Beauxbâtons, octobre 1996
Un jeune homme sortit rapidement de la quatrième serre où s'était déroulé son cours de botanique. Il pesta encore une fois d'avoir dû conserver ce cours en 7ème année. Il essuya sur ses habits ses mains couvertes de terre et lacérées de plaies peu profondes. Les plantes qu'il avait dû tailler s'étaient débattues violemment. Encore !
Il regarda l'heure à sa montre et jura à mi-voix, il était sorti en retard une fois de plus. L'étudiant se dirigea au pas de course vers les jardins pour rejoindre le vaste palais de pierres blanches, Beauxbâtons, l'Académie française de la magie. Il allait arriver en retard. Il s'activa, inconscient que sa vie basculerait définitivement ce soir.
Il ne jeta pas un regard vers les couples qui s'embrassaient sur les bancs des jardins et accéléra encore. Il connaissait les règles. Toujours être ponctuel et s'être préparé. Il pénétra dans le palais par l'aile ouest, remonta les escaliers, longea les couloirs, toujours au pas de course, et aperçut le miroir du deuxième étage. Il s'arrêta et observa son reflet.
Il y vit un jeune homme de seize ans de taille moyenne mais plutôt maigre. Il n'appréciait guère sa silhouette. Il avait des cheveux blonds et légèrement longs, qui étaient aujourd'hui sales, emmêlés et maculés de terre. Le reste de l'uniforme bleu clair de l'école n'était guère plus reluisant. La terre était bien visible, la sueur et le sang aussi. Il fallait absolument nettoyer le visage, les cheveux et les mains. Je changerai ma tenue avant de commencer le cours, pensa-t-il. Ce cours, c'était le dernier de la journée mais le plus important de tous. Il sortit sa baguette magique et s'appliqua deux sortilèges de nettoyage ainsi qu'un troisième de soin mais il lui restait à se décrasser les cheveux et Maximilien ne connaissait pas de formule appropriée. Pas grave ! Pas besoin de toujours connaitre les formules, ni même de baguette magique d'ailleurs. Il rangea donc sa fine baguette en bois d'ébène. Il vérifia tout de même qu'il n'y avait personne à proximité. Inutile que quelqu'un remarque ses capacités plutôt inhabituelles. Le couloir était vide. Il ferma les yeux, concentra la magie diffuse qui s'écoulait en lui et la dirigea vers sa tête afin d'évacuer tout ce qui ne faisait pas parti de lui-même. Lorsqu'il rouvrit les yeux, toute la terre avait quitté ses cheveux. Il passait une main dans ses cheveux pour les recoiffer un peu. Ça irait. Il repartit satisfait mais toujours aussi pressé.
Il poursuivit son chemin vers les dortoirs pour y suivre le cours le plus intéressant de la semaine. Il étudiait la conception de baguettes magiques avec son oncle, Lucien de Villefort. Il croisa des élèves qui, contrairement à lui, avaient terminé leurs cours. Ils allaient donc profiter du soleil dans les parcs et les jardins. Maximilien s'arrêta auprès d'une tapisserie et demanda l'autorisation au chevalier peint dessus la permission de passer. Le chevalier le jaugea de haut en bas et critiqua la propreté de son uniforme en ricanant. L'étudiant haussa les épaules et écarta la tapisserie. Il emprunta l'escalier secret qui lui fit gravir deux étages d'une traite. Il arriva bientôt aux dortoirs et se précipita vers sa chambre, qui était vide. Les trois autres élèves, avec qui il la partageait, devaient profiter du temps agréable dans les parcs.
Maximilien retira son uniforme et le jeta sur le lit, il passa une nouvelle robe de sorcier et saisit un petit étui de cuir noir. Il en sortit un petit miroir haut d'une trentaine de centimètres et le déposa dans le vide juste au-dessus de son bureau où il le laissa flotter. Il murmura : « Lucien de Villefort ». Le reflet se brouilla, laissant place à l'image d'un vieil homme au regard acéré, vêtu d'une robe brune et d'une cape noire. Le vieil homme se pencha vers le miroir à double sens et siffla au jeune homme : « Tu n'es pas en avance !
— Bonsoir mon oncle, je ne suis pas non plus en retard, répondit doucement Maximilien habitué aux manières brutales de son mentor.
— Tu m'as l'air d'être en sueur, tu n'aurais pas couru pour arriver à l'heure par hasard ?
— On ne peut rien vous cacher. Nous avons été libérés en retard de botanique. Vous savez cette matière que vous m'avez forcé à conserver » insinua l'adolescent.
Pour la première fois le vieil homme sourit. Ou plus exactement sa bouche se tordit en quelque chose qui ressemblait à un sourire. Ils échangèrent un regard complice puis Lucien ordonna à Maximilien de lui réexpliquer le cours précédant. Comme chacun de ses cours, il traitait d'un aspect particulier de la conception des baguettes magiques. Celui-ci, en l'occurrence, portait sur la conservation des nerfs de dragons. Ils serviraient ensuite de cœurs pour des baguettes. L'interrogatoire se poursuivit sur les cours précédents, abordant plusieurs points de la fabrication, de l'acquisition des éléments constituant une baguette ou comment déterminer la baguette d'un client. Ils parlèrent des propriétés de certains bois, de celles de certains cœurs, des propriétés émergentes de plusieurs combinaisons, de sortilèges et de potions utiles. L'usinage des baguettes magiques était un art délicat. Lucien de Villefort était donc un maître exigeant à l'égard de son unique apprenti.
Les révisions se poursuivirent ainsi pendant une demi-heure. Quand soudain, la porte s'ouvrit sur Guillaume, l'un des élèves qui partageait la chambre. Il était lui aussi revenu travailler. Il vint respectueusement saluer Lucien et prendre de ses nouvelles. C'était une autre règle. Toujours venir le saluer ! Malgré plus de quatre-vingt ans, aucun des étudiants ne voulait se mettre à dos l'irascible fabriquant de baguette. Pour que chacun puisse travailler en paix, Maximilien sortit sa baguette et s'enferma, comme d'habitude, dans une bulle de silence. Le cours reprit immédiatement portant cette fois sur les techniques pour poursuivre une licorne et lui prélever un crin malgré sa dangereuse corne. Le précieux crin servirait de cœur à une baguette.
Le soleil commença à décliner, ce qui fit revenir les deux derniers étudiants de la chambre. Ceux-ci s'approchèrent, franchirent la bulle de silence pour saluer le vieux sorcier puis se retirèrent. Le vieux mage se leva également et descendit activer les protections magiques de sa maison. Depuis le retour officiel de Celui-dont-on-doit-pas-prononcer-le-nom et la reprise de la guerre en Europe, il était plus prudent de s'assurer que celles-ci soient activées avant la tombée du jour. Maximilien savait que son oncle avait de bonnes connaissances en pièges et maléfices de tous genres. Il n'aurait pas osé parier sur l'état de ceux qui oseraient prendre la maison d'assaut. Plusieurs membres du clan Villefort étaient même passés l'aider à renforcer les protections ou à en ajouter de nouvelles.
L'ambiance de la chambre était studieuse car chacun de ses occupants voulaient obtenir d'excellents résultats aux examens qui clôturaient l'année. Maximilien avait été contraint par ses parents et oncle à obtenir au moins 80% dans de nombreuses matières, sans quoi il ne pourrait prétendre à devenir l'apprenti et le successeur de son oncle. Il devait briller en sortilèges, en métamorphose et en défense contre les arts obscurs, c'était normal. Pourtant il avait dû conserver aussi la préparation des potions et l'étude de la botanique magique. Pour les langues, il lui fallait pouvoir déchiffrer les vieux ouvrages de son oncle qui étaient écrits non seulement en français mais aussi en ancien grec, en latin et en vieil allemand. Il étudiait donc avec application les runes et les langues anciennes. Son maître lui avait également arraché la promesse de conserver plusieurs langues actuelles. En effet les fabricants de baguettes étaient amenés à beaucoup voyager.
Cette année, il s'était mis dans une chambre de travailleurs ce qui lui permettait de ne pas être dérangé pendant ses cours supplémentaires. En effet, Guillaume voulait rejoindre l'exigeante école de médicomagie et travaillait durement pour cela. Les deux autres étudiants voulaient quant à eux se spécialiser en métamorphose appliquée et rejoindre le Département de la Justice magique au ministère français de la magie. Cette atmosphère convenait parfaitement à Maximilien qui passait trois soirs par semaine à travailler avec son oncle, deux seulement s'il était performant.
Après avoir restitué ce qu'il avait appris, Maximilien exposa une synthèse du dernier sujet qu'il avait étudié à la bibliothèque de l'académie. Il expliqua ainsi les propriétés magiques du saule et son usinage. Il posa de nombreuses questions sur la compatibilité avec plusieurs cœurs de baguettes et bien sûr les propriétés émergeantes de chaque combinaison. Le vieux maître le forçait la plupart du temps à trouver les réponses seul, se contentant de le mettre sur la voie. Ce fut à ce moment-là que Lucien lui ordonna d'un geste de se taire. Il lui expliqua qu'il avait entendu un bruit de chute. Maximilien haussa les épaules et dit à son oncle que Nihila, son elfe de maison, devait sans doute travailler. Lucien lui répondit que c'était impossible, son elfe ne faisait jamais de bruit dans la maison.
Soudain un cri aigu parvint au jeune homme depuis le miroir. Nihila se matérialisa dans son champ de vision, accompagnée d'un claquement sec. La vieille elfe de maison se tenait l'épaule dégoulinante de sang. L'elfe tenta de s'incliner et articula en gémissant de douleur « Des gens méchants en bas ». Maximilien aperçut son oncle se ruer sur la petite créature qui poussa un petit glapissement de terreur mais le vieil homme se contenta d'ordonner à la créature de retirer sa main et lui appliqua deux sortilèges, un pour réparer les os, un second pour refermer la blessure.
« Qui t'a fait ça ? demanda-t-il.
— Je ne sais pas, maître. Il y a des gens en bas, maître. Ils sont vêtus de noir et portent des masques blancs. »
Lucien comme Maximilien aurait voulu lui dire que c'était impossible à cause de toutes les protections de la maison. Ils auraient été avertis si des mangemorts avaient franchis la sécurité de la maison. Mais la preuve était là. Un sortilège perforant avait manqué de peu la petite créature qui avait eu le bon réflexe de s'enfuir.
« Combien sont-ils ?
— Je ne sais pas, maître. Merci pour mon épaule, maître. Nihila va retourner en bas pour compter maître.
— Non ! » ordonna le vieil homme.
D'un geste fluide de sa baguette, il désigna le plancher de chêne autour de lui. Six tâches orangées apparurent. Il y avait bien des intrus dans la maison.
« Va au manoir prévenir François que six personnes sont entrées dans la maison, que ce sont probablement des mangemorts. Il faut qu'il vienne les prendre à revers. »
La créature terrifiée s'inclina puis obéit. Elle disparut dans un autre claquement. Maximilien perdit le contrôle de ses émotions. La bulle de silence qui l'isolait du reste de la chambre éclata au passage.
« Vous n'avez tout de même pas l'intention d'aller les affronter, j'espère ? demanda le jeune homme.
— Tu crois que j'ai vraiment le choix ? répondit durement le vieux mage sans sourire.
— Il faut fuir. Tout de suite ! »
Deux plumes s'arrêtèrent de gratter contre les parchemins et Guillaume, qui lisait, leva des yeux incrédules vers lui.
« Je ne sais pas comment c'est possible mais les protections de ma demeure ont été désactivées alors si tu crois qu'ils m'ont laissé une chance de m'enfuir.
— Vérifiez si vous le pouvez au moins ! » dit Maximilien d'une voix affolée.
Lucien haussa les épaules et murmura plusieurs formules pour identifier les sortilèges qui avaient été appliqués à sa maison.
« Qu'est-ce qui se passe ? demanda Guillaume, les sourcils froncés.
— Il y a des gens au rez-de-chaussée de la maison de mon oncle !
— Il faut prévenir le ministère, murmura l'un des autres étudiants.
— Les aurors mettront trop de temps. François, notre chef de clan ira plus vite, lui répondit Lucien. Il ajouta que le transplanage et l'usage des portoloins lui était désormais interdit. Ils sont entre la cheminée et moi. Ton vieux balai se trouve dans la remise à l'extérieur. Je suis piégé ici !
— Mais on ne peut rien faire ? supplia presque Maximilien
— François est mon seul espoir, conclut Lucien, et cela dépend aussi des intentions de ces hommes » ajouta-t-il en essayant vainement de sourire.
Il brandit sa baguette et commença à tisser de nouveaux enchantements protecteurs. D'un pas assuré, il se dirigea vers la porte, bien décidé à affronter les intrus au lieu de tenter de se cacher. Lorsqu'il s'éloigna du miroir, son reflet se brouilla puis disparut du miroir de Maximilien. Le silence retomba dans la chambre. On n'entendait désormais que quatre respirations haletantes.
Soudain, Guillaume parut reprendre le contrôle de ses émotions. Il ouvrit la porte à la volée et se précipita dans le couloir en direction de la chambre de la gardienne des dortoirs. En entendant tout ce bruit, elle en sortit justement. Elle lui rappela en criant qu'il était interdit de courir dans les couloirs.
« Il y a une attaque de mangemorts en cours à Tal-les-cymes chez le fabriquant de baguette ! Prévenez immédiatement le département des aurors ! ordonna Guillaume sans tenir compte de ses cris.
— Ce n'est pas un sujet de plaisanterie. On ne plaisante pas avec de tels sujets ! cracha-t-elle au jeune homme.
— Ce n'est pas une plaisanterie. Avertissez le ministère ! Tout de suite !
— Alors comment le savez-vous ?
— Parce que j'étais en conversation avec mon oncle grâce à nos miroirs à doubles-sens, intervint Maximilien. L'attaque est réelle. Il faut que vous avertissiez les aurors, s'il vous plaît ! »
La gardienne qui s'apprêtait à répliquer, ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit. Elle savait que Maximilien suivait des cours supplémentaires avec son oncle. Elle annonça qu'elle devait prévenir la directrice Maxime car elle ne pouvait pas elle-même contacter le ministère.
« Venez tous les deux. Nous allons expliquer ce qui se passe à la directrice de l'académie, leur dit-elle.
— Non ! refusa Maximilien cela prendra trop de temps. Le temps qu'elle soit levée mon oncle sera mort ! s'exclama-t-il.
— Mais c'est le seul moyen de les contacter rapidement, rétorqua la gardienne.
— Il y a un autre moyen de le secourir, dit-il simplement puis se tournant vers Guillaume. Tu te souviens de nos simulations de fuite en défenses contre les arts obscurs ?
— Oui et alors ?
— Je sais que c'est illégal mais tu étais parvenu à créer un portoloin au cas où...
— Je ne sais pas si je peux encore, répondit Guillaume en pâlissant davantage. Ni si j'ai vraiment le droit.
— De toute façon vous ne pouvez pas les utiliser à Beauxbâtons, dit la gardienne. Ils ne fonctionnent pas ici, la directrice s'en est assurée, et puis, lorsqu'elle va apprendre que vous vous amusez à fabriquer des portoloins illégaux, elle va...
— On verra ça plus tard, l'interrompit Maximilien. Fais-moi un portoloin à destination de Tal-les-Cymes dans le petit bois qui se trouve derrière la maison de mon oncle, dit-il à Guillaume J'en prends la responsabilité, annonça-t-il d'une voix dure à la gardienne en tournant les talons. Je reviens tout de suite » cria-t-il Guillaume pardessus son épaule.
Il courut vers sa chambre, slalomant entre les élèves qui sortaient de leurs chambres à cause du bruit. Il franchit la porte restée ouverte, se précipita vers son armoire qu'il ouvrit à la volée. Dans la penderie se trouvait un balai volant. Ce n'était pas un balai de course mais il permettait de se défouler de temps en temps au Quiddich. Sans plus attendre, il l'empoigna et rejoignit en courant Guillaume qui avait, il l'espérait, préparé le portoloin. Il courut en bousculant plusieurs élèves, ahuris de le voir courir un balai à la main à l'intérieur du palais. Il s'arrêta dans une glissade devant la gardienne et son ami.
« Vous n'êtes pas sérieux Villefort ? s'exclama-t-elle.
— Le portoloin, dit-il à Guillaume en tendant la main d'un air impérieux en ignorant la gardienne.
— C'est du suicide. Ils sont six !
— Je connais les lieux et j'aurai l'effet de surprise pour moi. Le portoloin » répéta-t-il avec plus de dureté.
Il saisit la plume qui lui était tendue et ressentit les émanations magiques qui caractérisaient les portoloins. Il jeta un regard à son ami, pris d'un doute. Aurait-il osé l'envoyer ailleurs pour le protéger ? Tout à fait son style ! Il dégaina sa baguette et sans prévenir, il la braqua sur lui en murmurant « legilimen ». Il entra ainsi dans la tête de son ami et remonta le fil des dernières pensées. Il arriva au moment de la création du portoloin où il vit à travers des flashs diffus la maison de son oncle depuis le bois qu'il lui avait indiqué.
« Pardonne-moi, je pensais que tu aurais pu m'envoyer au ministère ou au manoir pour me protéger, lui dit-il simplement.
— Ce que tu viens de faire n'est pas seulement interdit ici, c'est illégal ! » lui cria la gardienne.
En voyant Maximilien ouvrir la fenêtre du couloir au milieu des murmures, elle réalisa enfin. Il voulait sortir de l'enceinte de Beauxbâtons pour utiliser le portoloin. Elle voulut sortir sa baguette pour l'en empêcher mais Guillaume fut plus rapide. Il la désarma d'un puissant « experliarmus ». La gardienne perdit l'équilibre. Maximilien avait déjà enfourché son balai, il le remercia d'un geste de la tête et donna une impulsion au sol pour décoller au milieu des exclamations. Il manqua de percuter le cadre de la fenêtre de justesse et s'envola dans le ciel nocturne. Le jeune homme se réorienta rapidement puis accéléra pour se diriger vers le grand portail ouvragé de Beauxbâtons, la seule voie de sortie de l'académie.
Un sortilège d'alarme avertit le concierge que quelqu'un s'approchait de la grille. Il sortit de la petite maison où il logeait et aperçut Maximilien sur son balai.
« Je dois sortir immédiatement, s'il vous plaît, dit-il simplement.
— Si tu avais une autorisation de sortie, je serais au courant. Je ne vais pas te laisser quitter l'académie » lui répondit le concierge avec un rictus menaçant.
Maximilien qui avait juste glissé sa baguette dans sa manche, la dégaina et immobilisa l'homme d'un stupéfix. Il se posa à ses côtés, fouilla ses poches et en sortit un grand trousseau. Il déverrouilla chacune des trois serrures du portail et l'ouvrit. Il jeta le trousseau à côté du concierge inconscient. Il hésita, se saisit de la baguette du vieil homme. Bois de chêne, nerf de dragon, 22 cm, inflexible. Il la jeta un peu plus loin. Il le réanima d'un simple enervatum et décolla à nouveau pour franchir le portail. Il franchit une cinquantaine de mètres en balai pour être sûr d'être hors de portée des sortilèges de l'académie. Il sortit la plume qu'il avait glissé dans sa poche. À l'aide de sa baguette, il activa le portoloin. Il ressentit la désagréable sensation d'être tracté en avant au niveau du nombril et quitta les montagnes des Pyrénées pour rejoindre Tal-les-Cymes, le petit village sorcier alpin où son oncle vendait ses baguettes.
Il se matérialisa dans le petit bois qu'il avait déjà vu dans l'esprit de Guillaume. Il était seulement à quelques mètres de la porte arrière de la maison avec la désagréable impression d'avoir commis une grosse erreur.
Dérangé par le bruit, Alexandre était sorti de sa chambre. Il entendait les cris de la gardienne. Il attrapa un nom « Fabre ». Alexandre jura. Il n'en connaissait qu'un de Fabre, c'était Guillaume. Un ami, sérieux et travailleur. Qu'est-ce qu'il a bien pu faire ? Il joua des coudes et arriva bientôt à leur niveau.
« Qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-il à son ami.
— Je viens d'agresser la gardienne, dit-il d'une voix peu assurée. Mais surtout je viens d'envoyer Maximilien se faire tuer par des mangemorts.
— Quoi ?! Comment est-ce que c'est possible ? Enfin tu n'as pas pu...
— Si. Il était devant son miroir avec son oncle. Des mangemorts ont attaqué sa maison et Maximilien est parti le rejoindre.
— Il n'a pas fait ça. Il n'a pas été assez stupide pour croire qu'il peut tenir tête à des mangemorts ? demanda avec inquiétude Alexandre.
— Cet imbécile ne te dit pas tout ! fulmina la gardienne. Il l'a laissé se tirer en balai. Mais il lui a aussi fait un portoloin illégal et en plus il m'a empêché de l'immobiliser ! »
Alexandre tenta de prendre la parole mais rien ne vint. Il était complètement stupéfait. « Tu n'as pas fait ça ? demanda-t-il incrédule. Guillaume ne nia pas. Il … il n'a aucune chance contre les mangemorts. Il va se faire tuer. Au lieu de l'arrêter. Tu lui as fait un portoloin ? Tu es fou ?
— Et si nous allions l'aider ? » demanda une voix derrière eux.
Ils se retournèrent sur Olivier, qui appartenait aussi à leur petite bande.
« Si nous sommes plusieurs nous avons sans doute nos chances.
— Non ! trancha Alexandre. Ce n'est pas un jeu. Un sort raté et on est mort ! Si nous y allons, il y a en plus le risque Maximilien nous cible à la place des mangemorts. C'est doublement du suicide.
— Qu'est-ce qu'on peut faire alors ? demanda Guillaume d'un ton presque suppliant.
— Tu sais envoyer des messages par patronus. Tu vas en envoyer à tout le monde. Les aurors, à la police magique aussi et même au manoir Villefort. Ils peuvent réagir vite. Tu vas en envoyer sans discontinuer jusqu'à ce qu'ils te répondent qu'ils y vont. Puis se tournant vers Olivier et la gardienne. Nous, nous allons voir la directrice. Immédiatement !
— Enfin quelqu'un de censé, grommela la gardienne.
— Un instant, intervint Olivier. Il faut prévenir Éva non ? C'est la cousine de Maximilien et elle connaît bien Lucien. Il faut la prévenir.
— On fait un détour par sa chambre et on y va, répondit Alexandre.
— Vous n'avez pas le droit d'aller chez les filles. Il est vingt-deux heures passées ! » s'exclama la gardienne.
Alexandre la regarda et l'ignora. Il fit un signe pour inciter Olivier à le suivre. Il jeta un coup d'œil à Guillaume. Celui-ci envoyait déjà ses patronus. Alexandre l'entendit en envoyer un chez les aurors, un directement à son grand-père, directeur adjoint des aurors, à la police magique... Alexandre et Olivier se précipitèrent dans les escaliers en direction des étages qui servaient de dortoirs aux filles. La gardienne les suivit de son pas lourd en pestant.
Ils parvinrent aux dortoirs des filles au pas de course. Ils croisèrent deux filles qui froncèrent les sourcils et leurs ordonnèrent de quitter les lieux. Les adolescents les ignorèrent et poursuivirent leur chemin. Lorsque la gardienne arriva, elles se tournèrent vers elle, indignées mais celle-ci leur intima le silence d'un geste. En passant devant une salle de travail commune, Olivier aperçut une de leurs amies, Clémence. Il l'apostropha et lui demanda de venir les rejoindre. Celle-ci, étonnée, vint les retrouver.
« Qu'est-ce vous...
— Plus tard. Il faut qu'on parle à Éva de Villefort tout de suite. Où est sa chambre, s'il te plaît ?
— Par ici, les guida-t-elle intriguée.
— Quelle surprise ? Alexandre de la Dent, l'adorateur de moldu et son animal de compagnie » ricana la magnifique Antigone Ombre, de la noble, très puissante et très ancienne maison de l'Ombre.
Sans un regard, Clémence, Alexandre et Olivier l'ignorèrent et poursuivirent le chemin vers la chambre d'Éva.
« J'ai bien peur de devoir avertir notre adorable gardienne de votre présence ici, ajouta-t-elle avec dédain.
— Je le sais déjà, Ombre, grogna ladite gardienne qui tentait de les rattraper.
— Nous y sommes, annonça Clémence en désignant une porte après quelques couloirs.
— Pourrais-tu constater si ces demoiselles sont présentables s'il te plaît ? » demanda Alexandre à son amie avec un sourire entendu.
Clémence lui sourit et toqua à la porte, les annonça tous les trois. Une voix leur cria d'entrer, ce qu'ils firent. Les trois amis et la gardienne entrèrent et refermèrent la porte au nez d'Antigone qui curieuse, les avaient suivis. Ce fut même la gardienne qui lança deux sortilèges de silence pour éviter que la nouvelle ne se répande trop vite. C'était une chambre de fille classique pour des sorcières de quatorze ans. Les murs étaient couverts de photos de famille, d'amis et de stars du monde sorcier. Alexandre prit finalement la parole au milieu du silence interrogateur qui s'était installé.
« Lucien de Villefort est en train, enfin nous pensons qu'il se fait attaquer par des mangemorts en ce moment même.
— Comment ça, vous pensez ? demanda Éva d'une voix blanche.
— Ton cousin était en cours avec lui par miroir et il vient de forcer le passage pour sortir de l'académie. Il va le rejoindre.
— Mais il a raison, il faut aller les aider sinon ils vont se faire tuer » s'écria-t-elle en saisissant sa baguette.
Alexandre réagit très vite. Il sortit sa baguette d'un geste fluide et la désarma sans même formuler le sort. Il attrapa la baguette d'un geste vif. Il lui répondit d'une voix dure. « Hors de question ! Je n'ai pas été là pour empêcher Maximilien d'aller se faire tuer, je ne permettrai pas que tu y ailles aussi. Nous avons averti les aurors, ainsi que ta famille. À eux de réagir maintenant. Nous, nous n'avons plus qu'une chose à faire, nous allons voir la directrice. » Éva hocha la tête, se rendant finalement à la raison mais le visage de plus en plus pâle. Satisfait, Alexandre lui lança sa baguette qu'elle attrapa au vol. Le silence retomba dans la pièce. Clémence passa un bras autour des épaules d'Éva et elles se dirigèrent vers la sortie. Lorsqu'elle ouvrit la porte, Clémence découvrit Antigone, débordante de satisfaction. Elle avait pu écouter malgré les sorts, c'était certain. Antigone ricanait. Sa famille partageait les idéaux des mangemorts, c'était de notoriété publique. Antigone ne se privait pas de critiquer et d'insulter les Moldus et ainsi que leurs enfants étudiant à l'académie. Elle voulut ouvrir la bouche mais Éva, furieuse, sortit sa baguette et lui lança un silencio rageur. Antigone ouvrit et ferma la bouche en vain, aucun son n'en sortait. Éva éclata de rire avec Olivier. Alexandre la félicita pour son sort magnifiquement exécuté et Clémence retenait à grand peine un sourire. La gardienne mis fin au sortilège et Antigone commença à vociférer des menaces et des insultes.
« Permission de la faire taire à nouveau ? demanda Alexandre à la gardienne avec un sourire ironique.
— Non ! répondit-elle. Dépêchez-vous, nous allons voir la directrice. »
Le petit groupe s'éloigna, laissant une Antigone folle de rage. Ils empruntèrent un certain nombre de couloirs avant d'arriver auprès d'une magnifique porte en merisier finement ciselée qui mesurait trois bons mètres de haut. La gardienne s'adressa à la gravure d'un immense aigle qui ornait la porte. « Un élève a pris la fuite. » dit-elle simplement à la gravure et la porte s'ouvrit.
La gardienne entra, suivie des quatre élèves. Malgré une heure tardive, une femme immense occupait le bureau, elle avait l'air soucieuse. C'était la directrice de Beauxbâtons, madame Maxime. À ses côtés se tenait le professeur de défense contre les arts obscurs, ainsi que le concierge de l'académie.
« Bonsoir Marthe. Je n'ai pas le temps de m'occuper d'élèves qui traînent dans les couloirs ce soir. Un étudiant vient d'immobiliser Cerbérus pour sortir à l'extérieur et nous ne savons pas de qui il s'agit.
— Justement, c'est Maximilien de Villefort. Il parlait par miroirs interposés avec son oncle pour des cours. Enfin vous le savez. Des mangemorts l'ont attaqué chez lui. Villefort est parti le rejoindre avec son balai et un portoloin ! répondit la gardienne.
— Comment a-t-il obtenu un portoloin ? demanda aussitôt l'autre professeur, très inquiet.
— Fabre le lui a fait et il m'a désarmé pour permettre à Villefort de fuir ? d'une voix dépitée.
— Fabre ? murmura la directrice atterrée.
— Oui, confirma Alexandre. J'ai empêché les autres de suivre sinon ils y allaient. Nous sommes passés chercher Éva de Villefort et nous voici, résuma-t-il.
— Savez exactement où il est allé ?
— Le portoloin conduit chez son oncle, le fabricant de baguette, à Tal-les-Cymes, dans un petit bois derrière la maison, intervint le fautif.
— J'y vais » murmura le professeur de défense.
La directrice approuva. « Prévenez les aurors ! » dit-il par-dessus son épaule en quittant la pièce au pas de course. Alexandre expliqua à la directrice que Guillaume avait déjà envoyé des patronus. Elle murmura « Bien. Je vais m'assurer qu'ils soient bien partis et qu'ils risquent de tomber sur Maximilien.» Elle alluma un feu ronflant dans l'immense cheminée d'un coup de baguette magique et jeta de la poudre de cheminette à l'intérieur. Les flammes devinrent vertes et la directrice s'agenouilla devant le feu et passa la tête dedans en criant « Département des aurors, Bureau de Suzanne Ferré » Alexandre respira enfin. Si quelqu'un pouvait agir, c'était bien la redoutable directrice des aurors et le professeur de défense. L'un comme l'autre avait affronté des mangemorts à plusieurs reprises. Il était d'ailleurs de notoriété publique que ce dernier allait régulièrement s'entraîner au combat avec les aurors de la section d'intervention.
Au bout de quelques minutes, la directrice se releva. « Une équipe intervention des aurors est déjà partie. Une autre se prépare à les rejoindre. Deux agents de leur section secrète se préparent également. Espérons que notre professeur et les aurors arriveront à temps. Nous avons envoyé notre champion. Nous ne pouvons plus qu'attendre et espérer. » dit-elle d'une voix lasse. Elle fit apparaître des chaises et leur ordonna de s'asseoir face au feu. La veille commença.
