― SERPENTARD !
La table des Serpentard trembla sous les applaudissements, suivi de peu par les autres maisons. Le professeur Flitwick souleva le choixpeau renfrogné à l'aide de sa baguette et Scorpius Hyperion Malfoy se leva gracieusement pour marcher d'un pas ample et lent vers la table de sa nouvelle maison. Le garçon faisait des efforts considérables pour marcher lentement, le menton haut, ce qui lui donnait en fait plus de temps pour réfléchir. Il se mordillait l'intérieur de la joue en se demandant qui allait lui faire une place, à côté de qui allait-il s'asseoir, qu'est-ce que cela allait signifier pour ses camarades de maison, et tant d'autres intrigues dont étaient friands les verts et argent et qui alarmait le garçon.
Scorpius prit une petite respiration comme pour se secouer et regarda plus attentivement la table. Il n'y avait pas beaucoup d'élèves qui se poussaient pour lui faire une place ou lui faire signe. Du moins pas beaucoup pour l'héritier d'une maison de sang-pur vieille de mille ans.
Malgré le grand réchauffement d'ambiance entre maisons et la déradicalisation de la maison Serpentard depuis la fin de la propagande du dernier seigneur des ténèbres, la maisons des serpents restait le repaire des ambitieux à la recherche d'argent, de pouvoir et de copinage. Aussi les Malfoy n'étaient-ils certes plus les petits-rois bouffis d'orgueil qu'ils étaient il y a encore quelques décennies, mais Drago Malfoy avait réussi à chasser le déshonneur et le ridicule que suscitait son nom grâce à un travail acharné, des négociations féroces et une épouse aux nerfs d'aciers. Ce qui ne fut pas une mince affaire.
Scorpius discernait quelques têtes connues ou vaguement familières, d'autres pas du tout. Certains, parfois vraiment âgés, cachaient très mal leur excitation et lui faisaient des signes. Des parasites. Grossier. Certainement pas.
De sa démarche lente, Scorpius se repassait mentalement très rapidement les dernières paroles de son père sur le quai de Kings Kross :
« Et n'oublie pas que tu n'as rien à te reprocher. Un Malefoy ne s'excuse pas. Mais ne te pavane pas, sois intelligent, prudent, et courtois, toujours. Choisis tes amis en fonction de leurs qualités et non en fonction de leur nom. Mais dans le doute tiens toi à distance de la fratrie Zabini, du fils Goyle et de la fille Bletchley. Des nids à problèmes. Sois cordial avec les frères Fincher. Si tu peux rend-toi agréable de quelques Serdaigle, ils ont une très bonne éthique de travail de groupe. Ne fréquente pas les Poufsouffle, ne t'approche pas des Gryffondors, en particulier les Weasley et les deux Potter. Fais-toi bien voir par les professeurs et les préfets.
Tu n'es ni moi ni mon père, c'est compris Scorpius ? Tu es bien meilleur que moi au même âge. Ta mère et moi t'aimons. Profite de Poudlard, amuse toi, et rend nous encore plus fiers. »
Aller mon vieux. Premier coup.
Le garçon blond n'était plus qu'à trois pas du bout de la table des Serpentard. Il réajusta ses yeux gris sur la table, et trouva enfin son cousin Silven Greengrass ainsi que Connie Harper, qui étaient en première année également et qui ont fait le voyage dans le même compartiment de train. Ses camarades lui avaient gardé une place, naturellement. Non loin d'eux, côté mur, se trouvait un adolescent grand et sec avec de longs cheveux en catogan. Il regardait le jeune Scorpius avec profondeur, le menton posé sur ses mains. Hu, on se connaît ? Il avait l'air débordant de confiance et un insigne de préfet brillait sur sa poitrine. Ça, plus la place libre à côté de lui.
Intéressant. Je prends.
Le petit Malfoy fit le détour, longea le mur et enjamba prestement le banc tout en serrant la main du dit préfet.
« Merci. Enchanté, vous êtes le préfet...Selwyn c'est ça ? »
« De même, jeune Malfoy. Parfaitement, Ignis Selwyn. Nos pères se connaissent. »
Scorpius hocha brièvement la tête en souriant, comme si cela était l'évidence même. Il se mordit la joue très fort : il avait seulement retenu le nom des deux préfets de sa maison, et son père ne lui avait manifestement pas tout dit. Vieux serpent...
Il fut présenté aux élèves autour d'eux, une pelletée de noms que Selwyn lui présenta et qu'il aurait probablement oublié d'ici la fin de la soirée. Heureusement, Silven et Connie étaient face à lui il ne fut donc pas trop perdu au milieu des « grands ». Le professeur Flitwick s'était raclé sévèrement la gorge et ils avaient du se taire. La répartition se poursuivit dans une certaine indifférence pour Scorpius car personne d'autre n'avait rejoint les rangs des vert et argent.
Tout à coup l'ambiance changea et tout le monde s'agita. Silven tapota le bras de Scorpius – ce qui était la façon polie de secouer quelqu'un chez les vieilles familles pincées – lui chuchotant :
« C'est le tour de Sa Majesté, cadet de Son Excellence Harry Potter, l'Éclair de la nation, épouvantard des malfrats, membre d'honneur de la confédération internationale des sorciers, patati patata. »
Le blond, tout sourire, essaya de ne pas se dévisser le cou à cause des hautes statures des élèves de cinquième année qui lui bouchaient un peu la vue. Il se mordit la joue à nouveau.
Albus Potter. Je l'ai croisé en revenant des toilettes dans le train. Il était en dehors de son compartiment, tout le monde hurlait à l'intérieur, une vraie ménagerie. Il était adossé contre la fenêtre à regarder le paysage, il avait l'air de vouloir souffler un peu. Il a l'air sympa, tout le monde parie sur Gryffondor, mais j'en suis pas convaincu. Il portait du bleu...Serdaigle peut-être ? Comme ça je pourrais avoir une raison de lui parler...
Les minutes s'écoulèrent. Deux...trois...quatre… De plus en plus de monde chuchotait. Il n'était pas rare depuis la fin de la guerre que les répartitions durent davantage de temps en moyenne, et les maisons « familiales » étaient moins évidentes maintenant, mais c'était… en réalité surtout confiné à élèves issus de familles de Serpentard voulant échapper à la maison de leur famille déchue. Les gens étaient donc de plus en plus excités. Se pourrait-il que… ?
« Ça va être énorme. » murmura Scorpius pour lui-même, faisant pivoter la tête de plusieurs personnes autour de lui. Il regardait l'occupant de l'estrade intensément et ne dit rien d'autre. Les cinquièmes année se regardèrent, comprenant au tout dernier moment, et leurs yeux s'agrandirent d'un seul coup au même moment où le choixpeau hurlait :
― SERPENTARD !
Silence dans la salle.
Second coup. Maintenant. Vite vite, fais quelque chose. Je crois que je vais faire un truc dingue. Papa va me tuer.
Applaudissements et brouhaha tonitruant dans la salle.
Scorpius Hyperion Malfoy croisa le regard d'Albus Severus Potter, et lui fit un discret signe de la main comme pour l'inviter à la place libre face à lui, à côté de Connie. La place où il était supposé s'asseoir.
