge ! »

Alice rétorqua de façon acide :

« Tu n'es pas un amant exceptionnel, Laurence ! »

« Ah oui ? Ai-je imaginé les encore répétitifs et autres onomatopées incitatives précipitées, sans compter les quelques agressions violentes sur ma personne qui traduisaient une impatience certaine ? »

Et il désigna du regard les traces des ongles d'Alice sur son biceps… Cette fois, la jeune femme ne put s'empêcher de rougir mais elle ne se démonta pas.

« Laurence, tu émets des grognements de sangliers en rut, tu crois que tes voisins ne vont pas s'en plaindre ? »

Il se mit à rire doucement, puis sa voix prit un ton plus intime :

« Il y a en chacun de nous une part d'animalité qu'il est bon d'exprimer, non ? »

Alice se mit à frissonner et soutint son regard sans broncher. Il eut à nouveau ce sourire arrogant qui la hérissait et qu'elle aurait tant aimé lui arracher, puis il l'embrassa de façon autoritaire pour sceller la discussion.

La bouche de Laurence commença ensuite son lent trajet vers le cou d'Alice, là où il avait découvert un point qui la faisait littéralement chavirer et perdre le contrôle. La jeune femme ferma les yeux et tenta vainement de résister aux tendres agressions de son amant, surprise de ressentir à nouveau du désir pour celui qui restait malgré tout son poil-à-gratter personnel en toutes circonstances.

« On dirait que mes attentions ne sont pas pour te déplaire, hein, Avril ? »

« Tais-toi, Laurence, tu parles trop ce matin. »

Un petit rire de l'intéressé et plus rien ne compta alors que le contact de leurs peaux, que leurs mains explorant le corps de l'autre, que leurs bouches embrassant, caressant, agaçant, affolant leurs sens, que leurs gémissements de plaisir allant crescendo dans la lumière matinale. Ils ne firent plus qu'un à nouveau, et main dans la main, accueillirent avec des râles intenses, leurs libérations ultimes.

Swan observa sa maîtresse en train de récupérer, détendue à nouveau, souriante. Alice s'étira langoureusement, telle une chatte après un long sommeil. Sentant qu'ils étaient à présent en pleine possession de leurs esprits, ils échangèrent un regard complice où l'une afficha sa félicité, et l'autre, sa fierté. Alice ne résista pas à l'envie de le titiller :

« Prendrais-tu goût à ces ébats avec moi, Laurence ? »

« Ne vas rien t'imaginer, Avril, à part du sexe collaboratif, peut-être de temps en temps. »

Evidemment… A quoi pouvait-elle s'attendre d'autre de la part d'un coureur comme Laurence ? Sans rien montrer, Alice rumina en silence la situation et décida finalement que ça n'avait pas d'importance, compte tenu de leur marché. Elle aussi pouvait séduire d'autres hommes ou succomber aux attraits des femmes. La perspective de "tromper" son amant la réjouissait d'avance. Le sachant possessif de nature, Laurence serait certainement furieux et jaloux de ses incartades.

Le policier bougea, s'assit et alluma une cigarette. Alice ouvrit les yeux, l'observa, ne sachant trop comment réengager la conversation, mal à l'aise tout à coup. Amusé, il la dévisagea, comme s'il lisait dans ses pensées.

« A court de mots, Avril ? Ce serait une première... Si j'avais su, j'aurais tout fait pour coucher avec toi plus tôt. »

« Alors là, tu pouvais toujours rêver ! »

« Pourquoi maintenant alors ? »

« Je ne sais pas… Les circonstances s'y prêtaient sans doute. »

Il tira sur sa cigarette en silence et réfléchit. Elle l'observa, fascinée par sa masculinité si sensuelle. Difficile d'y échapper en même temps... se fit-elle comme réflexion. Cela l'agaça prodigieusement de devoir admettre que son vieil ennemi assurait au lit, comme dans plain d'autres domaines. Ah, ce qu'elle détestait les perfectionnistes !

Laurence était perdu dans ses pensées. D'ordinaire, il se souciait peu de savoir si les bourgeoises mariées qu'il sautait de temps à autre, étaient réellement satisfaites, d'autant qu'il se permettait rarement avec elles le genre de fantaisies qu'il s'était octroyé avec la journaliste. A peine poussaient-elles de petits sons qui ressemblaient davantage à des couinements qu'à des cris de plaisir. C'était au fond assez ennuyeux.

Alors qu'Alice… Elle était au lit ce qu'elle était dans la vie : exubérante et démonstrative. Il devait s'avouer qu'avoir une partenaire qui communiquait son plaisir, décuplait également le sien. Fidèle à elle-même, elle avait pris l'initiative dans l'acte. Il avait pu observer avec fascination la montée du plaisir sur son visage. Dans l'amour, elle était enfin femme et il était heureux d'être le principal acteur et le témoin privilégié de sa transformation… Mais pas question de le lui dire, ça aurait été lui donner trop de crédit ! Cette expérience était tout de même gratifiante sur bien des points et il était heureux d'avoir prouvé à sa Némésis qu'il était à la hauteur de sa réputation.

« Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? » Demanda finalement Alice au bout d'un moment en le tirant de ses réflexions.

« La perspective de passer la journée au lit avec toi est plutôt engageante, mais tous ces exercices m'ont ouvert l'appétit. Pas toi ? »

« Je meurs de faim… »

« Alors, viens. »

Après une douche rapide, ils s'habillèrent et sortirent manger. Comme à son habitude, Alice dévora pendant qu'il prenait son temps. Mais il ne lui fit aucune réflexion, se contentant de l'observer en silence avec indulgence.

D'ailleurs, ce fut l'un des repas les plus silencieux qu'ils partagèrent. Ils parlaient peu, et d'aucuns sujets qui fâchent, en se dévisageant et en se souriant parfois. A un moment, Alice posa sa main sur celle de Laurence mais il n'était pas fait pour ce genre de démonstration publique : gêné, il la retira prestement. La rousse ne réitéra pas l'expérience.

Cela n'entama pas leur appétit, ni les pensées qui les traversaient visiblement. Il suffisait qu'Alice le regarde d'une certaine façon pour qu'il lui retourne un sourire dont il avait le secret. Très vite, une douce tension s'instaura entre eux, qu'il ponctua avec malice à la fin du déjeuner.

« Le dessert nous attend chez moi. »

A peine entrés, ils se sautèrent dessus, à nouveau insatiables. Leurs vêtements volèrent dans la pièce alors qu'ils prenaient le chemin de la chambre pour une nouvelle partie de jambes en l'air.

A nouveau, ce fut une tornade dévastatrice, ponctuée de gémissements, de cris de plaisir, de baisers et de rires, émaillés finalement d'un "Il faudra que je passe par la pharmacie, je n'ai plus de capotes"... qui mit un terme à leurs ébats. Ils restèrent encore au lit, paressant, se caressant parfois lentement en explorant sagement le corps de l'autre.

Alice en profita pour récupérer un peu et quand elle se réveilla, elle ne le trouva pas à ses côtés. La rousse se leva et passa un des peignoirs de Laurence. Elle le trouva habillé au salon, en train d'écouter de la musique, probablement perdu dans ses pensées, et le laissa quelques minutes pour se rafraîchir. Quand elle revint, elle se frottait le bas du dos.

« J'ai mal partout… mais je ne me plains pas, hein ! » Ajouta-t-elle en rigolant.

Il leva un sourcil de façon ironique, parfaitement à l'aise avec ses appétits, puis vint à sa rencontre.

« Que dirais-tu d'un bon bain chaud, suivi d'une séance de massages ? »

« Tu ferais ça pour moi ? » Demanda-t-elle avec incrédulité.

« Pourquoi pas ? »

« Ça cache sûrement quelque chose. Qu'est-ce-que tu vas me demander en échange ? »

« Rien, on n'a pas dit qu'on se faisait du bien ? »

Alice finit par hocher la tête. Laurence la suivit dans la salle de bain où il ouvrit les robinets et où ils attendirent que la baignoire se remplisse, tous les deux mal à l'aise. Finalement, n'y tenant plus, il s'approcha d'elle, tira sur la ceinture du peignoir et la dénuda en le faisant glisser au sol.

Toujours habillé, il se glissa derrière Alice pendant que ses mains parcouraient le dos de la jeune femme et le reste de son corps. Elle observa leurs reflets dans le miroir puis s'abandonna à des sensations nouvelles, alors qu'il l'embrassait doucement dans le cou, avec un art consommé du plaisir. Voir ces larges mains glisser sur elle, caresser, prendre possession de son corps, éveiller en elle quelque chose de primitif et d'essentiel, était une expérience inédite et excitante. Elle ferma les yeux et se laissa faire.

Elle trouva vite qu'il était bien trop vêtu pour continuer ainsi. Résolument, elle déboutonna sa chemise en promenant à son tour ses mains sur son torse et en prenant son temps pour mieux le découvrir. Il se laissa faire en souriant, alors qu'elle lui rendait baisers pour baisers, caresses pour caresses. Le pantalon et le caleçon ne tardèrent pas à rejoindre le tas de vêtements déjà sur le sol.

Il l'entraîna alors dans le bain, en s'installant le premier. Elle se coucha dos contre lui et poussa un gémissement de bonheur dans l'eau chaude pendant qu'il continuait à l'embrasser et à la caresser avec l'éponge naturelle qu'il avait prise pour la laver. Lentement, il lui caressa le corps en lui demandant doucement ce qu'elle aimait et ce qu'elle n'aimait pas.

Alice lui répondait en soupirant à chacune de ses nouvelles attentions. Elle oublia tout pour ne plus se concentrer que sur ses sensations. Son corps s'embrasait, s'ouvrait sous les grandes mains expertes de Swan, qui pétrissaient, exploraient chaque parcelle de sa peau, en y traçant un chemin brûlant. Elle était devenue un merveilleusement instrument dont il jouait à volonté, tandis que le désir lui dévorait les entrailles.

Quand il se mit à jouer avec son intimité, elle gémit et l'embrassa avec une passion nouvelle à laquelle il répondit comme un écho. Incapable de résister, le plaisir la foudroya rapidement et la laissa pantelante et formidablement détendue entre les bras de son compagnon.

« Il va falloir que je m'attaque à un challenge de titans » dit-il au bout d'un moment en soupirant.

« Ah oui, lequel ? »

« Te laver les cheveux… Enfin, cette tignasse qui te tient lieu de chevelure ! »

Elle ricana et le laissa faire. Qui aurait cru que l'infect commissaire Laurence pouvait se transformer avec elle, en le plus attentionné des compagnons ?

Quand il eut terminé avec elle, il l'aida à sortir du bain et la sécha, refusant de la laisser faire. Elle se fit l'impression d'être une déesse qu'il idolâtrait, tel un esclave soumis. Tellement peu habituée à ce genre de traitement, surtout de sa part, elle dut se pincer. Cela lui semblait à mille lieux de leur réalité. Mais leur quotidien ne venait-il pas de voler en éclat depuis la veille ?

« Qu'est-ce qu'il y a ? »

« Si tu continues à me choyer comme ça, je ne vais plus te lâcher… » Remarqua-t-elle avec malice.

« Y prendrais-tu goût, Avril ? »

Elle se mit à rire en se souvenant qu'elle lui avait posé la même question le matin même.

« Ne vas rien t'imaginer, Laurence, à part du bon temps, par-ci, par là. »

« Dûment noté. Je ne me gênerai pas pour te le rappeler et pour en abuser... Viens, je n'en ai pas encore fini avec toi. »

Ils retournèrent dans la chambre et il lui demanda de s'allonger sur le lit à plat ventre. Laurence commença à lui masser le dos lentement avec une huile qui sentait bon l'orange amer et elle soupira de bonheur tant cette journée lui semblait idyllique. Certainement qu'elle resterait gravée dans sa mémoire quand elle l'évoquerait plus tard, quand leurs rapports deviendraient plus difficiles.

« Oh, c'est divin… Continue, ne t'arrête pas... Tu m'apprendras à faire des massages ? »

« Franchement ?... Non. Tu sais bien que je n'ai aucune patience avec toi. »

Elle continua à soupirer et à rêvasser. De façon incroyable, elle oubliait tout sous les doigts patients de son amant… car c'était ce que Laurence était devenu et ça ne la choquait plus de le voir comme tel.

Elle s'endormit.

Laurence l'observa avec un petit sourire. Si elle savait combien il avait apprécié de promener ses mains sur elle, de la soumettre en douceur à sa volonté, de la faire sienne encore et encore… Pas une seule fois, il n'avait éprouvé l'envie de la reprendre ou de lui faire une remarque. Il se contentait de l'observer, d'être attentif à elle, de lui faire baisser la garde. Sans un mot, elle s'abandonnait à ses soins, totalement en confiance, avide de savoir jusqu'où il irait. Alors il prenait pendant qu'elle donnait, et inversement. Il lui avait déjà fait l'amour comme s'ils étaient intimes depuis un long moment. Et ça leur avait plutôt réussi. Toutes velléités ou agressivité entre eux avaient disparu... Et c'était bon, libérateur… à tel point qu'il en redemanderait presque.

Peut-être était-ce parce qu'ils se connaissaient bien au fond ? Peut-être était-ce parce qu'il était temps que leurs rapports évoluent ? Honnêtement, cela ne lui déplaisait pas de partager ça avec Avril, même s'il savait qu'il finirait inévitablement par se montrer désagréable et par la blesser à un moment ou à un autre

« Règle numéro un, Avril… » dit-il à voix basse. « Ne t'attache pas à moi. »

Il se leva, s'habilla et sortit marcher, le cœur léger. Il se permit même un sourire à l'adresse d'une vieille dame accompagnée de son chien qui prenait son temps devant lui à la boulangerie. De même lorsqu'il croisa deux jeunes femmes d'une vingtaine d'années. Elles se retournèrent sur son passage en murmurant, clairement admiratives… Il leur adressa un petit sourire charmeur qui les ravit et s'en amusa.

Son "charming power" comme il l'appelait, était à son plus haut. Il fit quelques emplettes pour satisfaire l'appétit de L'ogresse - intérieurement, il appelait Avril comme ça - et revint sur ses pas en pensant à ce qu'il allait lui cuisiner au dîner pour la surprendre.

Il ne vit pas le cycliste lancé à toute allure qui zigzagua soudain pour éviter une voiture et qui se propulsa brusquement sur lui, incapable de contrôler sa trajectoire et sa vitesse.

Le choc fut violent pour les deux protagonistes. Projeté à terre, Laurence heurta le sol la tête la première.

Les pommes sortirent du sac en papier et s'éparpillèrent en roulant sur la chaussée...

A suivre…