Le lendemain, Laurence quitta l'hôpital, encore perturbé par des maux de tête et des pertes de mémoire qui avaient le don de l'irriter quand il s'arrêtait dessus sans parvenir à trouver la clé pour débloquer le souvenir. Au repos forcé, il était d'une humeur de chien, impatient de retourner travailler, mais aussi conscient que son formidable cerveau n'était pas en état de fonctionner normalement.

Chez lui, il trouva le petit mot laissé par Alice sur la table du salon.

Je ne sais pas où tu as disparu.

Appelle-moi, Swan, je m'inquiète.

A.

PS : Quand tu veux pour renouveler l'expérience.

Qui était cette mystérieuse A. ?

Dans la chambre, il découvrit les draps froissés dans le lit encore défait. Il avait visiblement passé le week-end en agréable compagnie, mais il ne se souvenait pas avec qui.

Ce ne pouvait pas être avec Avril, n'est-ce pas, comme elle avait eu l'air de l'insinuer ? Il n'avait pas accordé beaucoup d'intérêt aux propos de la rousse, perturbé qu'il avait été par la présence bouleversante de Maillol, le rappel de ses souffrances et sa décision de couper les ponts avec son ancienne maîtresse. Depuis la veille, il revivait le calvaire de sa disparition, comme si l'accident venait juste de se produire, sans parvenir à trouver du soulagement dans le fait que Maillol était vivante. Par dessus tout, en colère, il ne pouvait pas lui pardonner son comportement égoïste.

Il lui fallait tourner la page à nouveau, reléguer la belle légiste dans un coin de son cerveau, l'oublier si possible, pour essayer de se rappeler d'autres événements. Le médecin lui avait dit que son amnésie serait temporaire, que les souvenirs perdus lui reviendraient petit à petit.

La question de l'identité de sa partenaire le taraudait. Avec qui avait-il passé la nuit ? Ça pouvait être n'importe qui. L'écriture ne lui évoquait rien mais cela valait la peine d'essayer de l'identifier en commençant par les certitudes. Il fouilla dans quelques papiers et retrouva un feuillet écrit de la main de l'infernale journaliste. Très vite, il dut se rendre à l'évidence en les comparant : il s'agissait de la même écriture. La rousse était l'auteure de cette missive.

Atterré, il resta un long moment à tenter de comprendre comment il en était arrivé à coucher avec sa Némésis. Un joint de cannabis et les bris d'une bouteille de whisky dans la poubelle de la cuisine lui apportèrent une partie de la réponse : ils avaient sans doute bu et fumé. En revanche, les nombreux préservatifs dans celle de la salle de bain le laissèrent perplexe sur l'ampleur du carnage...

Des bribes de conversations lui revinrent en mémoire. Il avait cru entendre que Marlène s'était fiancée… Par dépit, ivre et stone, s'était-il jeté dans les bras de la rousse ? Lui vivant, c'était impossible ! Il aurait fallu qu'Avril lui passe sur le corps ! Il eut un ricanement devant l'emploi totalement inapproprié de cette expression ! Avoir le consentement d'Avril, c'était de la dernière improbabilité !

Pourtant, les faits étaient là.

Il ramassa ses clés et prit sa voiture.

La ruche qu'était La Voix Du Nord était encore calme en cette fin de mâtinée. Il trouva la journaliste en train de rédiger un article. Quand elle leva la tête et l'aperçut à la porte de son bureau, il la vit nettement se tendre.

« Je peux vous parler ? » Commença-t-il de manière neutre.

« Ça dépend dans quelle disposition d'esprit vous êtes. »

« J'ai besoin d'éclaircir un point. Calmement. »

« Enfin, on y vient ! »

Dans un souci de confidentialité, le commissaire ferma la porte derrière lui et resta debout.

« Que s'est-il exactement passé ce week-end entre vous et moi ? »

« Pour faire simple, nous avons couché ensemble. »

« Merci, j'avais compris ! Comment est-ce que ça a pu se produire ? Je veux dire... entre toutes les femmes, avec vous ? »

« Vous étiez complètement stone et moi aussi… On a fait n'importe quoi ! Mieux vaut oublier tout ça. »

« Pour ma santé mentale, c'est déjà fait. »

Avril encaissa sans un mot sa réflexion. Il lui tendit le mot en silence.

« Et ça ? »

« Oubliez aussi. »

« C'est ma plus ferme intention. »

Il chiffonna la lettre et la jeta à la poubelle. Elle l'avait regardé faire sans rien dire.

« Ce sujet ne sera plus jamais évoqué entre nous, d'accord, Avril ?

« Avec plaisir... »

« Vraiment ? »

« Qu'est-ce que vous croyez ? Vous ne m'avez pas laissé un souvenir impérissable ! »

Il ressortit la boule de papier de la corbeille et la brandit du bout des doigts.

« Pas si j'en crois ce que vous avez écrit ici ! »

« Je devais encore être sous l'influence de substances illicites. »

« Vous vous êtes inquiétée pour moi ! »

« S'il fallait que je m'inquiète à chaque fois que vous disparaissez… »

« Et cette promesse de se revoir ? »

« Plutôt mourir que de recoucher avec vous. »

Cette fois, bizarrement, ce fut lui qui encaissa la nouvelle stoïquement. Avec sa mauvaise foi habituelle, il ajouta cependant :

« Tout à fait d'accord sur ce dernier point. »

Dans le silence à présent pesant, Alice fit mine de ranger son bureau avec indifférence et renversa par mégarde un verre à moitié dissimulée sous un tas de papier. Un liquide ambré se répandit sur le plateau.

« Merde ! C'est pas vrai ! Mon article ! »

Alice tenta de sauver ce qui pouvait encore l'être mais ses gestes étaient imprécis. Comme à son habitude, elle ne fit qu'empirer les choses. Laurence fronça des sourcils et s'empara du verre. Il en renifla le contenu, puis la dévisagea en la désapprouvant.

« Avril, si Jourdeuil vous surprend à siroter en douce, vous allez vous faire virer. »

« Qu'est-ce que ça peut bien vous faire ? Vous seriez débarrassé de moi, non ? »

Laurence la fusilla du regard et exprima son mécontentement.

« Ce n'est pas parce que je vous ai plaquée hier qu'il faut vous laisser aller, Avril ! Reprenez-vous ! »

« Fichez l'camp d'ici, Laurence ! Si c'était pour me dire ce que je savais déjà, ce n'était pas la peine de venir ! »

« Nom de Dieu, Avril, réagissez ! »

« Au revoir, Laurence ! »

Le commissaire lui lança un regard noir, puis sortit, insatisfait. La sensation persista un bon moment alors qu'il roulait vers l'Institut Médico Légal. Il avait l'impression d'avoir fait quelque chose de mal sans savoir exactement de quoi il s'agissait et cela l'agaçait prodigieusement.

Le policier se força à ne plus y penser. Il avait rendez-vous avec Glissant pour un déjeuner et un compte rendu d'autopsie. S'il ne s'occupait pas l'esprit à autre chose que ses histoires de coucherie, il allait devenir dingue !

Le légiste était parti sur une scène de crime, l'informa la secrétaire à l'accueil. Comme il n'avait nullement l'intention de croiser le chemin de Maillol, il sortit attendre Tim dehors et fuma une cigarette sur le parking.

Laurence venait à peine de finir lorsqu'il la vit sortir et se diriger vers sa voiture. Maillol démarra. A quelle impulsion obéit-il à cet instant ? Mystère. Il la suivit.

La directrice de l'IML semblait se diriger vers son domicile. A deux rues de chez elle, elle se gara. Elle fit ensuite quelques pas puis sonna à la porte d'une petite maison. Une femme vint lui ouvrir et elle entra.

Intrigué, Laurence nota l'adresse dans son carnet pour faire des recherches plus tard. Il attendit environ dix minutes lorsque la porte d'entrée s'ouvrit à nouveau. Maillol sortit, un couffin en osier à la main.

Laurence ouvrit des yeux ronds et se redressa dans son siège, hypnotisé par la petite nacelle bordée de dentelles blanches et roses. Maillol avec un bébé ? C'était impossible, à mille lieues de ce qu'il savait d'elle ! Avec précaution, la légiste ouvrit la portière arrière de la voiture et déposa le petit panier en osier, tout en parlant au petit être à l'intérieur. Son visage arborait un doux sourire.

Comme mu par une volonté propre, Laurence sortit de sa voiture et se dirigea vers celle de Maillol.

Le bébé pleurait. Penchée sur lui, Maillol lui parlait doucement et tentait de le calmer. Elle finit par se redresser après avoir pris l'enfant dans ses bras. Puis elle tourna la tête et se figea quand elle vit Laurence, planté à quelques mètres d'elle, les yeux fixés sur l'enfant, clairement troublé.

Leurs regards se croisèrent et elle lut la question dans les yeux si expressifs de son ancien amant.

Laurence le sut viscéralement dès l'instant où le visage de Maillol passa du choc de le voir à un sourire crispé. Ce bébé dans les bras de sa mère était safille.

Comme si l'enfant pressentait que le moment était solennel, elle se tut et fixa ses yeux bleus larmoyants sur le visage de l'inconnu qui l'observait à nouveau avec curiosité.

« Bonjour Swan. Elle s'appelle Aurore. Elle est la raison pour laquelle je ne pouvais pas venir te voir après le crash. »

Laurence savait qu'il devait dire quelque chose mais les mots se bousculaient comme rarement dans sa tête sans qu'il parvienne à leur donner un sens et un ordre. Maillol hocha la tête en comprenant son émoi et poursuivit son explication :

« Je ne suis pas montée dans cet avion, car la compagnie m'a refusé l'accès. J'étais enceinte de six mois… »

Il fit un rapide calcul dans sa tête. Les dates coïncidaient avec le départ de Maillol et la fin de leur relation. Dans un état second, Laurence continuait à observer le bébé avec fascination.

« C'est… ? »

Il venait de parler d'une voix sourde en éprouvant simplement le besoin d'une confirmation orale.

« Ta fille ? Oui, Swan, en effet. »

« Mais comment ? Je veux dire... Tu es sûre qu'elle est bien de moi ? »

Maillol eut un sourire crispé et secoua la tête.

« Swan, tu es le seul homme que j'ai fréquenté dans les dernières semaines avant mon départ. »

Les émotions qui assaillirent Laurence à cet instant étaient indescriptibles. Il tacha de dompter la panique suscitée par le choc de la révélation en se forçant à inspirer profondément, puis parvint à dire :

« J'ai appris il y a quelques mois que j'avais un fils de vingt ans... dont j'ignorais l'existence… et maintenant, il y a cette enfant… »

« J'aurais préféré te l'apprendre dans d'autres circonstances, mais tu as été très clair hier. Tu ne voulais pas de moi, alors j'ai décidé de poursuivre seule le chemin avec Aurore et qu'elle grandirait sans que son père connaisse son existence. Je ne voulais rien t'imposer. »

« Maillol… »

La détresse dans la voix de Swan le trahit malgré lui alors il se tut, blessé par le fait qu'elle pense qu'il n'aurait pas été tenté par un enfant. En réalité, sa position sur le sujet avait changé depuis que Thierry, son fils, était entré dans sa vie et avait mis en évidence son regret de ne pas avoir pu être là pour le voir grandir.

Maillol eut un sourire triste.

« Je sais, c'est purement égoïste, je n'ai pas le droit de la priver de la présence d'un père, fut-il un étranger qui n'est passé que furtivement dans la vie de sa mère. »

« Maillol, tu as compté pour moi... Beaucoup, à un point tel que je m'apprêtais à te faire une demande en mariage à ton retour en France. »

« Oh... »

Maillol encaissa la nouvelle avec un sourire triste. La petite se remit à pleurer et le médecin feignit de la consoler pour ne pas trahir son propre trouble.

« Elle a faim. Tu veux bien qu'on poursuive cette conversation ailleurs que dans la rue ? »

Laurence se contenta de hocher la tête. Galamment, il proposa de l'aider mais il était clair qu'il était sonné et naviguait en mode automatique.

Chez elle, Laurence observa silencieusement Maillol s'occuper de la petite fille et lui donner le biberon. Il ne quittait pas sa fille des yeux en se demandant comment une telle merveille était possible.

Père… Il était à nouveau père avec cette fois une perspective inédite, un possible avenir qui s'ouvrait devant lui, mais qu'il ne parvenait pas encore à envisager. Tant de paramètres à prendre en compte, tant d'incertitudes… Et ce choc à absorber. Il ne parvenait pas à tenir en place.

Les petits yeux bleus le fixaient et dès qu'il bougeait, le suivaient comme si la petite connaissait d'instinct leur lien.

« Tu m'a quitté... à cause d'elle ? »

« Non, je n'ai découvert que j'étais enceinte que trois semaines après être arrivée à Washington. »

« Tu aurais pu m'appeler... »

« Et tu aurais fait quoi ? Je ne savais pas moi-même ce que j'allais faire… »

« Tu as envisagé… ? »

« Un avortement ? Oui. Je croyais n'avoir aucun instinct maternel mais lorsque je me suis retrouvée devant le choix de renoncer à un enfant, le tien qui plus est… ça m'a été impossible. L'idée que je puisse élever seule mon bébé n'était pas si effrayante, elle était même le garant d'une indépendance et d'une liberté de choix que je revendique en tant que femme. »

Aurore exprima soudain son mécontentement. Maillol lui tendit un hochet qu'elle se mit à mordiller avec application.

« Elle a ton caractère, Swan. Elle sait déjà ce qu'elle veut et n'hésite pas à montrer un sacré tempérament. »

« Elle est née quand ? »

« Le 2 septembre. Elle va bientôt avoir 10 mois. »

« Je suis né un 2 septembre ! » S'écria Laurence avec surprise.

Maillol eut un sourire.

« Et bien, le destin joue parfois de sacré tour ! »

Il y eut un silence tendu entre eux pendant lequel Aurore décida de s'exprimer en babillant et en bavant. Maillol lui essuya la bouche.

« Les "raisons familiales", c'était d'elle dont tu parlais ? »

« Sur le bateau qui me ramenait en France, j'ai fait une chute. J'ai dû passer les dernières semaines de ma grossesse alitée sous peine d'accoucher prématurément. Je ne pouvais pas prendre le risque de perdre Aurore. »

« Pourquoi ne m'as-tu pas appelé alors ? »

« J'y ai pensé de nombreuses fois, et à chaque fois, cette maudite peur m'a retenue. J'avais réussi à la surmonter pour prendre la décision de rentrer, pour te dire que j'attendais un enfant, savoir enfin si tu voulais encore de moi... On ne s'était rien promis, Swan. »

« C'est toi qui as voulu partir, Maillol. »

« Notre rencontre était tellement inattendue, comme une conjonction parfaite de planètes qui s'alignent en un instant unique... J'ai eu peur de me laisser aller à t'aimer, peur de souffrir en me disant que je n'étais qu'une conquête de plus sur le tableau de chasse impressionnant d'un irrésistible Don Juan qui allait me jeter une fois qu'il aurait obtenu ce qu'il voulait. »

« Non, Maillol, j'étais sincèrement amoureux de toi. Jamais une femme ne m'avait volé mon cœur comme tu l'as fait. »

« Et maintenant ? »

« Maintenant ? Je ne sais plus... » Il resta quelques secondes silencieux. « Je l'aurai appris d'une façon ou d'une autre, Maillol. Comment comptais-tu faire pour dissimuler la vérité ? »

« Partir à nouveau… Lâchement... » Elle haussa les épaules. « Tout est allé si vite. »

Laurence contemplait encore l'enfant qui émettait joyeusement des sons à présent qu'elle avait déjeuné. Maillol observait l'homme qu'elle aimait toujours avec affection.

« Tu veux la prendre dans tes bras ? »

« Hein ? Non !… Je ne saurai pas comment faire. »

« Ce n'est pas bien compliqué, tu sais… Elle pèse à peine plus lourd qu'un moineau. »

Maillol s'approcha de lui et lui tendit délicatement Aurore. Maladroitement, en proie à une légère panique, il la tint contre lui et éprouva immédiatement la tonicité de sa fille. Dans des bras étrangers, Aurore ne bougea plus et le regarda avec une gravité qui l'étonna.

« Bonjour, jeune demoiselle… » Dit-il doucement. « … Vous êtes une petite personne bien sérieuse. »

La petite avait les magnifiques yeux bleus de sa mère et ceux de sa grand-mère paternelle. Il pensa à Alexina et s'imagina l'espace de quelques secondes en train de lui présenter sa petite fille. Rien ne pourrait lui faire plus plaisir que cette magnifique enfant.

Son cœur était en train de fondre inexorablement et il essaya de se ressaisir. Il s'éclaircit la voix, tenta de cacher sa sensibilité à Maillol et s'exprima de manière bourrue.

« Reprends-la. J'ai peur de lui faire mal. »

Maillol qui n'avait pas perdu une miette du spectacle, comprit sa fragilité et le rassura :

« Tout va bien, Swan. C'est ta fille. Tu as juste besoin de t'habituer à cette idée. »

« Ma fille... » Répéta t'il, ébranlé.

Il éprouva pour la première fois à voix haute cette affirmation. Pourtant, il ne réalisait toujours pas.

« Aurore est si belle… »

Maillol eut ce sourire resplendissant qui lui avait tapé dans le cœur la première fois qu'il l'avait aperçue.

« Comme tous les bébés de l'amour... »

Pour la première fois depuis qu'il revoyait la légiste, Swan eut enfin un sourire. Son avenir ne lui paraissait tout à coup plus aussi sombre.

Ce jour là, il coucha lui-même la petite dans son berceau, sans oser la toucher davantage, comme un cadeau précieux que l'on ne caresse qu'avec les yeux.

Maillol ne lui demanda rien et ils se quittèrent sans promesse. Dans le cœur de Swan cependant, une petite blonde avec des yeux bleus comme l'azur venait de faire une entrée fracassante pour ne plus jamais en ressortir, mais ça, il ne le savait pas encore.

Il comprenait à présent les motifs de Maillol. Il ne tarda pas à lui pardonner son attitude et la blessure d'amour propre cicatrisa.

Et Avril dans tout ça ?

Si Alice avait cru un temps pouvoir se débarrasser de son artiste peintre, il n'en fut rien. Philippine revint dans sa vie avec pertes et fracas. Quelques semaines plus tard pourtant, c'en était fini. Définitivement.

Alice avait croisé le regard d'un inconnu qui l'avait fait chavirer. Il était beau et pilote de course. Elle vécut un amour intense, fou et fut enfin heureuse dans les bras de son Cupidon. Elle ne quitta pas Lille et continua d'empoisonner l'existence de son commissaire préféré.

Laurence tenta de garder sa nouvelle vie aussi privée que possible, pourtant Marlène et Alice ne tardèrent pas à découvrir les raisons du nouveau bonheur du commissaire. Il s'était mis en couple avec Maillol.

Elles se désolèrent, voulurent le convaincre de renoncer à la légiste. Mais quand un soir, elles découvrirent la petite bouille d'amour qui accompagnait Laurence et Maillol, elles comprirent que ces trois là formaient une famille, aussi improbable qu'elle soit.

Laurence exhiba fièrement sa fille comme un papa gâteau. Marlène et Avril se moquèrent de lui, mais il n'en avait cure. Une autre femme avait ravi son cœur et il était le plus heureux des hommes. Pour faire bonne mesure, il leur annonça son mariage prochain avec Maillol.

Plus jamais Laurence et Avril n'évoquèrent leur unique nuit passée ensemble. Leurs rapports difficiles au quotidien ne changèrent pas. Parfois, cependant, quand ils étaient seuls tous les deux, il suffisait d'un sourire, d'un mot, d'une question sincère, pour que leur rivalité s'apaise. Une opportunité s'offrait alors, qu'eux seuls parvenaient à identifier et à saisir. Brièvement, de façon souvent détournée, ils s'inquiétaient et se parlaient plus intimement. A cet instant précis, c'était comme s'ils continuaient à veiller l'un sur l'autre, en apparence de façon désintéressée.

Secrètement, en réalité, cela leur réchauffait le cœur de voir que le mot amitié avait fini par prendre tout son sens entre eux.

FIN.